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Tous pour un !

Je vous apporte un peu de légèreté pour aborder cet été 2020 avec le sourire grâce à ce roman récemment paru chez Robert Laffont.

Ces petits riens qui nous animent, Claire Norton

9782221247112oriAude vient de passer la quarantaine lorsque sa vie bien rangée bascule. Voilà des années qu’elle est mariée à Xavier avec lequel elle est associée. Trop concentrés sur leur réussite professionnelle, ils n’ont jamais pris le temps d’avoir un enfant, et leur couple a traversé les années, bercé par la routine. Un jour, en rentrant récupérer un dossier chez eux, Aude surprend son mari au lit avec une jeune collègue. Dévastée, elle perd toute estime d’elle-même. L’errance qui suit cette découverte la conduit au parc des Buttes-Chaumont. C’est là qu’elle découvre une adolescente sur le point de sauter d’un pont. Deux jeunes hommes assistent aussi à la scène. Alexandre qui doit choisir entre l’amour de sa vie, Dimitri, ou son père qui réprouve son attirance pour les hommes, et Nicolas qui s’inquiète que son frère ait annulé leur rendez-vous. Afin de sauver Charlène, ils vont lui promettre de l’aider à accomplir sa quête. Ces quatre-là ne se connaissent pas encore mais s’apprêtent à vivre une grande aventure ensemble et nul doute que leur vie en sera profondément bouleversée…

« Alexandre, Aude et Charlène remontaient côte à côte l’allée de la Cascade et Nicolas, à la traîne, fermait la marche. S’être engagé dans une telle promesse était une folie. […] Existait-il une autre option ? Ils s’étaient trouvés là par hasard, unis par la seule nécessité d’empêcher à tout prix cette gamine de sauter. Il soupira. Peut-être que cette rencontre étrange et improbable n’était en fait pas un hasard… »

Dès les premières pages, Claire Norton entraîne son lecteur dans cette folle aventure qui va réunir des êtres que, a priori, tout semble opposer. Les personnages sont attachants avec leurs qualités, leurs tocs et leurs défauts, chacun portant les blessures d’un passé plus ou moins proche. Les pages se tournent s’en qu’on l’on y prenne garde tant le rythme est soutenu aussi bien grâce aux rebondissements de l’intrigue qu’à l’humour et à la narration pluri-focale qui permet de nous donner à chaque instant le point de vue de tous les protagonistes. L’autrice nous offre donc un vrai roman choral qui porte haut les valeurs de l’amitié. Mais davantage que cela, ce livre nous montre que rien n’est jamais totalement écrit dans la vie, que même lorsque pense que l’on est incapable de changer, englué dans un quotidien certes monotone mais rassurant, on peut choisir de sortir du moule et de mener son existence telle qu’on la souhaite vraiment.  Seuls bémols pour moi, des dialogues peut-être parfois un peu trop écrits et un dénouement auquel je m’attendais dès le deuxième chapitre mais qui ne pas empêcher de profiter de la lecture. Vous l’aurez compris, tous les codes du roman feel good sont réunis pour que vous passiez un moment agréable. Si vous cherchez un roman pour vous détendre cet été, celui-ci sera parfait !

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Vamos a la playa !

Bonjour ! Le soleil n’est plus très au rendez-vous ses derniers mais je vais essayer de le faire revenir avec le roman du jour ! Aujourd’hui, je vous propose une lecture rafraîchissante qui vous conduira jusqu’au Brésil… A découvrir chez Hugo Roman.

Tropical Palace, Alicia Werner

41bqe18zxpl._sy346_Jill est chef de réception d’un palace parisien, le Royal Breteuil. C’est le poste dont elle a toujours rêvé et l’obtenir à 28 ans à peine était inespéré. Oui mais voilà, depuis qu’elle occupe cette fonction, sa vie personnelle est quasiment réduite à néant. A peine le temps de retrouver ses copines pour dîner une fois par semaines et de se rendre aux répétitions de son groupe de rock. Niveau sentimental, c’est le désert. Jusque là, elle s’en accommodait car elle s’éclatait au boulot, mais depuis quelques temps, le moral n’est plus vraiment là. Les caprices aussi démesurés qu’incessants des riches clients de l’hôtel commencent à plus que l’agacer et le manque de considération de ses supérieurs ne vient pas arranger les choses. La crise mystique de sa mère, aussi amusante soit-elle, n’est pas là non plus pour la rassurer sur l’avenir. Il est grand temps pour elle de faire un break ! Ce sera bientôt chose faite grâce à ses copines Emma et Nour qui vont organiser un petit voyage au Brésil entre amie. De quoi déconnecter et, pourquoi pas, trouver l’amour…

