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Anonyme

22 Sep

Je vous présente aujourd’hui un roman atypique paru récemment aux éditions L’esprit du temps.

Pseudocryme, Philipe Brenot

pseudocrymeLe narrateur, Philip Brontë, est le descendant de Brandwell, le frère des célèbres Charlotte et Emilie Brontë. Écrivain lui-même, l’homme était devenu fou suite aux succès de Jane Eyre et des Hauts de Hurlevent. Notre narrateur, Philip, s’est naturellement destiné à l’écriture. Malheureusement, il vient de s’apercevoir qu’un livre vient d’être publié sous son nom. Or, il n’est pas l’auteur de ce livre ! Quelqu’un s’est emparé de son identité. Le voilà donc dépossédé de son nom en pleine crise existentielle. Le seul moyen pour lui de renaître à lui-même : prendre un pseudonyme. Il en rêve depuis sa plus tendre enfance, supportant difficilement les quolibets liés à son véritable nom. En outre, il est bien résolu à se débarrasser de l’importun qui lui a subtilisé son identité…

Pseudocryme n’est pas un livre comme les autres. En effet, Philipe Brenot nous offre à la fois un thriller psychologique, une réflexion sur l’identité proche de la psychanalyse et un essai sur l’utilisation des pseudonymes dans la littérature. J’ai aimé le jeu de chat et de la souris entre le narrateur et l’autre personnage dont je ne veux pas trahir l’identité ici. Le texte est très intelligemment mené, un peu loufoque et surtout fort bien documenté. J’ai passé un agréable moment de lecture avec ce court roman qui fait voyager autant dans les rues parisiennes que dans l’histoire de la littérature. Une jolie surprise.

 

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Un psy dans la tourmente

19 Mai

Aujourd’hui, j’ai le plaisir de vous présenter une nouveauté polar parue au Seuil.

Les Sœurs ennemies, Jonathan Kellerman

131528_couverture_hres_0Alex Delaware, psychologue expert auprès des tribunaux, est en bien mauvaise posture. Une de ses clientes, Constance Sykes, qu’il est chargé d’évaluer dans un procès qui l’oppose à sa sœur, le menace de le tuer…

Il faut dire que dès le départ, l’affaire Sykes contre Sykes était mal partie. La cadette, Chery, hippie au grand coeur mais sans le sou, avait laissé son bébé à son aînée, Constance, médecin spécialiste plus qu’antipathique, afin de partir en tournée avec un groupe. L’absence qui ne devait pas durer plus de quelques jours s’est prolongée trois longs mois pendant lesquels Constance, en mal d’enfant, s’est attachée à la petite Rambla. Lorsque Chery vient récupérer sa fille, c’est la crise. Constance engage un procès à son encontre, cherchant à la destituer des ses droits maternels en soutenant qu’elle mène une vie dissolue et qu’elle est incapable de s’occuper de son enfant. Le docteur Delaware est appelé en tant qu’expert pour juger de la situation. Son avis penche en faveur de Chery, la mère biologique, ce qui engendre un profond sentiment de colère de la part de Constance qui jure de se venger. Jusqu’à ce que cette dernière soit retrouvée assassinée dans sa villa. La première sur la liste des suspects est bien entendu Chery. Le lieutenant Milo Sturgis, ami d’Alex Delaware, est chargé de l’enquête et est persuadé de la culpabilité de la jeune sœur. Mais le psychologue est certain que les apparences sont trompeuses. Qui des deux a raison ? Je vous laisse le découvrir…

