Album·Conte·coup de cœur·Littérature jeunesse

La journée du câlin

Voilà encore un petit livre que Jules a reçu pour Noël et que vous pourrez trouver aux célèbres éditions L’école des Loisirs.

Copains-câlins, Frédéric Stehr

cover-copains-cadreA la crèche, un bébé hibou vient trouver du réconfort auprès de son doudou qui sent très bon et qui est aussi doux que sa maman. Quand un de ses copains lui demande ce qu’il fait avec son oreiller, il lui répond qu’il s’agit de son doudou et qu’il lui fait des câlins. Trois bébés oiseaux rejoignent notre petit hibou, chacun apportant son doudou. On assiste alors à une séance de câlins-doudous. Mais Piou-Piou arrive et n’a pas de doudou. Alors ses amis, pour le réconforter, viennent lui faire des câlins.

Voilà une jolie histoire, toute simple, illustrée par des dessins très doux aux tons pastel. Seuls les petits personnages et leurs doudous sont mis en avant par l’utilisation de la couleur ce qui permet de capter l’attention des plus petits. L’histoire permet d’aborder les notions de partage, de camaraderie et d’intégration. Ce n’est pas parce qu’un enfant n’a pas la même chose que les autres que ces derniers doivent le rejeter, au contraire ! Mon petit lecteur est totalement conquis par cet album dont il me réclame la lecture plusieurs fois par jour. Coup de cœur de Jules donc !

Album·Conte·coup de cœur·Littérature jeunesse

L’amour toujours !

Bonjour et bon dimanche ! Aujourd’hui, je vous présente un très joli album pour enfants paru aux éditions Gautier Languereau.

Je t’aimerai toujours, quoi qu’il arrive…, Debi Gliori

61cttrc26pl._sx443_bo1204203200_Petit Renard est en colère. Rien ne va et il dit que personne ne l’aime. Sauf que ce n’est pas vrai. Sa maman ne cesse de lui répéter qu’elle l’aimera toujours, quoi qu’il arrive…

« Ecoute ma chanson, l’amour ne meurt jamais.             Quoi qu’il arrive, je t’aimerai. »

Voilà un très joli album destiné normalement aux 3-6 ans mais mon petit lecteur de 15 mois l’apprécie déjà beaucoup. J’ai beaucoup aimé cette histoire qui permet de rassurer les petits quant à l’amour qu’on leur porte et qu’on leur portera malgré les changements, que ce soient des changements d’humeur, de physique ou les bouleversements de la vie comme l’éloignement ou même la mort. Ce dernier sujet est vraiment abordé en filigrane à la fin du livre, de façon très poétique pour pouvoir en discuter avec les plus jeunes. Les illustrations sont vraiment très jolies, à la fois douces et colorées. Un petit coup de cœur pour ce livre à lire avec son enfant blotti contre soi.

 

coup de cœur·Philosophie·psychologie

Sages paroles

Bonjour à tous ! La fin de cette année 2019 approche à grands pas et pour la terminer en beauté littéraire et surtout en sagesse, je vous présente aujourd’hui un magnifique recueil paru chez Flammarion en novembre dernier.

Une phrase peut tout changer – Petite anthologie pour réenchanter le quotidien, Anne Ducrocq

41ygg0-9y4l._sx346_bo1204203200_Pas de grand discours pour vous parler de cette anthologie qui recueille des textes ou simples phrases de penseurs, sages, philosophes de toutes les époques. Construit en trois parties – la voie de la vie quotidienne, vers le meilleur de soi-même et être en relation – l’ouvrage donne la parole à de nombreuses personnalités venant témoigner d’une expérience et de la façon dont une phrase ou un texte a pu les aider à surmonter cette épreuve. Michael Lonsdale, Fabrice Midal, Christophe André, Alexandre Jollien et bien d’autres viennent confier à Catherine Ducrocq ce petit morceau d’intimité pour nous permettre d’enrichir notre réflexion et d’élargir notre esprit. Outre les extraits choisis par les personnalités, une multitude de pensées et textes philosophiques viennent nourrir notre pensée. D’Aristote, Nietzsche, Yourcenar, Saint Jean, Rilke, Epicure, Bauchau, Pessoa, Krishnamurti, Saint Augustin, Kierkegaard et des dizaines d’autres grands auteurs sont réunis ici.

