nouveauté·Nouvelles

A la recherche de la chanson perdue

Bonjour à tous ! Aujourd’hui, je vous présente une nouvelle parue dans la collection Poche des éditions Au Diable Vauvert que j’affectionne particulièrement.

Dark was the night, Grégoire Hervier

couv-poche-dark-was-the-night-pl1siteUn historien du blues à l’université du Missippi passe la plus grande partie de sa vie à la recherche de la trentième chanson de Robert Johnson, un bluesman mort à l’âge de vingt-sept ans et laissant derrière lui vingt-neuf titres répertoriés, d’une grande qualité. Notre narrateur nous raconte ses recherches, ses rencontres, ses espoirs, depuis le début de sa quête alors qu’il n’est encore que thésard en histoire contemporaine à l’université de Berckeley en 1966 jusqu’à sa retraite.

Mêlant polar et histoire de la musique, cette nouvelle nous emmène à la découverte du blues, un monde qui m’était totalement inconnu en dehors des chanteurs célèbres. L’historien se fait enquêteur et on se prend d’intérêt pour cette recherche hors du commun : parviendra-t-il, oui ou non, à trouver cette trentième chanson ? Existe-t-elle réellement ? Au-delà du texte, l’auteur présente l’histoire de douze titres de blues qu’il apprécie particulièrement ce qui permet de se familiariser avec des morceaux peu connus, tous antérieurs aux années 70. Pour celles et ceux que ça intéresse, la collection Poche du Diable est disponible au format numérique (voir lien dans l’introduction), ce qui est bien pratique en ce moment !

Nouvelles

Quand tout bascule

Pour changer des romans, je vous propose aujourd’hui un petit recueil de nouvelles paru il y a quelques mois chez Souffle court éditions.

L’erreur de trop, Michel Brignot

lerreur-de-trop_1re-couv_2Ce recueil, composé de dix nouvelles, met en avant des personnages complexes. Certains sont englués dans un quotidien paralysant, d’autres essaient de s’en échapper parfois au péril de leur vie. L’auteur, Michel Brignot, est un médecin qui aime la mer et les voyages et l’on retrouve dans ces textes ces deux passions qui viennent poser les décors de ses intrigues. Ces dix nouvelles assez tragiques ne sont pas pour autant forcément tristes car elles nous font voyager et réfléchir sur l’existence humaine, sur les choix qui se proposent à chaque être humain au cours de sa vie, bons ou mauvais et ces erreurs qui finissent parfois par tout faire basculer.

Si j’ai pris plaisir à chaque texte, mes préférés sont « Entre les doigts » qui raconte le destin d’une trapéziste, paralysée après une terrible chute; « Un œil triste », premier texte du recueil, qui nous emmène dans un village reculé de Sardaigne plongé dans la tourmente après la découverte de trois cadavres de jeunes hommes à quelques jours d’intervalle et « Bain à Budapest » qui nous conduit dans la capitale hongroise avec deux hommes dont le séjour ne sera pas des plus calmes et nous pousse à réfléchir sur le respect des règles… Je vous laisse le plaisir de découvrir les autres textes pour voyager à votre guise.

Nouvelles·Roman

Seul

L’automne s’installe et avec lui les jours raccourcissent, laissant cette légère mélancolie s’insinuer dans les foyers. Le court roman que je vous présente aujourd’hui, paru aux éditions L’âge d’homme, colle très bien à la saison ! 

Minuit blanc, Maxence Marchand

ob_5ca5e3_minuit-blanc-marchandUn jeune homme, approchant la trentaine, vient d’être quitté par celle qu’il aimait. Bien que sachant que la rupture menaçait, difficile pour lui d’encaisser le choc et de se retrouver seul dans l’appartement au double vitrage dans lequel ils avaient choisi de s’installer ensemble. Bientôt, des angoisses surgissent et il lui devient difficile de se mouvoir dans le monde qu’il entoure. L’hiver est là, et comme la nature, les sens du jeune homme sont engourdis.

Ce court roman – ou longue nouvelle – de Maxence Marchand a des allures de balade nocturne, hors de toute temporalité. Le lecteur est invité à suivre le jeune protagoniste dans ses réflexions, dans la tristesse langoureuse qui l’habite, dans ses tentatives pour se rattacher au monde alors qu’il ne trouve plus aucune prise. Son cœur et son âme frigorifiés dans le froid hivernal cherchent en vain le réconfort et les questionnements sur la vie et son sens se multiplient. L’écriture poétique nous plonge dans des limbes oniriques et nous invite à laisser errer nos pensées.

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Éloge des petits riens

Voilà un auteur qu’il est bon de savourer tranquillement en ces premiers jours d’automne.

L’extase du selfie et autres gestes qui nous disent, Philippe Delerm

l-extase-du-selfie-et-autres-gestes-qui-nous-disentJe ne résumerai pas ce livre puisqu’il s’agit de quarante-sept instants de vie, de gestes apparemment anecdotiques mais qui en disent tellement sur notre façon d’être au monde. En enchanteur du quotidien et de l’instant présent, Philippe Delerm célèbre, avec toute la poésie et la finesse qui le caractérisent, tous ces petits riens, ces petites manies et rituels gesticulatoires auxquels nous n’accordons pas forcément d’attention mais qui révèlent bien des choses sur notre société. Qui n’a jamais souri et ne s’est jamais étonné en regardant des jeunes filles prendre la pose avec un regard boudeur devant leur propre objectif ? Que cela signifie-t’il donc ? Et que peuvent bien dire de nous nos façons de faire les carreaux, de conduire notre caddie ou de tenir notre verre en société sans le boire ? Les amoureux de Philippe Delerm seront sans doute, comme moi, conquis par cet ouvrage qui vient de paraître au Seuil.

nouveauté·Nouvelles

Tous toqués !

