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La fille au sang chaud

9 Avr

Une lecture pour mon ancien collège. Allez d’ailleurs jetez un œil sur le super blog très fourni en nouveautés littérature jeunesse Les lectures d’Arsène

Margot d’Anvers, Jean-Claude Van Rijckeghem et Pat Van Beirs

9782874230851Alors qu’elle n’a que cinq ans, la jeune Margot est abandonnée par sa mère au foyer des orphelines d’Anvers. La petite grandit dans un univers où il lui faut se débrouiller seule. Malgré quelques amies, elle ne peut compter que sur elle-même. Alors que toutes ces dernières sont placées comme servantes dans de riches familles, Margot refuse ce destin tout tracé. Depuis son plus jeune âge, elle est en effet persuadée que sa véritable vie n’est pas celle-ci. En elle coule du sang espagnol. A 15 ans, elle quitte l’orphelinat pour travailler auprès d’un apothicaire qui parcourt les foires avec une troupe de voleurs professionnel. Qu’importe. Margot est prête à tout pour partir en Espagne et tenter de retrouver son père, un célèbre duc. Mais un jour, elle est prise la main dans le sac et se retrouve dans une terrible posture…

D’une densité et d’une richesse extrême, ce roman d’aventure, d’amour et d’espionnage saura séduire les très bons lecteurs amateurs d’Histoire. En effet, les auteurs livrent ici un ouvrage très documenté sur l’invasion des Pays-Bas par l’Espagne, sur la vie dans ces deux pays à la fin du 16ème siècle et sur la découverte du Nouveau Monde. On plonge véritablement dans cette époque qui semble revivre sous nos yeux. Seul petit bémol, le livre a les défauts de ses qualités, on a parfois la sensation de lire un livre d’Histoire.

Du point de vue de l’action, rien à redire. Les aventures de Margot sont palpitantes et tous les personnages sont peints avec finesse et possèdent des caractères très nuancés. Alors que l’on croit pouvoir compter sur quelqu’un, voilà qu’un retournement de situation s’opère et nous dévoile le vrai visage de la personne. Tout n’est pas tout blanc ou tout noir et c’est cela qui est vraiment intéressant car comme dans la vraie vie, il faut apprendre à se fier aux bonnes personnes qui ne sont pas toujours celles que l’on croit.

Je conseille ce livre à partir de la 5ème pour les excellents lecteurs amateurs d’Histoire et pour tous ceux qui ne redoutent pas les lectures longues (plus de 500 pages tout de même !) Coup de cœur inattendu en ce qui me concerne !

La pensée en danger

7 Fév

Je voulais lire ce livre depuis avoir dévoré Et Nietzsche a pleuré, d’autant qu’une amie me l’avait fortement conseillé.

Le problème Spinoza, Irvin Yalom

51qiavl6cgl-_sx363_bo1204203200_Quel rapport existe-t-il entre le célèbre philosophe, un juif excommunié et un des plus grands idéologues nazis ? C’est ce que vous apprendrez en lisant ce roman palpitant.

L’auteur va effectivement mêler deux récits. Le premier se déroule à Amsterdam, au milieu du XVIIème siècle. Celui qui deviendra le célèbre philosophe, Bento Spinoza, n’est pour l’instant qu’un commerçant au bord de la faillite qui passe le plus clair de son temps à réfléchir quant à sa vision du monde et de la religion. Selon lui, entre autres, c’est l’homme qui a créé un Dieu à son image et non le contraire, la religion n’est donc que supercherie. Forcément, les instances religieuses juives ne partagent pas cette vision et prononcent l’excommunication de Spinoza qui va être contraint à ne plus pouvoir adresser la parole à un seul juif, même à sa soeur et son frère.

Le second récit se passe au début du XXème siècle. Le jeune Alfred Rosenberg, alors au lycée, se fait élire délégué de classe en prônant des idées antisémites et en accusant le chef d’établissement d’être un juif. Alerté par les faits, ce dernier tente de comprendre pourquoi le jeune homme déteste ainsi cette communauté. Devant le refus de Rosenberg de changer d’avis, et après avoir appris que son auteur préféré est Goethe, le chef d’établissement demande à Alfred de traduire tous les passages de l’autobiographie du célèbre écrivain dans lesquels il fait référence à Spinoza, qu’il vénère. Evidemment, Rosenberg ne comprend pas comment un représentant de la pure race allemande ait pu se prendre d’admiration pour un juif… Mais cet épisode d’adolescence va profondément marquer celui qui deviendra l’une des têtes pensantes du système nazi.