J’apprécie beaucoup ce livre – je parle au présent car je ne l’ai pas encore terminé, je le savoure et laisse infuser les mots en moi – qui ne prône pas l’optimisme à tout prix et ne donne pas de leçon. J’avoue que j’ai du mal avec une certaine doctrine actuelle, assez culpabilisante selon moi, qui voudrait nous faire croire que si nous ne sommes pas continuellement heureux, en paix avec nous-mêmes, méditant à tout bout de champ, nous ne trouverons jamais le bonheur. J’aime qu’on ne me tienne pas par la main pour me guider, mais qu’on me laisse libre de choisir mon sentier pour me rendre vers ce qu’il y a de plus positif pour moi, tout en sachant que je rencontrerai des embûches. C’est ce que propose cette anthologie et c’est ce que nous rappelle la plupart des personnalités qui y ont collaboré. En outre, l’objet livre est vraiment beau : couverture cartonnée, enluminures, mise en page aérée agréable. Bref, une belle idée cadeau pour terminer l’année sur une touche de sagesse ou commencer 2020 en s’offrant la possibilité d’un regard différent sur le monde. Coup de cœur !

Voici un petit extrait, lu matin :

« Notre seul devoir sur terre est de nous nourrir de lumière pour la transmettre ensuite. Puisque rien ne dure, puisque la vie nous blesse, la seule issue est d’être soi-même une source. Les épreuves sont faites pour ranimer en nous cette soif. Et le seul moyen de rayonner, à mon avis, c’est être capable de voir cette magie qui opère tous les jours, sous nos yeux. » Blanche de Richemont

Album·coup de cœur·Littérature jeunesse

L’étoile jaune

En ce premier dimanche des vacances de Noël, je vous propose un album que l’on pourra proposer aux enfants à partir de 6 ans. Il est paru à l’occasion des 35 ans de Syros dans une édition anniversaire.

La grande peur sous les étoiles, Jo Hoestlandt et Johanna Kang

la-grande-peur-sous-les-etoilesHélène, la narratrice, et Lydia, sa meilleure amie, ont huit ans et demi. Nous sommes en 1942 et le nord de la France est occupé par l’armée allemande. Elles vivent jusqu’à présent leur vie de petites filles, partagée entre l’école, les amusements et les broutilles. Un jour, alors qu’elles sont en train de s’amuser, la maman de Lydia coud une étoile jaune sur leurs vestes. Elle dit aux fillettes que les juifs doivent désormais obligatoirement porter. Au mois de juillet, au lendemain d’une soirée passée avec Hélène pour l’anniversaire de cette dernière, Lydia et sa famille seront raflées comme des milliers d’autres familles juives. Hélène ne reverra plus jamais son amie.

Edité pour la première fois en France en 1993, cet album aborde de façon délicate les questions de l’occupation et des rafles juives. Avec des illustrations douces, presque naïves, cet album permettra d’expliquer aux plus jeunes ce pan difficile de l’Histoire mais dont il est essentiel de faire perdurer la mémoire. La magnifique préface de Claude Roy résume parfaitement le but de cette histoire : « […] il n’est jamais trop tôt pour poser, se poser, les vraies questions, les interrogations premières, qui maintiennent le cœur en éveil, et empêchent de prendre son parti de l’injustifiable ». Tout est dit. Je n’ai rien à ajouter si ce n’est vous inviter à découvrir et à faire découvrir ce livre. Coup de cœur.

la-grande-peur-sous-les-etoiles-1

coup de cœur·Humour·Roman

L’empereur contre-attaque !

Bonjour à tous ! C’est avec plaisir que je vous propose aujourd’hui une bonne dose d’humour et de rigolade avec ce roman à prendre au trente-sixième degré ! Si vous aviez aimé L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikéa, alors vous allez adorer combattre les djihadistes avec ce bon vieux Napy !

Re-Vive l’Empereur !, Romain Puértolas

9782253069522-001-tLe commandant d’un chalutier norvégien chargé de pêcher pour la célèbre marque de bâtonnets de poissons panés Findus n’en revient pas. Pas commun en effet de prendre dans ses filets deux énormes caisses en bois contenant un homme et un cheval ! Voilà qu’au milieu des cabillauds se trouvent Napoléon et son fidèle destrier bien conservés par les eaux glaciales islandaises. Remis du choc, le pêcheur contacte le professeur Bartoli, président de la CGT – Confédération des Grognards Tristes, à ne pas confondre avec le syndicat. Le norvégien doit accompagner l’empereur à Paris où il retrouvera le corse chargé de le ramener sur son île natale afin qu’il puisse profiter d’une retraite bien méritée. Evidemment, rien ne va se dérouler comme prévu.

