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Magie nippone

Bonjour à tous ! Aujourd’hui, c’est mercredi et c’est le jour des enfants. Voilà donc de quoi ravir vos jeunes lecteurs. Vous pourrez vous procurer ce livre aux éditions Ynnis. Et pour le résumé du premier tome, c’est ici.

Kiki la petite sorcière – Les racines de la magie, tome 2, Eiko Kadono

kiki-la-petite-sorciere-2Dans ce deuxième tome, nous retrouvons Kiki, notre petite sorcière coursière, pour de nouvelles aventures. Voilà déjà un an que la jeune fille s’est installée dans la ville de Koriko avec son fidèle chat noir Jiji afin d’exercer son métier de coursière. Quoi qu’on lui demande, Kiki répond toujours présente ! Que ce soit pour transporter une simple pomme ou carrément un hippopotame. La petite sorcière est débordée ! Qui plus est, peut-être en raison de la fatigue, la jeune fille perd peu à peu confiance en elle. Voilà que son balai lui joue des tours et est de moins en moins fiable, au point que Kiki n’ose plus voler…

« En quoi consistait son travail, au juste ? Était-ce vraiment une bonne idée d’être une sorcière coursière ? Kiki était aux prises avec un problème difficile, bien différent de tous ceux qu’elle avait affrontés jusqu’alors. Ce problème semblait même lié à la question de savoir si rester une sorcière était une bonne chose ou non ».

J’avais adoré le premier tome et j’ai tout autant apprécié celui-ci. Notre sorcière gagne en maturité et de nouveaux sentiments apparaissent : amour, jalousie, regard des autres,  problème de confiance en soi, doute… De quoi faire réfléchir les plus grands. Chaque chapitre correspond à une aventure ce qui est bien pratique pour les plus jeunes lecteurs qui ne verront ainsi pas passer les 350 pages. Chaque petite histoire offre une leçon ce qui permettra aux enfants de mieux comprendre leurs propres émotions et combien il est important de se remettre en question pour continuer à progresser et à grandir. D’ailleurs, Kiki se demande si elle ne devrait pas s’essayer à une autre forme de magie au lieu de se contenter de voler. Pour rappel, ce conte japonais est à l’origine du film d’animation éponyme de Hayao Miyazaki. Un petit coup de cœur pour ce deuxième tome qui ravira toute la famille.

 

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Fait-divers

Aujourd’hui, c’est d’un polar qui sort un peu de l’ordinaire dont je vais vous parler qui est paru aux éditions L’âge d’homme.

De fiel et de fleurs, Guy Y. Chevalley

de-fiel-et-de-fleursDébut du vingtième siècle. Monsieur et Madame Doudieux coulent une vie paisible de bons bourgeois. Monsieur tient son affaire de façon fort rigoureuse, ce qui lui vaut le succès mais aussi l’animosité de ses rivaux. Madame, quant à elle, profite de sa situation pour goûter aux bonheurs futiles de l’existence. Tout serait parfait dans le meilleur des mondes si Madame n’était pas tombé un jour sur une lettre anonyme en ouvrant le courrier. Le message incite son mari à l’empoisonner ! Elle ne le sait pas, mais ce dernier a déjà reçu de nombreuses missives de la sorte par le passé. Une ombre vient planer sur le ménage mais bien vite, tout rentre dans l’ordre. Jusqu’au jour où un célèbre ténor belge, suite à un malaise, décide de passer la nuit chez eux pour se reposer. Le malheureux ne sortira pas vivant de la demeure… Quelques temps plus tard, M. Doudieux se remémore une histoire qu’il avait eu avant de rencontrer sa femme.

Aussi fou que cela puisse paraître, cette histoire est tirée de faits réels. L’auteur nous raconte avec une ironie finement mordante comment un couple de bourgeois échappe à plusieurs tentatives d’empoisonnement de la part d’une ancienne conquête du mari alors qu’un artiste qui va passer une nuit chez eux de façon totalement hasardeuse succombera à l’absorption de médicaments empoisonnés. La réalité dépasse souvent la fiction, c’est le cas de ce fait-divers ! Qu’un couple ne se soit pas affolé outre mesure de recevoir des lettres d’un corbeau et des cadeaux empoisonnés est hallucinant ! Si l’intrigue est excellente, la mise en récit ne l’est pas moins et Guy Y. Chevalley retrace l’histoire d’une façon fort agréable, ménageant le suspens comme dans un roman feuilleton. L’ironie, présente par petites touches, fait sourire mais laisse également le lecteur réfléchir sur la société de l’époque en évoquant les thèmes du mariage et du célibat, de la classe bourgeoise et de la classe ouvrière, de la frivolité et du désespoir, et de la place de la femme. Un court roman à savourer avec une bonne tasse de thé au coin du feu. Coup de cœur !

