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A la lisière

27 Jan

Je poursuis dans mes lectures de littérature jeunesse et je remercie encore les éditions Syros qui me permettent de vous présenter cette jolie nouveauté.

Les yeux d’Aireine, Dominique Brisson

9782748526141Dans une époque indéterminée que l’on imagine proche, Aireine et sa meilleure amie Eli veulent profiter pleinement de leur adolescence et vivre le plus intensément possible. Seulement, un jour, le monde qui les entoure se détraque. Des milliers de coccinelles envahissent le ciel qui prend une teinte étrange. Bientôt, des adultes disparaissent sans laisser de trace, sans que personne n’en comprenne la raison. Des groupes d’aveugles commencent à déambuler dans les rues. Alors que l’univers d’Aireine semble se désagréger lentement sans qu’elle ne puisse agir, elle tombe amoureuse d’Aël, un jeune homme énigmatique. Mais très vite, tout s’écroule autour de la jeune fille.

Plusieurs décennies plus tard, son arrière-petite-fille, Achelle, qui souffre d’une sévère amnésie depuis sa plus tendre enfance hérite du journal dans lequel Aireine a consigné tous les événements étranges auxquels elle a dû faire face. La jeune fille fera tout pour découvrir la vérité et ne rien oublier de cet obscur passé.

Entre rêve et réalité, ce roman nous entraîne aux frontières du fantastique. En effet, jusqu’au bout du roman, impossible de démêler vraiment le vrai du faux. Il pose la question philosophique de ce qu’est la réalité, qui peut être perçue différemment selon les personnes. Outre cet aspect que j’ai particulièrement apprécié, il s’agit d’un récit sur la mémoire et les secrets de famille ainsi que sur la difficulté du passage de l’adolescence à l’âge adulte. Ce moment de tous les possibles où les choix peuvent déterminer le futur. Ce roman singulier, qui vire parfois au cauchemar, amène à se poser de multiples questions sur le monde qui nous entoure et sur ce que nous en percevons ou voulons en percevoir. A découvrir à partir de 15 ans.

 

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Carpe diem

20 Jan

Aujourd’hui, j’ai le plaisir de vous présenter un magnifique roman pour adolescents mais qui peut tout à fait être lu par des adultes. Merci aux éditions Syros pour leur confiance renouvelée.

21 printemps comme un million d’années, Camille Brissot

21-printemps-comme-un-million-d-anneesLa meilleure amie de Victor, Juliette, ne tient pas en place. Toujours prête à partir à l’aventure, on ne sait jamais si elle sera encore là le lendemain. Elle vit sa vie à cent à l’heure, bien décidée à en cueillir les fruits avant qu’ils ne soient trop mûrs. Bien souvent, elle se brûle les ailes mais Victor n’est jamais bien loin pour lui venir en aide. Juliette vit dans l’instant, elle n’a plus trop le choix depuis qu’elle sait. Elle veut juste profiter au maximum de tout ce que la vie peut lui offrir. C’est son histoire et ses multiples aventures que Victor raconte à un groupe de jeunes filles qui ont connu Juliette à l’hôpital et qui la prennent pour un exemple.

J’ai été très touchée par ce roman d’une grande maturité. La jeune auteure dépeint des personnages à la fois entiers et tout en nuances, chacun avec ses forces et ses faiblesses. Le thème de la maladie est abordé avec beaucoup de pudeur et de finesse. En effet, grâce au choix narratif – l’histoire de Juliette racontée par son meilleur ami – ce n’est pas la mort qui est placée au centre de l’histoire mais la vie car Victor devra avancer, continuer à tracer son propre chemin, quoiqu’il arrive. Ainsi, ce n’est jamais larmoyant. Au contraire, il se dégage de cette histoire un puissant souffle de vie. Si vous avez aimé Nos étoiles contraires de John Green, vous serez conquis par ce roman qui traite de la puissance de l’amitié, l’importance de profiter de la vie, l’entrée dans le monde des adultes et la perte d’un être cher. Gros coup de cœur pour ce récit qui vient tout juste de paraître.