C’est la première fois que je lis une enquête de Delaware et Sturgis. J’avais lu assez récemment Que la bête s’échappe que Jonathan Kellerman avait coécrit avec son fils Jess mais ne connaissais pas sa série de thrillers psychologiques (plus de trente livres !). Ce roman est donc pour moi une découverte et je dois bien avouer qu’elle est très bonne puisque j’ai très envie de découvrir les précédents ouvrages. On sent, dans la plume de Kellerman, toute la précision du psychologue dans la construction de chacun des personnages. Chaque profil est parfaitement soigné, nuancé. Le lecteur qui ne connait pas le couple d’enquêteur n’est pas perdu car l’auteur maîtrise à merveille l’art de la description en action ce qui permet de cerner la personnalité de chaque personnage principal très rapidement, sans lourdeur. Malgré des sujets abordés qui peuvent paraître un peu pesant, le ton reste léger, teinté d’humour, ce qui est fort appréciable.  Les rebondissements et les fausses-pistes sont multiples ce qui ne laisse pas une seconde d’ennui au lecteur. Je recommande ce thriller psychologique qui a été pour moi un très bon moment de lecture. Coup de cœur !

Jour sans fin

23 Août

Roman trouvé lors d’une flânerie dans une adorable librairie de Honfleur.

Le rêve de l’homme lucide, Philippe Ségur

1631119_6_f9e0_couverture-de-l-ouvrage-de-philippe-segur-le_ac0fba6791c3b65d00e129848862c861Simon Perse est écrivain, divorcé, père des deux enfants. Insomniaque de longue date, il a usé et abusé de tous les somnifères et anxiolytiques possibles pour tenter de remédier à son mal, en vain. Une fois par semaine, il se rend chez son psychanalyste. Un jour, en sortant d’une séance, une idée lumineuse lui vient : pourquoi chercher absolument à dormir alors que manifestement son corps refuse le sommeil ? Une solution radicale s’impose dès lors à lui : il va cesser de dormir.

Après avoir lutté cette fois de nombreux jours pour ne pas céder au sommeil et consommé à outrance bon nombre de stimulants, Simon atteint son but. Il ne dort plus. Mais rapidement cet état de conscience permanent va avoir des effets inattendus. Sa lucidité face au monde qui l’entoure va s’accroître – ce qui n’améliorera pas sa tendance dépressive. Vu qu’il s’agissait d’un objectif recherché, pas de problème. Mais bientôt, il va se trouver confronter à d’étranges hallucinations et traverser des époques différentes. Happé par des aventures cauchemardesques qui lui font oublier des pans entiers de sa vie réelle, perdu dans un univers constitué de faux-semblants auquel il refuse d’appartenir, Simon se lance sans le savoir dans une quête d’identité douloureuse.

Pour être honnête, je ne connaissais absolument pas cet auteur. Ce sont la couverture et l’extrait proposé au dos du livre qui m’ont attirée. Un extrait teinté d’un humour grinçant et cynique comme je l’aime ! Je n’ai pas été déçue ! Moi-même grande insomniaque par périodes, j’ai été happée par ce roman autobiographique complètement halluciné et n’en ai fait qu’une bouchée. Partant d’une trame qui pourrait apparaître somme toute pauvre  – un insomniaque décide de s’arrêter totalement de dormir -, l’auteur parvient à dresser un portrait corrosif de notre société post-moderne basée sur le mensonge, l’apparence et la consommation tout en se livrant à une véritable quête d’identité ainsi qu’à une réflexion sur la nécessité d’une évasion spirituelle. Un petit bijou tant sur le fond que sur la forme avec une écriture aussi maîtrisée qu’incisive, l’auteur mêlant brillamment des instants de poésie cauchemardesque à sa prose dotée d’une ponctuation démente. Coup de cœur !

Un petit extrait – qui n’est pas celui de la 4ème de couverture – pour vous donner le ton !

« Il faut le savoir, l’intérêt de la zopiclone n’est pas tant de vous assommer que de vous poser des questions philosophiques essentielles. Avec elle, vous dormez, certes. Pas longtemps, mais vous dormez. Et quand vous vous réveillez, vous êtes une créature de science-fiction, un croisement entre le zombi et l’huître. Il vous faut deux heures, trois douches, quatre cafés et une surdose de vitamine C pour récupérer un état de vigilance plus développé, vous hissant du rang de mollusque à celui du crustacé (du moins cela vous rend-il dans un premier temps une certaine faculté de déplacement, même en crabe, c’est déjà appréciable).

