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Présence envahissante

8 Mai

Un grand merci à celui qui m’a conseillé et prêté ce livre !

Les Catilinaires, Amélie Nothomb

Emile et Juliette , un couple de sexagénaires fraîchement retraité, viennent d’acquérir la maison de leur rêve, en pleine campagne, loin de la vie citadine qu’ils ont connue tant d’années. Leur plus grand souhait se trouve enfin réalisé : vivre seuls, au milieu de la nature, pour couler des jours heureux.

Malheureusement, ce bonheur sera de courte durée. Une semaine après leur installation, quelqu’un vient frapper à leur porte. Etonné par cette visite imprévue, Emile s’empresse d’aller ouvrir. Il découvre alors un homme énorme, un peu plus âgé que lui qui se présente comme étant M. Bernardin, son voisin. Notre charmant couple, au courant qu’un médecin résidait non loin, accueille leur voisin comme il se doit, lui offrant leur meilleur fauteuil et une tasse de café. Emile engage aussitôt la conversation. Mais il se rend rapidement compte que c’est peine perdue : Palamède Bernardin n’a absolument rien à dire et ne semble posséder que deux mots à son vocabulaire : « oui » et « non ». Lorsqu’il daigne enfin partir deux heures plus tard, Emile est parfaitement épuisé d’avoir tenté d’entretenir la conversation en vain et fortement contrarié d’avoir été envahi par ce rustre pendant un aussi long moment. Sa femme, elle, préfère en rire et ils finissent par se moquer de ce pauvre Bernardin…

Mais ce qu’Emile et Juliette ne savaient pas encore, c’est que le voisin n’allait pas se contenter de cette unique visite… Tous les jours, l’énorme bonhomme va venir frapper à la porte de nos pauvres retraités à 16 heures tapantes et s’incruster chez eux pendant deux interminables heures, sans déclencher un mot ou presque. Le caractère inéluctable et absurde de ce rendez-vous quotidien imposé va bientôt provoquer angoisses et sueurs froides à nos amis… eux qui étaient venus chercher la solitude se retrouvent envahit chaque jour par leur imposant voisin. Pire, celui-ci semble éprouver un parfait dégoût à cette visite… Que veut-il ? Comment s’en débarrasser ? Ces deux questions vont revenir comme un leitmotiv dans les discussions d’Emile et Juliette.

Je n’ai qu’un mot à dire : génial ! Je ne sais pas comment j’ai pu passer à côté d’Amélie Nothomb pendant de si longues années ! Les quelques romans que j’ai lus ces derniers temps m’avaient plu mais celui-ci les surpasse tous. L’humour grinçant inonde cette comédie plus que sombre. On s’attache d’emblée à notre charmant couple et on partage ses réflexions : que faire pour combattre un emmerdeur pareil ? On aboutit vite à la réponse la plus radicale : le tuer ! Mais avez-vous déjà imaginé un professeur de latin retraité abattre son voisin de sang-froid ? Impossible ! Il lui faudra sans doute trouver une autre réponse… à moins que… Je vous laisse le découvrir ! Ce roman offre un condensé du style à la fois drôle et mordant, plein d’ironie, de la romancière belge. Le climax est atteint selon moi avec la description de la femme de Bernardin, un pur délice – si je puis m’exprimer ainsi… – « Quand madame Bernardin était entrée, nous avions cessé de respirer. Elle effrayait autant que la créature fellinienne. Non qu’elle lui ressemblât, loin de là, mais à son exemple, elle était à la limite de l’humain. Le voisin avait franchi notre seuil puis tendu la main au-dehors : il avait tiré vers l’intérieur quelque chose de d’énorme et de lent. Il s’agissait d’une masse de chair qui portait une robe, ou plutôt que l’on avait enrobé d’un tissu. Il fallait se rendre à l’évidence : comme il n’y avait rien d’autre avec le docteur, il fallait en conclure que cette protubérance s’appelait Bernadette Bernardin. Au fond, non : le mot protubérance ne convenait pas. Sa graisse était trop lisse et blanche pour provoquer ce genre d’efflorescence. Un kyste, cette chose était un kyste ». Amélie Nothomb n’épargne pas ses personnages ni ses lecteurs. Moi si. Je vous laisserai vous délecter du récit du repas sans moi ! La nourriture joue encore un rôle très important dans ce roman de Nothomb, tout comme la question de l’apparence physique, déjà brillamment traité dans Attentat. Pour conclure, vous l’aurez compris, je ne saurais que trop vous recommander la lecture de cet exquis roman !

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Miroir, mon beau miroir…

4 Juin

Je remercie chaleureusement celui qui m’a prêté ce livre !

Mercure, Amélie Nothomb

Sur une île isolée du reste du monde, au large des côtes Normandes, vit un couple bien étrange, dans une maison bien plus étrange encore, entouré par de fidèles serviteurs. Étrange en effet puisque Omer Loncourt vient tout juste de fêter ses soixante-sept ans tandis que sa compagne, Hazel, soufflera ses vingt-trois bougies dans quelques semaines. Etrange cette demeure dépourvue du moindre reflet…

Alors que le vieil homme se réjouit à l’idée de fêter leur centenaire à deux, la jeune fille tombe malade. Le vieillard engage alors Françoise, une charmante infirmière, à son service mais sous de bien sévères conditions : elle sera fouillée à chacune de ses venues sur l’île, ne devra rien laisser paraître de ses émotions en voyant la jeune fille et ne devra, sous aucun prétexte, poser la moindre question personnelle.  La jeune infirmière va d’emblée se lier d’amitié avec sa patiente et prétexter un état de santé préoccupant pour revenir à son chevet les jours suivants, non seulement dans le but de la soigner et discuter mais surtout pour percer le mystère de cette vie à l’abri de tout regard et comprendre pourquoi Hazel supporte de partager la couche du barbon chaque soir…

Bientôt, Françoise va mettre le doigt sur la vérité et comprendre le plan machiavélique mis en place par Omer pour assouvir son amour. Mais son employeur l’a à l’œil et ne compte pas la laisser détruire ce qu’il a mis tant de temps et d’énergie à concevoir…

Amélie Nothomb réussit un coup de maître avec ce huis-clos palpitant. Dès le départ, le lecteur est happé par la volonté de découvrir le fin fond de l’histoire. Pourquoi diable une jeune femme de 23 ans s’inflige-t-elle un tel calvaire ? Bientôt, on croit comprendre. Hazel a été défigurée et refuse d’offrir au monde l’horreur de son visage comme à elle-même. Sauf que… Sauf que le talent d’Amélie Nothomb est là : berner son lecteur en lui renvoyant, tel un mauvais miroir, une image déformée de la réalité. Ce dernier, à l’instar d’Hazel, est victime de la vaste supercherie, de l’infâme machination mise en place par Loncourt et la vérité ne lui sera révélée que dans les dernières pages ce qui ne sera pas forcément le cas pour la jeune recluse…

On retrouve ici les thèmes de prédilection de l’auteure belge : la laideur et la beauté mais aussi la passion liée à la perversité. Si j’avoue avoir été un peu moins séduite par celui-ci que par Les Catilinaires (quoique présent, l’humour est moins perceptible ici), je n’ai pas moins pris un réel plaisir à lire ce roman d’une remarquable intelligence narrative (même la conclusion est surprenante !)