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Magie poétique des chiffres

27 Oct

Une jolie découverte dans les rayons de la bibliothèque. Littérature japonaise bien sûr !

La formule préférée du professeur, Yoko Ogawa

La narratrice, une jeune aide-ménagère, vient de se faire embaucher chez un ancien mathématicien. Le sexagénaire ne peut en effet réaliser seul les gestes élémentaires du quotidien. Vingt ans plus tôt, le professeur a été victime d’un grave accident de voiture qui a bouleversé sa vie. S’il se souvient de ce qu’a été son existence avant le drame et a conservé intactes ses facultés intellectuelles , depuis, sa mémoire n’excède pas les quatre-vingt minutes.

Tous les matins, l’aide-ménagère doit donc se présenter comme si elle effectuait son premier jour de travail. Mais au fil des jours, à force de patience, un lien va s’établir entre ces deux êtres que tout semblait opposer. Les mathématiques, contre toute attente pour la jeune femme qui a arrêté ses études très tôt et n’a jamais été passionnée par la matière, vont les réunir. Bientôt, à la demande du professeur, la narratrice va lui présenter son fils de dix ans. Ensemble, ils vont découvrir la richesse et la magie des chiffres et redonner un sens à la vie du professeur.

Ceux qui me connaissent savent que je n’ai pas d’appétence particulière pour les mathématiques et même que cette discipline me rebute particulièrement. La force de Yoko Ogawa est justement de conférer à cette discipline une magie insoupçonnée. Grâce aux chiffres, les trois personnages vont se lier d’une amitié indéfectible alors que rien n’aurait laisser présager que la mère et son fils ne puissent entretenir le moindre lien avec un vieillard monomaniaque. Ce roman subtil évoque d’une façon très délicate mêlée d’humour les questions de la mémoire, de la dépendance et des relations humaines intergénérationnelles.Si j’avoue avoir parfois décroché pendant certaines démonstrations mathématiques, j’ai pris un immense plaisir à lire ce roman et à comprendre que cette discipline que j’ai longtemps jugée fastidieuse pouvait aussi receler de la poésie. Cet admirable roman – qui me fait penser au Théorème du perroquet de Guedj (chroniqué ici) – a d’ailleurs reçu de nombreux prix dont celui de la Société des mathématiques pour avoir révélé au lecteur la beauté de cette discipline.

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Intrigue mathématicienne

11 Oct

Cela faisait longtemps que je voulais lire ce livre dont le titre m’intriguait beaucoup. C’est chose faite, et ça n’a pas été sans peine…

Le théorème du perroquet, Denis Guedj

Paris. Rue Ravignan dans le quartier de Montmartre. Monsieur Ruche, 84 ans, libraire, partage son grand appartement avec Perrette Liard qui le seconde depuis une vingtaine d’années aux Mille et Une Feuilles et ses enfants, les jumeaux Jonathan-et-Léa, « trente-trois ans et trois mètres quarante à eux deux », et Max, 12 ans, adopté tout bébé et sourd. Un jour, il reçoit une lettre mystérieuse venant d’Amazonie. Celle-ci a été écrite par un vieil ami de fac, Elgar Grosrouvre, perdu de vue depuis plus de 50 ans et exilé à Manaus. Celui-ci, se sentant menacé – par quoi, par qui, il ne le dit pas – lègue toute sa bibliothèque à Pierre Ruche. Pas n’importe quelle bibliothèque, la plus belle bibliothèque du monde spécialisée dans les mathématiques, avec des dizaines de livres vieux de plusieurs siècles !

Ruche n’a pas le temps de se remettre du choc que les livres font leur apparition et qu’il apprend la mort de son ami. Il décide donc, contraint par le sort, de sortir les livres des caisses et de les ranger dans ce qu’il nommera la BDF (Bibliothèque de la Forêt). Oui mais voilà, comment classer ces livres ? Monsieur Ruche ne connaît rien aux maths, lui, c’était la philosophie qui le branchait. Le voilà donc obligé de se mettre aux mathématiques pour ranger les ouvrages.

Mais le rangement n’est pas le seul de ses soucis. Il veut aussi élucider le mystère de la disparition de Grosrouvre. Pour l’aider, il peut compter sur sa famille de coeur. Et sur Nofutur, un perroquet magnifique, sauvé des mains de trafiquants d’animaux aux Puces par le jeune Max. Pour résoudre le problème Grosrouvre, tout ce brave monde va devoir se plonger dans un long voyage dans l’histoire des mathématiques, de l’Antiquité grecque à nos jours…

Je m’arrête là pour résumer ce gros pavé de plus de 650 pages. Une fois n’est pas coutume, j’avoue avoir sauté des pages. Non pas parce que je m’ennuyais. Mais parce que je ne comprenais rien ! Des pages remplies de théorèmes, de figures géométriques et autres développements mathématiques !

A part ça, j’ai bien aimé l’intrigue de fond. J’ai pu découvrir aussi à quel point les mathématiques étaient liées à la philosophie et j’ai appris des tas de choses sur les hommes qui pour moi n’étaient que des noms de théorèmes : Thalès, Pythagore et Archimède n’ont plus de secrets pour moi ! Enfin, si, car la somme d’informations est telle que je n’ai pas pu tout retenir et que je me suis un peu emmêlé les pinceaux avec toutes les histoires. Mais il fallait y penser à cette enquête quasi policière sur fond de maths. Cela m’a fait penser au Monde de Sophie de Jostein Gaarder, qui permettait, lui, de découvrir la philosophie.

Le tout est raconté avec une telle vivacité, les personnages sont dotés d’un tel enthousiasme pour connaître la vie des mathématiciens et résoudre leur énigme que je me suis laissée emporter moi-aussi. De nombreuses touches humoristiques parsèment également ce roman qui constitue donc une lecture à la fois ludique et instructive. Peut-être de quoi réconcilier les plus réfractaires -comme moi- avec cette science !