Une fois que vous redevenez capable 1) de vous souvenir du prénom de votre femme, des vos enfants, de votre canari ou de votre poisson rouge; 2) de le prononcer avec une élocution qui ne rappelle plus que de très loin l’état du grand alcoolique à langue pâteuse, alors vous savez que vous êtes sorti de la phase purement chimique de cotre nuit d’amour avec la zopiclone.

Vous entrez maintenant dans sa phase dite métaphysique, la plus sophistiquée et la plus intéressante, celle qui vous place devant la grande question, la question centrale de votre existence d’insomniaque : à quoi cela sert-il de dormir, nom de Dieu, si c’est pour vous réveiller encore plus démoli qu’avant de vous être couché ? »

La pensée en danger

7 Fév

Je voulais lire ce livre depuis avoir dévoré Et Nietzsche a pleuré, d’autant qu’une amie me l’avait fortement conseillé.

Le problème Spinoza, Irvin Yalom

51qiavl6cgl-_sx363_bo1204203200_Quel rapport existe-t-il entre le célèbre philosophe, un juif excommunié et un des plus grands idéologues nazis ? C’est ce que vous apprendrez en lisant ce roman palpitant.

L’auteur va effectivement mêler deux récits. Le premier se déroule à Amsterdam, au milieu du XVIIème siècle. Celui qui deviendra le célèbre philosophe, Bento Spinoza, n’est pour l’instant qu’un commerçant au bord de la faillite qui passe le plus clair de son temps à réfléchir quant à sa vision du monde et de la religion. Selon lui, entre autres, c’est l’homme qui a créé un Dieu à son image et non le contraire, la religion n’est donc que supercherie. Forcément, les instances religieuses juives ne partagent pas cette vision et prononcent l’excommunication de Spinoza qui va être contraint à ne plus pouvoir adresser la parole à un seul juif, même à sa soeur et son frère.

Le second récit se passe au début du XXème siècle. Le jeune Alfred Rosenberg, alors au lycée, se fait élire délégué de classe en prônant des idées antisémites et en accusant le chef d’établissement d’être un juif. Alerté par les faits, ce dernier tente de comprendre pourquoi le jeune homme déteste ainsi cette communauté. Devant le refus de Rosenberg de changer d’avis, et après avoir appris que son auteur préféré est Goethe, le chef d’établissement demande à Alfred de traduire tous les passages de l’autobiographie du célèbre écrivain dans lesquels il fait référence à Spinoza, qu’il vénère. Evidemment, Rosenberg ne comprend pas comment un représentant de la pure race allemande ait pu se prendre d’admiration pour un juif… Mais cet épisode d’adolescence va profondément marquer celui qui deviendra l’une des têtes pensantes du système nazi.

Irvin Yalom mêle avec brio romance et faits réels dans cet ouvrage passionnant. Comme dans son précédent opus, il se sert de ses capacités de psychanalyste pour tenter de pénétrer les âmes de Spinoza et Rosenberg. Les personnages secondaires mis en face de ces deux personnalités sont parfaitement fictifs mais permettent grâce à des dialogues très pertinents de sonder les pensées les plus profondes du philosophe et du nazi, notamment les conversations entre Alfred et son ami psychiatre Friedrich qui tente de débusquer ce qui a bien pu rendre cet homme aussi radical dans ses idées antisémites. Je trouve particulièrement intéressant de rassemblant au sein d’un même roman deux êtres semblant aussi antithétiques sans que cela ne paraisse le moins du monde artificiel. En outre, le travail considérable de recherches à la fois historiques et philosophiques est à saluer. Et pour ceux qui penseraient que ce genre de roman qui évoque en grande partie les concepts philosophiques de Spinoza serait ennuyeux, pas le moins du monde. Les chapitres assez courts alternent les deux récits ce qui apporte beaucoup de rythme. En outre, le lecteur est vite happé par les deux histoires et surtout s’interroge sur ce « problème Spinoza » tout au long du roman, problème qui le tiendra en haleine jusqu’au bout. Franchement, c’est aussi palpitant qu’un roman policier. Coup de cœur !