« Il m’a fallu tenir compagnie à la Devallon-Bailly jusqu’à son coucher. Son mari s’est absenté seulement pendant le temps d’un dîner d’affaires mais, visiblement, la perspective de rester seule pendant trois heures a paru insurmontable à la Suissesse. […] Après l’avoir laissée étendue sur son lit en pyjama de soie crème, un masque de nuit sur les yeux, ses chiens endormis de part et d’autre de son oreiller, j’ai enfin eu le droit de retourner aux miettes de ma vie privée. »

Je me suis totalement laissée porter par ce roman qui tient ses promesses : nous divertir et nous donner le sourire. On s’attache très rapidement à la protagoniste, une jeune parisienne déjà au bout du rouleau malgré son jeune âge. En quête de sens dans sa vie professionnelle aussi bien que dans sa vie personnelle, Jill est une jeune femme comme les autres et c’est pour cela que l’on peut s’identifier facilement à elle. Nous avons ici tous les ingrédients du roman feel good avec la volonté de changer de vie, de la romance, de l’humour, une dose de développement personnel, le dépaysement dans un endroit paradisiaque et des chapitres très courts qui permettent une lecture fluide. Une chose est sûre, le cocktail fonctionne à merveille et nul doute que ce roman trouvera sa place dans votre sac de plage cet été !

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Entre ciel et sable

Bonjour ! Qui dit mercredi dit jour des petits ! Aujourd’hui, je vous présente un album paru en février aux éditions HongFei.

Les mots sont des oiseaux, Marie Sellier et Catherine Louis

les-mots-sont-des-oiseauxPetit frère est heureux : il part se promener à la plage avec Grand frère. Sur le rivage, ils retrouvent Shu, l’amoureuse de Grand frère. Petit frère aurait bien aimé qu’elle lui raconte des histoires, mais les amoureux ne s’occupent que d’eux-mêmes, c’est ennuyeux. Alors Petit frère va créer ses propres histoires en regardant les oiseaux qui volent dans le ciel. Il se met à tracer des signes dans le sable pour relater les aventures qu’il imagine.

Ce très bel album donne la part belle à l’imaginaire et à la poésie. Les illustrations en noir et blanc, ponctuées de rouge, sont peu communes dans un album destiné aux jeunes enfants mais viennent accentuer avec brio l’onirisme du texte. Normalement conseillé à partir de 7 ans, les plus jeunes lecteurs – j’ai testé sur mon petit de 20 mois qui l’a tout de suite adopté – apprécient l’histoire et les graphismes et se reconnaissent dans le personnage de Petit frère qui découvre le monde et la nature qui l’entourent. Le petit garçon fait l’apprentissage de la solitude et parvient à trouver les ressources dans son imaginaire pour occuper le temps. Cette histoire permet donc d’expliquer aux enfants qu’ils peuvent se nourrir de tout ce qui se trouve autour d’eux pour laisser libre court à leur créativité. Petit coup de cœur pour cet album qui nous fait nous envoler au doux pays de l’enfance.

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Le Dragon

Bonjour ! Je reviens avec un roman jeunesse qui traite avec tact d’un sujet délicat. Il est paru aux éditions Macha dans la collection Instant T.

