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Epopée onirique

3 Jan

Depuis de longs mois, on me parlait de ce livre. Le Père Noël me l’a apporté et je l’ai enfin lu !

Kafka sur le rivage, Haruki Murakami

Quand on ouvre un livre de Murakami, il faut laisser la réalité telle qu’on la connait derrière soi et s’apprêter à pénétrer dans un monde étrange, aux frontières du rêve et du réel…

Il m’est bien difficile de résumer ce livre à la fois roman initiatique et épopée onirique sur fond de tragédie grecque. Cette oeuvre est à ce point métaphorique que je suis presque certaine que chaque lecteur peut lui conférer un sens qui lui appartient personnellement.

Kafka Tamura est un jeune garçon de 15 ans, originaire de Tokyo. Le jour de son anniversaire, il fugue pour échapper à la prophétie oedipienne proférée par son père à savoir tuer son père et coucher avec sa mère et sa soeur. Après un long voyage, il se retrouve accueilli dans une étrange bibliothèque dans laquelle tableau, chanson, fantôme et vivants ne forment peut-être qu’un seul tout…

En parallèle, nous suivons le chemin de Nakata, un sage vieillard illettré capable de converser avec les chats. Après avoir croisé le chemin d’un tueur de chats sanguinaire et être passé au travers d’une pluie de poissons, poussé par une force supérieure, il rejoint Takamatsu, la ville même où s’est réfugié Kafka, afin d’accomplir son destin. C’est lui qui sera chargé de retrouver et d’ouvrir la pierre de l’entrée…

Bien entendu, à lire cette tentative de résumé, ce roman ne semble avoir aucun sens, j’en conviens. Pourtant, il possède sans conteste de multiples significations symboliques sur l’importance de la lecture, sur le sens de la vie, de la mort et la quête de soi. On ne ressort pas de ce texte érudit, humaniste, érotique, fantaisiste, bref, labyrinthique tout à fait dans le même état d’esprit qu’avant de l’entreprendre. Peut-être parce qu’en lisant Kafka sur le rivage, nous entrons aussi dans un monde nouveau, dans un monde où le temps n’a plus vraiment d’importance et où ce qui est normal ou pas n’a plus aucun sens.

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Club des cinq

29 Nov

J’ai été faible, j’ai encore craqué pour un Murakami…

L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage, Haruki Murakami

9782714456878Alors qu’il a 36 ans, Tsukuru, architecte spécialisé dans la réfection et construction de gares, se remémore ses années de lycée, passées en compagnie de ses quatre meilleurs amis : Akamatsu surnommé Rouge, Ômi, Bleu, Shirane, Blanche et Kurono, Noire. Tsukuru, quant à lui, était incolore. Alors que les cinq amis étaient totalement inséparables, Tsukuru va décider de partir effectuer ses études supérieures à Tokyo alors que les quatre autres préfèrent rester à Nagoya. La première année, leur amitié demeure intacte. Mais quelques mois plus tard, alors que Tsukuru revient passer ses vacances à Nagoya et tente de contacter ses amis, personne ne lui répond. L’un des quatre finit par lui signifier qu’ils ne veulent plus jamais avoir affaire à lui, sans donner aucune explication. Tsukuru, sous le choc, ne songe pas à en demander.

Va s’en suivre pour notre jeune ami qui a alors 20 ans, une longue dépression. Pendant quelques mois, il va se sentir comme mort avant de refaire peu à peu surface, tout en s’interrogeant toujours sur le brusque rejet dont il a été victime. C’est toujours l’esprit rongé par cette histoire, qu’il va, à 36 ans, faire la rencontre de Sara, une jeune femme pour laquelle Tsukuru est prêt à affronter ses démons passés afin de pouvoir enfin vivre. Pour cela, il va devoir effectuer un pèlerinage qui va le mener de Nagoya jusqu’en Finlande. Il lui faut enfin comprendre pourquoi il a ainsi été rejeté du cercle parfait qu’ils formaient tous les cinq.

Ce roman de Murakami se lit presque comme un polar. Le personnage principal, en proie à un constant doute existentiel, se livre à une quête personnelle, à la manière d’un détective, qui va le pousser dans ses plus profonds retranchements. Il ne pourra parvenir à vivre sa vie pleinement qu’en répondant à la question qui le torture depuis 16 ans : pourquoi a-t-il été rejeté de son cercle d’amis ? Parce qu’il était trop incolore à leurs yeux ? Parce qu’il s’était trop éloigné en partant étudier à Tokyo ? Toutes les suppositions qu’il peut imaginer ne sont pas assez violentes pour expliquer un rejet si brutal. Quel acte a-t-il bien pu commettre ? Les réflexions du personnage permettent à l’auteur de faire naître une atmosphère de nostalgie qui va irriguer tout son texte en même temps que l’idée que l’homme a toujours plusieurs facettes dans sa personnalité, sans en avoir forcément toujours pleinement conscience. Personne n’est blanc ou noir, chacun possède un jardin secret qui le rend unique et qui fait sa couleur. Si la frontière entre rêve et réalité est parfois plus que poreuse, ce roman de Murakami est moins tourné vers l’onirisme et les mondes parallèles que 1Q84 ou Kafka sur le rivage. Mais davantage que dans ces œuvres, la quête identitaire emprunte de nostalgie est ici primordiale. Un très agréable moment de lecture.