Sous contrôle

26 Sep

C’est mercredi et je vous propose de découvrir une nouveauté jeunesse.

Kaplan, Sébastien Gendron

9782748524826Dans un avenir proche, une dictature – le Cushinberg – et une démocratie hyper-contrôlée – Leeton – se côtoient. Kaplan, tueur professionnel de la police politique de la dictature est envoyé en mission suicide afin d’affaiblir Leeton. Tout ne va cependant pas se passer comme prévu. Après une entrée fracassante dans la ville-état, il est réceptionné par Rimbolt, un adolescent peu ordinaire qui semble très mature pour son âge. Au fur et à mesure de son séjour dans la cité, Kaplan a l’étrange impression de ne pas en être totalement étranger…

Complots, manipulations, mensonges sont les ingrédients de ce roman politique très bien mené, qui présente des rebondissements jusqu’à la dernière page. L’auteur donne à réfléchir non seulement sur les systèmes autoritaires mais aussi sur l’obéissance parfois aveugle aux ordres d’une hiérarchie dans laquelle on ne se reconnait pas forcément. Derrière la face sombre de ce roman d’espionnage se cache une relation amicale naissante inattendue et l’évolution de Rimbolt qui gagne en maturité au fur et à mesure de l’avancée du récit. Attention, s’il s’agit bien d’un roman jeunesse, je ne le conseillerais pas avant 13 ou 14 ans et pour des bons lecteurs car l’intrigue est assez complexe. Les adultes prendront d’ailleurs plaisir à le lire. Encore une fois, les éditions Syros propose une littérature de qualité, qui donne à réfléchir tout en étant passionnante.

« Heureux qui comme Ulysse… »

3 Sep

C’est la rentrée ! J’en profite pour vous présenter un roman qui traite essentiellement de l’enfance et donc de l’école. On ne saurait faire plus d’actualité ! Merci aux éditions Bergame pour leur confiance renouvelée, qui m’ont fait le plaisir de m’envoyer cette nouveauté.

L’improbable Ulysse – Tome 1, L’Enfance, William Bocq

9782372861724Une bien étrange scène de crime s’offre au commissaire.  Apparemment, tout porte à croire qu’il y a eu un acte de violence dans l’atelier du célèbre peintre Ulysse Blanchard car de nombreux tableaux sont éparpillés dans l’atelier et l’artiste est introuvable. Sauf qu’aucun indice ne prouve l’enlèvement, le meurtre ou le suicide. L’enquêteur, perplexe, tente de trouver des pistes, notamment dans la vie sentimentale tortueuse du peintre…

En parallèle de l’enquête qui n’est en fait ici que très secondaire, la narration porte sur la vie du disparu, de sa naissance au début de l’âge adulte. Fils d’un gendarme et d’une institutrice vivant dans un petit village non loin d’Annecy, le jeune Ulysse doit se confronter au monde qui l’entoure. Avec ses copains d’enfance, il vivra de nombreuses aventures plus ou moins périlleuses et connaîtra ses premiers émois tout en menant ses études à bien.

Dans ce premier tome, William Bocq se consacre donc à la prime jeunesse du héros disparu qui devient paradoxalement le personnage principal du roman. On assiste à l’évolution du personnage dans un récit qui s’apparente davantage à un roman d’apprentissage qu’à un polar. On sourit à l’évocation des bêtises enfantines et on prend plaisir à voir évoluer le héros, à le suivre dans ses choix comme dans ses incertitudes. L’auteur parvient donc à dessiner un portrait très complet de son personnage et de son proche entourage. Je reste par contre sur ma fin concernant la partie enquête qui ne progresse quasiment pas dans ce tome. Hâte donc de découvrir la suite !