Irvin Yalom mêle avec brio romance et faits réels dans cet ouvrage passionnant. Comme dans son précédent opus, il se sert de ses capacités de psychanalyste pour tenter de pénétrer les âmes de Spinoza et Rosenberg. Les personnages secondaires mis en face de ces deux personnalités sont parfaitement fictifs mais permettent grâce à des dialogues très pertinents de sonder les pensées les plus profondes du philosophe et du nazi, notamment les conversations entre Alfred et son ami psychiatre Friedrich qui tente de débusquer ce qui a bien pu rendre cet homme aussi radical dans ses idées antisémites. Je trouve particulièrement intéressant de rassemblant au sein d’un même roman deux êtres semblant aussi antithétiques sans que cela ne paraisse le moins du monde artificiel. En outre, le travail considérable de recherches à la fois historiques et philosophiques est à saluer. Et pour ceux qui penseraient que ce genre de roman qui évoque en grande partie les concepts philosophiques de Spinoza serait ennuyeux, pas le moins du monde. Les chapitres assez courts alternent les deux récits ce qui apporte beaucoup de rythme. En outre, le lecteur est vite happé par les deux histoires et surtout s’interroge sur ce « problème Spinoza » tout au long du roman, problème qui le tiendra en haleine jusqu’au bout. Franchement, c’est aussi palpitant qu’un roman policier. Coup de cœur !

Secrets de famille

25 Déc

Je savais que cet ouvrage dont j’avais longtemps repoussé la lecture ne me laisserait pas indifférente. Je n’avais pas tord.

Sobibor, Jean Molla

cvt_sobibor_9301Emma, fille de médecin, 17 ans, est anorexique depuis de longs mois. Mais ses parents refusent d’affronter le problème de front. Résultat : la jeune fille passe son temps à détruire son corps, vomissant chaque aliment avalé. Pourquoi un tel dégoût d’elle-même ? Elle l’explique au début comme un simple régime pour plaire davantage à son petit copain. Régime qui a dérapé. Régime qui n’a pas cessé. Et puis, sa grand-mère adorée est décédée. Terrible choc pour la jeune femme. Elle en était plus proche que n’importe qui d’autre, bien plus proche que de sa mère. Pourtant, Emma est persuadée que sa grand-mère détenait un secret très lourd à porter. Si lourd qu’elle en faisait encore des cauchemars. Quelques temps avant sa mort, alors qu’elle partageait la chambre de sa Mamouchka, celle-ci hurle ces phrases dans son sommeil agité : « Jacques, je ne veux plus rester ici. Comprends-moi, je n’en peux plus ! Sais-tu seulement son nom ? Moi, je le sais. Elle s’appelait Eva… Eva Hirschbaum ! […] Je devrais te haïr mais je n’y parviens pas ! […] Emmène-moi loin de Sobibor, je t’en prie ! » Alors qu’Emma tente d’interroger sa grand-mère à son réveil, celle-ci refuse de lui donner la moindre explication. Emma ne tire rien de plus de son grand-père. Bientôt, elle découvre que Sobibor était un camp d’extermination des Juifs pendant la seconde guerre mondiale. Peu de temps après le décès de sa grand-mère, Emma va mettre la main sur un cahier qui va irrémédiablement changer sa vie. Le journal de Jacques Desroches, collaborateur français des nazis qui raconte au jour le jour, froidement, son activité à Sobibor.

