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Seul

8 Nov

L’automne s’installe et avec lui les jours raccourcissent, laissant cette légère mélancolie s’insinuer dans les foyers. Le court roman que je vous présente aujourd’hui, paru aux éditions L’âge d’homme, colle très bien à la saison ! 

Minuit blanc, Maxence Marchand

ob_5ca5e3_minuit-blanc-marchandUn jeune homme, approchant la trentaine, vient d’être quitté par celle qu’il aimait. Bien que sachant que la rupture menaçait, difficile pour lui d’encaisser le choc et de se retrouver seul dans l’appartement au double vitrage dans lequel ils avaient choisi de s’installer ensemble. Bientôt, des angoisses surgissent et il lui devient difficile de se mouvoir dans le monde qu’il entoure. L’hiver est là, et comme la nature, les sens du jeune homme sont engourdis.

Ce court roman – ou longue nouvelle – de Maxence Marchand a des allures de balade nocturne, hors de toute temporalité. Le lecteur est invité à suivre le jeune protagoniste dans ses réflexions, dans la tristesse langoureuse qui l’habite, dans ses tentatives pour se rattacher au monde alors qu’il ne trouve plus aucune prise. Son cœur et son âme frigorifiés dans le froid hivernal cherchent en vain le réconfort et les questionnements sur la vie et son sens se multiplient. L’écriture poétique nous plonge dans des limbes oniriques et nous invite à laisser errer nos pensées.

Éloge des petits riens

22 Sep

Voilà un auteur qu’il est bon de savourer tranquillement en ces premiers jours d’automne.

L’extase du selfie et autres gestes qui nous disent, Philippe Delerm

l-extase-du-selfie-et-autres-gestes-qui-nous-disentJe ne résumerai pas ce livre puisqu’il s’agit de quarante-sept instants de vie, de gestes apparemment anecdotiques mais qui en disent tellement sur notre façon d’être au monde. En enchanteur du quotidien et de l’instant présent, Philippe Delerm célèbre, avec toute la poésie et la finesse qui le caractérisent, tous ces petits riens, ces petites manies et rituels gesticulatoires auxquels nous n’accordons pas forcément d’attention mais qui révèlent bien des choses sur notre société. Qui n’a jamais souri et ne s’est jamais étonné en regardant des jeunes filles prendre la pose avec un regard boudeur devant leur propre objectif ? Que cela signifie-t’il donc ? Et que peuvent bien dire de nous nos façons de faire les carreaux, de conduire notre caddie ou de tenir notre verre en société sans le boire ? Les amoureux de Philippe Delerm seront sans doute, comme moi, conquis par cet ouvrage qui vient de paraître au Seuil.

Tous toqués !

6 Jan

Merci aux Ateliers Henry Dougier qui m’ont sympathiquement fait parvenir l’ouvrage que je vais vous présenter aujourd’hui.

L’homme qui courait après son nez, Gérald Cahen

l-homme-qui-courait-apres-son-nezJe ne suis pas une grande adepte des recueils de nouvelles mais le titre pour le moins délirant de celui-ci a piqué ma curiosité.

Les 17 nouvelles de ce recueil sont réparties en cinq chapitres correspondant chacun à un caractère : les grands timides, les délirants, les rieurs, les mal élevés et les mal aimés. Elles mettent chacune en scène des personnages souffrant de troubles plus ou moins envahissants qui leur empoisonnent le quotidien.

Avec un humour pour le moins décalé, l’auteur nous entraîne dans son univers fantaisiste, parfois terrifiant (comme dans la nouvelle « Le Chat ») mais souvent amusant (ma partie préférée est celle des mal élevés). Si vous cherchez une lecture qui vous pousse à vous moquer tendrement de vos contemporains ou de vous-même, laissez-vous tenter par cet homme qui courait après son nez.

Ados d’Orient

11 Juin

De retour avec de la littérature jeunesse engagée et une petite maison d’édition qui me tient à cœur : Le Muscadier.

