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Gossip mums

5 Juin

Me voici de retour avec un livre décapant sur les dessous très chics de la maternité dans l’Upper East Side. Je remercie l’agence Anne et Arnaud ainsi que les Editions Globe  pour cette savoureuse découverte.

Les Primates de Park Avenue, Wednesday Martin

martin_wednesday_lesprimatesdeparkavenue_couverture_web-200x300Wednesday est anthropologue. Originaire du Midwest, elle s’installe dans l’Upper East Side – le quartier le plus huppé de Manhattan – alors qu’elle vient de mettre au monde son premier enfant. Ce qui ressemblerait à un privilège pour beaucoup va cependant bien vite tourner au cauchemar. Dans ce microcosme hyper privilégié, Wednesday est considérée comme un intrus par les femmes au foyer richissimes, surdiplômées et très influentes qu’elle va être amenée à rencontrer en emmenant son jeune fils à la maternelle. Outre ses difficultés à nouer des liens avec ses congénères, notre jeune scientifique va se trouver confronter à toutes les difficultés extrêmes que rencontrent les mères de l’Upper East Side : l’inscription des enfants dans les meilleures écoles, la quête d’un appartement bien situé, l’obligation de conserver un corps mince sans aucune imperfection après plusieurs grossesses… Pour faire face à l’hostilité du milieu, Wednesday choisit d’observer le milieu dans lequel elle est obligée d’évoluer avec son regard d’anthropologue. Elle va ainsi consigner puis analyser, à la manière de la célèbre primatologue Jane Goodall, les rites, les mœurs, les contradictions et les peurs de ces mères richissimes en quête obsessionnelle de perfection. Parviendra-t-elle à s’acclimater ? Je vous le laisserai découvrir par vous-même.

En attendant, voici mon avis sur ce livre qui mélange autobiographie et analyse sociologique satirique. Je suis véritablement tombée sous le charme de cet ouvrage à la fois intelligent, drôle, parfois cruel, tout en étant extrêmement touchant. Wednesday nous entraîne dans son quotidien de femme, de mère et nous donne à voir l’extrême difficulté de ce dernier rôle dans un des quartier les plus huppés de la planète où tout ne semble être que compétition. Difficile de croire que des femmes puissent faire montre d’une telle violence entre elles dans le but de favoriser au maximum leur progéniture. Pourtant, tout est réel. Mais il ne s’agit pas d’un simple témoignage ou tranche de vie. Ce livre est un traité aussi érudit que mordant, qui permet à la fois de s’enrichir intellectuellement et de rire face à des comportements que l’on jugera absurdes de l’extérieur mais qui on une réelle signification. La fin du livre est particulièrement bouleversante et tranche ainsi avec le début qui nous montre un univers très froid et hostile de prime abord. Le ton général est très enlevé et enjoué, ce qui fait de cette réflexion sur la maternité et sur la vie des femmes de Manhattan une lecture pétillante. Un très joli coup de cœur pour moi !

Je ne résiste pas au plaisir de vous faire découvrir un petit extrait :

« S’il existe un endroit où l’enfance et la maternité ont évolué de façon flagrante, c’est bien l’Upper East Side de Manhattan. Au sein de cette niche où le relâchement des pressions de compétition interspécifique est extrême, au sein d’une culture hautement compétitive, avoir une progéniture « qui réussit » est gage de statut social, les enfants étant des miroirs de nos propres aspirations. Les soutenir et travailler d’arrache-pied pour eux est devenu une véritable profession. Ici, la maternité est une carrière semée d’embûches et de coups-bas, où les enjeux sont colossaux. L’activité y est stressante et anxiogène précisément parce que c’est aux mères qu’incombe la réussite ou l’échec de cette entreprise, dont dépendra la réussite ou l’échec de leur progéniture. Et donc des leurs. Un circuit d’une fluidité remarquable et, comme j’allais l’apprendre, quasi inexorable. »

Winnie au pays de la sagesse

8 Mai

Je tiens à remercier chaleureusement les éditions Synchronique pour m’avoir permis de découvrir l’ouvrage que je vais vous présenter aujourd’hui.