Autant le dire tout de suite, ce roman m’a bouleversée. S’il s’agit de littérature jeunesse, les adultes seront forcément touchés tant les thèmes traités le sont avec brio. Jean Molla, dont j’avais déjà apprécié l’écriture incisive et réaliste dans Djamila, livre ici un roman qui hurle ce que tout le monde veut cacher. Un roman qui crie toute l’horreur d’un crime contre l’humanité à échelle industrielle que bon nombre a tenté d’enfouir sous le mensonge d’autant qu’il n’y a plus de témoins du massacre de Sobibor ni de bâtiments pour rappeler l’enfer. Le thème de l’anorexie est lui aussi parfaitement traité. L’auteur se met parfaitement dans la peau de l’adolescente malade, décrit à la perfection non seulement les symptômes mais les arcanes psychologiques les plus profondes de cette maladie. Sans doute l’a-t-il côtoyée de près. Le rapport entre les deux histoires : le silence, l’absence de communication, le mensonge, l’impossibilité de traduire en mots l’indicible. D’ailleurs, je laisse la parole à Jean Molla pour clore cette chronique. Il parle de son livre bien mieux que moi : « Ce n’est pas qu’un livre sur les camps, précisément. C’est un livre sur l’après. Sur la mémoire. Sur le mensonge. Sur cette lame de fond qui n’en finit pas d’avancer. Sur le silence. A l’origine de ce livre, il y a aussi une rencontre. Un trop-plein gardé trop longtemps. Mûri. Et le vertige du vide se partage, qu’on le veuille ou non. » Livre coup de poing, coup de cœur, aussi difficile en ait été la lecture.

Traître de génie

7 Avr

Une jolie découverte rapportée du salon de livre de Montaigu où j’ai eu la chance d’échanger avec l’auteur (le hasard a voulu qu’il vienne s’installer à mes côtés le dimanche matin).

Américain, Américain, Hubert Prolongeau

américainHoward Perrineau, le narrateur, personnage fictif, vient de perdre celui qui fut son meilleur ami, Elia Kazan, cinéaste de renom, bien réel. Au lendemain de la mort de ce dernier, Perrineau entreprend de relate ce que fut la vie de son ami – et par conséquent la sienne, constamment dans l’ombre – afin de faire taire les critiques qui font rage. Effectivement, Kazan, véritable génie, a forgé son succès sur un acte a priori indéfendable. Ainsi, pendant les grandes heures du maccarthysme, le réalisateur a dénoncé une grande partie de ses amis communistes à la Commission des activités anti-américaines. Les thèmes de la dénonciation et de la trahison deviennent dès centraux dans ces films, notamment dans Sur les quais, sorti en 1954, qui remporta huit oscars.

Hubert Prolongeau nous offre une plongée exceptionnelle dans l’univers des Etats-Unis des années 20 aux années 70. Grâce à un travail de documentation méticuleux, l’auteur parvient à reconstituer avec une remarquable précision l’évolution de l’Histoire américaine en même temps que celle des personnages. De l’insouciance des années 20 au traumatisme de la crise de 29, de l’engouement suscité par le communisme à la chasse aux sorcières, le lecteur est véritablement transporté dans un autre monde grâce au réalisme de chaque détail (l’auteur a d’ailleurs poussé le souci de réalisme au point de placer dans la bouche de ses personnages des phrases qu’ils ont réellement prononcées ou écrites). J’ai particulièrement apprécié le traitement de l’enthousiasme du narrateur qui plonge corps et âme dans le communisme, persuadé comme ses amis d’œuvrer pour le bien du peuple, suivi de la difficile prise de conscience de ce qu’il en va réellement dans l’Union soviétique ainsi que de celui de l’aire McCarthy avec le lourd sentiment de suspicion qui se répand et finit par étouffer peu à peu l’Amérique.

Si le roman m’a permis de me remettre en mémoire ces éléments historiques, j’ai également apprécié le magnifique voyage dans le paysage hollywoodien de l’époque avec le passage du film muet au sonore, les coulisses des tournages, les noms de stars légendaires : Bacall, Garbo, Wayne… et très envie de découvrir tous ces films que je ne connais malheureusement que de noms (il faut que je rattrape mon manque cruel de culture cinématographique !)

Enfin, le livre apporte une réflexion sur l’âme humaine et de manière plus globale pose la question du bien et du mal. Le livre se clôt d’ailleurs sur cette question : « J’ai cru en beaucoup de choses, et plutôt fait le bien. Elia a été un salaud. Je suis resté stérile. Il a puisé dans son infamie de quoi nourrir une des plus belles œuvres de son époque. Lequel d’entre nous a été le plus homme ? » Je vous laisse le soin de vous faire votre propre opinion en découvrant le parcours peu ordinaire d’Elia Kazan, cet émigré turque qui voulait plus que tout devenir américain.

