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Boris Vian ou l’auteur aux mille visages !

5 Déc

Je ne pouvais pas ouvrir un blog consacré à mes lectures sans publier un article sur l’un des plus grands auteurs français du vingtième siècle selon moi : Boris Vian, dit Bison Ravi, dit Vernon Sullivan.

Dans les prochains mois, je relirai les textes les plus célèbres de Vian, vous ferai découvrir des oeuvres moins connues du grand public et découvrirai aussi une partie de son oeuvre que je n’ai jamais étudiée à savoir le théâtre.

J’espère vous transmettre ma passion pour cet auteur hors du commun qui sera bientôt remis à l’honneur avec la sortie, en 2013, d’une nouvelle adaptation cinématographique de L’Ecume des Jours avec Audrey Tautou et Romain Duris.

L’article qui suit n’est pas une biographie en bonne et due forme. Il s’agit simplement de vous présenter rapidement le touche-à-tout qu’a été Vian au cours de sa trop courte vie. Le texte est en partie extrait de mon mémoire de master, L’humour chez Boris Vian.

Scientifique de formation, musicien averti et auteur prolifique aux multiples facettes, Vian a touché à tout. Du roman à la nouvelle, de la poésie au théâtre, de la critique de jazz à la chronique journalistique en passant par la composition de chansons, presque aucun domaine du champ littéraire ne lui a échappé.

Si Boris Vian est passé à la postérité avant tout pour son œuvre littéraire, rien ne le prédestinait pourtant à l’écriture puisqu’il est issu d’une formation scientifique. En effet, il obtient son diplôme de l’Ecole centrale des Arts et Manufactures en 1942 et se met en quête d’un emploi dès ce moment. Il ne lui faudra que peu de temps avant de trouver un emploi à l’A.F.N.O.R. (Association française de normalisation). A la lecture de ses œuvres, et notamment de Vercoquin et le plancton, on décèle aisément l’ennui de notre auteur dans les bureaux à l’ambiance trop normalisée pour ce jeune homme épris de liberté qui ne pourra en aucun cas se satisfaire de « la perforation d’un certain nombre de feuillets destinés à recevoir des notations personnelles »(ibid).

Toutefois, Vian n’oubliera jamais son passé de normalien et le mettra même à profit dans ses ouvrages. De toute façon, il est obligé de rester travailler dans une institution pour des raisons financières puisque son travail d’écrivain ne suffit pas à le faire vivre. Ainsi, en 1946, Boris Vian démissionne de l’A.F.N.O.R. pour entrer à l’Office Professionnel des Industries et des Commerces du Papier et du Carton. C’est dans les bureaux de sa nouvelle entreprise que Vian finira d’écrire L’Ecume des Jours et rédigera entièrement L’Automne à Pékin.  Science et technique sont donc toujours présentes dans ses œuvres même les plus poétiques, il n’y a qu’à se reporter à L’Ecume des Jours avec l’invention du « pianocktail » pour voir cette thèse se confirmer. Mais Vian, non content d’être à la fois ingénieur et écrivain, s’intéressa de très près à la musique.

Boris Vian s’est mis à la musique très tôt et n’a pas choisi de pratiquer un instrument commun en apprenant la trompette. Le choix de la « trompinette » est pour Vian l’occasion de faire un pied de nez à son destin de malade cardiaque en montrant qu’il ne manque pas de souffle et que son envie de vivre est plus forte que tout. En 1942, Boris intègre l’orchestre Claude Abadie dans lequel son frère, Alain Vian, jouait comme batteur. L’orchestre une fois au complet se produira dans tous les tournois de Jazz de France et de Belgique et fera les beaux jours, ou à proprement parler les belles nuits, des caves de Saint-Germain-des-Prés. Mais la maladie rattrapant l’homme et le jazz en France ne correspondant plus à ses attentes, Vian abdique en tant que musicien pour se consacrer à sa musique favorite dans une revue de presse de Jazz Hot dès le début des années 50.