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Au cœur de soi

Ce livre s’était perdu dans ma PAL. Je l’ai retrouvé avant de partir en vacances.

L’appel de l’âme, Virginie Tanguay

41ldoereyul._sx327_bo1204203200_Je ne vous ferai pas de résumé détaillé de ce livre qui est à la fois témoignage, ouvrage de développement personnel et guide spirituel. L’auteure raconte comment les premières années de sa vie ont été compliquées, notamment dans son rapport aux monde et aux autres. Après avoir été membre des Forces Armées Canadiennes, elle décide de se reconnecter à elle-même en se plongeant dans la spiritualité. Elle nous raconte ici ce chemin de vie en nous apportant des conseils et des exercices pour parvenir à éveiller son âme au maximum, à réussir à être davantage bienveillant envers nous-même pour l’être vis-à-vis des autres.

Globalement j’ai apprécié ce livre, paru en septembre dernier aux éditions Flammarion, que j’avais longtemps mis de côté – je ne suis pas une grande liseuse de témoignages et la couverture ne m’inspirait pas spécialement. Je me suis retrouvée dans bien des situations décrites et nombres d’exercices, conseils en matière de développement personnel et spiritualité ne me sont pas inconnus. En tant que sophrologue et ayant suivi diverses thérapies, j’ai emmagasiné de nombreuses connaissances en la matière. Ce livre est plutôt destiné aux néophytes, à celles et ceux qui sont en quête de quelque chose qui puisse révéler leur être profond. Si j’ai accroché à la majeure partie des propos tenus – à savoir que l’auteur n’a pas suivi de formation en psychologie mais s’appuie sur son expérience de vie, ses recherches en la matière – je suis plus réservée quant à la partie beaucoup plus spirituelle avec la notion d »anges ». N’en demeure pas moins que l’ensemble est bien rédigé et très intéressant pour qui s’intéresse à ces questions. Parfait si vous cherchez à commencer un travail sur vous-même.

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Survivor

Un très très grand merci à l’Agence Anne et Arnaud ainsi qu’aux Editions de La Martinière qui me permettent de vous présenter ce livre aujourd’hui.

Chroniques d’une survivante, Catherine Bertrand

faf6b2c64c46164c5c651d76849c36Avant le 13 novembre 2015, Catherine Bertrand était une personne comme les autres, avec ses joies et ses tracas quotidiens. Mais tout a basculé ce soir où elle assiste au désormais tristement célèbre concert des Eagles of Death Metal au Bataclan. Dès lors, sa vie est bouleversée.

C’est ce traumatisme et la reconstruction qui va devoir se faire peu à peu que Catherine Bertrand nous raconte dans ce témoignage dessiné. De manière simple et légère, sans jamais tomber dans le pathos, elle symbolise son trauma par un gros boulet qui se rappelle à elle dans toutes les situations du quotidiens et qui l’empêche dans un premier temps de se reconnecter à la vie. L’auteure évoque de nombreuses situations compliquées : difficultés pour obtenir un soutien psychologique, pour se faire comprendre par l’entourage, les collègues, pour se rendre dans les lieux publics… avec un humour qui met à distance l’horreur des faits. Si elle dédie bien sûr son livre à tous les rescapés et victimes des attentats, elles s’adressent aussi à tous ceux qui ont subi au cours de leur existence un traumatisme violent et à leur entourage. Je ne peux que vous encourager à vous procurer ce carnet dessiné qui vient de sortir. Encore une fois, loin d’être plombant grâce à la naïveté des dessins et à l’humour de l’auteure, vous découvrirez un témoignage courageux qui donne envie d’aller de l’avant. Coup de cœur !