Bonaparte se trouve confronté au XXIème siècle de plein fouet. Heureusement, comme il est un homme intelligent, il comprend rapidement les évolutions de la société. Très vite, il prend connaissance d’un drame qui vient de frapper ses compatriotes. Un attentat vient d’être commis au journal L’Echo des Charlots. Quatorze caricaturistes ont été sauvagement assassinés par des djihadistes. Bartoli l’instruit de la terrible problématique islamiste et de la terreur qui règne depuis plusieurs années dans tous les pays occidentaux. Ni une ni deux, Napoléon décide de partir en guerre contre Al-Qaïda, du moins contre son chef, Mohamed Mohamed, dit l’Ours de Mossoul. Vont s’en suivre de nombreuses et loufoques péripéties de la constitution d’une nouvelle petite grande armée en passant par la recherche de ses descendants et le plan de bataille visant à détruire l’Etat Islamique sans faire de morts. Autant dire que le plus grand chef des armées que la France ait connu n’est pas prêt de se la couler douce sur son île de beauté !

C’est avec joie que j’avais découvert la présence de Romain Puértolas au salon Livres en Vignes à Vougeot en septembre dernier. Pas vraiment le temps de discuter avec l’auteur en raison de la foule et d’un petit garçon qui s’impatientait dans le porte-bébé mais juste assez pour m’offrir ce livre de poche et une petite dédicace. Autant vous le dire tout de suite, il faut aimer le second degré et accepter directement les codes de ce roman totalement loufoque c’est-à-dire ne pas se poser de question quant à la probabilité du retour de Napoléon dans notre époque contemporaine. Il faut aimer aussi se moquer de tout parce que tout le monde en prend pour son grade : Hollande, Sarko, les gens qui marchent dans la rue les yeux fixés sur leur portable, les gros riches, les psys, les gros, les fous, les catholiques et surtout les islamistes, entre autres ! L’auteur nous offre un regard totalement décalé mais extrêmement juste sur notre société, nous offre à réfléchir sur notre mode de vie, sur notre façon d’être, nos engagements au quotidien et sur la force parfois insoupçonnée qui réside en chacun de nous. On pourrait appliquer la célèbre maxime de Molière, « castigat ridendo mores », à ce roman qui utilise le rire comme arme contre la bêtise humaine. Je ne regrette pas une seconde d’avoir porté mon choix sur ce roman bourré d’humour, de références à notre vie contemporaine et qui mêle sérieux et drôlerie à la perfection. Pour couronner le tout, les chapitres courts s’enchaînent à une vitesse folle et l’on apprend pas mal de détails sur le vie de Napoléon et que l’on soit amateur de l’homme ou pas, c’est très intéressant. Bref, coup de cœur pour ce roman disponible en livre de poche.

 

coup de cœur·nouveauté·Roman

Ode à la vie

Autant être franche, je vais terminer ce mois de novembre avec un roman pas franchement drôle. Mais très sincèrement, difficile de le lâcher des mains tant il est intense. Il est paru aux éditions Les Escales en octobre.

Sonate pour Haya, Luize Valente

cvt_sonate-pour-haya_7535Lisbonne, 1999. Amalia surprend une conversation téléphonique entre son père et sa grand-mère, Gretl. Celle-ci explique à son fils que sa grand-mère, Frida, centenaire, désire le voir. La discussion tourne court. Dans le plus grand secret, Amalia décide de partir pour l’Allemagne pour rencontrer son arrière-grand-mère qu’elle n’a jamais vue. La vieille dame lui parlera de sa jeunesse, de son mari, nazi de la première heure et de son fils, Friedrich, qui après avoir fait ses classes dans la jeunesse hitlérienne est devenu pilote de chasse avant d’être envoyé en mission à Auschwitz après un accident. Amalia est sous le choc de ce passé nazi. Mais ce Friedrich, mort peu de temps après avoir pris ses nouvelles fonctions au camp, n’était peut-être pas un représentant du Reich comme les autres. En effet, juste avant sa mort, il était revenu voir sa mère avec un bébé juif. Cette dernière n’ayant pas voulu cacher l’enfant, il confia la petite Haya à son grand-père Johannes, ne laissant derrière lui que les douces notes d’une sonate composée pour le nourrisson. Amalia, intriguée par cette histoire qui est en partie la sienne, va partir à la recherche de Haya. Bientôt, elle retrouve la trace de cette dernière à Rio où la femme, âgée d’une cinquantaine d’années, tient une pâtisserie avec sa mère, Adele. Celle-ci va alors leur raconter comment elle en est arrivée à mettre au monde sa petite Haya au beau milieu de l’enfer sur terre, Auschwitz, et comment Friedrich la sauva d’une mort certaine.