Après ces quelques considérations sur le rôle joué par la musique dans la vie de Vian, le lecteur comprendra mieux les nombreuses allusions faites au jazz dans l’œuvre romanesque de l’auteur notamment dans L’Ecume des JoursVercoquin et le plancton ou encore Blues pour un chat noir pour citer une nouvelle.

Pour ce qui est du domaine littéraire, Boris Vian ne s’est jamais cantonné à un seul style d’écriture que ce soit à l’intérieur même du genre romanesque, où les romans d’amour côtoient les romans noirs ou encore ceux de science-fiction, ou que se soit dans la littérature en général où il s’est adonné au théâtre, à la poésie, à la nouvelle, aux essais, à la critique musicale ou encore à la chanson. J’en omets certainement et je m’en excuse !

A bientôt donc pour de nombreux articles consacrés à son oeuvre exceptionnelle !

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France très profonde

3 Oct

Aujourd’hui sort ce bon polar bourré d’humour noir aux éditions du Seuil.

Ah, les braves gens !, Franz Bartelt

ah-les-braves-gensQuand Julius Dump, écrivain de son état, arrive à Puffigny au volant d’une vieille cadillac jaune citron, il ne s’attend pas à ce que ce bled très paumé où il ne se passe jamais rien recèle autant de mystères. Alors qu’il est à la recherche d’un tableau jadis volé par son père et un certain Nadereau qui l’aurait conservé et se cacherait dans le petit village, notre protagoniste découvre éberlué les habitants hauts en couleur, aux mœurs plus ou moins étranges. Très rapidement, il engage Helnoute Ballo pour l’aider dans sa quête. Mais dans ce patelin perdu où les gens sont connus pour être plus menteurs les uns que les autres, pas simple de trouver une piste valable.

Ce polar énigmatique est une petite pépite d’humour noir, grinçant à souhait, porté par des personnages bien gratinés. Par certains aspects, Puffigny m’a rappelé le villâge de L’Arrache-cœur de Boris Vian, avec sa célèbre foire aux vieux. A Puffigny, rien ne se passe comme ailleurs et du coup c’est le cadre parfait pour écrire un roman. C’est justement ce que va faire notre personnage principal. Et hop ! Une jolie mise en abîme ! Si vous cherchez un roman qui sort un peu de l’ordinaire, avoir le sourire aux lèvres pendant près de 300 pages, n’hésitez pas !

Femmes à l’honneur

5 Fév

Bonjour à tous ! Aujourd’hui, je ne vais pas vous parler d’un livre mais d’un prix littéraire bien particulier, dont la mission me tient à cœur,  qui a pour but de soutenir et faire connaitre une littérature féminine de qualité. Le Prix de la Closerie des Lilas, qui fête ses 10 ans cette année, se compose d’un jury permanent et d’un jury invité qui rassemble des femmes issues du mondes des lettres, des arts, de la presse, des sciences et de la politique. Claude Lelouch sera le président d’honneur de cette édition 2017.

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Cette année, les invitées seront : Lydia Bacrie, Victoria Bedos, Bérénice Bejo, Claire Chazal, Catherine Clément, Diane von Furstenberg, Emmanuelle Devos, Daniela Lumbroso et Orlan qui viendront compléter les membres du jury permanent :Emmanuelle de Boysson (journaliste Version Fémina, romancière), Adélaïde de Clermont-Tonnerre (Point de Vue, romancière), Carole Chrétiennot (cofondatrice du Prix de Flore), Stéphanie Janicot (Muze, romancière), Jessica Nelson (Editions des Saints Pères, romancière), Tatiana de Rosnay (romancière).