Le Tao de Winnie, Benjamin Hoff

TaoWinnie Synchronique 001.JPGWinnie, mon ami Winnie ! Petit ourson, au regard polisson… Pour beaucoup ces quelques mots renvoient tout de suite au générique d’un dessin animé qui a bercé notre enfance : l’histoire d’une bande d’amis (animaux) qui se lient d’amitié avec un humain, Jean-Christophe.

Aujourd’hui, dans le livre que je vais vous présenter, il n’est pas question d’une nouvelle aventure de nos amis…quoique…ils sont au cœur (ou presque) de cet ouvrage. En effet, dans Le TAO de WINNIE, notre ourson, toujours friand de miel, et ses amis, nous présente les grands principes du TAO. Cela prend la forme d’une discussion entre notre héros et l’auteur, Benjamin HOFF (écrivain américain), qui est également le narrateur du livre.

Mais avant d’aller plus loin, qu’est-ce que le Tao ?

Remontant au IV e siècle avant JC., venant d’Asie, le Tao est un « principe transcendant et immanent d’où procède toute vie, qui est à l’origine de plusieurs religions, entre autres du taoïsme et du confucianisme. Il s’agit de vivre « naturellement » à un double point de vue : il faut adapter sa vie aux saisons, mais aussi suivre le tao, c’est-à-dire le droit chemin, en accord avec la loi divine de la nature. » (Doeblin, 1947).

Son fondateur est Lao Tseu et le texte de référence de cette philosophie – ou art de vivre – est le Tao te king, le Livre de la Voie et de la Vertu.

Cet ouvrage pourrait ressembler à une vulgarisation du livre de Lao Tseu mais en fait, c’est plus que cela. En effet, Winnie est un symbole parmi d’autres, de l’Occident ou plutôt des sociétés occidentales. Croiser cela apparaît surréaliste : une bande d’animaux candides, symbole d’une culture occidentale rencontrant une approche philosophique d’Orient…

TaoWinnie Synchronique 010.JPGEt pourtant, Benjamin HOFF arrive pleinement à marier ces deux univers, donnant par la même occasion au Tao une dimension universelle et accessible. En effet, prenant appui sur les aventures de Winnie, le narrateur aborde les grands enseignements de Lao Tseu ; ainsi, à travers les péripéties et anecdotes de Winnie, Porcinet, Cocolapin, Bourriquet, Maître Hibou et l’incontournable Tigrou, nous découvrons les grands principes issus du Tao comme le « Bloc de Bois Brut », « Nature Intérieure » …

Le tout se lit avec clarté, facilement. Il est vrai que ceux qui sont déjà initiés au Tao ou qui ne sont pas passionnés par les aventures de notre ours au T-Shirt rouge pourraient regretter la multiplication des références au personnage créé par Alan Alexander Milne.

Synchronique éditions a eu la riche idée de faire traduire et publier cet ouvrage, parsemé de jolis dessins de Winnie et de sa bande (réalisés par E.H. SHEPARD).625f66d10c9f2f92ea61aafc213b6ee5

Je les remercie de m’avoir fait découvrir cette œuvre originale, accessible et destinée aux grands enfants que nous sommes. Que vous soyez amoureux du plus célèbre des oursons ou que vous cherchiez une approche atypique du Tao, nul doute que vous prendrez plaisir à parcourir ces quelques 190 pages.

Défaire ses chaînes

23 Avr

Aujourd’hui, je vais vous présenter un petit livre à mettre entre toutes les mains, enfants comme adultes, il ravira tous les lecteurs.