Amour malade

31 Juil

Je tiens à remercier encore vivement celui qui m’a offert ce livre !

La pitié dangereuse, Stefan Zweig

L’intrigue du seul roman de l’auteur autrichien est simple. A la veille de la première Guerre Mondiale, un jeune officier, Anton Hofmiller, est invité au château du riche Kekesfalva par le biais d’un ami. Impressionné par tant de faste, Anton profite pleinement de la soirée quand il s’aperçoit qu’il a oublié d’inviter la fille de son hôte à danser. Il convie donc la jeune femme mais celle-ci ne peut répondre à son invitation pour la simple et bonne raison qu’elle est paralysée ! Anton, honteux de sa « gaffe » et pris de pitié pour la jeune infirme, Edith, va tenter de se faire pardonner en envoyant des fleurs et en multipliant les visites à la demoiselle. Il tombe bien vite dans un terrible engrenage en se retrouvant prisonnier du père et du médecin de la malade qui lui recommandent de lui mentir sur son état afin de lui éviter des souffrances inutiles.

Bientôt, Edith ne peut plus cacher son amour pour Anton. Mais celui-ci n’a pour elle que pitié car comment aimer une fille si peu faible et si riche sans passer pour un profiteur ? Pendant longtemps, il ne s’aperçoit de rien ou préfère ne rien remarquer et ne découvrira l’ampleur des sentiments de l’infirme que bien trop tard…

Je ne le répéterai jamais assez, Zweig est l’un des meilleurs peintres des sentiments de toute la littérature mondiale. Dans ce roman, l’auteur nous entraîne au cœur d’une histoire d’amour aux airs de tragédie antique puisque le destin de notre jeune lieutenant se décide dès les toutes premières pages. A peine a-t-il mis les pieds dans la demeure Kekesfalva que son sort se retrouve inextricablement mêlé à celui de la famille. D’ailleurs, par trois fois il tentera de fuir la maison mais à chaque fois une force extérieure à sa volonté le contraindra à y retourner. Cette force suprême, c’est la pitié, une pitié dangereuse, « mouvement instinctif de défense de l’âme contre la souffrance étrangère » et qui peut, dans certains cas « persévérer jusqu’à l’extrême limite des forces humaines ». Le personnage principal passe son temps à analyser son comportement et à balancer entre la volonté de dire la vérité à la malade et la faire souffrir ou continuer à lui mentir quitte à détruire le peu d’estime qui lui reste de lui-même. Prisonnier des conventions, de l’ordre établi, il ne pourra jamais vraiment se défaire de cette prison et de ces questionnements. Questions d’ailleurs toujours d’actualité : comment parler à un malade ? Doit-on lui cacher une partir de la vérité pour le préserver ou bien tout lui dire sous peine de le faire souffrir davantage ? Le drame d’Anton revêt un problème d’ordre éthique universel.

Par la peinture de ce drame familial, Zweig donne aussi à voir la société viennoise et ses valeurs en perdition à l’aube de la première Guerre Mondiale. Ce n’est pas seulement Edith qui est infirme mais la nation même. En effet, le personnage de Kekesfalva qui cache ses origines juives pour établir sa fortune montre à quel point l’auteur a pu souffrir de la montée de l’anti-sémitisme dans son pays.

Je ne m’étendrai pas davantage dans l’analyse tant il y a de choses à dire. Vous l’aurez compris, ce roman est à classer parmi les monuments de la littérature tant il suscite de pistes de réflexion toujours d’actualité. A lire absolument une fois dans sa vie !