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Grand bleu

En ce dimanche nuageux, je vous propose de plonger dans le bleu de la mer avec ce roman qui n’en est pas véritablement un…

Le Squale, Francine Kreiss

le-squaleFrancine est apnéiste et photographe sous-marin. Elle a fait de sa passion son métier et parcourt les fonds marins de toute la planète pour prendre les plus beaux clichés. Alors qu’elle est en train de rédiger un article dans un café, un quidam vient lui parler d’un marin corse, un dénommé Recco, qui descendait à 100 mètres de profondeur en apnée. Intriguée, Francine effectue quelques recherches et tombe sur une histoire de famille hallucinante : l’apnéiste, Toussaint Recco, a été assassiné sur son bateau tandis qu’un de ses frères, Thommy, également apnéiste, passe ses vieux jours en prison où il est enfermé depuis des années, condamné pour sept meurtres. Intriguée, Francine voudrait écrire un livre sur Toussaint. Elle décide d’écrire à celui qui le connaissait le mieux et partageait la même passion : Thommy, que tout le monde surnomme « le Monstre ». S’établit alors une correspondance insolite entre le meurtrier en série qui a toujours clamé son innocence et la jeune reporter.

Le Squale est le premier livre de Francine Kreiss. Cette oeuvre sort des sentiers battus car s’il ne s’agit pas d’un roman puisque tous les faits son réels – vous trouverez sans peine des informations sur les frères Recco sur le net – la narration est réalisée de telle sorte que l’on se croirait dans un polar. On suit la correspondance entre Francine et un vieux Recco emmuré depuis plus de trente ans, tout-puissant et charmeur, avec passion en nous demandant jusqu’où ira cette relation épistolaire qui touche à la folie. Mais l’auteur ne se contente pas de nous raconter ses échanges, elle nous entraîne également dans une Corse authentique, loin des sentiers touristiques, au plus près de ses habitants et des traditions. Un récit du réel fort bien mené, qui saura accompagner votre été. Paru aux éditions du Cherche-Midi. Merci encore à l’agence Anne et Arnaud pour cette découverte.

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Un contre tous

C’est l’heure de la rentrée ! Je reviens avec une nouveauté des éditions du Murmure.

Je m’appelle Herschel Grynszpan, Morgan Poggioli

21245595_10213789112542632_1629115071_nJuif polonais vivant en Allemagne, le jeune Herschel Grynszpan choisit de s’exiler vers la Palestine après ses études en théologie, dans la contexte plus que sombre de l’Allemagne des années 30. Après une escale en Belgique, c’est en France qu’il atterrit finalement en septembre 1936, recueilli chez son oncle et sa tante à Paris. Très rapidement, il s’aperçoit que les démarches administratives seront très compliquées pour obtenir carte de séjour et permis de travail. En 1938, Herschel n’a pas pu obtenir les papiers qu’il désire. Pire, le 31 mars, le gouvernement polonais légifère sur le retrait de la nationalité installés à l’étranger depuis plus de 5 ans. Alors qu’il suit avec crainte la progression du régime nazi, sa situation se détériore et il se retrouve clandestin à Paris. En novembre, une lettre de sa sœur l’avertit que ses parents font partie des milliers de juifs expulsés d’Allemagne et refusés en Pologne, apatrides, contraints de survivre misérablement dans un no man’s land. Enragé face à cette situation insoutenable, le jeune Herschel Grynszpan décide de se venger et de tuer un Allemand pour faire entendre la colère des Juifs d’Europe. Le 7 novembre, il se rend à l’ambassade d’Allemagne, armé d’un revolver et tire sur Ernst vom Rath, un secrétaire de l’ambassadeur. Le crime servira de prétexte au Troisième Reich pour la nuit de Cristal. Emprisonné, Herschel Grynszpan incarnera aux yeux de l’Allemagne nazie la personnification du « complot juif international ».

