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Ados d’Orient

11 Juin

De retour avec de la littérature jeunesse engagée et une petite maison d’édition qui me tient à cœur : Le Muscadier.

Orient Extrême, Mireille Disdero

9791090685765-165x250Ce petit ouvrage regroupe cinq nouvelles, dont deux longues et trois très courtes, fonctionnant comme des instantanés. Le point commun ? Toutes se déroulent dans l’Asie du Sud-Est (Vietnam, Cambodge, Malaisie, Indonésie, Thaïlande) et mettent en scène de jeunes adolescents. Tous ces récits m’ont pris aux tripes. En particulier le plus long d’entre eux, intitulé : « Do you want a cup of tea ? ». Une adolescente cambodgienne est envoyée en Malaisie comme domestique. Ses parents sont persuadés d’avoir trouvé une bonne place pour leur fille. Malheureusement, elle revient quelques mois plus tard en catastrophe au domicile familial. En état de choc, la jeune fille n’est plus que l’ombre d’elle-même. Ses employeurs l’ont plus que maltraitée…

Si les sujets abordés sont difficiles (maltraitance, esclavage moderne, prostitution…), ils le sont de façon délicate, parfois sous-entendue, afin de ne pas heurter le jeune lectorat auquel les textes s’adressent mais de le faire réfléchir au statut des enfants dans le monde et surtout à la nécessité d’agir et de s’engager pour faire respecter les droits de tous et de construire un monde plus juste. Une fois encore, la collection « Rester Vivant » des éditions Le Muscadier propose un ouvrage jeunesse engagé, qui cherche à donner un sens à l’acte de lecture et surtout à insuffler un réaction chez les jeunes lecteurs. A mettre entre toutes les mains.

 

Instantanés

21 Fév

Je remercie chaleureusement Michel Brignot, dont le dernier ouvrage Humeurs d’alambic vient de paraître, pour m’avoir fait découvrir le recueil dont je vais vous parler aujourd’hui.

Renaissances, recueil collectif – Souffle court éditions

couv-renaissances1Toujours délicat de présenter un recueil de nouvelles, surtout lorsqu’il s’agit d’un recueil collectif. Car même si souvent – et c’est le cas ici – un thème est imposé, chaque auteur possède son propre style, un univers personnel bien défini. Renaissances n’échappe pas à la règle. Vingt deux auteurs ont été conviés à laisser libre cours à leur imagination à partir de cinq clichés choisis par cinq femmes photographes. La volonté de l’éditeur était de célébrer les 250 ans de la naissance de Nicéphore Niepce, l’inventeur de la photographie, par le biais de cette expérience artistique peu commune. Pour reprendre les termes de Philippe Vieille, l’éditeur, en quatrième de couverture : « Une photographie c’est bien plus qu’une image, c’est un jalon posé sur le rebord du temps. C’est beaucoup. Le temps d’un cliché, le futur se conjugue au passé. Il y aura un avant et il y eut un après. Prendre, regarder, afficher une photo c’est se jouer du temps qui passe, c’est à la fois conserver la fugacité de l’instant et le concentrer en émotions. L’écriture elle aussi permet de faire renaître le temps, de le réanimer, de le sublimer […] » La nouvelle, par sa brièveté, me semble la forme littéraire la plus apte à capter l’instantanéité de la photographie. Le thème de la renaissance choisi ici est également porteur de cette idée d’instant. Car s’il existe différents moyens de renaître, que certains peuvent apparaître comme de lents processus, le résultat est quant à lui instantané. Que ce soit cette femme qui découvre que son mari la trompe avec sa meilleure amie et qui emploie toute sa douleur et sa colère à s’effacer du monde avant de renaître sous l’objectif d’un photographe ou ce jeune Steve qui prend conscience après des nuits d’errance, perdu dans les abîmes de la drogue, que sa vie peut encore avoir un sens, chaque personnage de ces vingt deux nouvelles va renaître à lui, éclore à la vie, à l’amour. Mon seul regret : que les clichés qui ont initié les nouvelles ne soient pas présents dans le recueil. Cela dit, cette absence m’a permis de faire travailler mon imagination pour tenter de concevoir à quoi pouvait ressembler les photographies d’origine. Je vous invite à découvrir et à savourer ce recueil inspiré et inspirant – qui n’est pas sans me rappeler Les vies minuscules, un roman de Pierre Michon – , dans un format très agréable à manipuler.