Le masque de père, Louison Nielman

le-masque-de-pereCélesta a onze ans lorsqu’elle est emmenée dans un foyer pour enfants, loin de ses parents. La jeune fille n’est plus en sécurité chez elle. Plus les mois passaient et plus son père lui faisait peur, s’en prenant d’abord verbalement à sa mère, la menaçant, puis passant aux violences physiques. Céleste s’en veut d’avoir parlé et se sent coupable d’avoir laissé sa mère avec celui qu’elle considère maintenant comme un dragon. Qui sait de quoi il est capable ? Elle aimerait tant pouvoir la retrouver. Pourquoi lui interdit-on de la voir ?

« Céleste restait parfois serrée très fort contre sa mère, qui tentait d’ouvrir tous les parapluies anti-folie contre son mari. La rancœur, la tristesse, la haine grandissante étaient leurs bourreaux, qui les hantaient, les étouffaient, elles ne pouvaient s’en libérer. […] elles se laissaient humilier, rabaisser plus bas que terre, pour se protéger ».

L’autrice, psychologue, aborde avec finesse le thème des violences conjugales et familiales à travers ce roman destiné aux enfants à partir de onze ans. J’ai vraiment apprécié ce livre d’une grande maturité, qui traite d’un sujet délicat sans tomber dans le larmoyant. L’écriture est douce, presque poétique, la narration est fluide, faite d’allers et retours entre le moment présent et les événements traumatiques du passé de la jeune protagoniste. On perçoit l’ambivalence des sentiments de l’enfant, perdue entre l’amour pour son père et la peur ressentie lorsqu’il revêt son masque de monstre, perdue également entre l’amour pour sa mère, sa volonté de l’aider et l’incompréhension quand cette dernière refuse de se sauver et de protéger sa fille. On voit comment le mécanisme de la violence d’abord psychique puis physique opère insidieusement dans cette famille qui ressemble à toutes les autres vue de l’extérieur. J’ai trouvé que les sentiments de Céleste étaient vraiment bien travaillés, en présentant une palette complexe, allant de la colère à l’injustice en passant par la peur, l’amour et la culpabilité. Loin d’être complètement sombre, ce roman laisse aux jeunes lecteurs un message d’espoir et leur permettra aussi de s’exprimer s’ils sont victimes ou témoins de ce genre de violences. A ce propos, le livre contient toutes les informations, liens et numéro utiles à la fin. Une très bonne surprise !

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Danse macabre

Bonjour à toutes et tous ! Je reviens avec un polar polaire qui paraîtra aux éditions  de La Martinière le 24 mai. 

Nuuk, Mo Malø

nuukL’inspecteur Qaanaaq Adriensen reprend doucement du service en devant se plier à des rendez-vous quotidien avec la psychiatre Pia Kilanaq, chargée de vérifier sa capacité à se confronter au terrain. Il doit effectuer une tournée de routine à travers tous les postes de police du Groenland et a interdiction formelle de s’occuper de la moindre affaire importante. Au détour d’une visite, il apprend le suicide d’une jeune fille. Rien de très étonnant dans ce pays qui compte le plus fort taux de suicide au monde. Le hic, c’est que l’adolescente, placée en foyer depuis de nombreuses années, ne montrait aucun signe de détresse particulier. La curiosité du flic l’emporte sur les ordres de son supérieur. Et lorsqu’il reçoit un paquet contenant un bien étrange présent alors qu’il est à l’autre bout du pays, il se lance dans une enquête à ses risques et périls.

« Un banal suicide pouvait-il être considéré comme un « dossier sérieux » ? Qaanaaq connaissait la réponse. Mais déjà l’adrénaline policière irriguait ses vaines, balayait ses réserves, réveillait l’un après l’autre ses automatismes de flic ».

J’ai été conquise par ce roman de Mo Malø qui m’a fait voyager dans un pays dont je ne connaissais pas du tout les coutumes. L’intrigue joue sur les références à la culture groenlandaise, aux conteurs et rites chamaniques et nous entraîne dans les terres glaciaires les plus reculées. Un sacré dépaysement ! L’intrigue est prenante même si j’avoue avoir flairé le coupable assez rapidement même si tous les fils ne se recoupent véritablement qu’à la fin, révélant le profil d’un meurtrier pour le moins complexe. L’auteur donne une belle profondeur à son personnage principal, hanté par ses fantômes et à l’aube d’une nouvelle vie car il va devenir père et se marier. Saura-t’il affronter ses démons et être suffisamment présent pour sa famille ou l’appel de la justice sera-t’il plus fort ? Toujours est-il qu’il pourra compter sur son fidèle équipier et ami Apputiku pour le couvrir et lui donner un coup de main. Amateurs de polars et de voyages, vous ne serez pas déçus ! En attendant de pouvoir vous procurer le livre, vous pouvez déjà retrouver les images de l’expédition de Mo Malø sur son compte Instagram.