Pour être honnête, je ne suis pas une grande amatrice de biographies ni de romans historiques. Mais après avoir lu et apprécié Hhh de Binet il y a quelques années, j’étais intriguée par ce récit biographique à paraître en septembre aux éditions du Murmure dont j’ai déjà chroniqué plusieurs ouvrages. Je n’ai pas été déçue. Outre ses qualités d’historien, Morgan Poggioli réussit à mener son récit – premier roman – quasiment à la manière d’un polar. Les rebondissements s’accumulent et on ne se décide pas à lâcher l’ouvrage avant de connaître la suite. Le fait que tous les éléments du récits soient vrais ou presque a également encore davantage piqué ma curiosité. Dans un style accessible et agréable, l’universitaire convie son lecteur à découvrir une aventure humaine surprenante tout lui permettant de se replonger dans les grandes dates de la seconde Guerre Mondiale. Amateurs d’Histoire ou de bons polars, ce récit biographique est fait pour vous !

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Le club des 27

Aujourd’hui, j’ai le plaisir de vous faire découvrir un titre rock’n roll paru aux éditions Volum dans sa version française cet été.

Dealer ou la valse des maudits, Phillipe Will

philippe-will-dealerAnnées 60. Jean de Breteuil est destiné à reprendre en main l’entreprise familiale, un vaste empire de la presse. Il est élevé par sa mère à Marrakech après la disparition de son père. Alors que toutes les portes lui sont ouvertes pour mener une vie d’homme d’affaires accomplie, il va se choisir un tout autre destin…

En effet, il va, au fur et à mesure de ses rencontres avec la jeunesse dorée de l’époque, être amené à fournir les plus grandes stars du rock en héroïne. De Brian Jones à Jim Morrison, en passant par Janis Joplin et Jimi Hendrix, il devient le dealer officiel des musiciens les plus célèbres de la planète et l’ami intime des Rolling Stones.

Mais peu à peu, la machine bien huilée commence à s’enrayer. La santé des clients se détériore avec la consommation croissante des stupéfiants et lui-même tombe dans l’enfer de la drogue. Après la mort de Brian Jones suite à une overdose à 27 ans, les décès vont s’enchaîner dans l’entourage de Jean et ce dernier se sent menacé de toutes parts (justice internationale, pègre marseillaise…). Acculé, se sentant sombrer de plus en plus inexorablement sur une pente mortelle, il se pose des questions : et si il avait été manipulé afin de faire disparaître des rock-stars opposés à la guerre du Vietnam et leader d’opinion ? Toujours est-il que, quelques jours après la mort de Jim Morrison, le corps de Jean de Breteuil sera retrouvé sans vie à Tanger, suite à une overdose…

J’ai vraiment pris plaisir à lire ce roman basé sur des faits réels et très bien documenté. On se plonge totalement dans l’ambiance de la fin des années soixante et surtout dans la descente aux enfers de tous les protagonistes. Si l’on connait à l’avance le malheureux sort des plus grand noms du rock de l’époque, cela ne retire rien au suspens de ce roman qui a tout de l’excellent polar. Jusqu’à la fin, on reste accroché au destin tragique du personnage principal et surtout à ses multiples questionnements. Un roman palpitant, sombre, qu’apprécieront les lecteurs de thrillers ou les amoureux du rock.

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Gossip mums

Me voici de retour avec un livre décapant sur les dessous très chics de la maternité dans l’Upper East Side. Je remercie l’agence Anne et Arnaud ainsi que les Editions Globe  pour cette savoureuse découverte.

Les Primates de Park Avenue, Wednesday Martin

martin_wednesday_lesprimatesdeparkavenue_couverture_web-200x300Wednesday est anthropologue. Originaire du Midwest, elle s’installe dans l’Upper East Side – le quartier le plus huppé de Manhattan – alors qu’elle vient de mettre au monde son premier enfant. Ce qui ressemblerait à un privilège pour beaucoup va cependant bien vite tourner au cauchemar. Dans ce microcosme hyper privilégié, Wednesday est considérée comme un intrus par les femmes au foyer richissimes, surdiplômées et très influentes qu’elle va être amenée à rencontrer en emmenant son jeune fils à la maternelle. Outre ses difficultés à nouer des liens avec ses congénères, notre jeune scientifique va se trouver confronter à toutes les difficultés extrêmes que rencontrent les mères de l’Upper East Side : l’inscription des enfants dans les meilleures écoles, la quête d’un appartement bien situé, l’obligation de conserver un corps mince sans aucune imperfection après plusieurs grossesses… Pour faire face à l’hostilité du milieu, Wednesday choisit d’observer le milieu dans lequel elle est obligée d’évoluer avec son regard d’anthropologue. Elle va ainsi consigner puis analyser, à la manière de la célèbre primatologue Jane Goodall, les rites, les mœurs, les contradictions et les peurs de ces mères richissimes en quête obsessionnelle de perfection. Parviendra-t-elle à s’acclimater ? Je vous le laisserai découvrir par vous-même.

