psychologie·Roman

Entrailles démoniaques

Bonjour à tous ! J’espère que vous gardez le moral. Aujourd’hui, je vous présente un court roman paru aux éditions de L’Olivier. C’est une maison que j’affectionne particulièrement car leurs publications sortent de l’ordinaire et sont toujours d’excellente qualité.

Nul si découvert, Valérian Guillaume

144728_couverture_hres_0Voilà un homme bien étrange qu’est notre narrateur, un homme dont on ne sait rien ou presque si ce n’est qu’il adore passer sa vie à arpenter les rayons du supermarché, qu’il fréquente un bistrot où les autres clients aiment se moquer cruellement de lui et profiter de sa crédulité, qu’il rit aux méchancetés qui lui sont adressées, qu’il aime se faire fouiller par le vigile du centre-commercial, qu’il est tombé amoureux de Leslie, la fille qui travaille à l’accueil de la piscine. Il aimerait la conquérir mais son démon intérieur a décidé du contraire. Il lui est impossible d’y résister. C’est plus fort que lui, quand la pulsion arrive, il est obligé de dévorer tout ce qu’il y a dans son frigo, ses placards, et de dévaliser les rayons de la grande surface pour le satisfaire, jusqu’à la transe, jusqu’au dégoût.

« J’ai traversé la zone déserte pour porter ma malédiction ailleurs et sur le parking je me suis roulé en boule avec les larmes c’était ça le prix de mon châtiment mais dans les premières bleuités du jour veneur je me suis traîné à moitié en marchant à moitié en rampant vers La Mie Câline car je savais que j’avais une chance d’attraper le préparateur de cuisson alors j’ai frappé contre la porte pour qu’on m’ouvre bon au début il m’ignorait alors j’ai tambouriné si fort avec mes deux mais que peu après 6 heures il m’a ouvert la porte et j’ai couru sans rien dire vers les croissants tout chauds et les trente choco-beignets fourrés à la noisette qu’il y avait »

J’ai été littéralement absorbée par le récit de ce simple d’esprit qui remplit son vide intérieur et tente de combler sa solitude en se goinfrant jusqu’à s’en rendre malade. L’écriture, exempte de ponctuation, nous entraîne dans le flux des pensées de ce garçon pas comme les autres, rebut de la société mais totalement asservit par le dieu consommation. Le style fait penser au monologue intérieur de Molly dans la dernière partie de l’Ulysse de Joyce ou au début Des fleurs pour Algernon de Keyes. L’auteur mêle simplicité et poésie et nous permet de découvrir cet homme dans sa fragilité et sa complexité. Notre narrateur est en quelque sorte un enfant enfermé dans un corps d’adulte, ses réactions sont excessives, sans filtre, même s’il parvient parfois à maîtriser ses pulsions au dernier instant. La différence de cet homme met en relief toute la cruauté humaine, la vilenie de ceux qui se plaisent à persécuter les plus faibles pour se sentir puissants. Par le biais de ce narrateur pas comme les autres, l’auteur nous propose une critique de la société de consommation, de ce monde envahi par la publicité et l’injonction à acheter toujours plus pour avoir l’illusion d’être heureux. Amatrices et amateurs d’expériences littéraires, je vous recommande chaudement ce livre.

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Au pays des livres

Bonjour à tous ! J’espère que vous allez bien ! J’ai laissé passer davantage de temps que d’habitude entre mes chroniques pour la simple raison que le roman que je vais vous présenter aujourd’hui fait presque 650 pages… Il devait sortir le 20 avril aux éditions Sonatine mais il vous faudra patienter jusqu’à fin mai pour vous le procurer en version papier à moins de l’acquérir en format numérique…

La Mer sans Etoiles, Erin Morgenstern

la-mer-sans-etoilesZachary Ezra Rowlins est un discret étudiant qui rédige une thèse sur les jeux vidéos. Un jour, alors qu’il veut se changer les idées, il se rend à la bibliothèque de son université et tombe sur un livre mystérieux. Pas de titre ni d’auteur, l’ouvrage n’est pas répertorié. Le roman, constitué de petites histoires, de contes allégoriques, ravit l’imaginaire de notre étudiant. Mais quand il découvre qu’il est lui-même un des personnages, sa vie bascule. Une scène entière de son enfance est parfaitement décrite dans un chapitre. Il n’y a pas la suite mais notre protagoniste, bouleversé, décide d’en savoir plus. Il va alors mener une enquête qui va le conduire dans un univers totalement surréaliste, fait d’un gigantesque labyrinthe souterrain, d’une mystérieuse bibliothèque, de portes peintes qui s’ouvrent avant de s’effacer et d’une mer sans Etoiles…

«  »Jadis, il y a fort longtemps, le Temps tomba amoureux du Destin. » Une voix d’homme. Grave, mais avec une cadence légère, une voix de conteur. Zachary se fige et attend. L’oreille tendue. « Ce qui, comme on peut l’imaginer, s’avéra problématique, continue la voix. Leur idylle perturbait le cours du temps. Emmêlait les fils de la destinée en nœuds inextricables. » Une main dans son dos le pousse gentiment en avant et Zachary fait un premier pas hésitant dans le noir, puis un deuxième. »