Orient Extrême, Mireille Disdero

9791090685765-165x250Ce petit ouvrage regroupe cinq nouvelles, dont deux longues et trois très courtes, fonctionnant comme des instantanés. Le point commun ? Toutes se déroulent dans l’Asie du Sud-Est (Vietnam, Cambodge, Malaisie, Indonésie, Thaïlande) et mettent en scène de jeunes adolescents. Tous ces récits m’ont pris aux tripes. En particulier le plus long d’entre eux, intitulé : « Do you want a cup of tea ? ». Une adolescente cambodgienne est envoyée en Malaisie comme domestique. Ses parents sont persuadés d’avoir trouvé une bonne place pour leur fille. Malheureusement, elle revient quelques mois plus tard en catastrophe au domicile familial. En état de choc, la jeune fille n’est plus que l’ombre d’elle-même. Ses employeurs l’ont plus que maltraitée…

Si les sujets abordés sont difficiles (maltraitance, esclavage moderne, prostitution…), ils le sont de façon délicate, parfois sous-entendue, afin de ne pas heurter le jeune lectorat auquel les textes s’adressent mais de le faire réfléchir au statut des enfants dans le monde et surtout à la nécessité d’agir et de s’engager pour faire respecter les droits de tous et de construire un monde plus juste. Une fois encore, la collection « Rester Vivant » des éditions Le Muscadier propose un ouvrage jeunesse engagé, qui cherche à donner un sens à l’acte de lecture et surtout à insuffler un réaction chez les jeunes lecteurs. A mettre entre toutes les mains.

 

Instantanés

21 Fév

Je remercie chaleureusement Michel Brignot, dont le dernier ouvrage Humeurs d’alambic vient de paraître, pour m’avoir fait découvrir le recueil dont je vais vous parler aujourd’hui.

Renaissances, recueil collectif – Souffle court éditions

couv-renaissances1Toujours délicat de présenter un recueil de nouvelles, surtout lorsqu’il s’agit d’un recueil collectif. Car même si souvent – et c’est le cas ici – un thème est imposé, chaque auteur possède son propre style, un univers personnel bien défini. Renaissances n’échappe pas à la règle. Vingt deux auteurs ont été conviés à laisser libre cours à leur imagination à partir de cinq clichés choisis par cinq femmes photographes. La volonté de l’éditeur était de célébrer les 250 ans de la naissance de Nicéphore Niepce, l’inventeur de la photographie, par le biais de cette expérience artistique peu commune. Pour reprendre les termes de Philippe Vieille, l’éditeur, en quatrième de couverture : « Une photographie c’est bien plus qu’une image, c’est un jalon posé sur le rebord du temps. C’est beaucoup. Le temps d’un cliché, le futur se conjugue au passé. Il y aura un avant et il y eut un après. Prendre, regarder, afficher une photo c’est se jouer du temps qui passe, c’est à la fois conserver la fugacité de l’instant et le concentrer en émotions. L’écriture elle aussi permet de faire renaître le temps, de le réanimer, de le sublimer […] » La nouvelle, par sa brièveté, me semble la forme littéraire la plus apte à capter l’instantanéité de la photographie. Le thème de la renaissance choisi ici est également porteur de cette idée d’instant. Car s’il existe différents moyens de renaître, que certains peuvent apparaître comme de lents processus, le résultat est quant à lui instantané. Que ce soit cette femme qui découvre que son mari la trompe avec sa meilleure amie et qui emploie toute sa douleur et sa colère à s’effacer du monde avant de renaître sous l’objectif d’un photographe ou ce jeune Steve qui prend conscience après des nuits d’errance, perdu dans les abîmes de la drogue, que sa vie peut encore avoir un sens, chaque personnage de ces vingt deux nouvelles va renaître à lui, éclore à la vie, à l’amour. Mon seul regret : que les clichés qui ont initié les nouvelles ne soient pas présents dans le recueil. Cela dit, cette absence m’a permis de faire travailler mon imagination pour tenter de concevoir à quoi pouvait ressembler les photographies d’origine. Je vous invite à découvrir et à savourer ce recueil inspiré et inspirant – qui n’est pas sans me rappeler Les vies minuscules, un roman de Pierre Michon – , dans un format très agréable à manipuler.