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Le gang des retraités

Bonjour ! Aujourd’hui, je vous présente un roman « feel good », histoire de vous donner le moral pour attaquer, je l’espère, la dernière ligne droite du confinement. Merci à Cécile pour ce cadeau. Ce roman est paru en début d’année chez Fayard.

Quand nos souvenirs viendront danser, Virginie Grimaldi

41jvqmk4irl._sx314_bo1204203200_Marceline et son mari Anatole ont emménagé impasse des Colibris il y a plus de soixante ans. Ils avaient tout juste vingt ans et la vie devant eux. Leur existence s’est écoulée aux côtés de celle de leurs voisins. Des joies et des peines, des enfants qui naissent, jouent ensemble puis s’en vont, parfois sans plus donner de nouvelles. Les six derniers habitants de l’impasse ont plus de quatre-vingt ans. Proches dans leur jeunesse, ils se sont peu à peu séparés, au fur que les haies et les broutilles poussaient entre les habitations. Mais les octogénaires vont bientôt devoir se rapprocher. En effet, le maire de la commune – qui est né et a grandi dans l’impasse – veut faire raser les maisons pour construire une nouvelle école. Pas questions pour nos retraités de se faire éjecter. Ils sont bien décidés à mener la guerre pour terminer leurs jours tranquillement chez eux. Ni une ni deux, malgré de vieilles dissensions, le groupe des Octogéniaux est formé et prêt à passer à l’attaque.

« […] chacun a dû réfléchir à un moyen efficace de faire céder la mairie. Les membres du groupe étant des personnes mesurées et raisonnables, les idées le sont tout autant. Gustave propose une petite grève de la faim. Joséphine veut juste monter en haut d’une grue. Rosalie envisage tout simplement de séquestrer le maire. Marius, sensible, préfère enlever les enfants du maire. Je me tourne vers Anatole en quête de réconfort. L’œil pétillant, mon cher époux propose d’investir le plateau d’une émission télévisée en direct. J’ajoute mentalement du cyanure à la liste des courses. Rosalie, qui a manifestement confondu son rouge à lèvres avec sa brosse à dents, me demande si j’ai une idée. Tous les regards convergent vers moi. Je songe à proposer un suicide collectif, mais ils sont capables d’approuver. »

C’est la première fois que je lis cette autrice et je n’ai pas été déçue. Je ne suis pas une grande adepte de littérature « feel good » mais de temps en temps, quand c’est bien écrit, c’est plaisant. Et en ces temps anxiogènes, ce livre tombait à pic. J’ai passé un très bon moment de lecture. J’ai dévoré ce roman en moins de trois jours ce qui est un véritable exploit pour moi ! Les personnages sont attachants et la construction narrative efficace avec l’alternance entre des chapitres narrant le temps présent et ceux revenant sur le passé de la narratrice, Marceline. Au fur et à mesure, on comprend comment les liens se sont faits puis défaits entre ces voisins et comment la protagoniste est passée d’une jeune fille timide et soumise à son époux à une femme épanouie n’ayant pas sa langue dans sa poche. Outre le récit d’un combat pour faire respecter le souvenir de chacun, ce roman est celui d’une grande histoire d’amour entre la narratrice et son mari. Émotion et humour cohabitent parfaitement et Grimaldi prouve que le temps qui passe n’est pas forcément signe de déclin. Ce livre est une ode à l’amitié et à la vie. Si vous recherchez une lecture douce qui vous donne le sourire, n’hésitez pas !