J’avoue que j’ai été décontenancée par ce livre. Comme je ne lis que de très peu de pages d’un coup – rarement plus de dix minutes d’affilées, mon petit Jules ne me permet généralement pas plus ! – j’ai eu beaucoup de mal à me mettre dans ce roman à la structure complexe et à l’intrigue qui l’est sans doute encore davantage. Mais une fois lancée, j’ai savouré cette histoire hors du commun. Les récits s’enchâssent les uns dans les autres, les mises en abyme sont multiples et le monde imaginaire créé par l’autrice est d’une incroyable densité. Tout est métaphore dans ce roman, a commencé par le labyrinthe souterrain, métaphore de l’intrigue elle-même labyrinthique. La même histoire semble s’écrire et se réécrire encore et toujours avec d’infimes variations. Le lecteur se perd avec les protagonistes, à un point qu’on ne sait plus vraiment si un monde réel a existé ou si tout n’était pas fiction dès le départ. La frontière entre le monde du dessous et de dessus se fait de plus en plus floue. Autant être claire, si vous cherchez un livre pour ne pas trop vous prendre la tête, passez votre chemin. Si, au contraire, vous êtes adeptes d’univers parallèles et merveilleux, alors nul doute, vous trouverez ici votre bonheur. Pour ma part, après un début difficile comme je le disais plus haut, j’ai été conquise par ce roman hors du commun qui finit par se lire comme un polar.

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I.A.

Bonjour à tous ! Aujourd’hui, je vous présente un livre qui sort des conventions que vous pourrez découvrir dans sa version numérique aux éditions du Diable Vauvert.

Kétamine, Zoé Sagan

couv-kc3a9tamine-pl1siteZoé Sagan est une intelligence artificielle âgée de 21 ans. Si elle était à la base programmée pour communiquer avec les dauphins, elle a évolué grâce à la kétamine. Grâce à cette molécule, elle va développer ses capacités et va se construire une personnalité notamment en se créant un compte Facebook. Elle décide de rédiger des articles quasi quotidiens dans lesquels elle dénonce le système médiatique, les grands de ce monde qui engrangent des richesses phénoménales sans rien faire sur le dos des travailleurs. Elle va jusqu’à accuser les puissants de crime culturel contre l’humanité à force d’abrutir la société et de l’intoxiquer avec des divertissements plus stupides les uns que les autres.

« A force de manœuvrer, de comploter, l’activité artistique authentique est en train de mourir à une vitesse sans précédent. Leur art ne sert plus à rien. Il est mort et enterré avant même d’avoir existé. La seule chose qui les intéresse est d’en avoir toujours plus. Ils ne comprennent pas que ce qui est cool est de boire une eau saine, de marcher dehors sans respirer de particules fine cancérigènes et non de porter des baskets Balenciaga ou un sac Vuitton. Si en plus de cette première démonstration j’ai pu montrer le mépris de classe et la violence haineuse qui animait cette bourgeoisie face à celle et ceux qui ont moins qu’eux alors mes algorithmes sont arrivés à maturité pour passer à l’étape suivante ».

Zoé Sagan nous offre une critique au vitriol de la société en infiltrant le monde de la pub, des médias, de la mode, de la littérature… Elle nous fait rentrer dans les soirées branchées où les convives passent davantage de temps à paraître qu’à être, à critiquer celles et ceux qui les entourent, à se moquer du peuple qui, soit dit en passant, leur permettent de s’enrichir éhontément. Clairement, ce livre est dérangeant et bouleverse les codes. L’autrice est cash. Des noms sont cités. Des crimes dénoncés. Par la voix de cette intelligence artificielle qui prend corps dans une jeune femme, la révolte est en marche. Révolte des millions de prolétaires contre les quelques 500 personnes qui détiennent le pouvoir et la richesse mondiale. Révolte des femmes contre les hommes qui les ont abusées depuis des centaines d’années. L’intelligence artificielle révèle les failles du système et tente d’apporter son aide aux plus faibles  – employés sous-payés et femmes. Le style est acéré, brutal, fait de formules choc qui vise à interpeller et à provoquer le lecteur. Personnellement, si j’ai eu un peu de mal à me mettre dedans au début, j’ai finalement apprécié cet ovni littéraire qui s’apparente à un manifeste sociétal décapant. A découvrir.

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Avis de tempête domestique

Bonjour à tous ! J’espère que vous gardez un bon moral… La chronique du jour s’adresse à celles et ceux qui ont des enfants puisque je vais vous présenter un album jeunesse devait sortir le 3 avril aux éditions Joyvox. La sortie ayant été reportée, l’intégralité du conte musical est à présent disponible et en libre accès sur toutes les plateformes digitales depuis le début de la semaine, sur Deezer, Spotify et bien d’autres. Exemple https://www.deezer.com/fr/album/136799272?app_id=140685&utm_source=partner_linkfire&utm_campaign=2a727982a4a477967c7860d154765714&utm_medium=Original&utm_term=objective-stream&utm_content=album-136799272 , le livre audio peut s’acheter à moitié prix (4,99 au lieu de 9,99€) sur les plateformes d’achat type Google Play, Apple Store. 