 

 

 

La bibliothèque infernale

12 Août

Un tout petit Murakami, parce que ça faisait longtemps !

L’étrange bibliothèque, Haruki Murakami

9782714459558Un jeune garçon se rend à la bibliothèque municipale pour rendre des livres. Souhaitant en emprunter d’autres, la dame à l’accueil – qu’il n’a jamais vue – lui dit de descendre les escalier, puis de tourner à droite et de continuer tout droit pour se rendre à la salle 107. L’enfant s’exécute. Arrivé au bon endroit, un vieillard l’accueille. Dès lors, plus rien ne va se dérouler normalement…

Cette nouvelle de Murakami bascule très vite dans un univers aussi étrange qu’inquiétant. Ici, l’onirisme devient cauchemardesque. Le lecteur se perd dans les dédales de cette terrifiante bibliothèque labyrinthique et se retrouve emprisonné aux côtés du jeune narrateur, d’un homme-mouton et d’une magnifique petite fille. Sans être la meilleure oeuvre du japonais, cette nouvelle cristallise plusieurs thèmes récurrents de l’auteur (enfermement, solitude, quête de soi…) tout en dévoilant un aspect poético-fantastique bien plus sombre qu’à l’habitude. Le tout est très joliment et psychédéliquement illustré par Kat Menschik.

Aux armes !

21 Juil

Je remercie les éditions Le Muscadier pour l’envoi de ce livre.

Contre courant, Florence Cadier

Le livre se compose de neuf nouvelles avec pour thème commun la lutte pour faire valoir le droit des femmes et des hommes à l’humanité.

Le premier récit, « Amar, rêve d’une terre d’asile« , narre l’histoire d’un jeune afghan de 15 ans qui a fui son pays dans l’espoir d’un avenir meilleur en France. Après un voyage long et pénible, l’accueil sur le sol français n’est pas des plus chaleureux. Lors d’une descente de police dans le camp, un homme étrange l’entraîne avec lui et lui permet d’échapper aux forces de l’ordre. Mais que lui veut-il ?

Vient ensuite « Véronique, 17 ans en octobre 1972 » , l’histoire d’une jeune fille qui vient de vivre sa première relation charnelle et a le malheur d’être tombée enceinte. Honteuse, elle n’ose en parler à ses parents. Elle se trouve beaucoup trop jeune pour élever un enfant. Sa seule solution pour se sortir de cette galère : avorter dans la clandestinité, à ses risques et périls…

« Martine, pour quelques euros » met en scène la caissière de supermarché d’un quartier populaire. Ne supportant plus de voir certains clients reposer des articles de première nécessité au passage en caisse par manque d’argent, elle décide de leur faire crédit sans en parler à sa direction. Jusque-là, tout s’est toujours bien passé. Mais jusqu’à quand ces petits arrangements pourront-ils durer ?

« Mabrouk, mon amour » raconte la cruelle histoire d’amour entre deux jeunes hommes dans un pays africain où l’homosexualité est considérée comme un crime…

« Les dernières heures de Sophie Scholl » nous plonge au coeur de l’Allemagne nazie. Un groupe d’étudiants dont la jeune Sophie fait partie décide de distribuer des tracts pour dénoncer le régime d’Hitler. Nous assistons à la mascarade de procès qui eut lieu pour condamner ces « traîtres » à la patrie.

Dans « Contre un mur« , la narratrice s’apprête à passer le checkpoint de Jérusalem Est pour rentrer chez elle en terre israélienne. C’est le soir de Noël, elle est pressée de retrouver sa famille pour fêter ça. Mais alors qu’elle va franchir le mur, elle s’aperçoit qu’un homme étrange la suit. Les gardes-frontière deviennent subitement source de salut, à moins que les ennuis ne fassent que commencer…

« Les neuf de Little Rock » nous envoie en Arkansas, en 1957. Beth est folle de joie, elle vient d’être admise avec huit autres élèves noirs au Central High School, un prestigieux lycée qui n’accueillait jusque-là que des blancs. Mais malgré les nouvelles lois anti-ségrégationnistes les mentalités ne sont pas encore prête à évoluer.