A découvrir, d’autres chroniques de l’oeuvre de Zweig : Brûlant Secret et La Confusion des sentiments

Au « vert paradis des amours enfantines »

18 Avr

Voilà longtemps que je voulais relire ce roman que j’avais découvert alors que je devais à peine être âgée d’une dizaine d’années…

Quand j’avais 5 ans, je m’ai tué, Howard Buten

Gil a huit ans. C’est un petit garçon très mur pour son âge et très intelligent. Il a d’ailleurs remporté plusieurs prix d’orthographe. Mais Gil est enfermé à la Résidence Home d’Enfants les Pâquerettes, une structure psychiatrique infantile fermée. Pourquoi ? Pour ce qu’il a fait à sa petite copine Jessica. Que lui a-t-il donc fait ? Tout est sous-entendu jusqu’aux dernières pages qui révèlent qu’il ne lui a pas fait grand chose…

Gil est donc enfermé aux Pâquerettes et voudrait bien en sortir pour retourner chez ses parents dont on lui interdit la visite. Il voudrait bien aussi pouvoir lire les lettres que son amie Jessica avait promis de lui envoyer. Mais le Dr Nevele – psychiatre aussi insensible qu’intraitable – décrète qu’il souffre de « troubles du comportement schizoïdes » qu’il ne lui accordera pas la moindre permission tant qu’il refusera de se confier à lui. Leurs entretiens se terminent inlassablement par une crise de l’enfant qui se voit vite entraver par une terrible ceinture de contention – seul moyen apparemment trouvé par le médecin pour calmer son jeune patient…

Heureusement, Gil parvient à s’échapper de la Résidence en pensées. Il nous raconte donc son histoire d’amour avec Jessica en parallèle de ses récits à propos de l’internement. Il raconte donc comment il a rencontré la petite fille, comment il joue au super-héros avec son copains, comment il est tombé amoureux et surtout comment les adultes sont stupides.

Et la voilà toute la force de Howard Buten – à la fois clown et spécialiste des enfants autistiques – : réussir avec brio à se glisser dans la peau de ce petit garçon, à adopter son langage et son mode de penser, à nous faire partager ses rêves, ses questionnements, ses peurs et ses joies. On peut aisément reconnaître l’auteur dans le personnage de Rudyard Walton, un médecin un peu excentrique qui calque son comportement sur celui de ses patients autistes pour mieux pénétrer leur univers et les guérir et deviendra la seule source de réconfort de Gil aux Pâquerettes. Mais Evidemment, comme les adultes ne comprennent rien à rien – et que le Dr Nevele en est leur pire représentant – le pauvre Rudyard sera vite renvoyé du centre…

Pour conclure, ce roman ne peut laisser indifférent un lecteur qui ressort bouleversé par cette histoire d’amour à la fois tendre, drôle, ironique et tragique; un roman qui invite les adultes à retrouver leur âme d’enfant, à retrouver ce regard poétique sur la vie et à se débarrasser une bonne fois pour toute des préjugés et des conventions vis-à-vis des enfants. Une pépite qui a été adaptée en 1994 par Jean-Claude Sussfeld.

Allez, un petit extrait pour le plaisir ! Début du chapitre II :

« Je suis à la Résidence Home d’Enfants les Pâquerettes.

Je suis ici à cause de ce que j’ai fait à Jessica. Je saigne encore du nez mais ça fait pas mal, mais j’ai la figure noire et bleue sur la joue. Ca fait mal. J’ai honte.

Quand je suis arrivé ici, la première personne que j’ai rencontrée c’était Mme Cochrane. Elle est venue me voir au comptoir où j’étais avec mon papa et ma maman. Tout le mon s’est serré la main sauf moi. Mais elles étaient dans mes poches mes mains. Et elles étaient fermées, c’étaient des poings. Mme Cochrane m’a emmené. Elle est moche. Elle est à dégobiller de la regarder et elle porte un pantalon malgré qu’elle est vieille. Elle me parle tout doucement comme si je dormais. Mais je dors pas. »

Blessures de guerre

24 Fév

J’ai été interpellée par le titre dans les rayons de la médiathèque…

Le revolver de Lacan, Jean-François Rouzières

Le roman est divisé en 3 « carnets » : celui du soldat d’abord, puis celui du patient et enfin celui du chasseur. Le soldat, le patient et le chasseur sont en fait un seul et même homme, Gabriel, jeune trentenaire.