 

 

 

La bibliothèque infernale

12 Août

Un tout petit Murakami, parce que ça faisait longtemps !

L’étrange bibliothèque, Haruki Murakami

9782714459558Un jeune garçon se rend à la bibliothèque municipale pour rendre des livres. Souhaitant en emprunter d’autres, la dame à l’accueil – qu’il n’a jamais vue – lui dit de descendre les escalier, puis de tourner à droite et de continuer tout droit pour se rendre à la salle 107. L’enfant s’exécute. Arrivé au bon endroit, un vieillard l’accueille. Dès lors, plus rien ne va se dérouler normalement…

Cette nouvelle de Murakami bascule très vite dans un univers aussi étrange qu’inquiétant. Ici, l’onirisme devient cauchemardesque. Le lecteur se perd dans les dédales de cette terrifiante bibliothèque labyrinthique et se retrouve emprisonné aux côtés du jeune narrateur, d’un homme-mouton et d’une magnifique petite fille. Sans être la meilleure oeuvre du japonais, cette nouvelle cristallise plusieurs thèmes récurrents de l’auteur (enfermement, solitude, quête de soi…) tout en dévoilant un aspect poético-fantastique bien plus sombre qu’à l’habitude. Le tout est très joliment et psychédéliquement illustré par Kat Menschik.

Aux armes !

21 Juil

Je remercie les éditions Le Muscadier pour l’envoi de ce livre.

Contre courant, Florence Cadier

Le livre se compose de neuf nouvelles avec pour thème commun la lutte pour faire valoir le droit des femmes et des hommes à l’humanité.

Le premier récit, « Amar, rêve d’une terre d’asile« , narre l’histoire d’un jeune afghan de 15 ans qui a fui son pays dans l’espoir d’un avenir meilleur en France. Après un voyage long et pénible, l’accueil sur le sol français n’est pas des plus chaleureux. Lors d’une descente de police dans le camp, un homme étrange l’entraîne avec lui et lui permet d’échapper aux forces de l’ordre. Mais que lui veut-il ?

Vient ensuite « Véronique, 17 ans en octobre 1972 » , l’histoire d’une jeune fille qui vient de vivre sa première relation charnelle et a le malheur d’être tombée enceinte. Honteuse, elle n’ose en parler à ses parents. Elle se trouve beaucoup trop jeune pour élever un enfant. Sa seule solution pour se sortir de cette galère : avorter dans la clandestinité, à ses risques et périls…

« Martine, pour quelques euros » met en scène la caissière de supermarché d’un quartier populaire. Ne supportant plus de voir certains clients reposer des articles de première nécessité au passage en caisse par manque d’argent, elle décide de leur faire crédit sans en parler à sa direction. Jusque-là, tout s’est toujours bien passé. Mais jusqu’à quand ces petits arrangements pourront-ils durer ?

« Mabrouk, mon amour » raconte la cruelle histoire d’amour entre deux jeunes hommes dans un pays africain où l’homosexualité est considérée comme un crime…

« Les dernières heures de Sophie Scholl » nous plonge au coeur de l’Allemagne nazie. Un groupe d’étudiants dont la jeune Sophie fait partie décide de distribuer des tracts pour dénoncer le régime d’Hitler. Nous assistons à la mascarade de procès qui eut lieu pour condamner ces « traîtres » à la patrie.