En attendant, voici mon avis sur ce livre qui mélange autobiographie et analyse sociologique satirique. Je suis véritablement tombée sous le charme de cet ouvrage à la fois intelligent, drôle, parfois cruel, tout en étant extrêmement touchant. Wednesday nous entraîne dans son quotidien de femme, de mère et nous donne à voir l’extrême difficulté de ce dernier rôle dans un des quartier les plus huppés de la planète où tout ne semble être que compétition. Difficile de croire que des femmes puissent faire montre d’une telle violence entre elles dans le but de favoriser au maximum leur progéniture. Pourtant, tout est réel. Mais il ne s’agit pas d’un simple témoignage ou tranche de vie. Ce livre est un traité aussi érudit que mordant, qui permet à la fois de s’enrichir intellectuellement et de rire face à des comportements que l’on jugera absurdes de l’extérieur mais qui on une réelle signification. La fin du livre est particulièrement bouleversante et tranche ainsi avec le début qui nous montre un univers très froid et hostile de prime abord. Le ton général est très enlevé et enjoué, ce qui fait de cette réflexion sur la maternité et sur la vie des femmes de Manhattan une lecture pétillante. Un très joli coup de cœur pour moi !

Je ne résiste pas au plaisir de vous faire découvrir un petit extrait :

« S’il existe un endroit où l’enfance et la maternité ont évolué de façon flagrante, c’est bien l’Upper East Side de Manhattan. Au sein de cette niche où le relâchement des pressions de compétition interspécifique est extrême, au sein d’une culture hautement compétitive, avoir une progéniture « qui réussit » est gage de statut social, les enfants étant des miroirs de nos propres aspirations. Les soutenir et travailler d’arrache-pied pour eux est devenu une véritable profession. Ici, la maternité est une carrière semée d’embûches et de coups-bas, où les enjeux sont colossaux. L’activité y est stressante et anxiogène précisément parce que c’est aux mères qu’incombe la réussite ou l’échec de cette entreprise, dont dépendra la réussite ou l’échec de leur progéniture. Et donc des leurs. Un circuit d’une fluidité remarquable et, comme j’allais l’apprendre, quasi inexorable. »

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En quête de soi

Je remercie les éditions Flammarion qui me permettent de vous faire découvrir ce roman en avant-première.

Le Chercheur, Lars Mulh

unnamedLars Mulh est un musicien et auteur danois de renommée internationale. Après quelques années d’une vie d’artiste qui ne le satisfait pas pleinement, il prend conscience que sa voie n’est pas celle du star-system. Il va alors chercher ce pour quoi sa vie est vraiment faite.

Double voyage et double temporalité, Le Chercheur mêle en effet le récit de la première rencontre de l’auteur avec celui qu’il nomme le Voyant, sorte de guide spirituel, et celui du trajet qu’il effectue du Danemark au sud de l’Espagne en train pour achever son initiation avec le Voyant. Ce dernier est celui qui lui a permis d’effectuer les premiers pas sur le chemin de sa véritable identité lorsqu’ils se sont rencontrés à Montségur.

Le Chercheur, premier tome de la trilogie O’Manuscrit, déjà traduit en huit langues, est un roman initiatique à la fois autobiographique et fictionnel. Si j’avoue avoir d’emblée été attirée par le thème de la quête spirituelle et identitaire et avoir réellement été conquise par les premières pages, mon enthousiasme s’est quelque peu relâché par la suite. En effet, si le début du roman est assez entraînant et aiguise la curiosité vis-à-vis des personnages principaux, l’auteur ne soutient pas la cadence et le récit devient un peu poussif. C’est dommage car sur le fond, Lars Mulh propose une réflexion intéressante sur la vie bien que certaines conceptions se révèlent un peu trop new-age à mon goût. J’ai, par exemple, bien aimé ce passage dans lequel le Voyant charge des pierres dans le sac à dos du narrateur. Chacune symbolise un défaut, une angoisse… :