Le chevalier à l’armure rouillée, Robert Fisher

le-chevalier-a-l-armure-rouilleeDans un passé lointain, un valeureux chevalier qui se trouvait « bon, gentil et plein d’amour » combattait les méchants, tuait des dragons et sauvait les demoiselles en détresse. Lorsqu’il n’avait pas de bataille à livrer, il vivait dans son château avec sa femme Juliette et son fils Christophe. Il passait aussi énormément de temps à contempler et à s’occuper de son armure, jusqu’au jour où il décida de ne plus la retirer, même pour manger ou aller dormir. Sa femme lui fit remarquer que vivre avec un époux sans cesse caché derrière une armure n’était vraiment pas agréable. Son fils ne savait même plus à quoi ressemblait son père sans sa protection d’acier ! L’ambiance dans la famille ne cessait de se détériorer jusqu’au jour où Juliette lança un ultimatum : soit il la choisissait elle, soit il choisissait son armure. Bien que le chevalier préférât sa femme et voulût se défaire de son armure, il ne parvint pas à la retirer. Il resta misérablement coincé à l’intérieur…

Pour se défaire de ce qui était pour lui devenu une prison, il partit en quête du magicien Merlin, afin qu’il l’aide dans son cheminement. Seule la réelle connaissance de lui-même lui permettrait de se défaire de cette armure qui l’empêchait de se montrer tel qu’il était vraiment. Bien entendu, la quête de sa véritable identité ne se fera pas sans heurts mais l’enjeu vaudra toutes les peines du monde et il sera accompagné dans ce parcours initiatique par des auxiliaires très sages et bienveillants.

Ce Chevalier à l’armure rouillée est une véritable petite pépite. Conte philosophique à la portée de tous, dans la lignée du Petit Prince de Saint-Exupéry, il peut se lire et se relire à tous les âges de la vie selon des axes différents. Il permet une réflexion d’une grande richesse sur ce qui fait notre identité, sur les prisons internes que l’on peut se construire en croyant se protéger mais qui ne font en réalité que nous éloigner de notre véritable identité. Réflexion également sur le rôle attribué au regard de l’autre – à qui nous cherchons à plaire – bien souvent à l’origine de la construction de cette carapace qui finit par nous étouffer et effacer notre personnalité. A l’image du prisonnier de la caverne de l’allégorie de Platon, notre chevalier devra surmonter différentes étapes, symbolisées par le Chemin de la Vérité, les Châteaux du Silence, de la Connaissance et de la Volonté et de l’Audace, pour parvenir au but ultime du Sommet de la Vérité, et se libérer de ses chaînes en se trouvant enfin. Et ce n’est qu’en se connaissant et en s’aimant lui-même qu’il pourra porter un amour sincère à ses proches et aider ceux qui pourraient avoir besoin de lui : « Il pleura encore plus amèrement en se rendant compte que s’il ne s’aimait pas lui-même, il ne pouvait pas aimer les autres, car le besoin qu’il avait d’eux se mettrait toujours en travers ». Ce ne sera qu’en prenant conscience de ses erreurs et en ayant suffisamment confiance en lui qu’il pourra se jeter dans l’inconnu, ne plus avoir peur du jugement et se sentir complètement libre et lui-même. Nul besoin de détailler davantage ce chef-d’oeuvre à la portée universelle, accessible à tous et plein d’humour. Je vous laisse le savourer et sans doute vous y trouver. Coup de cœur !

La Voie du Thé

13 Avr

Aujourd’hui, je vais vous présenter un magnifique classique qui m’a été offert au salon du livre de Paris par les très sympathiques Editions Synchronique que je vous invite vivement à découvrir.

Le Livre du Thé, Kakuzô Okakura

photos poches 004Par le biais de cet essai sur l’art du thé, l’auteur nous invite non seulement à découvrir ce qui constitue l’un d’un pilier majeur de la civilisation japonaise mais nous permet aussi de nous initier à la spiritualité orientale. Dès les premières pages, nous comprenons qu’à travers le partage de ce fantastique breuvage qui fait l’objet d’une préparation minutieuse, du choix de la feuille de thé au service dans le lieu bien spécifique qu’est la chambre à thé, c’est tout un art de vivre qui est à l’oeuvre. Celui du vécu du moment présent et de l’appréciation de chacune des petites choses de la vie, de la beauté partout présente. Autant vous dire qu’après ma formation en sophrologie, ce texte qui réfère directement aux grands courants spirituels orientaux a fortement résonné en moi.