L’Orage à la maison, Catherine Verlaguet

couvoragepoursite_256x256Dans la maison d’Arthur, l’orage gronde. Ses parents ne cessent de se disputer et l’enfant le vit très mal. Pour s’extraire de ce climat tempétueux, il se réfugie dans un monde marin imaginaire en appelant à l’aide un coquillage qui aspire les tempêtes pour en trouver un autre qui pourrait avaler celle qui éclate chez lui. Au cours de son voyage chaotique, le jeune garçon va faire de multiples rencontres, d’un vieux poulpe savant à un Bernard l’Hermite friand de pensées ventouses…

« Dans une autre fenêtre, il voit son père avaler des couleuvres. L’orage danse autour de sa figure en un brouillard noir d’électricité. En face de lui, sa mère pleut en silence; elle arrose ses pensées. Arthur est fatigué. Il voudrait rentrer chez lui, quitte à retrouver sa tempête ! Mais alors il se rappelle du vieux Poulpe qui lui a dit qu’après ses marécages, il trouverait son coquillage ».

Voilà un magnifique conte fantastique et initiatique, très joliment mis en voix et en musique par Mélanie Doutey et Marc Demais. Le texte est d’une richesse poétique incroyable, ce qui est remarquable pour un livre qui s’adresse aux enfants à partir de 6 ans. L’autrice s’amuse avec les mots et nous transporte dans un univers maritime onirique qui n’est pas sans rappeler le monde imaginaire d’Alice au Pays des Merveilles de Lewis Carroll. On suit les péripéties du jeune Arthur qui sont autant d’étapes émotionnelles qu’il devra franchir pour comprendre qu’il n’est pas la tempête de ses parents. Parce que le thème central de ce conte est bien là : la dispute entre les parents et sans doute la séparation et l’impact sur leur enfant. Pas évident de traiter de ce sujet complexe avec un jeune public mais le défi est réussi. L’idée de la pensée-ventouse qui reste accrochée à l’esprit de l’enfant est très explicite pour faire comprendre aux enfants combien certaines pensées peuvent être envahissantes et qu’il faut parvenir à s’en défaire pour aller mieux. Le texte est agréablement interprété par Mélanie Doutey et l’accompagnement musical est très réussi, les airs sont à la fois mélancoliques et entraînants. Un gros coup de cœur pour ce magnifique album qui séduira les plus jeunes et sera un bel outil pour les parents.

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Magie nippone

Bonjour à tous ! Aujourd’hui, c’est mercredi et c’est le jour des enfants. Voilà donc de quoi ravir vos jeunes lecteurs. Vous pourrez vous procurer ce livre aux éditions Ynnis. Et pour le résumé du premier tome, c’est ici.

Kiki la petite sorcière – Les racines de la magie, tome 2, Eiko Kadono

kiki-la-petite-sorciere-2Dans ce deuxième tome, nous retrouvons Kiki, notre petite sorcière coursière, pour de nouvelles aventures. Voilà déjà un an que la jeune fille s’est installée dans la ville de Koriko avec son fidèle chat noir Jiji afin d’exercer son métier de coursière. Quoi qu’on lui demande, Kiki répond toujours présente ! Que ce soit pour transporter une simple pomme ou carrément un hippopotame. La petite sorcière est débordée ! Qui plus est, peut-être en raison de la fatigue, la jeune fille perd peu à peu confiance en elle. Voilà que son balai lui joue des tours et est de moins en moins fiable, au point que Kiki n’ose plus voler…

« En quoi consistait son travail, au juste ? Était-ce vraiment une bonne idée d’être une sorcière coursière ? Kiki était aux prises avec un problème difficile, bien différent de tous ceux qu’elle avait affrontés jusqu’alors. Ce problème semblait même lié à la question de savoir si rester une sorcière était une bonne chose ou non ».

J’avais adoré le premier tome et j’ai tout autant apprécié celui-ci. Notre sorcière gagne en maturité et de nouveaux sentiments apparaissent : amour, jalousie, regard des autres,  problème de confiance en soi, doute… De quoi faire réfléchir les plus grands. Chaque chapitre correspond à une aventure ce qui est bien pratique pour les plus jeunes lecteurs qui ne verront ainsi pas passer les 350 pages. Chaque petite histoire offre une leçon ce qui permettra aux enfants de mieux comprendre leurs propres émotions et combien il est important de se remettre en question pour continuer à progresser et à grandir. D’ailleurs, Kiki se demande si elle ne devrait pas s’essayer à une autre forme de magie au lieu de se contenter de voler. Pour rappel, ce conte japonais est à l’origine du film d’animation éponyme de Hayao Miyazaki. Un petit coup de cœur pour ce deuxième tome qui ravira toute la famille.