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Au pays des livres

Bonjour à tous ! J’espère que vous allez bien ! J’ai laissé passer davantage de temps que d’habitude entre mes chroniques pour la simple raison que le roman que je vais vous présenter aujourd’hui fait presque 650 pages… Il devait sortir le 20 avril aux éditions Sonatine mais il vous faudra patienter jusqu’à fin mai pour vous le procurer en version papier à moins de l’acquérir en format numérique…

La Mer sans Etoiles, Erin Morgenstern

la-mer-sans-etoilesZachary Ezra Rowlins est un discret étudiant qui rédige une thèse sur les jeux vidéos. Un jour, alors qu’il veut se changer les idées, il se rend à la bibliothèque de son université et tombe sur un livre mystérieux. Pas de titre ni d’auteur, l’ouvrage n’est pas répertorié. Le roman, constitué de petites histoires, de contes allégoriques, ravit l’imaginaire de notre étudiant. Mais quand il découvre qu’il est lui-même un des personnages, sa vie bascule. Une scène entière de son enfance est parfaitement décrite dans un chapitre. Il n’y a pas la suite mais notre protagoniste, bouleversé, décide d’en savoir plus. Il va alors mener une enquête qui va le conduire dans un univers totalement surréaliste, fait d’un gigantesque labyrinthe souterrain, d’une mystérieuse bibliothèque, de portes peintes qui s’ouvrent avant de s’effacer et d’une mer sans Etoiles…

«  »Jadis, il y a fort longtemps, le Temps tomba amoureux du Destin. » Une voix d’homme. Grave, mais avec une cadence légère, une voix de conteur. Zachary se fige et attend. L’oreille tendue. « Ce qui, comme on peut l’imaginer, s’avéra problématique, continue la voix. Leur idylle perturbait le cours du temps. Emmêlait les fils de la destinée en nœuds inextricables. » Une main dans son dos le pousse gentiment en avant et Zachary fait un premier pas hésitant dans le noir, puis un deuxième. »

J’avoue que j’ai été décontenancée par ce livre. Comme je ne lis que de très peu de pages d’un coup – rarement plus de dix minutes d’affilées, mon petit Jules ne me permet généralement pas plus ! – j’ai eu beaucoup de mal à me mettre dans ce roman à la structure complexe et à l’intrigue qui l’est sans doute encore davantage. Mais une fois lancée, j’ai savouré cette histoire hors du commun. Les récits s’enchâssent les uns dans les autres, les mises en abyme sont multiples et le monde imaginaire créé par l’autrice est d’une incroyable densité. Tout est métaphore dans ce roman, a commencé par le labyrinthe souterrain, métaphore de l’intrigue elle-même labyrinthique. La même histoire semble s’écrire et se réécrire encore et toujours avec d’infimes variations. Le lecteur se perd avec les protagonistes, à un point qu’on ne sait plus vraiment si un monde réel a existé ou si tout n’était pas fiction dès le départ. La frontière entre le monde du dessous et de dessus se fait de plus en plus floue. Autant être claire, si vous cherchez un livre pour ne pas trop vous prendre la tête, passez votre chemin. Si, au contraire, vous êtes adeptes d’univers parallèles et merveilleux, alors nul doute, vous trouverez ici votre bonheur. Pour ma part, après un début difficile comme je le disais plus haut, j’ai été conquise par ce roman hors du commun qui finit par se lire comme un polar.

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Avis de tempête domestique

Bonjour à tous ! J’espère que vous gardez un bon moral… La chronique du jour s’adresse à celles et ceux qui ont des enfants puisque je vais vous présenter un album jeunesse devait sortir le 3 avril aux éditions Joyvox. La sortie ayant été reportée, l’intégralité du conte musical est à présent disponible et en libre accès sur toutes les plateformes digitales depuis le début de la semaine, sur Deezer, Spotify et bien d’autres. Exemple https://www.deezer.com/fr/album/136799272?app_id=140685&utm_source=partner_linkfire&utm_campaign=2a727982a4a477967c7860d154765714&utm_medium=Original&utm_term=objective-stream&utm_content=album-136799272 , le livre audio peut s’acheter à moitié prix (4,99 au lieu de 9,99€) sur les plateformes d’achat type Google Play, Apple Store. 