Commençons par le carnet du soldat. Gabriel raconte sa vie au front en Afghanistan, en tant que lieutenant dans une unité d’élite. Là-bas, il surmonte les moments difficiles accompagné par ses camarades de combat : Nadja, Capa et Le Géant. Entre deux attaques, il pense à sa mère et à Mathilde, l’amour de sa vie mais l’épouse d’un autre.

Carnet du patient ensuite. Gabriel est de retour de la guerre. Complètement cassé, il n’est plus que l’ombre de lui-même et ne parvient plus à parler. Sa mère est morte juste avant qu’il ne rentre. Nadja est morte aussi. Sous ses yeux. A Paris, il erre dans les rues et tombe un jour sur la plaque d’un psychanalyste au nom étrange : Monte-Cristo. Il entre et entreprend une analyse avec l’étrange personnage, détenteur du revolver chargé de Lacan, sans doute plus fou que ses patients. Une relation complexe se noue entre les deux hommes.

Pendant ce temps, Gabriel cherche toujours à se rapprocher de Mathilde. Mais celle-ci tantôt s’éloigne, tantôt fait un pas vers lui.

Carnet du chasseur. Gabriel reprend les études de médecine abandonnées pour partir sur le front. Il veut devenir psychiatre. Il fait la connaissance d’un vieillard, qui a servi en Algérie.

Voilà pour le fond. Pour la forme, des phrases très courtes, incisives, filant comme des balles de tirs ennemis. A vrai dire, je n’ai pas vraiment accroché. J’ai trouvé la première partie trop froide malgré moult détails sur les sentiments du personnages principal. J’ai apprécié davantage le deuxième carnet avec le récit des séances d’analyse. Toutefois, il est bien difficile de croire à ces séances tant elles sont surréalistes, le psy relevant davantage d’un psychopathe que d’un psychanalyste. Enfin, je n’ai pas franchement compris l’intérêt du dernier carnet…

Un avis plutôt négatif donc pour ce roman dont le titre et la 4ème de couverture m’avaient pourtant semblé attractifs…

Duel psychanalytique

15 Jan

Un roman trouvé au hasard dans les rayons de la Fnac. Une petite pépite !!

Et Nietzsche a pleuré, Irvin Yalom

1882. Le Dr Joseph Beuer, célèbre neurologue, passe quelques jours de vacances à Venise avec sa femme. Un billet remis par une inconnue à son hôtel le somme de la rejoindre le lendemain. Aussi intrigué qu’énervé, Beuer se rend au rendez-vous et fait la rencontre de la magnifique Lou Salomé. La jeune femme lui fait une requête hors du commun : soigner son ami (qui refuse de lui parler depuis leur échec dans un ménage à trois avec Paul Rée), le philosophe Friedrich Nietzsche, encore inconnu du grand public mais promis à un brillant avenir si toutefois il parvient à surmonter la crise profonde qu’il traverse depuis plusieurs mois. Incapable de résister à la force de persuasion de Lou Salomé, Breuer accepte de relever ce qu’il faut bien appeler un défi de taille. En effet, Nietzsche, s’il se sait malade physiquement (il souffre de terribles migraines et de multiples autres maux), nie avoir besoin d’un quelconque soutien psychologique. Breuer va donc devoir développer des efforts d’imagination pour que l’auteur du Gai Savoir parvienne à se livrer.

Breuer fait part de ses difficultés à un jeune confrère et ami qui s’intéresse beaucoup à la psychologie et notamment aux rêves, un certain Sigmund Freud qui n’a encore pas développé ses grandes théories. Pour les deux compères, un seul moyen de pouvoir guérir le philosophe : le faire parler et remonter à la source de ses angoisses pour les dissiper. Très bien, mais comment faire parler quelqu’un de ce qu’il ressent au plus profond de son être à son insu ?