« Mon fardeau ne cessait de gagner en réalité. Je penchais tant en avant à présent que j’en vins presque à ramper. Je transpirais abondamment. Comme le Voyant l’avait promis, j’éprouvais désormais physiquement tout les poids psychologiques de ma vie. Parce que je les emportais sur la montagne, chaque défaut, chaque doute et chaque projection acquérait une réalité qui me forçait à les contempler. Parce qu’ils sciaient assez littéralement mes épaules, courbaient mon dos, faisaient vaciller mes jambes, il était impossible désormais de les refouler. Et tandis que je rampais, je commençais à comprendre la signification de cette tâche en apparence vaine. Je me sentis soudain responsable de toutes ces maladies. »

Voilà pour ce petit extrait qui me semble assez représentatif du message que souhaite apporter l’auteur : pour mener une vie plus apaisée, il faut ouvrir les yeux sur tout ce qui vient nous alourdir au quotidien, en prendre réellement conscience avant de parvenir à nous en libérer pour gagner en sérénité. Un livre à découvrir pour les amateurs de récits de vie et de spiritualité.

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Instants de bonheur

Pour changer, un genre littéraire que j’ai peu l’habitude de présenter ici mais dont je me délecte à chaque fois que l’occasion m’est donnée de lire ce type d’ouvrage.

Journal d’un homme heureux, Philippe Delerm

1507-1Du 6 septembre 1988 au 31 décembre 1989, Philippe Delerm – qui a déjà publié quelques ouvrages mais qui n’a pas encore connu le succès de La Première Gorgée de bière qui viendra en 1997 – décide de tenir un journal. Lui et sa femme, tous deux professeurs, ont décidé d’enseigner à temps partiel, pour profiter de l’existence, de leur vie avec leur fils Vincent et pour se consacrer davantage à la création artistique. Et c’est ce temps libre qu’il a choisi de s’offrir qui va procurer à Philippe cet immense sentiment de bonheur : « Je crois que je me coucherai ce soir en me disant que je suis le plus heureux des hommes. […] Je suis riche, incommensurablement riche de ce qui manque à presque tout le monde : le temps ».

Et c’est le temps, justement, le personnage principal de ce journal dans lequel l’écrivain peint des instants de vie, de petites touches de moments heureux, en famille, entre amis ou solitaire. A la manière d’un impressionniste, Delerm nous invite à nous attacher à tous ces détails du quotidien que nous ne savons plus apprécier, happés que nous sommes par une société sans cesse en mouvement. L’auteur prend le temps de s’arrêter, d’observer, de ressentir le présent et d’en apprécier la saveur. A coup sûr, le meilleur remède au stress généré par l’activité permanente.

Moi qui ne suis pourtant guère amatrice de descriptions, j’ai été totalement séduite par ce journal que j’ai pris le temps de savourer et qui vient me confirmer que je fais le bon choix en mettant ma carrière de professeur de Lettres de côté cette année (hé oui, un joli point commun avec Delerm !), de m’accorder cette pause qui me permet de retrouver du plaisir à admirer ces petits rien de la vie qui sont en réalité de grands tout. Delerm a totalement raison. Le temps est un luxe. Le seul véritable. Celui qui permet d’être heureux. Coup de cœur pour ce texte magnifiquement écrit, d’une subtilité et d’une poésie remarquables. A paraître le 3 octobre aux éditions Seuil. Une très jolie façon de démarrer la saison automnale.

« Mardi 13 juin 1989

C’est en ce moment. Aujourd’hui, à peine. Demain, sans doute davantage, et cependant, le moindre vent peut balayer cette présence diaphane : les champs de lin sont en fleur. Sur l’océan vert pâle, ployant, ondoyant, une infime touche de bleu vient jouer dans la lumière, se répand, puis s’efface. On ne possède pas ce bleu comme un blanc sûr de marguerite, un rouge de coquelicot flamboyant sur un blond mat. Le bleu du lin n’est qu’une vague d’impalpable flottant sur un étrange vert aux courbes douces comme l’eau. Une eau pour le regard étendu sur la plaine, une brasse coulée dans le vert pâle et bleu – le premier signe de l’été. »