Merci aux Ateliers Henry Dougier qui m’ont sympathiquement fait parvenir l’ouvrage que je vais vous présenter aujourd’hui.

L’homme qui courait après son nez, Gérald Cahen

l-homme-qui-courait-apres-son-nezJe ne suis pas une grande adepte des recueils de nouvelles mais le titre pour le moins délirant de celui-ci a piqué ma curiosité.

Les 17 nouvelles de ce recueil sont réparties en cinq chapitres correspondant chacun à un caractère : les grands timides, les délirants, les rieurs, les mal élevés et les mal aimés. Elles mettent chacune en scène des personnages souffrant de troubles plus ou moins envahissants qui leur empoisonnent le quotidien.

Avec un humour pour le moins décalé, l’auteur nous entraîne dans son univers fantaisiste, parfois terrifiant (comme dans la nouvelle « Le Chat ») mais souvent amusant (ma partie préférée est celle des mal élevés). Si vous cherchez une lecture qui vous pousse à vous moquer tendrement de vos contemporains ou de vous-même, laissez-vous tenter par cet homme qui courait après son nez.

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Ados d’Orient

De retour avec de la littérature jeunesse engagée et une petite maison d’édition qui me tient à cœur : Le Muscadier.

Orient Extrême, Mireille Disdero

9791090685765-165x250Ce petit ouvrage regroupe cinq nouvelles, dont deux longues et trois très courtes, fonctionnant comme des instantanés. Le point commun ? Toutes se déroulent dans l’Asie du Sud-Est (Vietnam, Cambodge, Malaisie, Indonésie, Thaïlande) et mettent en scène de jeunes adolescents. Tous ces récits m’ont pris aux tripes. En particulier le plus long d’entre eux, intitulé : « Do you want a cup of tea ? ». Une adolescente cambodgienne est envoyée en Malaisie comme domestique. Ses parents sont persuadés d’avoir trouvé une bonne place pour leur fille. Malheureusement, elle revient quelques mois plus tard en catastrophe au domicile familial. En état de choc, la jeune fille n’est plus que l’ombre d’elle-même. Ses employeurs l’ont plus que maltraitée…

Si les sujets abordés sont difficiles (maltraitance, esclavage moderne, prostitution…), ils le sont de façon délicate, parfois sous-entendue, afin de ne pas heurter le jeune lectorat auquel les textes s’adressent mais de le faire réfléchir au statut des enfants dans le monde et surtout à la nécessité d’agir et de s’engager pour faire respecter les droits de tous et de construire un monde plus juste. Une fois encore, la collection « Rester Vivant » des éditions Le Muscadier propose un ouvrage jeunesse engagé, qui cherche à donner un sens à l’acte de lecture et surtout à insuffler un réaction chez les jeunes lecteurs. A mettre entre toutes les mains.

 

Nouvelles·Roman

Instantanés

Je remercie chaleureusement Michel Brignot, dont le dernier ouvrage Humeurs d’alambic vient de paraître, pour m’avoir fait découvrir le recueil dont je vais vous parler aujourd’hui.

Renaissances, recueil collectif – Souffle court éditions

couv-renaissances1Toujours délicat de présenter un recueil de nouvelles, surtout lorsqu’il s’agit d’un recueil collectif. Car même si souvent – et c’est le cas ici – un thème est imposé, chaque auteur possède son propre style, un univers personnel bien défini. Renaissances n’échappe pas à la règle. Vingt deux auteurs ont été conviés à laisser libre cours à leur imagination à partir de cinq clichés choisis par cinq femmes photographes. La volonté de l’éditeur était de célébrer les 250 ans de la naissance de Nicéphore Niepce, l’inventeur de la photographie, par le biais de cette expérience artistique peu commune. Pour reprendre les termes de Philippe Vieille, l’éditeur, en quatrième de couverture : « Une photographie c’est bien plus qu’une image, c’est un jalon posé sur le rebord du temps. C’est beaucoup. Le temps d’un cliché, le futur se conjugue au passé. Il y aura un avant et il y eut un après. Prendre, regarder, afficher une photo c’est se jouer du temps qui passe, c’est à la fois conserver la fugacité de l’instant et le concentrer en émotions. L’écriture elle aussi permet de faire renaître le temps, de le réanimer, de le sublimer […] » La nouvelle, par sa brièveté, me semble la forme littéraire la plus apte à capter l’instantanéité de la photographie. Le thème de la renaissance choisi ici est également porteur de cette idée d’instant. Car s’il existe différents moyens de renaître, que certains peuvent apparaître comme de lents processus, le résultat est quant à lui instantané. Que ce soit cette femme qui découvre que son mari la trompe avec sa meilleure amie et qui emploie toute sa douleur et sa colère à s’effacer du monde avant de renaître sous l’objectif d’un photographe ou ce jeune Steve qui prend conscience après des nuits d’errance, perdu dans les abîmes de la drogue, que sa vie peut encore avoir un sens, chaque personnage de ces vingt deux nouvelles va renaître à lui, éclore à la vie, à l’amour. Mon seul regret : que les clichés qui ont initié les nouvelles ne soient pas présents dans le recueil. Cela dit, cette absence m’a permis de faire travailler mon imagination pour tenter de concevoir à quoi pouvait ressembler les photographies d’origine. Je vous invite à découvrir et à savourer ce recueil inspiré et inspirant – qui n’est pas sans me rappeler Les vies minuscules, un roman de Pierre Michon – , dans un format très agréable à manipuler.