Une première sélection de 7 romans a été établie :

Apatride de Shumona Sinha, Éditions de l’Olivier
Hadamar de Oriane Jeancourt Galignani, Éditions Grasset
Les parapluies d’Erik Satie de Stéphanie Kalfon, Éditions Joëlle Losfeld
Par amour de Valérie Tong Cuong, Éditions J.C. Lattès
Peggy dans les phares de Marie-Eve Lacasse, Éditions Flammarion
Pour que rien ne s’efface de Catherine Locandro, Éditions Héloïse d’Ormesson
Trois saisons d’orage de Cécile Coulon, Éditions Viviane Hamy

Une seconde liste sera rendue publique le 21 mars prochain. Tous les romans sélectionnés sont issus de la rentrée littéraire de janvier 2017.

 

 

La cité des mensonges

18 Déc

Le Japon. Ce pays qui me fait tant rêver ! Pourtant, ce n’est ni un nouveau Murakami que je vous propose aujourd’hui ni même un autre auteur nippon mais le roman d’une française qui a vécu 10 ans au pays du soleil levant.

Kabukicho, Dominique Sylvain

b9dc839a8b7e576590ec5b003a021fcaKabukicho, c’est le nom du quartier le plus sulfureux de Tokyo. Aucun intérêt de s’y rendre en journée car c’est la nuit que Kabuchiko s’éveille, illuminée par les néons des bars et love hôtels où les hôtesses et les hôtes se succèdent auprès de clients en quête d’estime. C’est dans ce royaume de l’alcool, de la drogue, du sexe et de l’argent facile gagné à coups de conversations creuses et de compliments tarifés que l’on fait la connaissance de Marie, une jeune française, qui voit fondre ses économies à vue d’œil. Un soir, dans un pub pour expatriés, elle rencontre Kate, une anglaise, réputée pour être l’hôtesse la plus populaire du club Gaïa – un établissement « à l’ancienne », où coucher avec les clients n’est pas obligatoire. Kate propose à Marie de venir travailler avec elle afin de se remplir les poches rapidement. Les deux jeunes femmes qui se lient d’amitié décident de devenir colocataires pour partager les frais de logement.

Un soir, alors que Marie se rend au club pour travailler, la patronne s’étonne de ne pas voir Kate. La française se montre inquiète également. Le lendemain, le père de Kate reçoit une photo de sa fille, allongée, les yeux clos, accompagnée d’un sinistre message : « Elle dort ici« . Inquiet, il prend le premier vol pour le Japon, bien décidé à faire la lumière sur ce mystère et surtout à retrouver sa fille.

La disparition inquiétante de la jeune occidentale est bien évidemment très vite parvenue aux oreilles de l’inspecteur Yamada, le capitaine du commissariat de l’arrondissement de Shinjuku. Cette histoire de photo envoyée au père de la disparue et le texte joint lui laisse un vilain arrière-goût de déjà vu. Exactement le même procédé qu’un tueur en série qui a mis la police japonaise en déroute pendant des années… avant d’être arrêté, condamné à mort et exécuté… A-t-on à faire à un admirateur ? Dans ce cas, le pire est à prévoir. Rapidement, les enquêteurs soupçonnent le bel et intrigant Yudai, l’hôte le plus convoité de Kabukicho, qui avait justement rendez-vous avec Kate, le soir de sa disparition…

Voilà longtemps que je n’avais pas lu un roman aussi rapidement ! Dominique Sylvain m’a littéralement transportée dans les rues artificielles de Kabukicho grâce à une intrigue extrêmement bien ficelée mêlant intrigue policière, amour, quête identitaire et étude sociologique que le regard des trois personnages principaux vient éclairer sous des angles différents. Chaque chapitre met en avant tour à tour Marie, Yudai et Yamada autour desquels gravitent une myriade de seconds rôles finement travaillés, permettant au lecteur de se plonger davantage dans cet entre-deux mondes qu’est le quartier des plaisirs tokyoïte. Si le lecteur attentif parvient assez facilement à dénouer les fils de cet imbroglio, il n’en sera pas moins conquis par la toile d’araignée tissée par l’auteur. Le suspens est présent du début à la fin et je me suis surprise à être épatée par la maîtrise avec laquelle l’écrivain est parvenu à mettre en scène la folie d’un personnage. Du grand art ! Merci aux éditions Viviane Hamy qui m’ont permis de découvrir cette pépite ! Coup de cœur !