Ce livre du thé, inspiré donc du zen et du Tao, nous propose de nous plonger dans l’instant et de nous libérer d’un matériel qui finit par encombrer notre esprit afin de nous retrouver, pleinement conscience, dans un espace qui laisse place au raffinement. Certains propos décrivent tellement bien notre époque qu’il est presque incroyable de savoir que ce classique a été rédigé voilà plus d’un siècle, en 1906 ! Face à notre société d’ultra-consommation perpétuellement agitée, l’auteur prône calme et simplicité. Je ne résiste pas au plaisir de vous faire découvrir cet extrait qui témoigne de la grande modernité du texte : « Dans cette époque démocratique qui est la nôtre, les hommes réclament à grands cris ce que la foule porte au pinacle, sans prêter attention à leurs propres émotions. Ils désirent le coûteux et non le raffiné; ce qui est à la mode et non ce qui est beau. […] Le nom de l’artiste est plus important à leurs yeux que la qualité de l’oeuvre. « 

Le texte est joliment illustré par les estampes du peintre japonais Katsuchika Hokusai qui s’harmonisent pleinement avec les considérations de l’auteur et viennent mettre en valeur ses propos. Dans la même collection, je possède également le grand classique de Lao Tseu, le Tao Te King, ainsi qu’une version moderne du Tao, rédigée par Benjamin Hoff, Le Tao de Winnie, textes que je vous ferai découvrir dans de prochaines chroniques.06 - Synchro Poches 2 061

En attendant, n’oubliez pas le plus important : profiter de l’instant présent.

En quête de soi

7 Mar

Je remercie les éditions Flammarion qui me permettent de vous faire découvrir ce roman en avant-première.

Le Chercheur, Lars Mulh

unnamedLars Mulh est un musicien et auteur danois de renommée internationale. Après quelques années d’une vie d’artiste qui ne le satisfait pas pleinement, il prend conscience que sa voie n’est pas celle du star-system. Il va alors chercher ce pour quoi sa vie est vraiment faite.

Double voyage et double temporalité, Le Chercheur mêle en effet le récit de la première rencontre de l’auteur avec celui qu’il nomme le Voyant, sorte de guide spirituel, et celui du trajet qu’il effectue du Danemark au sud de l’Espagne en train pour achever son initiation avec le Voyant. Ce dernier est celui qui lui a permis d’effectuer les premiers pas sur le chemin de sa véritable identité lorsqu’ils se sont rencontrés à Montségur.

Le Chercheur, premier tome de la trilogie O’Manuscrit, déjà traduit en huit langues, est un roman initiatique à la fois autobiographique et fictionnel. Si j’avoue avoir d’emblée été attirée par le thème de la quête spirituelle et identitaire et avoir réellement été conquise par les premières pages, mon enthousiasme s’est quelque peu relâché par la suite. En effet, si le début du roman est assez entraînant et aiguise la curiosité vis-à-vis des personnages principaux, l’auteur ne soutient pas la cadence et le récit devient un peu poussif. C’est dommage car sur le fond, Lars Mulh propose une réflexion intéressante sur la vie bien que certaines conceptions se révèlent un peu trop new-age à mon goût. J’ai, par exemple, bien aimé ce passage dans lequel le Voyant charge des pierres dans le sac à dos du narrateur. Chacune symbolise un défaut, une angoisse… :

« Mon fardeau ne cessait de gagner en réalité. Je penchais tant en avant à présent que j’en vins presque à ramper. Je transpirais abondamment. Comme le Voyant l’avait promis, j’éprouvais désormais physiquement tout les poids psychologiques de ma vie. Parce que je les emportais sur la montagne, chaque défaut, chaque doute et chaque projection acquérait une réalité qui me forçait à les contempler. Parce qu’ils sciaient assez littéralement mes épaules, courbaient mon dos, faisaient vaciller mes jambes, il était impossible désormais de les refouler. Et tandis que je rampais, je commençais à comprendre la signification de cette tâche en apparence vaine. Je me sentis soudain responsable de toutes ces maladies. »

Voilà pour ce petit extrait qui me semble assez représentatif du message que souhaite apporter l’auteur : pour mener une vie plus apaisée, il faut ouvrir les yeux sur tout ce qui vient nous alourdir au quotidien, en prendre réellement conscience avant de parvenir à nous en libérer pour gagner en sérénité. Un livre à découvrir pour les amateurs de récits de vie et de spiritualité.