Dans « Contre un mur« , la narratrice s’apprête à passer le checkpoint de Jérusalem Est pour rentrer chez elle en terre israélienne. C’est le soir de Noël, elle est pressée de retrouver sa famille pour fêter ça. Mais alors qu’elle va franchir le mur, elle s’aperçoit qu’un homme étrange la suit. Les gardes-frontière deviennent subitement source de salut, à moins que les ennuis ne fassent que commencer…

« Les neuf de Little Rock » nous envoie en Arkansas, en 1957. Beth est folle de joie, elle vient d’être admise avec huit autres élèves noirs au Central High School, un prestigieux lycée qui n’accueillait jusque-là que des blancs. Mais malgré les nouvelles lois anti-ségrégationnistes les mentalités ne sont pas encore prête à évoluer.

L’avant-dernière nouvelle, « Interdit de nourrir ceux qui ont faim« , situe son histoire en Floride, à l’hiver 2014. Alors que des bénévoles distribuent de la nourriture à des sans-abris, les forces de l’ordre viennent les en empêcher…

Enfin, « Temps de guerre » raconte comment deux enfants juifs vont échapper de justesse à la rafle du Vél’ d’hiv et comment certaines situations peuvent modifier en profondeur un homme.

Encore une fois, cette collection Place du marché réussit le pari de mettre en lumière des textes qui font réfléchir. Tous les personnages de ces nouvelles luttent contre l’injustice, pour un idéal, celui d’un monde plus humain, contre les totalitaristes et moralisateurs « bien-pensants » bêtes et méchants. Très appréciables, les notes historiques à la fin des récits qui permettront aux jeunes lecteurs de bien situer le contexte des nouvelles et de se rendre compte que derrière des fictions se cache la réalité.

Si j’ai aimé tous les textes, deux m’ont particulièrement touchée. J’ai trouvé l’histoire de la jeune Véronique et de son avortement clandestin particulièrement insoutenable par son réalisme et d’autant plus pénible que certains extrémistes militent actuellement contre ce droit à l’avortement si péniblement acquis. Je pense que ce récit fera office d’une bonne piqûre de rappel aussi pour les jeunes filles qui doivent prendre conscience que des femmes ont lutté avant elles pour obtenir le droit de disposer librement de son corps, que la contraception est très importante et que l’avortement, même s’il est maintenant pratiqué plus humainement et en toute sécurité, n’en reste pas moins une décision très difficile qui marque une vie entière. L’autre texte qui m’a marquée est celui qui met en scène les deux jeunes homosexuels dont l’un est frappé à mort dans une ruelle. Se dire qu’au XXIème siècle, on peut encore être enfermé, persécuté ou mourir en raison de ses préférences sexuelles est aberrant. Et quand on voit les relents de haine qu’ont suscité les débats autour du mariage pour tous en France, il est triste de constater que même dans le pays des droits de l’homme certaines mentalités restent à ce point fermées face à la différence.

J’espère que les collégiens – à partir de la 4ème je pense – iront découvrir cet ouvrage, hymne à la tolérance, et qu’ils y apprendront à ne pas se comporter en moutons de Panurge et comment désobéir peut parfois se révéler l’acte le plus citoyen qui soit.

Futur or no futur ?

22 Avr

Je tiens à remercier le collectif des Artistes fous associés et notamment Sébastien Parisot alias Herr Mad Doktor pour m’avoir confié leur dernier né après Sales Bêtes, Fins du monde et Folies.

L’homme de demain – 16 récits de l’utopie au cauchemar, Les artistes fous associés

Grande amatrice de récits d’anticipation, j’attendais beaucoup de ce recueil. Si j’avoue n’avoir pas accroché à toutes les nouvelles, j’ai néanmoins pris grand plaisir à lire ces textes qui évoquent des thèmes d’actualité poussés à leur paroxysme qui fait souvent froid dans le dos. On retrouve ainsi le problème de l’intelligence artificielle et de l’homme augmenté non seulement physiquement mais intellectuellement qui finira sans doute par se faire happer par la machine ou par le flux des médias omniprésents, les questions d’écologie et de ce qu’il adviendra de notre planète si nous continuons à la polluer de la sorte ou encore celle de la mutation génétique… Plus que d’utopies, il s’agit pour la plupart de récits dystopiques assez effrayants. Si vous avez tendance à angoisser en songeant au futur, passez votre chemin ! Au contraire, si comme moi vous adorez envisager les hypothèses les plus farfelues, ce livre est fait pour vous !