Contagion

19 Nov

Je poursuis ma découverte des nouvelles parutions de la très belle collection Rester Vivant des éditions Le Muscadier avec un roman d’anticipation.

Emma, Tess Corsac

9791090685161-753x1024Dans un futur pas si lointain, l’humanité a été ravagée par un virus hautement contagieux du nom d’Emma. La population mondiale s’est vu réduite à peau de chagrin et les survivants tentent par tous les moyens de se protéger des personnes infectées. Impossible, dans cet univers revenu à un mode de vie quasi moyenâgeux, de faire confiance à qui que ce soit. Difficile en effet de distinguer les êtres en bonne santé de ceux que l’on nomme les moissonnés. Seule une marque sur le front permet de les différencier mais on ne peut même pas toujours s’y fier… C’est dans ce monde chaotique, dans un village apparemment préservé de l’infection, qu’a grandi Azur. A 15 ans, elle doit, en compagnie de son ami de toujours, Basile, se faire tatouer sa première marque prouvant sa bonne santé. Mais le chemin vers le centre médical sera semé d’embûches et une bien mauvaise surprise attend les deux amis à leur arrivée…

Voilà un roman d’anticipation dystopique fort bien mené, qui livre des réflexions profondes sur la question de l’humanité, sur notre rapport à l’autre et nos peurs les plus profondes. La jeune auteur, Tess Corsac, n’a que 19 ans mais nous offre une approche allégorique très pertinente de la société. L’univers quasi post-apocalyptique dans lequel elle fait évoluer ses personnages est peint avec finesse et surtout les rapports humains sont analysés avec subtilité ce qui permet une critique constructive des travers de notre société. J’ai vraiment pris plaisir à ce qui est aussi un récit d’apprentissage riche en rebondissements et j’attends avec impatience la probable suite que laissent les dernières lignes pleines de suspens de cet ouvrage. Coup de cœur pour ce livre qui plaira aux ados à partir de 13-14 ans et à leurs parents.

 

Accords et à cœurs

31 Oct

Un très grand merci aux éditions Le Muscadier qui viennent de me faire parvenir toutes les nouveautés de la collection Rester Vivant que j’affectionne tant. Apprêtez-vous donc à les découvrir avec moi au fil de l’hiver.

L’Aigle Noir, Hervé Mestron

9791090685987-754x1024C’est la rentrée de septembre au collège Saint Ambroise de Ouistreham. Hartman, ex-jazzman, débarque de Paris pour enseigner la musique. Pas simple pour lui de s’intégrer dans la petite commune normande où tous le voient comme un étranger. Toutefois, il prend plaisir à faire cours, surtout depuis qu’il a entendu chanter la jeune Billie. L’adolescente, totalement renfermée sur elle-même, ne semble s’ouvrir que lorsqu’elle se met à interpréter les textes de Barbara. Hartman, sous le charme de sa voix, tente d’approcher la jeune fille pour comprendre son mal-être et l’aider. Mais bien vite, des regards de plus en plus hostiles vont se tourner vers lui qui laisseront place à une rumeur malsaine…

Voilà un très beau texte, tout en sous-entendus et en nuances sur un sujet compliqué que nous livre Hervé Mestron. Sans dévoiler toute l’intrigue, ce roman nous donne à réfléchir sur différents sujets tels que les rapports enseignants-adolescents, la différence, les premiers émois et surtout les conséquences de la rumeur et l’importance pour les jeunes de se confier après un traumatisme. L’ouvrage, qui s’adresse aussi bien aux adolescents qu’à leurs parents, se lit rapidement. Les chapitres alternent les points de vue des deux personnages principaux mettant ainsi en relief la complexité de leurs émotions et permettant au lecteur de parcourir ce court roman avec plaisir.

Under Control

9 Sep

Quoi de mieux pour bien aborder cette rentrée qu’un bon roman jeunesse ? Et si je vous dis que c’est le dernier opus d’Yves Grevet paru chez Syros, il vous sera impossible d’y résister !