Amour, toujours ?

12 Nov

Entre deux romans noirs, voici un livre dont le thème est bien plus léger. Parlons donc un peu d’amour plutôt que de meurtres en ces temps moroses.

J’ai bien dit l’amour, Danièle Sastre

004427433La narratrice, auteure, évoque, dans une première partie de son livre, sa réflexion sur ce qu’est l’amour après soixante ans. Quel genre de relation peut-on entretenir à cet âge de la vie ? Peut-on encore rencontrer l’amour ? Que va-t-il arriver ? Autant de questions auxquelles la narratrice essaie d’apporter des réponses. Au fil de ses interrogations, lui reviennent les souvenirs de ses amours passées et des livres qui ont jalonné sa vie, des livres qui ont eu un impact sur les personnes qui ont partagé sa vie de près ou de loin. Puis, l’écrivain veut attaquer son roman, quitter l’emploi du « je » pour accorder du temps aux autres personnages, mais les souvenirs amoureux refont surface, aboutissant au récit d’un voyage effectué dans sa jeunesse avec un amant. Enfin, nous quittons Danièle pour Félix, la soixantaine passée, qui évoque sa relation actuelle avec une trentenaire et sa crainte permanente de se retrouver seul du jour au lendemain.

J’ai lu ce livre en fil rouge, en parallèle avec ma lecture du moment – un polar dont je vous donnerai bientôt des nouvelles ! – car, après l’avoir commencé comme n’importe quel roman, je me suis aperçue qu’il s’agissait bien davantage d’une méditation sur le sujet de l’amour après 60 ans. On retrouve donc ici une démarche quasi philosophique – en tout état de cause, l’auteure est philosophe – avec une réflexion portant aussi bien sur le sentiment amoureux que sur notre évolution en tant qu’individu et notre rapport aux autres à chaque étape de notre vie.

J’ai apprécié le style de l’auteure, fait de petites touches qui finissent par composer à la manière d’un impressionniste en tableau que chacun peut admirer avec son propre regard. Pas forcément facile d’accès pour ce qui pourrait apparaître comme décousu, j’ai pour ma part savouré ce récit entre roman, autobiographie et essai. Un grand merci à Danièle Sastre et aux éditions L’Harmattan pour ce joli moment de lecture.

 

Book power !

13 Juil

Encore un grand merci à celle qui m’a offert ce livre !

La bibliothèque des cœurs cabossés, Katarina Bivald

1507-1Sara, jeune suédoise de 28 ans, qui vient de se faire licencier de la librairie où elle a toujours exercé son métier avec passion, débarque un beau jour à Broken Wheel, une bourgade perdue et dépeuplée de l’Iowa. Elle est censée rejoindre là-bas une vieille dame avec qui elle correspond et échange des livres depuis des années, Amy. Sauf qu’à son arrivée aux Etats-Unis, Amy est morte et Sara arrive précisément chez elle pour ses funérailles. Censée passer deux mois en compagnie de la défunte, la libraire suédoise ne sait trop comment réagir : partir ou rester ? Après quelques jours de réflexions et avoir fait la connaissance de certaines figures incontournables de la ville – étranges mais attachantes – Sara décide de rester. Mais elle tient vraiment à trouver une activité et surtout à remercier les habitants qui s’évertuent à lui rendre tous les services possibles sans jamais lui demander de payer. Bientôt, elle va trouver une idée géniale qui lui permettra d’assouvir sa passion des livres tout en rendant hommage à celle qui aurait dû être son hôtesse et en tentant de redynamiser le village.

Je vous ai présenté il y a quelques semaines le nouveau roman de Katarina Bivald, Le jour où Anita envoya tout balader. Après avoir adoré ce livre, j’avais vraiment envie de découvrir le premier roman qui a fait connaître son auteure et qui est devenu un véritable succès de librairie.