Comme à mon habitude lorsqu’il s’agit de recueils de nouvelles, je ne vais en sélectionner que quelques-unes – mes préférées ! Cela ne signifie pas que j’ai détesté les autres ! loin de là !

La frontière des rêves, Tesha Garisaki : Dans le monde de la narratrice, une jeune anthropologue, tout le monde est en permanence connecté à l’Omn-IA, une intelligence artificielle qui vient suppléer les utilisateurs et qui serait même dotée d’une conscience… La narratrice, un peu inquiète mais totalement dépendante de l’IA, décide de partir à la découverte d’une civilisation préservée de l’IA et donc de déconnecter quelques temps. Cette nouvelle liminaire met tout de suite dans l’ambiance et nous fait réfléchir sur l’hyper-connectivité dans un style tout à fait agréable.

Paradise4, Emilie Querbalec : J’avais déjà adoré sa nouvelle Coccinelles dans l’anthologie Folies. Il s’agit là de ma nouvelle préférée de l’ouvrage. Une nouvelle à la fois sombre et lumineuse, qui évoque le sacrifice de parents pour leur enfant alors qu’un dangereux virus condamne à terme l’humanité. Un texte d’une puissante délicatesse dans le thème abordé, centré sur le personnage du père en proie à un choix cornélien.

Le coeur sous la cloche, Ludovic Klein : Là encore, il s’agit d’un auteur dont j’avais déjà apprécié les nouvelles dans les anthologies précédentes. Dans le monde de la petite fille de huit ans qui est le personnage principal, les enfants n’ont pas le droit de sortir des chemins balisés. Ils sont perpétuellement placés sous étroite surveillance. La liste des règles à ne pas enfreindre est interminable et difficile à comprendre pour la petite fille qui, un jour, désobéit… Encore un texte d’une grande puissance poétique et allégorique.

Les héritiers, Anthony Boulanger : Après que la Terre a subi de nombreuses radiations, les humains qui ont survécu ont muté. Tous sont maintenant Augmentés, en quête de nouvelles planètes susceptibles de les accueillir. Tous sauf un, qui est resté un homme ordinaire et qui va voir la Terre se vider de ses derniers habitants. Une jolie réflexion sur les questions de différence et de solitude.

Poogle Man, Herr Mad Doktor : Dans un monde hyper-connecté, le géant Poogle est omniprésent et les citoyens ne peuvent plus faire un pas sans les notifications incessantes émises par la multinationale. Poogle s’est tellement rendu indispensable que les hommes n’arrivent plus à penser par eux-mêmes et se retrouvent totalement perdus en l’absence de connexion. Et si quelqu’un avait l’outrecuidance de vouloir échapper au système, nul doute que la Poogle-police le retrouverait… J’ai beaucoup aimé le principe de cette nouvelle interactive (avec des liens sur lesquels cliquer) peu commun, et surtout la réflexion sur notre société contrôlée/manipulée par un géant omnipotent… A méditer !

Changez d’air, Arnaud Lecointre : Le narrateur travaille et vit près d’une usine dont s’échappent d’étranges fumées. Après un repas chez des amis munis d’un système de traitement de l’air dans leur habitat (les gens doivent porter des masques toutes la journée pour respirer un air pur), il est convaincu que c’est la seule solution pour survivre à la pollution de l’usine. Mais tout cet équipement coûte cher, très cher… Une nouvelle agréable à lire à la chute assez terrible !

« Contes cruels »

1 Avr

Un peu de littérature chinoise pour changer du Japon.

Trois vies chinoises, Dai Sijie

Comme l’indique le titre, l’auteur de Balzac et la petite tailleuse chinoise va nous conter dans ces trois nouvelles les itinéraires peu banals de trois chinois vivant sur l’île de la Noblesse, vaste décharge à ciel ouvert. Dans ce décor de déchets électroniques, presque apocalyptique, tentent de survivre les laissés-pour-compte de la Chine moderne.

