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Correspon-denses

26 Nov

Et un petit Nothomb pour la route !

Une forme de vie, Amélie Nothomb

amelie-nothomb-une-forme-de-vie-coverAlors qu’Amélie ouvre son courrier des lecteurs comme à son habitude, elle tombe sur une lettre étrange, envoyée par un soldat américain en poste en Irak. Comment ce Melvin Mapple a-t-il eu connaissance de l’auteure belge et pourquoi est-il persuadé qu’elle seule saura le comprendre, c’est ce qu’Amélie va tenter de comprendre en entamant cette correspondance incongrue.

Très vite, Melvin va lui avouer qu’il est devenu obèse, ainsi qu’une partie de ses coéquipiers, depuis son arrivée sur le front irakien. Il explique avec moult détails comment lui et ses camarades se ruent sur la nourriture après chaque opération afin de tenter d’oublier les horreurs auxquelles il participe. Il va lui décrire les souffrances dues à cette obésité qui prend chaque jour plus d’ampleur. Afin de lui redonner le moral, Nothomb lui donne l’exemple d’une jeune anorexique qui avait fait de sa maladie le sujet de son mémoire de fin d’année, en se photographiant et en notant les moindres bouleversements subis par son corps, moyen pour elle de sublimer sa maladie pour entreprendre sa guérison. Elle suggère à Melvin de faire de même et de transformer son corps en oeuvre d’art et en message politique pacifiste. Contre toute attente, le jeune soldat adhère totalement à l’idée. Mais bientôt, le soldat ne va plus envoyer de lettres et Amélie, s’inquiétant de son sort, va tenter de retrouver sa trace…

Il y a souvent une certaine part d’autobiographie dans l’oeuvre d’Amélie Nothomb. Dans ce roman épistolaire, l’auteure se met directement en scène, dans une de ses activités principales en dehors de la rédaction de ses romans, à savoir la correspondance avec ses lecteurs. Elle va ainsi révéler ses sentiments quant au courrier qu’elle reçoit chaque jour, sa façon de répondre à certaines missives, son étonnement (et le nôtre !) à la lecture de certaines demandes… Tous ces petits détails de la vraie vie de Nothomb vont donc apporter un effet de réel énorme si je puis dire à cette saugrenue histoire de soldat américain obèse. Une fois de plus, nous retrouvons donc les thèmes de l’apparence physique, du poids (obésité contre extrême maigreur), et de la faim, si chers à l’auteure et qui renvoient d’ailleurs une nouvelle fois à son existence puisqu’elle a souffert d’anorexie à son adolescence. Ici, le corps devient porteur de message, le handicap devient un moteur positif et semble permettre à l’homme en souffrance d’aller de l’avant. A moins que tout cela ne soit, une fois de plus chez la romancière belge, qu’apparences trompeuses… Je vous le laisse découvrir par vous-même.

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Cri du coeur

19 Avr

Un livre dont j’avais longtemps repoussé la lecture… parce que je savais qu’elle me bouleverserait… je ne m’étais pas trompée…

Lettres à l’absente, Patrick Poivre d’Arvor

L’absente du titre, c’est Solenn, la fille du célèbre journaliste. Atteinte d’anorexie mentale, elle a 16 ans et vient d’être internée au Kremlin-Bicêtre en ce début d’automne 1992. Son père, fou de douleur et désespérément impuissant face à la maladie de sa fille, décide de tenir son journal pendant les longs mois d’hospitalisation qui le tiennent à distance de celle qu’il aime le plus au monde.

L’absente est en réalité plus que présente dans la vie de son père qui ne cesse de penser à elle alors qu’il doit arpenter la planète pour couvrir l’actualité. Elle se fait encore plus présente lorsqu’il part pour la Somalie la veille de son internement. Somalie en guerre où chaque enfant décharné lui rappelle le corps de celle qu’il a surnommée sa petite Somalienne…

On ne ressort pas indemne de ce genre de lecture, surtout lorsque l’on a soi-même été à la place de Solenn. Surtout lorsque l’on a tenté, en vain, de savoir ce qu’ont pu ressentir son père, ses parents tenus à distances par les autorités médicales, tenus à distance par la maladie… Surtout lorsque l’on sait que Solenn, ne supportant plus de vivre, mit fin à ses jours à peine plus de deux ans après l’écriture de ce livre, alors qu’elle venait tout juste de fêter ses dix-neuf ans. Sans doute le nœud du problème réside-t-il en partie dans cette phrase-chapitre : « On n’a pas le droit d’aimer sa fille comme ça. »

Ce texte bouleversant n’en demeure pas moins l’une des plus belles déclaration d’amour d’un père à sa fille, à cette petite fille malade de la vie qu’il n’a pas pu retenir…

L’extrait qui suit m’a particulièrement touchée. Je le dédie à mes parents :

« Nous faisions semblant de ne rien voir. Nous brûlions d’aborder le sujet puisque cette table nous était devenue hostile et que tout dialogue était miné… Elle pressentait tout cela, la petite mule têtue; elle fronçait le sourcil quand les mots glissaient vers la zone dangereuse. En un millième de seconde, nous devenions indécents. La faute avait repassé la ligne et se retrouvait dans notre camp. Il nous restait toute la nuit pour vivre avec et nous laisser dissoudre. Mangés par elle. […] C’est ainsi que Solenn, qui ne mangeait plus, a fini par nous manger. »

La Maison de Solenn ou Maison des adolescents, établissement hospitalier destiné à prévenir mais aussi à soigner les maladies liées à l’adolescence comme la dépression et l’anorexie, a ouvert ses portes en 2004. Plus d’informations ici.