Dans cet ouvrage, l’un des principaux personnage sont les livres. Et ce n’est pas pour rien. Bivald a très longtemps été libraire, et son amour des livres et de son métier transparaît tout au long de ce premier roman. Et pour un coup d’essai, c’est une véritable réussite ! Les personnages – qu’ils soient principaux ou secondaires – sont tous dépeints avec une finesse étonnantes. Si chacun a son propre caractère, les esprits évoluent au fur et à mesure de la progression de l’intrigue, certains allant même agir quasiment à l’encontre de ce qu’ils pensaient être leurs principes fondateurs. Je ne suis pas particulièrement sentimentale et ne me tourne pas habituellement vers des histoires joyeuses mais contre toute attente, ce qui m’a plu dans ce roman, c’est justement qu’il respire le bonheur, la joie de vivre. Sans mièvrerie. En révélant les qualités et les défauts de chacun. En soulignant la nécessité d’écouter son cœur, de croire en ses rêves, de ne jamais y renoncer. De mener le chemin qui nous fait nous sentir bien, quoi que puissent en penser l’entourage. Et le plus important, de prendre confiance en soi. Un gros coup de cœur pour ce roman qui sous son apparente légèreté nous apporte une jolie leçon de vie le tout avec une légère pointe d’humour et d’autodérision.

Petit extrait :

« Elle s’était contentée de la sécurité des rambardes toute sa vie, et pour la première fois, elle était au bord du précipice et tâtonnait à l’aveugle, consciente qu’il existait d’autres manières de vivre bien plus intenses et grandioses.

Elle réagissait devant cette prise de conscience comme elle aurait réagi devant un véritable abîme. Elle éprouvait du vertige et une violente envie de sauter, peu importaient les conséquences. »

La pensée en danger

7 Fév

Je voulais lire ce livre depuis avoir dévoré Et Nietzsche a pleuré, d’autant qu’une amie me l’avait fortement conseillé.

Le problème Spinoza, Irvin Yalom

51qiavl6cgl-_sx363_bo1204203200_Quel rapport existe-t-il entre le célèbre philosophe, un juif excommunié et un des plus grands idéologues nazis ? C’est ce que vous apprendrez en lisant ce roman palpitant.

L’auteur va effectivement mêler deux récits. Le premier se déroule à Amsterdam, au milieu du XVIIème siècle. Celui qui deviendra le célèbre philosophe, Bento Spinoza, n’est pour l’instant qu’un commerçant au bord de la faillite qui passe le plus clair de son temps à réfléchir quant à sa vision du monde et de la religion. Selon lui, entre autres, c’est l’homme qui a créé un Dieu à son image et non le contraire, la religion n’est donc que supercherie. Forcément, les instances religieuses juives ne partagent pas cette vision et prononcent l’excommunication de Spinoza qui va être contraint à ne plus pouvoir adresser la parole à un seul juif, même à sa soeur et son frère.

Le second récit se passe au début du XXème siècle. Le jeune Alfred Rosenberg, alors au lycée, se fait élire délégué de classe en prônant des idées antisémites et en accusant le chef d’établissement d’être un juif. Alerté par les faits, ce dernier tente de comprendre pourquoi le jeune homme déteste ainsi cette communauté. Devant le refus de Rosenberg de changer d’avis, et après avoir appris que son auteur préféré est Goethe, le chef d’établissement demande à Alfred de traduire tous les passages de l’autobiographie du célèbre écrivain dans lesquels il fait référence à Spinoza, qu’il vénère. Evidemment, Rosenberg ne comprend pas comment un représentant de la pure race allemande ait pu se prendre d’admiration pour un juif… Mais cet épisode d’adolescence va profondément marquer celui qui deviendra l’une des têtes pensantes du système nazi.