 

Amour fou

9 Mai

Je remercie infiniment mon amie Alexandra pour m’avoir prêté ce livre et fait passer un excellent moment de lecture.

En attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut

en-attendant-bojanglesGeorges et sa femme – à laquelle il attribue un nouveau prénom chaque jour -, forment un couple heureux mais pour le moins extravagant. Leur vie n’est que fêtes, dîners entre amis et cocktails à tout va. Dès qu’ils ont un moment de libre, ils le passent à danser sur « Mr Bojangles » de Nina Simone. Leur fils participe à cette vie fantaisiste avec un regard émerveillé, chaque jour ressemblant au nouvel acte d’une pièce de théâtre hallucinée dont le metteur en scène est sa mère. Celle-ci ne peut rester en place. Hors de question que son fils moisisse sur les bancs de l’école quand il peut participer à de somptueux dîners en compagnie de l’Ordure – un ami sénateur -, de banquiers ou d’auteurs réputés. La famille compte un quatrième membre bien particulier, Melle Superfétatoire, un immense oiseau exotique qui se promène à son aise dans l’appartement. Mais cette vie tourbillonnante va bientôt prendre fin, quand notre principale actrice commet l’acte de trop. Père et fils vont alors tout mettre en oeuvre pour éviter que leur vie ne bascule du rêve au cauchemar et vont continuer ensemble d’écrire la suite de leur vie sur des airs de comédie.

Voilà bien longtemps que je n’avais pas lu un livre si désespérément drôle. J’emploie cet adverbe car le désespoir est bien présent, dissimulé dans chaque recoin de ce roman fantaisiste. Et voilà justement la force de l’auteur, Olivier Bourdeaut (qui signe d’ailleurs ici son premier roman). Rédiger un drame sans en avoir l’air. Nous amuser pour faire diversion et éviter de nous faire pleurer. Et pour réussir ce pari, un seul mot d’ordre : la folie ! Ce texte très travaillé – beaucoup de jeux sur les sonorités et le rythme des phrases – propose au lecteur de partir en voyage dans l’univers complètement décalé de cette famille de menteurs et noceurs nés. L’ambiance loufoque m’a fortement fait penser aux roman de Boris Vian, aux surprises-parties déjantées que l’on peut trouver dans Vercoquin et le Plancton par exemple. Alors surtout, n’hésitez pas un instant, si vous voulez un texte bien écrit, à la fois émouvant et divertissant pour le printemps, jetez-vous sur ce roman ! Coup de cœur et je ne suis pas la seule puisque ce titre a obtenu le grand prix RTL  Lire 2016 et a été élu Roman des étudiants 2016.

Retour vers le futur

2 Jan

Pour cette première chronique de l’année 2016, je tiens à remercier les éditions Syros pour leur confiance. J’ai en effet eu la chance de recevoir un exemplaire des épreuves non corrigées de ce livre qui paraîtra le 7 janvier. Une jolie façon de commencer l’année. Je vous souhaite d’ailleurs tous mes vœux de bonheur et de belles aventures livresques.

Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous, Nathalie Stragier

1507-1Andréa, 16 ans, est une lycéenne de 2019 comme les autres, qui rêve de liberté, si ce n’est qu’elle est uniquement entourée d’hommes depuis la disparition de sa mère. Elle vit avec son père flic et ses deux frères, Pierrick l’aîné et Tiago le cadet. Son seul véritable ami est Mathias, avec lequel elle envisage de découvrir l’Europe de l’est l’été prochain. Evidemment, son père refuse de lui accorder la permission sous prétexte qu’elle est trop jeune et que ce périple est trop dangereux pour une fille.