L’homme invisible

18 Fév

Une (grosse) pépite qui dormait dans les rayons du CDI…

L’éclipse, Robert Cormier

Depuis qu’il est tout petit, Paul Moreaux est intrigué par une photo de famille réalisée avant la Première Guerre mondiale. La raison de sa curiosité ? Son oncle Adélard avait subitement disparu au moment du cliché alors qu’il était présent dans le groupe quelques secondes plus tôt. Lorsque l’enfant interroge ses parents, il obtient inexorablement la même réponse : chaque famille a ses mystères et ton oncle adorait faire des farces. Oui mais voilà, le jeune Paul est persuadé qu’une autre explication à cette disparition existe.

En 1929, une crise économique sans précédent ravage les Etats-Unis. Paul a 13 ans et, avec son regard d’adolescent, en constate les ravages dans la petite communauté d’ouvriers canadiens émigrés. L’usine de peignes dans laquelle travaille son père est en grande difficulté, les ouvriers se mettent en grève et sont prêts à en découdre physiquement. Dans le même temps, le Klux Klux Klan (société secrète raciste) tente de convertir de nouveaux adeptes dans la ville.

Dans ce contexte difficile, Paul  – en proie à ses premiers émois amoureux qui vont de paire avec les bouleversements physiologiques de son âge – se rend compte qu’il possède un étrange pouvoir. Il découvre qu’il est capable de devenir invisible à volonté, de s’éclipser totalement. Alors qu’il pourrait se réjouir de ce formidable pouvoir, il s’en inquiète. En effet, s’il pourrait le mettre à profit pour une bonne cause, il n’y verrait pas d’inconvénient, mais devenir invisible peut aussi permettre de faire le mal, d’assouvir ses fantasmes, les meilleurs comme les pires et peut-être même de tuer…

Voilà un excellent roman. Non seulement de par son intrigue passionnante, fantastique dans tous les sens du terme, mais de par une structure narrative complexe, faite de récits enchâssés et de mises en abîme (roman dans le roman). Je reviens à l’intrigue dans un premier temps. Si le phénomène de l’éclipse occupe la majeure partie du roman, l’auteur dresse une toile de fond historique très bien documentée et accessible à un jeune public qui découvrira un aspect de l’Histoire américaine qu’il n’aura peut-être qu’entrevue en cours. la question de l’invisibilité quant à elle renvoie à de nombreux questionnements métaphysiques, notamment les questions du bien et du mal et de la liberté. Ce pouvoir rend-il plus libre celui qui le possède ? Lui donne-t-il tous les droits sur les autres ? Comment être certain qu’une action que l’on croit bonne sur le coup n’est pas en réalité très néfaste ? Des interrogations parmi d’autres que les personnages et le lecteur devront se poser.

J’en reviens à la narration cette fois. J’ai littéralement été bluffée. le plus difficile est ici de tenir ma langue afin de ne pas ôter le plaisir procuré par ce livre gigogne. Je ne donnerai qu’un indice, le titre du livre peut prendre plusieurs signification et renvoie également à la narration. L’auteur réalise donc un véritable tour de force, d’autant plus qu’il s’agit d’une oeuvre jeunesse, genre qui laisse rarement entrevoir d’aussi passionnantes et remarquables prouesses techniques en matière de construction. Un véritable coup de coeur (pas seulement destiné aux jeunes lecteurs donc). J’espère que de courageux élèves seront assez curieux pour dépasser la peur d’affronter près de 500 pages et une couverture un peu défraîchie… le livre en vaut la chandelle !

Vue du ciel

30 Juin

Aïe ! j’ai énormément de retard dans mes chroniques… Pas vraiment le temps de lire et encore moins d’écrire ces derniers jours… Vivement les vacances que je me rattrape !

Le baron perché, Italo Calvino

Le 15 juin 1767, à ombreuse, près de Gênes en Italie, après s’être disputé avec ses parents à propos d’un plat d’escargot, le jeune Côme Laverse du Rondeau, 12 ans, décide de se réfugier dans l’yeuse du jardin sous le regard admiratif de son jeune frère (le narrateur). Mais ce qui apparaît au début comme une simple bravade de la part de l’adolescent se transforme bien vite en mode de vie.

Effectivement, Côme ne redescendra jamais de son arbre. Désormais, son univers ne sera plus la terre ferme mais les branches parmi lesquelles il apprendra à évoluer avec une agilité remarquable. Tandis que son père, baron déchu, s’échine à espérer que son aîné quittera ses cimes pour enfin tenir le rang qui lui est dévolu, sa mère semble accepter l’impossible.