L’Orage à la maison, Catherine Verlaguet

couvoragepoursite_256x256Dans la maison d’Arthur, l’orage gronde. Ses parents ne cessent de se disputer et l’enfant le vit très mal. Pour s’extraire de ce climat tempétueux, il se réfugie dans un monde marin imaginaire en appelant à l’aide un coquillage qui aspire les tempêtes pour en trouver un autre qui pourrait avaler celle qui éclate chez lui. Au cours de son voyage chaotique, le jeune garçon va faire de multiples rencontres, d’un vieux poulpe savant à un Bernard l’Hermite friand de pensées ventouses…

« Dans une autre fenêtre, il voit son père avaler des couleuvres. L’orage danse autour de sa figure en un brouillard noir d’électricité. En face de lui, sa mère pleut en silence; elle arrose ses pensées. Arthur est fatigué. Il voudrait rentrer chez lui, quitte à retrouver sa tempête ! Mais alors il se rappelle du vieux Poulpe qui lui a dit qu’après ses marécages, il trouverait son coquillage ».

Voilà un magnifique conte fantastique et initiatique, très joliment mis en voix et en musique par Mélanie Doutey et Marc Demais. Le texte est d’une richesse poétique incroyable, ce qui est remarquable pour un livre qui s’adresse aux enfants à partir de 6 ans. L’autrice s’amuse avec les mots et nous transporte dans un univers maritime onirique qui n’est pas sans rappeler le monde imaginaire d’Alice au Pays des Merveilles de Lewis Carroll. On suit les péripéties du jeune Arthur qui sont autant d’étapes émotionnelles qu’il devra franchir pour comprendre qu’il n’est pas la tempête de ses parents. Parce que le thème central de ce conte est bien là : la dispute entre les parents et sans doute la séparation et l’impact sur leur enfant. Pas évident de traiter de ce sujet complexe avec un jeune public mais le défi est réussi. L’idée de la pensée-ventouse qui reste accrochée à l’esprit de l’enfant est très explicite pour faire comprendre aux enfants combien certaines pensées peuvent être envahissantes et qu’il faut parvenir à s’en défaire pour aller mieux. Le texte est agréablement interprété par Mélanie Doutey et l’accompagnement musical est très réussi, les airs sont à la fois mélancoliques et entraînants. Un gros coup de cœur pour ce magnifique album qui séduira les plus jeunes et sera un bel outil pour les parents.

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Magie nippone

Bonjour à tous ! Aujourd’hui, c’est mercredi et c’est le jour des enfants. Voilà donc de quoi ravir vos jeunes lecteurs. Vous pourrez vous procurer ce livre aux éditions Ynnis. Et pour le résumé du premier tome, c’est ici.

Kiki la petite sorcière – Les racines de la magie, tome 2, Eiko Kadono

kiki-la-petite-sorciere-2Dans ce deuxième tome, nous retrouvons Kiki, notre petite sorcière coursière, pour de nouvelles aventures. Voilà déjà un an que la jeune fille s’est installée dans la ville de Koriko avec son fidèle chat noir Jiji afin d’exercer son métier de coursière. Quoi qu’on lui demande, Kiki répond toujours présente ! Que ce soit pour transporter une simple pomme ou carrément un hippopotame. La petite sorcière est débordée ! Qui plus est, peut-être en raison de la fatigue, la jeune fille perd peu à peu confiance en elle. Voilà que son balai lui joue des tours et est de moins en moins fiable, au point que Kiki n’ose plus voler…

« En quoi consistait son travail, au juste ? Était-ce vraiment une bonne idée d’être une sorcière coursière ? Kiki était aux prises avec un problème difficile, bien différent de tous ceux qu’elle avait affrontés jusqu’alors. Ce problème semblait même lié à la question de savoir si rester une sorcière était une bonne chose ou non ».