C’est là que Breuer a une idée de génie mais très audacieuse : inverser les rôles. Lui soignera Nietzsche pour ses migraines et il demandera à l’auteur de devenir son « médecin du désespoir ». Il imagine qu’à force de confier lui-même ses angoisses (notamment son obsession pour Bertha, une patiente hystérique qu’il a soignée grâce à la parole, avec qui il a passé de nombreuses heures délaissant ainsi son épouse), le philosophe sera forcément amener à lâcher prise et à se livrer.

C’est alors un duel magistral qui s’engage entre un patient plus que brillant et un médecin talentueux. Mais bien vite, on se demande qui soigne qui et qui est le maître qui est l’élève.

Ce livre de psychanalyse est tout bonnement génial ! Les dialogues vifs sont d’une rare intelligence. On ne s’ennuie pas un instant en lisant les discussions entre le philosophe et le médecin qui semblent se livrer à une rude partie d’échecs. Si le texte s’appuie sur de nombreux faits historiques (montée de l’antisémitisme en Autriche, découvertes médicales) et des personnages réels, il n’en reste pas moins un roman puisque Breuer n’a jamais soigné Nietzsche (bien qu’il s’en soit fallu de peu en réalité). Evidemment, la psychanalyse n’est pas non plus née de cette façon. N’en demeure pas moins que tout cela est très réaliste – d’autant plus que l’auteur a inséré d’authentiques lettres de Lou Salomé dans l’ouvrage. J’ai aussi beaucoup aimé le fait de (re)-découvrir la philosophie nietzschéenne distillée tout au long de l’oeuvre. Les personnages sont très attachants, surtout celui de Breuer, médecin de renom, appartenant à la bourgeoisie viennoise et incarnant la réussite sociale, en proie à de cruelles angoisses de déchéance et de mort et à une obsession amoureuse dévoratrice. Original, intelligent, drôle, machiavélique et quasi addictif : un roman exceptionnel !

Traumas enfantins

6 Déc

Bon, alors là, si vous ne me suivez pas, je ne vous en voudrai pas du tout ! parce qu’il faut être tordue pour se lancer dans une lecture comme celle-ci, sachant que même les spécialistes en ont peur…

La psychanalyse des enfants, Melanie Klein

Je ne rentrerai pas dans les détails de ce livre théorique tout d’abord parce que je n’ai pas tout compris (et après consultation d’un spécialiste, il est difficile de tout comprendre à part être soi-même Mélanie Klein) ensuite parce que le contenu précis vous ferait sans doute fuir. Je vais donc faire des efforts de pédagogie.

Déjà, qui est cette mystérieuse Melanie Klein ??? Il s’agit d’une psychanalyste née à Vienne en 1882 et morte à Londres en 1960. Ses théories ont contribué à approfondir l’oeuvre de Freud. Elle a notamment bouleversé la compréhension et la pratique de la psychanalyse des enfants. Elle a été très controversée à l’époque car elle avait une manière très directe de dire les choses à ses petits patients et analysait leurs moindres faits, gestes et paroles. Or, la plupart des analystes d’inspiration freudienne pensaient qu’il fallait laisser le patient faire son analyse lui-même.

Revenons au livre. Il est divisé en deux grandes parties elles-mêmes subdivisées en chapitres.

La première partie est la plus accessible selon moi. L’auteure y décrit sa technique d’analyse des enfants selon les âges au moyen de cas concrets. Pour résumer de manière très grossière, la technique consiste à observer les enfants jouer afin de percer leurs névroses. Le jeu s’apparenterait pour l’enfant au rêve de l’adulte. Mais comme l’enfant ne dispose pas encore du vocabulaire nécessaire pour raconter ses rêves, il est plus simple pour l’analyste d’observer son comportement dans le jeu. Ensuite, l’analyste interprète chaque mouvement, chaque choix d’objet et fait part directement de son analyse à l’enfant.