Irvin Yalom mêle avec brio romance et faits réels dans cet ouvrage passionnant. Comme dans son précédent opus, il se sert de ses capacités de psychanalyste pour tenter de pénétrer les âmes de Spinoza et Rosenberg. Les personnages secondaires mis en face de ces deux personnalités sont parfaitement fictifs mais permettent grâce à des dialogues très pertinents de sonder les pensées les plus profondes du philosophe et du nazi, notamment les conversations entre Alfred et son ami psychiatre Friedrich qui tente de débusquer ce qui a bien pu rendre cet homme aussi radical dans ses idées antisémites. Je trouve particulièrement intéressant de rassemblant au sein d’un même roman deux êtres semblant aussi antithétiques sans que cela ne paraisse le moins du monde artificiel. En outre, le travail considérable de recherches à la fois historiques et philosophiques est à saluer. Et pour ceux qui penseraient que ce genre de roman qui évoque en grande partie les concepts philosophiques de Spinoza serait ennuyeux, pas le moins du monde. Les chapitres assez courts alternent les deux récits ce qui apporte beaucoup de rythme. En outre, le lecteur est vite happé par les deux histoires et surtout s’interroge sur ce « problème Spinoza » tout au long du roman, problème qui le tiendra en haleine jusqu’au bout. Franchement, c’est aussi palpitant qu’un roman policier. Coup de cœur !

Super-héros !

8 Jan

Trouvé dans le rayon nouveautés de la bibliothèque. Intriguée par le titre à rallonge. Et pas déçue – loin de là – par ce roman.

Comment Thomas Leclerc 10 ans 3 mois et 4 jours est devenu Tom L’Éclair et a sauvé le monde, Paul Vacca

104565012Thomas Leclerc, collégien dans une petite ville de banlieue parisienne, en plein cœur des années 60, n’est pas un petit garçon comme les autres. Autiste, il est incapable de ressentir ni de manifester la moindre émotion alors qu’il résout les problèmes mathématiques les plus complexes plus vite que quiconque. Alors que les autres enfants de son âge joue ensemble dans la cour de récré, lui, toujours positionné au même endroit se pose des questions existentielles quant au fonctionnement du monde, à la manière de se faire des amis ou à la méthode à adopter pour sourire.

Un jour, alors qu’il se rend à un énième rendez-vous médical et qu’il doit patienter dans la salle d’attente, il découvre un comic book dans la pile des revues. Intrigué puis captivé par ces histoires de super-héros, tous différents de l’ensemble de la population lamba, étrangers comme lui dans une société qui n’est pas faite pour eux, condamnés comme lui à la solitude, Thomas réalise que lui aussi pourrait bien avoir son rôle à jouer dans la bonne marche de l’univers. Le jeune garçon va alors s’inventer une vie de super-héros, celle de Tom L’Éclair, allant chaque jour à la découverte du monde, de ce monde qui l’entoure depuis tant d’années sans qu’il n’interagisse avec lui (ses parents, les collégiens, sa ville), afin de trouver des missions extraordinaires (sauver un chien par exemple), dignes de son nouveau statut et de sauver son univers.

Ce roman de Paul Vacca est magique. C’est simple, dès les premières lignes, je me suis dit : « Voilà le roman que j’aurais voulu écrire ! ». Mais un autre l’a fait, et vraiment très bien fait. L’auteur nous plonge dans la tête et l’univers de ce petit garçon différent, à la fois surprotégé et incompris par sa maman qui l’aime pourtant plus que tout au monde. A travers le regard de Tom s’ouvre un monde magique que malheureusement beaucoup d’adultes ont perdu de vue, on monde dans lequel tout est possible, pour peu que l’on y croie. Ce qui m’a beaucoup plu dans ce roman, c’est que tout en abordant des sujets parfois très sensibles (hors autisme qui l’est déjà suffisamment) – disparition d’une fillette, problèmes de couple, tentative de suicide… – la tonalité reste toujours emprunte d’humour. Et sous-couvert d’un texte léger et facile d’accès – de jeunes collégiens peuvent le lire et le comprendre sans problème – se dévoile une émotion permanente ainsi qu’une vision très subtile et poétique de la vie. Le rôle de super-héros que le petit Tom s’est inventé va ainsi non seulement lui permettre de grandir et d’apprendre à se lier et à communiquer avec le monde qui l’entoure, mais aussi permettre à tous les lecteurs de ce que je qualifierais presque de fable philosophique d’ouvrir davantage leurs yeux et leur cœur sur ce qui les entoure. Énorme coup de cœur !