Du haut des arbres, Côme découvre le monde, apprend la chasse, la pêche et surtout observe les gens d’en bas, avec une certaine ironie. Sa philosophie se résume par cette phrase : « Pour bien voir la terre, il faut la regarder d’un peu loin ». Cependant la distance qu’il pose avec le commun des hommes ne l’empêche pas de vivre pleinement dans son époque. Côme s’instruit et ne perd rien de la révolution des Lumières qui se joue en France, passant ses journées à lire Rousseau et Voltaire.

J’arrête ici le résumé de cette oeuvre foisonnante et n’en fournirai qu’une brève analyse par manque de temps (l’oeuvre est si riche que l’on pourrait largement en faire l’objet d’un mémoire !) Voilà des années que je souhaitais lire ce célèbre roman de Calvino et c’est avec un immense plaisir que j’ai découvert cette édition dans mon casier en salle des profs fin avril.

Ce livre est tout à la fois roman d’aventures  et de formation, récit historique et conte philosophique. L’aventure de Côme dans les arbres, aussi surréaliste qu’elle puisse paraître est traitée de façon très logique par l’auteur qui réussit le pari d’instaurer un modèle de vie dans les arbres tout à fait plausible et fait de Côme une sorte de Robinson perché. En toile de fond, on trouve de nombreuses allusions à la Révolution française ainsi qu’aux campagnes bonapartistes qui donnent lieu d’ailleurs à des scènes satiriques très cocasses. Conte philosophique enfin car, à la manière de Voltaire, Calvino parvient, avec une grande distance ironique et grâce à ce personnage d’excentrique épris de liberté, à engager une réflexion sur la société, les rapports humains (la famille notamment) et la solitude.

Vous l’aurez compris, ce roman est à ranger parmi les chefs-d’oeuvre de la littérature, une vraie pépite à lire au moins une fois dans sa vie !

Opération « Anthropoïde »

6 Mar

Encore un livre qu’on m’a conseillé et pour lequel je ne suis pas déçue.

HHhH, Laurent Binet

En 1942, en pleine seconde guerre mondiale, Reinhard Heydrich, chef de la Gestapo et des services secrets nazis, fait régner la terreur depuis des mois à Prague tout en planifiant la solution finale. « L’homme le plus dangereux du IIIè Reich » ne recule devant rien pour satisfaire son Hitler et Himmler dont il est le bras droit et n’hésite pas à faire fusiller tous les Juifs et les opposants au régime que compte la capitale Tchèque.

Depuis Londres, la résistance s’organise et entend bien frapper fort en montant l’opération « Anthropoïde ». Deux parachutistes tchécoslovaques seront chargés d’assassiner celui que l’on surnomme aussi « le bourreau de Prague » ou « la bête blonde ».

Tous les personnages du livres ont existé et tous les faits sont réels. Pourtant, il ne s’agit pas d’un documentaire historique mais d’un roman. Oui, mais comment raconter l’histoire de cet attentat sans déformer le réel ? Comment raconter, maintenir le lecteur en haleine sans romancer et sans trahir l’Histoire ? C’est la question que se pose Laurent Binet tout au long de son roman. Le lecteur lit donc deux livres en un : le roman sur l’attentat, et le journal de bord de l’écrivain qui s’interroge sur la manière dont il doit s’y prendre pour raconter un pan de l’Histoire qui lui tient à cœur sans le déformer et pour être le plus précis possible sans être barbant.

Le pari était risqué de livrer ses réflexions d’auteur au sein même de l’intrigue mais je dois avouer que c’est plutôt réussi. On comprend les doutes de Binet, on se demande quelle solution il va adopter, on compatit – et pour être auteur moi-même d’autant plus ! – au mini drame personnel lorsque son éditeur décide de changer son titre initial Opération « Anthropoïde » pour HHhH (Himmlers Hirn heiβt Heydrich : le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich). On se demande même à un moment si Binet réussira à raconter l’attentat. Pour ne pas être fan de roman historique, je me suis vraiment laissée séduire par celui-ci grâce à cette double lecture qui m’a, en outre, permis d’enrichir mes connaissances sur cette période si sombre de l’Histoire.