La seconde partie est beaucoup plus théorique et difficile d’accès pour les néophytes en la matière. Elle porte sur les différentes situations anxiogènes et leur retentissement sur le développement de l’enfant. Je vous épargne les détails. Toujours est-il que les névroses et les psychoses remontent aux premiers mois de la vie, au moment où se créent le moi, le surmoi et le ça. La construction de l’enfant serait le fruit de nombreux processus psychiques relevant de fantasmes projetés sur les parents, fantasmes (rejet, dévoration, incorporation, castration…) le plus souvent source d’angoisse.

Pour Melanie Klein, le fait d’analyser les enfants en bas-âge, de les sortir de leurs névroses de façon satisfaisante, permettrait sans doute à l’adulte à venir d’éviter de tomber dans des troubles bien plus grands et préserverait non seulement l’individu mais aussi la société dans son ensemble qui se trouve totalement démunie face à ce que l’on a coutume de nommer la folie.

Une lecture très enrichissante, qui m’a donnée et me donnera encore à réfléchir bien que je n’adhère pas à tous les propos qui me semblent parfois capilotractés !

Faites de beaux rêves !

13 Nov

Je m’intéresse depuis longtemps à la psychanalyse mais je dois avouer que je n’avais pas lu Freud depuis la Terminale… j’ai donc profité de ma récente inscription à la Médiathèque de mon département pour emprunter ce classique.

Sur le rêve, Sigmund Freud

J’irai vite pour cet article. Déjà, parce que le texte est court (environ 70 pages). Surtout, parce qu’il est assez technique, voire compliqué et indigeste pour les non-initiés (pour ma part, je suis dans l’entre-deux… le fait de suivre une psychanalyse a beaucoup simplifié ma lecture même si certains points restent obscurs !)

Pour faire simple, selon Freud, tout le monde rêve : les enfants, les adultes, les fous, les sains d’esprit… tout le monde ! Jusque là, tout va bien. Freud distingue 3 grands types de rêves : les rêves censés et compréhensibles, les rêves cohérents mais déconcertants et enfin les rêves qui apparaissent comme incohérents, confus ou absurdes. Ce sont les enfants surtout qui réalisent des rêves du premier type, dans lesquels le contenu manifeste (ce dont on se souvient, ce que l’on peut raconter du rêve) et le contenu latent (ce qu’on peut interpréter, ce qui est caché derrière le contenu manifeste) coïncident. Ce sont en règle générale des rêves dans lesquels s’accomplissent un désir inassouvi dans la réalité.

Pour les deux autres catégories, un travail du rêve plus ou moins important s’effectue pendant le sommeil. Ce travail va opérer une censure du contenu latent et le transformer de telle sorte qu’il apparaisse supportable au rêveur dans son contenu manifeste. Oups, je sens que ça ne devient plus très clair, et pourtant, je ne peux pas faire plus simple…

Voilà pour les base.Selon Freud, le rêve sert le plus souvent à satisfaire l’accomplissement d’un désir et à protéger le sommeil. Pour ma part, j’émets des réserve sur ces points. Effectivement, il n’est pas rare de faire ce que Freud nomme des rêves d’angoisse (appartenant aux 2ème et 3 ème catégories), appelés communément cauchemars. Dans ce cas, le rêveur se réveille. Freud indique, que dans ce cas, le travail du rêve n’est pas effectué et le contenu latent apparaissant directement de manière violente, sans protection, seul le réveil peut interrompre le danger. Bref, l’analyse des rêves permet  un accès plus ou moins direct à l’inconscient, et permettra aux névrosés de comprendre l’origine de leurs névroses, et peut-être de les atténuer.

Dans cet opuscule, Freud ne donne pas vraiment de clés pour analyser ses rêves. Il faut sans doute voir ça dans son essai Sur l’analyse des rêves. Si certains symboles sont quasi-universels, d’autres sont très personnels et, de toute façon, chaque interprétation ne peut être qu’individuelle. J’espère avoir éclairé votre lanterne !