Le GRUPP, Yves Grevet

9782748524062Dans un futur pas si éloigné, l’espérance de vie s’est considérablement allongée grâce à l’implant Long Life. Cette multinationale, qui a mis au point un système très pointu de surveillance, protège la population à tous les niveaux. Cependant, une organisation secrète d’adolescents tente de contourner le système pour s’offrir quelques moments de totale liberté.

Stan et Scott sont frères. Leur vie paisible entouré de leurs parents va basculer le jour où Scott va être envoyé en prison. Stan apprend alors la vérité sur son frère : il était un des leader du Grupp. Aussi intrigué qu’en colère contre son aîné qui lui a caché cette partie de sa vie, il va chercher à en savoir plus sur la société clandestine à laquelle appartenait son frère. Ce qui, au début, est presque un jeu pour lui, va bien vite se révéler bien plus dangereux qu’il n’y paraît…

Je ne vais pas y aller par quatre chemins : ce roman jeunesse est vraiment génial. Il allie, en effet, savamment action et réflexions sociétale et philosophique. Dès le départ, on se prend d’affection pour les personnages principaux, auxquels les adolescents à qui est destiné le livre n’auront nulle difficulté à s’identifier. L’auteur parvient très bien à rendre compte des bouleversements internes (corporels, émotionnels) liés à cette période charnière de la vie, ainsi qu’à l’évolution progressive qui va s’opérer en eux, ce qui en fait un très bon roman de formation. Outre cet aspect, ce récit est un excellent roman d’espionnage qui sait parfaitement jouer sur le suspens. Jusqu’au bout, la tension est à son comble et le danger omniprésent pour les personnages. Enfin, et c’est l’aspect que j’ai le plus apprécié, la question de l’hypervigilance, de la surprotection de la population est abordée avec beaucoup d’intelligence. Les avancées technologiques sont-elles vraiment bénéfiques ? Le contrôle, sous prétexte de préserver la vie le plus longtemps possible, favorise-t-il le bonheur ou n’est-il pas un immense frein à nos libertés les plus élémentaires ? Accepter de prendre des risques n’est-il pas une façon de se sentir plus vivant ? Ce sont à ces interrogations que se verront confrontés les jeunes (et moins jeunes) lecteurs. Vous aimez l’action, l’aventure mais aussi la réflexion, ce livre est fait pour vous ! Gros coup de cœur jeunesse pour cette rentrée littéraire.

Défaire ses chaînes

23 Avr

Aujourd’hui, je vais vous présenter un petit livre à mettre entre toutes les mains, enfants comme adultes, il ravira tous les lecteurs.

Le chevalier à l’armure rouillée, Robert Fisher

le-chevalier-a-l-armure-rouilleeDans un passé lointain, un valeureux chevalier qui se trouvait « bon, gentil et plein d’amour » combattait les méchants, tuait des dragons et sauvait les demoiselles en détresse. Lorsqu’il n’avait pas de bataille à livrer, il vivait dans son château avec sa femme Juliette et son fils Christophe. Il passait aussi énormément de temps à contempler et à s’occuper de son armure, jusqu’au jour où il décida de ne plus la retirer, même pour manger ou aller dormir. Sa femme lui fit remarquer que vivre avec un époux sans cesse caché derrière une armure n’était vraiment pas agréable. Son fils ne savait même plus à quoi ressemblait son père sans sa protection d’acier ! L’ambiance dans la famille ne cessait de se détériorer jusqu’au jour où Juliette lança un ultimatum : soit il la choisissait elle, soit il choisissait son armure. Bien que le chevalier préférât sa femme et voulût se défaire de son armure, il ne parvint pas à la retirer. Il resta misérablement coincé à l’intérieur…

Pour se défaire de ce qui était pour lui devenu une prison, il partit en quête du magicien Merlin, afin qu’il l’aide dans son cheminement. Seule la réelle connaissance de lui-même lui permettrait de se défaire de cette armure qui l’empêchait de se montrer tel qu’il était vraiment. Bien entendu, la quête de sa véritable identité ne se fera pas sans heurts mais l’enjeu vaudra toutes les peines du monde et il sera accompagné dans ce parcours initiatique par des auxiliaires très sages et bienveillants.