Un matin, alors qu’elle se rend au lycée, en retard, comme d’habitude, Andréa remarque un groupe de filles pour le moins étranges. Elles sont toutes très grandes, habillées bizarrement et très laides. Alors qu’elle cherche à percer le mystère de ces géantes, le groupe disparaît mystérieusement. Une seule d’entre elles est restée proche de la grille du lycée et semble complètement paniquée. Elle se nomme Pénélope et alors qu’Andréa tente d’entamer la conversation et de l’aider, la jeune inconnue décline son offre et surtout refuse de quitter l’endroit où elle se trouve, persuadée que ses amies vont revenir la chercher…

Par la force des choses, Andréa va décider de ramener Pénélope chez elle pour l’aider. Mais cela pourrait bien être la pire décision de sa vie tant l’inconnue est envahissante et maladroite. Bientôt cependant, Andréa apprendra que la demoiselle vient du futur et qu’elle est terrifiée par ce qu’elle nomme le Moyen-âge tardif. Pour elle, en effet, 2019 est une époque barbare, très dangereuse, de laquelle elle doit partir le plus vite possible. Andréa aimerait en apprendre davantage sur le futur mais Pénélope refuse de lui dévoiler quoi que ce soit de crainte de bouleverser l’ordre établi. Elle détient en particulier un secret qu’elle ne doit révéler sous aucun prétexte.

Pour un premier roman, Nathalie Stragier signe une comédie d’aventure délirante. Les événements s’enchaînent à toute vitesse et le lecteur est porté dans l’intrigue par un suspens sans cesse renouvelé. L’auteure use à fond du ressort comique du quiproquo, les proches d’Andréa étant persuadés que Pénélope est une réfugiée politique, et c’est le sourire aux lèvres qu’on progresse dans le livre. Les temps-morts n’existent pas, l’intrigue étant soutenue par une course contre la montre exaltante lorsque, mise au courant du terrible secret, Andréa comprendra que Pénélope détient le pouvoir de changer le sort de l’humanité. Mais ce que j’ai trouvé particulièrement intéressant, c’est le regard extérieur porté par cette fille du futur sur notre civilisation : la mixité, le fait de manger de la viande, de s’habiller de la même façon, l’épilation des femmes et non des hommes… évidemment, ce regard est porteur de préjugés que seule l’expérience pourra démentir mais il permet également de nous faire réfléchir de manière humoristique sur nos habitudes. Ce n’est pas sans rappeler Les Lettres persanes de Montesquieu, roman épistolaire rassemblant la correspondance fictive entre des voyageurs persans en France et leurs amis restés en Perse. Une façon déguisée de critiquer la société française du 18ème siècle sans risquer la censure. De la même façon, la vision du futur qu’il nous est permis d’entrevoir par le biais de Pénélope n’est peut-être pas aussi idéal qu’il n’y paraît.

Ce roman humoristique, qui mêle à la fois science-fiction et suspens digne d’un thriller, permettra aux ados de réfléchir sur le monde qui nous entoure, sur l’acceptation de la différence et sur bien d’autres thèmes très sérieux à la fois éthiques et philosophiques tout en passant un excellent moment de détente. Une bonne manière de commencer 2016.

Corps perdu

22 Nov

Lecture réalisée pour le comité du collège Arsène Fié. Je préviens d’emblée, par avant 14-15 ans.