Le premier récit narre le parcours d’un ado de 12 ans, atteint de progéria, une terrible maladie qui lui donne l’aspect d’un vieillard. Un jour, le directeur de cantine d’une prison propose d’acheter l’enfant à sa tante qui l’élève…

Le deuxième texte raconte l’histoire d’une jeune fille dont la mère, intoxiquée à force de travailler dans un atelier de recyclage du plomb des piles et batteries de voitures, perd peu à peu la mémoire. Alors que sa mère disparaît du jour au lendemain, l’adolescente est convaincue de la culpabilité de son père…

La dernière nouvelle met en scène une ancienne forgeronne en train de fabriquer une chaîne qui entravera son fils à un arbre…

Je n’ai pas intitulé cette chronique « Contes cruels » pour rien. Sans rien dévoiler des chutes de ces nouvelles toutes sont d’une brutalité rare. D’autant plus brutales que les textes dégagent une poésie voire même une légèreté apparente grâce à une écriture très délicate. Dès les premières lignes, on se doute bien que l’auteur va nous conduire sur des pentes dramatiques. Mais ce qui crée le choc final, c’est le détachement et même la candeur avec lesquels sont contés les faits. Je suis ressortie à la fois bluffée et horrifiée par la violence finale de ces trois nouvelles à la narration parfaitement maîtrisée. A découvrir !

Attaques

18 Mar

Dernier ouvrage des quatre gentiment envoyés par les éditions Le Muscadier.

Un beau jour, François David

Deux récits coup-de-poing mettant en scène des collégiens composent ce petit livre.

Le premier, « Iahoo », raconte l’histoire d’un jeune élève de 5ème, José. Mais José n’est pas un enfant tout à fait comme les autres. Partout où il se rend, il est accompagné depuis peu par son chien, Iahoo. C’est d’ailleurs par le prisme de ce dernier que nous suivons l’histoire de José. Le jeune garçon de 12 ans n’est donc pas tout à fait comme les autres puisqu’il est aveugle. Mais comme les autres, il se rend chaque matin au collège. Iahoo est là pour l’aider dans son quotidien. Mais si le chien attire l’attention, pas évident pour le timide José de s’intégrer pleinement dans l’établissement. Bien sûr, la charmante Clara – qui ne le laisse pas indifférent – lui témoigne toute son amitié. Mais il n’en va pas de même pour Julian qui semble prendre un malin plaisir à le persécuter…

Le second récit, « La gifle », met en scène la jeune Nathalie. Un beau jour, alors qu’elle se rend à son cours de danse et attend le bus qui doit l’y mener, un jeune homme lui colle une terrible baffe et s’enfuie en courant avec son comparse. Le monde fait de rêveries de la jeune fille s’écroule et se brise alors en mille morceaux. En l’espace d’un instant, sa vie a basculé et elle n’est plus que l’ombre d’elle-même…

Vous l’aurez compris, François David traite ici de sujets graves : handicap, discrimination, harcèlement, agression… Toutefois, ces nouvelles n’ont rien de déprimant. Au contraire, elles permettront aux jeunes lecteurs de comprendre que la vie n’est pas toujours rose mais que des solutions peuvent toujours être trouvées. Elles les inciteront je pense aussi à réfléchir sur leur propre comportement : comment réagiraient-ils, eux, dans ces situations (qu’ils soient victimes ou coupables) ? Car si l’auteur place son regard du côté des victimes, il parvient aussi à se tourner vers les bourreaux et à tenter de comprendre ce qui a motivé leur acte – sans toutefois les excuser bien entendu. J’ai particulièrement apprécié le second récit, tout en pudeur et en poésie, assez allégorique je pense d’un sujet bien plus grave (le viol), évoqué d’ailleurs dans le texte. Il montre à quel point un acte de violence, quel qu’il soit, peut marquer – dans tous les sens du terme – la vie de celui qui en est victime et que se relever après ce genre de sévices n’est jamais évident. Encore une fois, cette collection Place du marché réussit son pari d' »utiliser son temps de cerveau disponible pour développer son sens critique ».