Ce Chevalier à l’armure rouillée est une véritable petite pépite. Conte philosophique à la portée de tous, dans la lignée du Petit Prince de Saint-Exupéry, il peut se lire et se relire à tous les âges de la vie selon des axes différents. Il permet une réflexion d’une grande richesse sur ce qui fait notre identité, sur les prisons internes que l’on peut se construire en croyant se protéger mais qui ne font en réalité que nous éloigner de notre véritable identité. Réflexion également sur le rôle attribué au regard de l’autre – à qui nous cherchons à plaire – bien souvent à l’origine de la construction de cette carapace qui finit par nous étouffer et effacer notre personnalité. A l’image du prisonnier de la caverne de l’allégorie de Platon, notre chevalier devra surmonter différentes étapes, symbolisées par le Chemin de la Vérité, les Châteaux du Silence, de la Connaissance et de la Volonté et de l’Audace, pour parvenir au but ultime du Sommet de la Vérité, et se libérer de ses chaînes en se trouvant enfin. Et ce n’est qu’en se connaissant et en s’aimant lui-même qu’il pourra porter un amour sincère à ses proches et aider ceux qui pourraient avoir besoin de lui : « Il pleura encore plus amèrement en se rendant compte que s’il ne s’aimait pas lui-même, il ne pouvait pas aimer les autres, car le besoin qu’il avait d’eux se mettrait toujours en travers ». Ce ne sera qu’en prenant conscience de ses erreurs et en ayant suffisamment confiance en lui qu’il pourra se jeter dans l’inconnu, ne plus avoir peur du jugement et se sentir complètement libre et lui-même. Nul besoin de détailler davantage ce chef-d’oeuvre à la portée universelle, accessible à tous et plein d’humour. Je vous laisse le savourer et sans doute vous y trouver. Coup de cœur !

En quête de soi

7 Mar

Je remercie les éditions Flammarion qui me permettent de vous faire découvrir ce roman en avant-première.

Le Chercheur, Lars Mulh

unnamedLars Mulh est un musicien et auteur danois de renommée internationale. Après quelques années d’une vie d’artiste qui ne le satisfait pas pleinement, il prend conscience que sa voie n’est pas celle du star-system. Il va alors chercher ce pour quoi sa vie est vraiment faite.

Double voyage et double temporalité, Le Chercheur mêle en effet le récit de la première rencontre de l’auteur avec celui qu’il nomme le Voyant, sorte de guide spirituel, et celui du trajet qu’il effectue du Danemark au sud de l’Espagne en train pour achever son initiation avec le Voyant. Ce dernier est celui qui lui a permis d’effectuer les premiers pas sur le chemin de sa véritable identité lorsqu’ils se sont rencontrés à Montségur.

Le Chercheur, premier tome de la trilogie O’Manuscrit, déjà traduit en huit langues, est un roman initiatique à la fois autobiographique et fictionnel. Si j’avoue avoir d’emblée été attirée par le thème de la quête spirituelle et identitaire et avoir réellement été conquise par les premières pages, mon enthousiasme s’est quelque peu relâché par la suite. En effet, si le début du roman est assez entraînant et aiguise la curiosité vis-à-vis des personnages principaux, l’auteur ne soutient pas la cadence et le récit devient un peu poussif. C’est dommage car sur le fond, Lars Mulh propose une réflexion intéressante sur la vie bien que certaines conceptions se révèlent un peu trop new-age à mon goût. J’ai, par exemple, bien aimé ce passage dans lequel le Voyant charge des pierres dans le sac à dos du narrateur. Chacune symbolise un défaut, une angoisse… :