Djamila, Jean Molla

9782246647614fsVincent redouble sa terminale et joue de la guitare dans un groupe avec son meilleur ami Hamid. Un jour, une jeune fille magnifique mais très mystérieuse fait son apparition. Comme Hamid a déjà l’air sur le coup, Vincent ne se fait aucune illusions quant à ses chances de pouvoir intéresser la demoiselle. Mais son ami va lui apprendre que Djamila est sa cousine, qu’elle a dû quitter la banlieue parisienne pour venir s’installer chez lui, à Poitiers. De plus en plus sous le charme, Vincent va tenter de percer le secret de la jeune fille… en vain. Pour tenter de comprendre ce que renferment son silence et son regard sombre, il décide d’aller faire un tour dans la cité de Sergeny, là où vivait Djamila. Il ne sait pas encore quels démons il va réveiller…

Avant toute analyse – vu que cette chronique est destinée à un public de collégiens – je préfère prévenir d’emblée : les thèmes abordés dans ce roman sont extrêmement violents. Une violence malheureusement bien réelle, mais qui pourra choquer les plus jeunes et les plus sensibles d’entre vous. Donc je ne conseille pas ce livre en-dessous de la classe de 3ème et si possible, si vous décider de le lire, faites-vous accompagner par un adulte (parents ou professeurs) afin de pouvoir discuter de ce que vous aurez lu.

Tout d’abord, le texte de Jean Molla (auteur de Felicidad) est vraiment très bien rédigé et très réaliste. C’est d’ailleurs cela qui fait sa force mais qui du coup appuie la violence du propos. Mais comme nous ne vivons malheureusement pas au pays des Bisounours, et qu’il faut bien appeler un chat un chat, l’auteur va aborder un sujet très sensible de manière assez directe. Ce roman parle donc de viol. Davantage que ça, de viol en réunion, de tournantes, et de films pornographiques tournés avec des personnes non consentantes. N’ayez crainte, aucune scène n’est directement décrite dans ce roman qui je le rappelle appartient à la littérature jeunesse. Mais les évocations sont très directes, le vocabulaire employé parfois cru et du coup les images mentales qui peuvent surgir facilement à la lecture sont parfois pénibles à supporter. Djamila est donc un réquisitoire contre les violences faites aux femmes, un véritable plaidoyer en faveur de ce droit qui devrait être fondamental pour chaque femme de disposer de son corps comme on l’entend et surtout que ce dernier soit considéré comme un sanctuaire par autrui et non comme un vulgaire morceau de viande. Molla critique également la société qui fait du sexe un commerce lucratif par le biais de la pornographie démocratisée et aussi la mauvaise influence de cette dernière sur les adolescents qui pensent que faire l’amour ressemble à ce qu’ils voient dans ces films sans paroles, souvent hyper-violents et dans lesquels la femme est considérée comme un objet.

En dehors de ce thème très compliqué, d’autres sujets difficiles sont évoqués tels que la mort violente (maladie, meurtres), le crime organisé (trafic de stupéfiants, rixes entre bandes rivales qui tournent très mal) et la façon dont la justice peut être rendue ou non…

En dehors de cela, j’ai apprécié aussi que l’auteur face preuve d’une grande ouverture d’esprit et construise des personnages très riches, qui sortent des clichés. Ainsi, Vincent fera la connaissance de Valérie, une jeune fille issue de la bourgeoisie, pas du même monde que lui. Alors qu’il est bourré de préjugés à son égard, il va découvrir qu’elle milite contre la mondialisation à tout prix et le profit qui va uniquement aux pays riches et que ce militantisme n’est pas simplement là pour se donner bonne conscience mais fait vraiment partie de sa personne. Chacun des personnages principaux est donc parfaitement dessiné, jamais de façon lisse mais au contraire toujours avec une part d’ombre, comme dans la réalité en somme.

Pour conclure, un excellent livre, très riche, mais à ne pas mettre entre toutes les mains je pense.