Le meilleur des mondes

8 Mar

Je renouvelle mes remerciements aux éditions Le Muscadier pour l’envoi de cet ouvrage.

Et si demain…, Michel Piquemal

Et si demain on découvrait chez certains des gènes néandertaliens ? Et si demain l’on pouvait savoir ce que pensent les animaux ? si l’on pouvait effacer les mauvais souvenirs ? si les maisons devenaient intelligentes ? si l’on découvrait un moyen technique imparable pour séduire ou si les Etats étaient remplacés par des gouvernements de multinationales ?

C’est à ces questions et à bien d’autres auxquelles va tenter de répondre Michel Piquemal dans ces onze nouvelles futuristes. Ces textes d’anticipation courts et efficaces permettent de s’interroger sur les « progrès » de la science et l’utilisation qui en est faite. Sans gâcher le suspens, on se rend vite compte que les avancées techniques engendrent un recul de l’humanité. Ces textes sont donc avant tout des dystopies dans la mesure où ils présentent une vision plutôt sombre et pessimiste de l’avenir. Toutefois, ces nouvelles sont loin de s’avérer anxiogènes car l’auteur parvient à traiter des sujets plutôt angoissants (notamment celui de la domotique avec la maison intelligente) de façon humoristique. Les thèmes traités, très variés, vont de la question de discrimination à l’obsolescence programmée en passant par la toute-puissance des marques. Ils inciteront les adolescents à réfléchir sur ce qui fait leur quotidien et aux dérives qui pourraient facilement advenir si le peuple ne réagit pas. Car plus qu’une réflexion sur les méfaits de ces nouvelles technologies, il me semble que ces textes donnent à penser l’évolution humaine dans sa globalité et cherchent surtout à alerter la jeunesse sur les risques d’une pensée unique ou plutôt uniformisée. Décidément, cette collection Place du marché offre véritablement des oeuvres de qualité et cette littérature jeunesse ravira aussi un public adulte. Je compte bien me servir de quelques extraits – dont « La puce de Panurge » sur l’obsolescence programmée – dans ma séquence consacrée justement aux contre-utopies qui me permet aussi d’aborder pleinement l’argumentation avec mes 3ème.

Nouvelles niponnes

1 Nov

Voilà bien longtemps que je n’avais pas lu un petit Murakami !

Après le tremblement de terre, Haruki Murakami

Le tremblement de terre du titre est celui de Kobe, en 1995. La catastrophe est le point de départ des six nouvelles de ce recueil. Elle est à lire comme une métaphore du cataclysme interne que vont subir les protagonistes de chacun des textes. M’ai s’il est fait mention du tremblement de terre dans chacune des nouvelles, aucune ne se ressemble ni n’entretient d’autre point commun avec une autre. Murakami nous présente six destins différents, qui – selon moi – forment une espèce de puzzle, et sont à lire comme une biographie romancée et fragmentaire de l’auteur.

« Un ovni a atterri à Kishiro » : Cinq jours après le tremblement de terre, la femme de Komura le quitte subitement. A la suite de cette rupture, il se voit confier une étrange mission par un collègue de travail qui le charge de transporter une mystérieuse boite.

« Passage avec fer » : Trois amis se retrouvent devant un feu de camp sur la plage et sont complètement hypnotisés par les flammes…

« Tous les enfants de Dieu savent danser » : Yoshiya a été élevé par sa mère qui lui a toujours soutenu que sa conception a été l’oeuvre de Dieu. Mais le jeune homme ne croit guère à ces histoires et se met en quête de son père. Un jour, il croit le reconnaître dans le métro et se lance à sa poursuite.