L’avant-dernière nouvelle, « Interdit de nourrir ceux qui ont faim« , situe son histoire en Floride, à l’hiver 2014. Alors que des bénévoles distribuent de la nourriture à des sans-abris, les forces de l’ordre viennent les en empêcher…

Enfin, « Temps de guerre » raconte comment deux enfants juifs vont échapper de justesse à la rafle du Vél’ d’hiv et comment certaines situations peuvent modifier en profondeur un homme.

Encore une fois, cette collection Place du marché réussit le pari de mettre en lumière des textes qui font réfléchir. Tous les personnages de ces nouvelles luttent contre l’injustice, pour un idéal, celui d’un monde plus humain, contre les totalitaristes et moralisateurs « bien-pensants » bêtes et méchants. Très appréciables, les notes historiques à la fin des récits qui permettront aux jeunes lecteurs de bien situer le contexte des nouvelles et de se rendre compte que derrière des fictions se cache la réalité.

Si j’ai aimé tous les textes, deux m’ont particulièrement touchée. J’ai trouvé l’histoire de la jeune Véronique et de son avortement clandestin particulièrement insoutenable par son réalisme et d’autant plus pénible que certains extrémistes militent actuellement contre ce droit à l’avortement si péniblement acquis. Je pense que ce récit fera office d’une bonne piqûre de rappel aussi pour les jeunes filles qui doivent prendre conscience que des femmes ont lutté avant elles pour obtenir le droit de disposer librement de son corps, que la contraception est très importante et que l’avortement, même s’il est maintenant pratiqué plus humainement et en toute sécurité, n’en reste pas moins une décision très difficile qui marque une vie entière. L’autre texte qui m’a marquée est celui qui met en scène les deux jeunes homosexuels dont l’un est frappé à mort dans une ruelle. Se dire qu’au XXIème siècle, on peut encore être enfermé, persécuté ou mourir en raison de ses préférences sexuelles est aberrant. Et quand on voit les relents de haine qu’ont suscité les débats autour du mariage pour tous en France, il est triste de constater que même dans le pays des droits de l’homme certaines mentalités restent à ce point fermées face à la différence.

J’espère que les collégiens – à partir de la 4ème je pense – iront découvrir cet ouvrage, hymne à la tolérance, et qu’ils y apprendront à ne pas se comporter en moutons de Panurge et comment désobéir peut parfois se révéler l’acte le plus citoyen qui soit.

Futur or no futur ?

22 Avr

Je tiens à remercier le collectif des Artistes fous associés et notamment Sébastien Parisot alias Herr Mad Doktor pour m’avoir confié leur dernier né après Sales Bêtes, Fins du monde et Folies.

L’homme de demain – 16 récits de l’utopie au cauchemar, Les artistes fous associés

Grande amatrice de récits d’anticipation, j’attendais beaucoup de ce recueil. Si j’avoue n’avoir pas accroché à toutes les nouvelles, j’ai néanmoins pris grand plaisir à lire ces textes qui évoquent des thèmes d’actualité poussés à leur paroxysme qui fait souvent froid dans le dos. On retrouve ainsi le problème de l’intelligence artificielle et de l’homme augmenté non seulement physiquement mais intellectuellement qui finira sans doute par se faire happer par la machine ou par le flux des médias omniprésents, les questions d’écologie et de ce qu’il adviendra de notre planète si nous continuons à la polluer de la sorte ou encore celle de la mutation génétique… Plus que d’utopies, il s’agit pour la plupart de récits dystopiques assez effrayants. Si vous avez tendance à angoisser en songeant au futur, passez votre chemin ! Au contraire, si comme moi vous adorez envisager les hypothèses les plus farfelues, ce livre est fait pour vous !