Ne plus avoir peur

5 Nov

Je remercie vivement Aurélie pour sa délicate attention.

Et il me parla de cerisiers, de poussières et d’une montagne, Antoine Paje

Paul Lamarche a 27 ans. Il a repris l’agence de voyage léguée en partie par sa tante décédée. Son meilleur ami Benoît est médecin, parce que son père était médecin avant lui. Mais au fond, il déteste son métier. Au cours d’une soirée alcoolisée pendant laquelle les deux amis refont le monde après que Paul a lâchement mis un terme à sa dernière relation amoureuse, une idée saugrenue germe en eux : monter une entreprise de tourisme médical.

Le projet se concrétise bientôt et Paul part à San Francisco afin de tenter de décrocher l’investissement d’une banque. Il est bien évidemment terrorisé de se voir refuser le prêt. Tout se passe bien au final, mais notre jeune ami va profiter un peu trop bien de la soirée après avoir décroché un avis favorable et se retrouver derrière les barreaux. Mis en cellule avec une terrifiante armoire à glace, il ne sait encore pas à quel point ce compagnon de l’ombre va bouleverser le reste de son existence…

Ce roman est tout simplement magique. Il compte parmi les quelques livres qui ont le pouvoir de vous faire voir le monde autrement, qui vous permet de vous remettre profondément en question et de vouloir changer, simplement pour vous trouver vous-même.

Ce court roman est une parabole sur la peur que nous portons en nous et qui finit par nous détruire alors que nous pensons qu’elle nous protège. Le personnage principal, Paul, double littéraire de l’auteur qui explique que son roman est amplement autobiographique, va faire la rencontre de plusieurs personnes, des Yodas comme il les nomme, qui vont venir semer leurs graines en son esprit. Peu à peu – il lui faudra du temps; car oui, même si l’on sait que certaines choses ne vont pas, il faut un certain temps pour accepter de les changer et plus encore pour effectuer ces changements -, Paul va se rendre compte que toute son existence a jusque ici été contrôlée par la peur, une fausse peur qui l’a fait se sentir inférieur ou qui l’a poussé à écraser les autres afin que ces derniers ne ressentent pas sa peur. Il finira par comprendre – et nous faire comprendre – que c’est celui qui ne craint plus les peurs qu’il s’est créées ou que la société a créées pour lui qui vit pleinement en accord avec lui, et que c’est cela la vraie force.

Encore une fois, un de ces livres bouleversants, véritable allégorie ou fable philosophique, que l’on peut lire et relire à différentes périodes de sa vie et qui donne envie d’aller de l’avant.

Je ne résiste au plaisir de partager un petit extrait :

 » J’ai fait des choses que je n’aurais pas dû faire, certaines dont j’ai honte aujourd’hui. J’en ai éviter d’autres auxquelles j’aurais dû m’accrocher, tout cela parce que j’avais peur, une peur si insidieuse mais si constante qu’il m’était facile de prétendre qu’elle n’existait pas. Peur de ne pas être à la hauteur, peur qu’on ne m’aime pas – même lorsque je n’aimais pas les gens -, peur de me planter, peur du futur, peur du passé, peur de tout.

En bref, je n’ai jamais vraiment vécu, me contentant d’exister, de passer d’une peur à l’autre, d’un mauvais remède à l’autre. Surtout la peur de me retrouver face à moi-même parce que, inconsciemment, je savais que je n’aimerais pas ce que je découvrirais. Je me suis, au fond, détesté, méprisé, sans trop savoir pourquoi, mais en sentant que je méritais mon mépris.

La fausse peur ne me fera plus jamais chanter.

La fausse peur est comme un mauvais sort jeté par un sorcier de pacotille. Elle n’a de pouvoir que si l’on y croit. Elle est alors plus dévastatrice qu’un tsunami. Elle pourrit chaque moment, chaque acte, nous poussant à des actions irréfléchies, destructrices, génératrices de malheur pour nous et pour les autres mais dont on pense sur le moment qu’elles sont de bons remèdes. […] »