Désolation

13 Nov

Tu vois Muriel, je fais mes devoirs ! 😉

Ravage, René Barjavel

2052. Le monde vit à cent à l’heure, que dis-je ! , plus vite que cela encore grâce aux révolutions technologiques qui n’ont cessé de se produire au cours des dernières années. Les gens se déplacent à bord de trains super-soniques à suspension aérienne ou dans des avions. Les buildings ont fleuri dans Paris qui est devenue une mégalopole immense. D’ailleurs, les campagnes n’existent quasiment plus nulle part. Partout, les terres cultivables ont été remplacée par des usines qui produisent de manière artificielle aussi bien des céréales que des légumes et de la viande. Seul le sud de la France a refusé de céder au tout industriel et conserve une agriculture « à l’ancienne ». Partout ailleurs, les progrès techniques ont rendu inenvisageable et inutile le moindre effort humain, si bien que l’homme lui-même devient décor…

C’est dans ce contexte que la jeune Blanche s’apprête à devenir la prochaine star de la chanson grâce à au directeur peu scrupuleux de radio-300, le richissime Jérôme Seita, qui se croit le maître du monde grâce à son argent. Insouciante, la jolie provinciale se laisse tourner la tête par les sirènes du luxe et délaisse son ami d’enfance, François Deschamp, un solide gaillard, qui l’aime en secret.

Alors que François est désespéré de voir son amie lui échapper et qu’une guerre mondiale est sur le point d’éclater – le continent africain s’apprête à bombarder l’Amérique -, une catastrophe sans précédent a lieu : subitement, l’électricité est coupée partout et toute la ville s’arrête de fonctionner. Pire, les avions s’écrasent les uns après les autres, ravageant la ville. Bientôt, alors que plus rien ne fonctionne, qu’une chaleur suffocante asphyxie les habitants et qu’un incendie ravage la capitale, c’est la loi de la jungle qui prévaut. François s’empresse de retrouver Blanche puis s’allie à un petit groupe afin de s’enfuir au plus vite et tenter de gagner le sud de la France d’où il est originaire.

Le début de ce roman d’anticipation est vraiment très prometteur. En 1942, Barjavel imagine des innovations techniques qui se réaliseront effectivement et la société toute automatisée qu’il décrit est très réaliste. L’auteur mêle à la perfection utopie et dystopie dans la mesure où ce Paris futuriste apparaît comme cité idéale tout en faisant frémir par cette mécanisation et cette déshumanisation à l’extrême. Une fois le cataclysme passé, l’histoire tourne au cauchemar et le roman allie aventure et horreur (décomposition des corps des ancêtres conservés dans des chambres froides individuelles, choléra, asiles psychiatriques ouverts…). Jusque-là encore, l’intrigue progresse de manière haletante même si j’avoue l’avoir trouvée un peu vieillie, très dix-neuvième (ce qui n’est pas péjoratif en soi mais pour un roman de science-fiction du milieu du vingtième siècle, c’est un peu étrange comme effet). Là où ça coince, c’est la fin, qui vire un peu au grand n’importe quoi. Une fois arrivée dans un pays de cocagne, notre petite troupe, toujours sous la coup de François, meneur depuis le début, va essayer de reconstruire l’humanité en partant de zéro. Sauf que François se comporte en despote. Instaure la polygamie obligatoire, fait brûler les livres (très choquant à mon goût) afin d’être sûr que le progrès ne fasse pas sa réapparition et alors qu’un homme se présente avec une machine pouvant aider au labour, le chef décide d’anéantir machine et inventeur, refusant tout progrès. Bien sûr, il faut replacer l’oeuvre dans le contexte de guerre mondiale pendant laquelle elle a été écrite qui explique la diatribe contre le progrès et la mécanisation à outrance. Mais qui ne justifie en rien le machisme et la loi du plus fort prônés tout au long de l’oeuvre. Je reste donc mitigée. Très enthousiaste pour la première partie (les élèves de troisième qui étudie le roman d’anticipation et la ville y trouveront largement leur compte) mais très déçue par la fin.

Vous pouvez retrouver ici, la chronique de Merlin, un autre roman de Barjavel.

Poète maudit

13 Avr

Je poursuis dans mes lectures à distance pour le CDI.