Comme à mon habitude lorsqu’il s’agit de recueils de nouvelles, je ne vais en sélectionner que quelques-unes – mes préférées ! Cela ne signifie pas que j’ai détesté les autres ! loin de là !

La frontière des rêves, Tesha Garisaki : Dans le monde de la narratrice, une jeune anthropologue, tout le monde est en permanence connecté à l’Omn-IA, une intelligence artificielle qui vient suppléer les utilisateurs et qui serait même dotée d’une conscience… La narratrice, un peu inquiète mais totalement dépendante de l’IA, décide de partir à la découverte d’une civilisation préservée de l’IA et donc de déconnecter quelques temps. Cette nouvelle liminaire met tout de suite dans l’ambiance et nous fait réfléchir sur l’hyper-connectivité dans un style tout à fait agréable.

Paradise4, Emilie Querbalec : J’avais déjà adoré sa nouvelle Coccinelles dans l’anthologie Folies. Il s’agit là de ma nouvelle préférée de l’ouvrage. Une nouvelle à la fois sombre et lumineuse, qui évoque le sacrifice de parents pour leur enfant alors qu’un dangereux virus condamne à terme l’humanité. Un texte d’une puissante délicatesse dans le thème abordé, centré sur le personnage du père en proie à un choix cornélien.

Le coeur sous la cloche, Ludovic Klein : Là encore, il s’agit d’un auteur dont j’avais déjà apprécié les nouvelles dans les anthologies précédentes. Dans le monde de la petite fille de huit ans qui est le personnage principal, les enfants n’ont pas le droit de sortir des chemins balisés. Ils sont perpétuellement placés sous étroite surveillance. La liste des règles à ne pas enfreindre est interminable et difficile à comprendre pour la petite fille qui, un jour, désobéit… Encore un texte d’une grande puissance poétique et allégorique.

Les héritiers, Anthony Boulanger : Après que la Terre a subi de nombreuses radiations, les humains qui ont survécu ont muté. Tous sont maintenant Augmentés, en quête de nouvelles planètes susceptibles de les accueillir. Tous sauf un, qui est resté un homme ordinaire et qui va voir la Terre se vider de ses derniers habitants. Une jolie réflexion sur les questions de différence et de solitude.

Poogle Man, Herr Mad Doktor : Dans un monde hyper-connecté, le géant Poogle est omniprésent et les citoyens ne peuvent plus faire un pas sans les notifications incessantes émises par la multinationale. Poogle s’est tellement rendu indispensable que les hommes n’arrivent plus à penser par eux-mêmes et se retrouvent totalement perdus en l’absence de connexion. Et si quelqu’un avait l’outrecuidance de vouloir échapper au système, nul doute que la Poogle-police le retrouverait… J’ai beaucoup aimé le principe de cette nouvelle interactive (avec des liens sur lesquels cliquer) peu commun, et surtout la réflexion sur notre société contrôlée/manipulée par un géant omnipotent… A méditer !

Changez d’air, Arnaud Lecointre : Le narrateur travaille et vit près d’une usine dont s’échappent d’étranges fumées. Après un repas chez des amis munis d’un système de traitement de l’air dans leur habitat (les gens doivent porter des masques toutes la journée pour respirer un air pur), il est convaincu que c’est la seule solution pour survivre à la pollution de l’usine. Mais tout cet équipement coûte cher, très cher… Une nouvelle agréable à lire à la chute assez terrible !

« Contes cruels »

1 Avr

Un peu de littérature chinoise pour changer du Japon.

Trois vies chinoises, Dai Sijie

Comme l’indique le titre, l’auteur de Balzac et la petite tailleuse chinoise va nous conter dans ces trois nouvelles les itinéraires peu banals de trois chinois vivant sur l’île de la Noblesse, vaste décharge à ciel ouvert. Dans ce décor de déchets électroniques, presque apocalyptique, tentent de survivre les laissés-pour-compte de la Chine moderne.