Je pourrais encore développer le résumé tant cette histoire familiale est complexe de par le nombre de personnages qui entrent en scène. L’autrice a pris soin de dresser les arbres généalogiques des deux familles afin de ne pas perdre les lecteurs. Personnellement, je n’ai pas eu besoin de m’y reporter car j’ai trouvé le récit suffisamment clair. Pour tout vous avouer, je ne suis pas spécialement fan des sagas familiales. Encore moins des récits en rapport avec l’Histoire. Hé bien je me suis totalement laissée emporter par ce roman. Je crois que le seul véritable livre que j’avais lu en rapport avec la shoa était Si c’est un homme de Primo Levi. Ce dernier est d’ailleurs cité au début de Sonate pour Haya. J’étais en classe de Terminale et j’avais été bouleversée de découvrir l’horreur des camps d’une façon bien plus frappante que dans les cours d’histoire. La lecture du roman de Luize Valente, inspiré d’un fait réel, m’a de nouveau plongée dans cet enfer créé par l’homme. Sans doute pas d’une façon aussi forte que le témoignage de Primo Levi mais je peux vous garantir que je n’en suis pas ressortie indemne. Et constater la façon dont des êtres humains qui ont survécu à ce cauchemar ont pu continuer à vivre, à aller de l’avant est totalement surprenant. Belle leçon de résilience. Ce livre montre aussi que derrière quelques uniformes SS se cachait heureusement un reste d’humanité. Tout est juste dans ce roman qui témoigne de l’incroyable complexité de l’Homme. Entre ceux qui ont manqué de courage, ceux pour qui il était plus facile de ne rien voir ni savoir, ceux qui ont combattu, ceux qui ont tenté de continuer à vivre par tous les moyens en gardant toute la dignité possible dans des conditions toujours plus atroces, ceux qui ont laissé exprimer leur haine, ceux qui ont résisté… Toutes les facettes des hommes et des femmes sont exposées ici. Et la question sous-jacente : comment se reconstruire avec un passé tel que celui-ci pour ceux qui l’ont vécu comme pour leurs descendants ? Je vous recommande ce roman d’une incroyable intensité, best-seller au Brésil. Coup de cœur pour cet hymne à la vie.

Vous pouvez écouter la sonate composée par Luize Valente ici.

coup de cœur·nouveauté·Roman

A la recherche des truites perdues

Bonsoir à tous ! Aujourd’hui, je vous emmène dans le Montana avec un récit loufoque mais profond paru aux éditions L’Age d’homme.

La disparition des arcs-en-ciel, Antonio Albanese

img_4142Ernesto Pirroni, journaliste indépendant suisse, est à la recherche d’un sujet qui fera mouche pour renflouer ses finances. Un peu par hasard, il s’envole pour le Montana où les truites arcs-en-ciel ont manifestement déserté les cours d’eaux. Afin de comprendre la cause de cette disparition, il va arpenter l’état et rencontrer une multitude d’autochtones qu’il interrogera afin de trouver une éventuelle réponse. Entre les amateurs de rodéo, une hippie déboussolée, un universitaire parano, un taxidermiste sceptique et tout un tas d’autres personnages haut en couleur, pas simple pour notre ami de rester concentré sur sa quête.

Voilà ce que l’on peut appeler un roman hors du commun. Sous prétexte d’une enquête abracadabrantesque sur la disparition des truites arcs-en-ciel, l’auteur se lance dans une réflexion sur le sentiment d’appartenance à une terre, l’extermination des indiens, la colonisation, l’immigration, le patriotisme. A l’heure où Trump – et de nombreux autres dirigeants – prône la préférence nationale, le repli sur soi et la fermeture des frontières, l’auteur réfléchit sur la notion d’ancrage, le besoin de se raccrocher à un espace déterminé pour affirmer son identité. Les récits enchâssés – qui s’accumulent au fur et à mesure que notre journaliste se convainc de la vanité de son enquête – viennent témoigner de la crise identitaire d’un pays multiculturel et de la recherche d’idéal qui dépasse la question des frontières. Le roman est bourré d’humour et d’ironie, l’auteur aime à se moquer de l’Amérique profonde mais aussi de son personnage qui, loin de son pays, se raccroche à des réflexes identitaires pour se rassurer dans des situations embarrassantes. Un livre très intelligent, riche en références – les connaisseurs apprécieront de voir cités Georges Bataille et Richard Brautignan. Vous aurez compris, j’ai adoré voyager dans le Montana !