« Mon fardeau ne cessait de gagner en réalité. Je penchais tant en avant à présent que j’en vins presque à ramper. Je transpirais abondamment. Comme le Voyant l’avait promis, j’éprouvais désormais physiquement tout les poids psychologiques de ma vie. Parce que je les emportais sur la montagne, chaque défaut, chaque doute et chaque projection acquérait une réalité qui me forçait à les contempler. Parce qu’ils sciaient assez littéralement mes épaules, courbaient mon dos, faisaient vaciller mes jambes, il était impossible désormais de les refouler. Et tandis que je rampais, je commençais à comprendre la signification de cette tâche en apparence vaine. Je me sentis soudain responsable de toutes ces maladies. »

Voilà pour ce petit extrait qui me semble assez représentatif du message que souhaite apporter l’auteur : pour mener une vie plus apaisée, il faut ouvrir les yeux sur tout ce qui vient nous alourdir au quotidien, en prendre réellement conscience avant de parvenir à nous en libérer pour gagner en sérénité. Un livre à découvrir pour les amateurs de récits de vie et de spiritualité.

Vie libre

28 Fév

Aujourd’hui, je vous présente le deuxième des quatre romans que m’ont gentiment fait parvenir les éditions du Muscadier.

Les mains dans la terre, Cathy Ytak

9791090685703_frame-165x250Mathias est un jeune homme qui a tout pour être heureux, en apparences du moins : étudiant brillant, parents très aisés qui financent ses études supérieures et lui offrent des vacances à l’autre bout du monde dans des hôtels luxueux… Cependant, Mathias ne se sent pas à sa place dans cette vie que lui ont tracée ses parents, dans cet univers superficiel où l’argent règne en maître et où tous les coups sont bons pour écraser son prochain afin de s’enrichir davantage. Lors d’un voyage au Brésil, il se rend compte à quel point il refuse de participer à accroître les inégalités en reprenant l’entreprise de son père qui profite de la crise pour générer des bénéfices records sur le dos des plus pauvres. Grâce à une statuette en terre cuite rapportée de son séjour, il va trouver le courage de s’affirmer contre la volonté de ses parents, le courage de choisir de mener sa vie comme il l’entend et d’acquérir une richesse qui ne s’acquiert avec aucune monnaie : le bonheur.

Je n’irai pas par quatre chemins : j’ai adoré ce court roman. Vraiment. Par tous les messages qu’il parvient à faire passer en cinquante pages. Ça commence par un message de tolérance et d’ouverture d’esprit. Mathias est homosexuel. Même si ce thème demeure assez sous-jacent, on sent que le personnage a dû se battre pour faire accepter cette différence à ses parents, pour imposer ce choix qui ne va pas forcément dans le sens de ce que la société juge moral ou convenu. Un message économique et politique ensuite. Avec une critique du système capitaliste où des patrons richissimes sont prêts à tout pour étendre leur fortune et n’hésitent pas à piétiner ceux qui n’ont déjà que peu de choses pour ce faire. Une véritable leçon de vie et de courage enfin. Avec le refus de Mathias de prendre l’orientation professionnelle qui a été choisie pour lui. Avec sa prise de conscience sur la réalité de la vie hors de sa prison dorée. Prise de conscience également que l’argent ne fait pas le bonheur, loin de là. Que la véritable richesse est celle du cœur et de l’âme. Que vivre de ses passions – même si elles rapportent peu d’argent – rend immensément riche car cette vie apporte un bonheur inestimable. Que vivre avec le strict minimum dans une vieille bicoque mais entouré d’amour, en assumant ses convictions, en existant en parfaite harmonie avec ses choix et sa morale, vaut largement plus que tout l’or du monde qui n’est que richesse superficielle et qui recouvre bien souvent d’un film doré une grande pauvreté spirituelle et un cœur immensément vide. Gros coup de cœur !