J’avais adoré le premier tome et j’ai tout autant apprécié celui-ci. Notre sorcière gagne en maturité et de nouveaux sentiments apparaissent : amour, jalousie, regard des autres,  problème de confiance en soi, doute… De quoi faire réfléchir les plus grands. Chaque chapitre correspond à une aventure ce qui est bien pratique pour les plus jeunes lecteurs qui ne verront ainsi pas passer les 350 pages. Chaque petite histoire offre une leçon ce qui permettra aux enfants de mieux comprendre leurs propres émotions et combien il est important de se remettre en question pour continuer à progresser et à grandir. D’ailleurs, Kiki se demande si elle ne devrait pas s’essayer à une autre forme de magie au lieu de se contenter de voler. Pour rappel, ce conte japonais est à l’origine du film d’animation éponyme de Hayao Miyazaki. Un petit coup de cœur pour ce deuxième tome qui ravira toute la famille.

 

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« L’émotion au bord des lèvres »

Bonjour à tous, j’espère que vous prenez le temps de lire pendant ce confinement. Aujourd’hui, je vous présente un roman qui parle d’amour et de haut potentiel. Ce livre est paru chez AlterPublishing.

La surprise du surdoué, Pascal-Henri Poiget

51ustf7fwul._sx326_bo1204203200_Le narrateur, la cinquantaine, tombe amoureux très souvent, éperdument. Pour un soir, une semaine, plusieurs mois ou années, l’intensité est la même jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien et qu’il passe à la conquête suivante. Pourtant, notre homme n’a rien d’un don Juan. Depuis son enfance, il agit de la sorte avec tout ce qui l’intéresse. Il se lance à corps perdu dans un centre d’intérêt – piano, escrime… – puis une fois le but fixé atteint, il passe à autre chose. Sans regret. Il en va donc de même avec ses compagnes avec lesquelles il conserve souvent de bons rapports une fois l’idylle terminée. Une histoire en particulier le marquera, celle qu’il entretiendra avec une chanteuse d’opéra dont il pense qu’elle est comme lui, surdouée. Parce qu’elle est là la grande particularité de ce protagoniste touche-à-tout, il est ce que l’on appelle un adulte à haut potentiel. Cela ne veut pas dire qu’il est meilleur que le commun des mortel, simplement différent, en décalage constant, à la fois trop rationnel et trop sensible. Alors quand deux êtres un peu trop en tout se rencontrent, le cocktail peut être explosif…

« […] mon cerveau fonctionne en permanence. Toujours. Tout le temps. Vite, très vite. Trop vite. J’ai longtemps voulu arrêter, ralentir, modérer cette machine infernale, ce maelstrom incessant. Ces pensées en ébullition, qui se cognent et s’entrecognent. Mais j’y ai renoncé. […] Comme si cela ne suffisait pas, non seulement le cerveau turbine à trois cents à l’heure, mais le plus difficile à gérer est l’hypersensibilité, cette émotion au bord des lèvres. Qui vous fait éclater en sanglots. Qui vous anéantit au quart de tour. Qui vous amène à tout faire basculer en une demi seconde. […] Trop forte, trop vive, trop envahissante. Trop, trop, trop. »

J’ai choisi de retranscrire ce passage parce que je trouve qu’il résume à la fois toute la question de la douance ainsi que celle des rapports amoureux du protagoniste. Tout va trop vite dans sa tête, et ses émotions sont trop intenses. Pas facile à vivre. Pour quiconque observerait la chose de l’extérieure, il se dirait que le narrateur est inconstant, incapable de se fixer voire dénoué de sentiment. Mais il n’en est rien. Il tombe réellement amoureux à chaque fois, avec fulgurance. Et ses sentiments peuvent s’interrompre avec la même fulgurance. Si ce roman ne m’a pas convaincu dans tous ses aspects – les chansons et poèmes m’ont semblé de trop (mais vous l’aurez compris, cela fait partie du personnage) -, je l’ai néanmoins apprécié car de nombreux éléments ont résonné en moi, notamment le fameux passage ci-dessus. On aurait pu craindre un texte lourd, trop sérieux mais il n’en est rien. Ce roman est léger au bon sens du terme. Il invite à profiter de la vie à fond, à saisir l’instant. Et il permet aussi d’expliquer de manière claire les mécanismes de pensée des personnes à haut potentiel.