« Thaïlande » : Satsuki – médecin spécialisé dans les problèmes de thyroïde – vient d’assister à un congrès médical en Thaïlande. Elle en a profité pour caler ses vacances à la suite et passer quelques jours à Bangkok. Elle va bientôt faire la connaissance de Nimit, chauffeur de limousine, qui va la guider dans des contrées bien plus lointaines qu’elle ne l’imaginait.

« Crapaudin sauve Tokyo » : Un jour qu’il rentre du travail, Katagiri qui se définit comme un « homme on ne peut plus ordinaire. Plus ordinaire que la moyenne, même« , découvre une grenouille géante dans son appartement qui parle, se fait appeler Crapaudin, et qui lui demande son aide pour aller battre Lelombric, un ver géant vivant sous terre, responsable des tremblements de terre.

« Galette au miel » : L’histoire aussi cruelle qu’attendrissante d’un trio amoureux entre trois amis de lycée. Junpei est amoureux de Sayoko depuis le début mais il est trop timide pour le lui avouer. Alors qu’il s’est absenté, son ami Takatsuki a tenté sa chance avec la jeune femme. Puis l’a épousée et ils ont eu une petite fille, Sara. C’est Junpei qui a choisi le prénom, c’est lui qui lui lit des histoires le soir quand son père n’est pas là… Ma nouvelle préférée.

J’annonce clairement la couleur, ce n’est pas mon Murakami préféré. Sans doute parce qu’il s’agit de nouvelles et que je ne suis pas une grand fan de ce genre littéraire. J’ai toujours l’impression qu’il me manque quelque chose, que je reste sur ma faim. J’ai le sentiment de ne jamais avoir le temps d’entrer réellement dans l’histoire. J’ai surtout eu l’étrange impression qu’aucun des textes n’étaient réellement terminé. Volonté de l’auteur de laisser à son lecteur la possibilité d’imaginer la suite. Ou lui-même ne savait-il pas clairement où il voulait en venir ? N’en demeure pas moins que j’ai retrouvé le style de Murakami, qui parvient à mêler onirisme et réalisme, tout en portant un regard distancié et plein de délicatesse sur la société japonaise. Le tremblement de terre intervient comme un élément perturbateur majeur dans ces vies bien rodées et va amener les personnages et les lecteurs à partir en quête de leur part d’ombre. On retrouve de nombreux thèmes chers à l’auteur dont le jazz, la quête du père, la question des sectes religieuses… Hâte de le retrouver en roman !

L’heure du crime

12 Août

Je tiens tout d’abord à remercier Southeast Jones et les éditions La Madolière pour m’avoir fait parvenir ce recueil de nouvelles au format numérique.

Morts Dents Lames – Hommage à la violence, éditions La Madolière

Chers lecteurs, il n’est pas dans mes habitudes de vous mettre en garde contre mes chroniques mais celle-ci risque d’être particulièrement sanglante. Ames sensibles, passez votre chemin, les autres – je sais que je compte parmi mes habitués des pervers-sadiques qui ne s’ignorent pas – suivez-moi dans les confins de l’horreur…

Vous l’aurez compris – tout est dit dans le très beau titre de l’ouvrage -, Morts Dents Lames est une anthologie de nouvelles horrifiques, toutes plus sanglantes et dérangeantes les unes que les autres autres. Le thème est parfaitement respecté et l’ensemble est très homogène, les nouvelles coulent les unes à la suite des autres comme le sang jaillit des nombreuses victimes. Si l’ouvrage n’est pas forcément très long (19 nouvelles, d’une longueur à peu près équivalente pour chacun à savoir entre 10 et vingt pages), j’avoue ne pas l’avoir lu très rapidement et avoir ressenti le besoin de reprendre mes esprits entre deux textes… peut-être aussi pour me délecter plus longtemps de ce plaisir presque défendu…

Toutes ces histoires ont donc un point commun : la mort. Et violente si possible. Mais bourreaux et victimes ne sont pas toujours ceux qu’on croit ! Si quelques-unes des nouvelles se placent d’emblée dans des univers un peu parallèles voire fantastiques ou à des époques lointaines – « Anatomie, une histoire de l’âme » d’Olivier Caruso; « Le sang des cailles » de Mathieur Rivero, « Adelphe Ambroisie » de Vincent de Roche-Clermont – la plupart met en scène des personnages du quotidien, des adolescents paumés, au vieux biker, en passant par le gentil couple de banlieue sans histoire au médecin légiste un peu trop professionnel…

Comme à mon habitude lorsqu’il s’agit de recueil, je ne vais pas faire une analyse détaillée de chaque nouvelle mais seulement m’attarder sur celles qui m’ont le plus touchée.

