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Conte pervers

31 Jan

Le nom de cet auteur me disait quelque chose alors j’ai testé avec ce tout petit livre dont le titre m’a interpellée.

Premier amour – un conte gothique, Joyce Carol Oates

Josie a onze ans lorsque sa mère, Délia, décide de quitter subitement le domicile conjugal sans explication et de partir vivre chez sa grand-tante, Esther Burkhardt. La fillette fait la connaissance de son cousin, Jared, séminariste de 25 ans.

Josie est tout de suite fascinée par ce bel étudiant en théologie, mystérieux, distant, constamment plongé dans ses livres, enserrer dans d’impeccables chemises blanches amidonnées. Un après-midi d’été, Josie le rencontre, torse nu, au bord de la rivière longeant l’arrière de la maison des Burkhardt…

Dès le départ, l’atmosphère créée par l’auteur nous emmène dans un univers à la fois onirique et pervers. Dans une maison où règnent les secrets des adultes, la petite Josie est réduite malgré elle au silence. Avant même qu’il ne se passe quoi que ce soit, on se doute que la petite coure à sa perte. D’une tension érotique intense, ce livre à l’écriture poétique qui ne dit pas un mot de sexe révèle l’inquiétante perversité du personnage de Jared qui dicte les règles de son jeu à une Josie aussi apeurée qu’attirée. Très bonne lecture !

« Tendre bestialité »

12 Jan

Je n’ai pas résisté longtemps à l’envie de découvrir les ouvrages reçus hier grâce aux éditions du Murmure et à Libfly que je remercie encore.

Sexy teddies, Sébastien Hubier

Dans cette collection Borderline qui a vocation à mettre en avant des thèmes relevant de la pop culture ou considérés à la marge car « osés », Sébastien Hubier (auteur de Douces fessées, plaisantes caresses dans la même collection) s’attache ici à l’érotisation du célèbre Teddy Bear dans notre société postmoderne. Avant de considérer les représentations actuelles de jeunes nymphes dans des positions lascives tenant leur ours en peluche, l’auteur nous rappelle la pensée de Georges Bataille qui dans Larmes d’Eros en 1961 distinguait l’animal de l’homme en ce que le premier « ignore l’érotisme » pendant que le second nie le naturel en lui c’est-à-dire ce qui le rapproche de l’animal. Pourtant, comme le souligne Sébastien Hubier en s’appuyant sur l’exemple des représentations de la pilosité qui hésitent entre répulsion et sublimation, « tout en dissociant humanité et bestialité, l’érotisme met en jeu notre part d’animalité pour la détourner ».

A partir de là – l’auteur ne m’en voudra pas trop, je l’espère, de prendre des raccourcis – on ne s’étonnera pas de constater que l’animal – et l’ours en particulier – est depuis très longtemps associé aux représentations érotiques (on apprend, par exemple, que de nombreux rites populaires liés au folklore nuptial mettent en scène le rapt de jeunes filles par des hommes-ours). Si bestialité et violence apparaissent étroitement liées à la sexualité,ce ne semble plus forcément le cas dans les représentations actuelles. En effet,  à l’heure de la mode du cocooning, l’ours en peluche vient adoucir les images érotiques d’une société postmoderne pourtant hypersexualisée et les photographies de jeunes mannequins ou actrices dénudées en compagnie de peluches dans des postures et tenues suggestives peuplent les magazines répondant ainsi à la demande de sexe, de jeunesse et réassurance dans un monde angoissant.

Voilà donc un petit ouvrage très documenté et riche d’enseignements  sur les thèmes de l’érotisme et de la bestialité qui parvient à donner à réfléchir sur notre société actuelle. A découvrir !