C’était mon oncle, Yves Grevet

Depuis peu, Noé vit à la campagne avec ses parents. Un jour, le commissariat appelle et lui annonce le décès d’un certain Armand Petit. Noé, qui n’en a jamais entendu parler, pense à une erreur. Mais son père lui apprend qu’il s’agissait de son frère aîné, SDF depuis quinze ans.

A l’occasion des fêtes de Noël, Noé se rend une semaine chez sa grand-mère à Clermont-Ferrand. Dans sa valise, il a apporté les recueils de poèmes de son oncle Armand que lui a confiés son père. Le jeune garçon est bien décidé de mettre à profit ces quelques jours de vacances en ville pour découvrir ce que fut la vie de son oncle. Comment un homme si cultivé, passionné de voyage et de poésie a-t-il pu se retrouver à la rue, alcoolique, délaissé par sa famille ?

Yves Grevet, l’auteur de Méto, traite avec délicatesse le thème de la marginalité. Grâce à un texte simple et efficace, les jeunes lecteurs (à partir de  ans) découvriront que la vie peut parfois prendre bien des détours et entraîner bien bas n’importe quel être humain, surtout peut-être les plus sensibles et que si l’amour peut rendre invincible, la perte de ce dernier peut totalement détruire un homme. Le texte donne aussi une vraie leçon de solidarité et de respect de la personne. Mais ce que j’ai préféré – là, c’est mon côté amoureuse des mots qui parle -, ce sont tous les extraits de poèmes cités au fil du texte. Des textes magnifiques de Verlaine, Rimbaud, Eluard, Char, Supervielle, Vian et j’en passe. Une excellente initiation à la poésie. Et puis un texte qui cite Boris Vian ne peut être que bon ! (d’accord, je ne suis pas objective sur ce point !)

Bilan 2014

31 Déc

2014 se termine et l’heure est au bilan !

88 livres lus cette année soit seulement un de moins qu’en 2013 ! Encore plusieurs dizaines de milliers de pages ! Dire que je pensais ralentir le rythme !

Encore de belles découvertes et re-lectures cette année.

J’ai enfin fait la connaissance (littéraire s’entend !) d’Amélie Nothomb et je n’ai pas été déçue. Les Catilinaires mais surtout Métaphysique des tubes m’ont particulièrement marquée.

Dans un tout autre style, j’ai dévoré les célèbres Shining de Stephen King et American Psycho de Bret Easton Ellis. De l’angoisse et du gore en veux-tu en voilà mais extrêmement bien rédigé.

J’ai aussi découvert la prose de John Irving avec l’énorme (dans tous les sens du terme) A moi seul bien des personnages. Voilà un auteur que je compte bien explorer davantage.

Dans un genre plus léger, je me suis délectée de La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole, qui est rentré dans la liste de mes livres préférés.

Pour ce qui est de la littérature jeunesse, de belles découvertes là aussi. Deux classiques dans des styles complètement différents : Le Baron perché d’Italo Calvino et L’Attrape-coeurs de J.D. Salinger. Et beaucoup plus contemporain mais qui s’inscrit dans la droite ligne de ce dernier, les magnifiques Qui es-tu Alaska et Nos étoiles contraires de John Green.

Cette année, j’ai aussi lu Stephan Zweig – indémodable – avec délectation, notamment La Pitié dangereuse qui m’a gentiment été offert.

La littérature nippone a également été à l’honneur avec le grandiose Je suis un chat de Natsume Sôseki et de nombreuses oeuvres de Haruki Murakami avec lequel j’ouvrirai les chroniques 2015 (j’en suis au tiers des Chroniques de l’oiseau à ressort).

Enfin, j’ai relu Boris Vian, et y ai pris un immense plaisir, comme à chaque fois. J’ai commencé par L’herbe rouge en début d’année et ai terminé par le chef-d’oeuvre qu’est L’écume des jours (que j’aurai le plaisir de faire découvrir à mes élèves de 3ème à la rentrée).

En attendant de vous retrouver, je vous souhaite par avance une très bonne année 2015 et surtout de belles lectures !