La première nouvelle, « Anatomie, une histoire de l’âme » d’Olivier Caruso est, selon moi, l’une des plus aboutie de l’anthologie. Le style de l’auteur est très fluide, l’écriture délicate, presque poétique. J’ai aimé l’irruption du fantastique à la fin qui permet d’adoucir le côté sanguinolent. L’histoire se passe à une époque indéterminée mais qui ressemble au Moyen-âge. Un professeur d’anatomie tente de prouver l’existence de l’âme comme élément physique du corps. Mais un spectateur vient mettre en cause ses dires. Aidé de sa fille, le professeur va organiser une représentation qui devrait lui clouer le bec. Mais la leçon tourne au drame…

« Le sang des cailles » de Mathieur Rivero se passe dans l’Egypte Antique. Un embaumeur est chargé de s’occuper du corps de son frère. Il va enfin en profiter pour se venger de ce dernier… Le texte est très bien écrit et renseigné. On découvre, au fur et à mesure de l’histoire, le mécanisme qui a poussé le personnage à la vengeance.

« Les petits crayons rouges » de Nolween Eawy. Trois enfants font office de souffre-douleur pour leurs parents dégénérés avant qu’ils de se retourner contre eux… Un texte poignant, très sombre, rude mais bien mené.

« Adelphe Ambroisie » de Vincent de Roche-Clermont. Décidément, on va croire que j’ai un faible pour les récits à tendance historique (alors qu’en vérité, je déteste cela !). Nous voilà au temps de l’Inquisition, un jeune garçon est recruté comme accompagnateur de l’Inquisiteur avant de devenir bourreau. Il prend un plaisir sexuel pervers et malsain à exécuter les victimes – soi-disant inverties. Si j’avoue que l’aspect sexuel est un peu trop développé à mon goût, j’ai trouvé l’histoire vraiment bien ficelée et très bien écrite. On se met tout à fait dans l’ambiance.

« Sous sa peau » de Pénélope Labruyère. Il s’agit du texte de la fondatrice des éditions de la Madolière. Dans la postface, elle explique qu’elle s’est livrée au jugement des autres auteurs avant d’inclure son récit. Heureusement, il a été retenu ! L’histoire de ce médecin légiste envoyé sur une scène de crime particulièrement gore vient clore le recueil avec brio. Le cadavre d’une jeune femme est retrouvé pendu et quasiment intégralement écorché dans une cabane au milieu des bois. Le cas va virer à l’obcession pour le spécialiste de la mort. J’ai adoré la manière dont est construite la nouvelle qui alterne et mêle de façon presque indissociée le récit du légiste et celui du meurtrier en train d’exécuter sa victime. Je trouve cette technique très bien sentie, elle donne du rythme au récit.

En conclusion, cette anthologie n’est pas à mettre entre toutes les mains. Bien que je ne sois pas franchement friande du genre, j’ai été plutôt agréablement surprise par ce recueil. Evidemment, tous les textes ne se valent pas à mon sens, certains m’ont laissée quelque peu perplexe – je n’ai pas tout compris – et j’en ai trouvé d’autres un peu trop caricaturaux et trash – quoique très divertissants au final, et après tout, n’est-ce pas ce qu’on attend aussi d’une lecture ? – mais dans l’ensemble, le sujet est très bien maîtrisé. A découvrir donc pour ceux qui n’ont pas froid aux yeux !

A découvrir ici ma chronique consacrée au roman Les Résidents d’Amelith Deslandes, paru également aux éditions La Madolière