Le premier récit narre le parcours d’un ado de 12 ans, atteint de progéria, une terrible maladie qui lui donne l’aspect d’un vieillard. Un jour, le directeur de cantine d’une prison propose d’acheter l’enfant à sa tante qui l’élève…

Le deuxième texte raconte l’histoire d’une jeune fille dont la mère, intoxiquée à force de travailler dans un atelier de recyclage du plomb des piles et batteries de voitures, perd peu à peu la mémoire. Alors que sa mère disparaît du jour au lendemain, l’adolescente est convaincue de la culpabilité de son père…

La dernière nouvelle met en scène une ancienne forgeronne en train de fabriquer une chaîne qui entravera son fils à un arbre…

Je n’ai pas intitulé cette chronique « Contes cruels » pour rien. Sans rien dévoiler des chutes de ces nouvelles toutes sont d’une brutalité rare. D’autant plus brutales que les textes dégagent une poésie voire même une légèreté apparente grâce à une écriture très délicate. Dès les premières lignes, on se doute bien que l’auteur va nous conduire sur des pentes dramatiques. Mais ce qui crée le choc final, c’est le détachement et même la candeur avec lesquels sont contés les faits. Je suis ressortie à la fois bluffée et horrifiée par la violence finale de ces trois nouvelles à la narration parfaitement maîtrisée. A découvrir !

Attaques

18 Mar

Dernier ouvrage des quatre gentiment envoyés par les éditions Le Muscadier.

Un beau jour, François David

Deux récits coup-de-poing mettant en scène des collégiens composent ce petit livre.

Le premier, « Iahoo », raconte l’histoire d’un jeune élève de 5ème, José. Mais José n’est pas un enfant tout à fait comme les autres. Partout où il se rend, il est accompagné depuis peu par son chien, Iahoo. C’est d’ailleurs par le prisme de ce dernier que nous suivons l’histoire de José. Le jeune garçon de 12 ans n’est donc pas tout à fait comme les autres puisqu’il est aveugle. Mais comme les autres, il se rend chaque matin au collège. Iahoo est là pour l’aider dans son quotidien. Mais si le chien attire l’attention, pas évident pour le timide José de s’intégrer pleinement dans l’établissement. Bien sûr, la charmante Clara – qui ne le laisse pas indifférent – lui témoigne toute son amitié. Mais il n’en va pas de même pour Julian qui semble prendre un malin plaisir à le persécuter…

Le second récit, « La gifle », met en scène la jeune Nathalie. Un beau jour, alors qu’elle se rend à son cours de danse et attend le bus qui doit l’y mener, un jeune homme lui colle une terrible baffe et s’enfuie en courant avec son comparse. Le monde fait de rêveries de la jeune fille s’écroule et se brise alors en mille morceaux. En l’espace d’un instant, sa vie a basculé et elle n’est plus que l’ombre d’elle-même…

Vous l’aurez compris, François David traite ici de sujets graves : handicap, discrimination, harcèlement, agression… Toutefois, ces nouvelles n’ont rien de déprimant. Au contraire, elles permettront aux jeunes lecteurs de comprendre que la vie n’est pas toujours rose mais que des solutions peuvent toujours être trouvées. Elles les inciteront je pense aussi à réfléchir sur leur propre comportement : comment réagiraient-ils, eux, dans ces situations (qu’ils soient victimes ou coupables) ? Car si l’auteur place son regard du côté des victimes, il parvient aussi à se tourner vers les bourreaux et à tenter de comprendre ce qui a motivé leur acte – sans toutefois les excuser bien entendu. J’ai particulièrement apprécié le second récit, tout en pudeur et en poésie, assez allégorique je pense d’un sujet bien plus grave (le viol), évoqué d’ailleurs dans le texte. Il montre à quel point un acte de violence, quel qu’il soit, peut marquer – dans tous les sens du terme – la vie de celui qui en est victime et que se relever après ce genre de sévices n’est jamais évident. Encore une fois, cette collection Place du marché réussit son pari d' »utiliser son temps de cerveau disponible pour développer son sens critique ».