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Vers l’infini et l’au-delà !

24 Avr

Attention, chaud devant ! Amateurs de science-fiction/fantasy et de loufoquerie, ce roman fleuve est fait pour vous ! Il vient tout juste de sortir aux éditions Aux Diable Vauvert que je remercie pour leur confiance renouvelée.

Théâtre des Dieux, Matt Suddain

couv-suddain-thecc81acc82tre-des-dieux-pl1site-2Pas simple de résumer un livre de plus de 700 pages et encore moins celui-ci qui n’est vraiment pas commun.

Vous tenez entre vos mains le journal d’un grand voyageur interstellaire, M. Francisco Fabrigas. Cet écrit volumineux, qui conte les exploits de son auteur, a été retrouvé et publié par Blacklist Publishing, une maison d’édition sauvant de l’oubli les oeuvres perdues ou censurées. C’est Matt Suddain, un employé-éditeur de la maison, qui a mis la main sur cette fantastique histoire et vous la rapporte présentement.

Cette histoire, la voici. Il s’agit donc de celle de M. Francisco Fabrigas, explorateur, philosophe, physicien et hérétique de son état, qui embarque à bord d’un vaisseau spatial aux allures de navire pour un voyage terrible vers une autre dimension. Avec lui, l’accompagnent, entre autres, : un jeune capitaine, un brave garçon garçon sourd, une petite fille aveugle mais très perspicace, une botaniste sensuelle. Tout ce beau monde est poursuivi par le Pape de l’Univers, un magnétiseur coquet et une pieuvre géante…

Moult complots sombres et obscurs, cultes démoniaques, traversées de jungles meurtrières, pagaille quantique, naissance de la Création et mort du Temps : voici tout ce qui vous attend et bien davantage encore dans cette fresque spatio-fantastique. Laissez-vous entraîner derrière le voile de la réalité pour découvrir les mystères les plus secrets – et déjantés – du cosmos…

Difficile de faire plus court ou plus simple. Vous l’aurez compris, vous vous trouvez devant un véritable OVNI littéraire, une pièce rare, fabuleusement mise en page dans une édition reliée sous jaquette, agrémentée d’affiches d’époque. L’auteur, qui signe ici son premier roman, maîtrise en tout point l’art de la mise  en abîme, c’est-à-dire du roman dans le roman, et nous entraîne avec brio dans un univers totalement décalé mais d’une richesse incroyable, aussi historique que littéraire. On retrouve ici tout ce qui fait la force des plus grands romans d’aventure de Jules Verne et de Stevenson corrélé à la puissance imaginative de la science-fiction de ce roman se déroulant dans un moyen-âge spatial futuriste. Le tout saupoudré d’une bonne dose d’humour satirique. Alors, si vous n’avez pas peur de vivre une expérience littéraire hors du commun, si vous aimez les textes innovants, légèrement hallucinés, ne manquez sous aucun prétexte cette magnifique épopée à la croisée des genres.

Super-héros !

3 Jan

Bonjour à tous ! Avant de commencer cette première chronique de l’année, je tiens à vous souhaiter tous mes vœux de bonheur pour 2017 et surtout de belles lectures !

Je reviens donc, comme promis, avec une nouveauté young adult que je vous propose en avant-première grâce aux éditions Syros.

Power Club – L’apprentissage, Alain Gagnol 

004532557Pour ses 17 ans, Anna reçoit le cadeau rêvé par les adolescents du monde entier : son billet d’entrée pour le très sélect Power Club. Nous sommes en 2038 et toute la planète a les yeux rivés sur les exploits quotidiens des jeunes super-héros dont les performances physiques ont été décuplées grâce à l’introduction de boosters dans leur organisme. Une fois ces minuscules machines biotechnologiques inoculées,  le corps humain devient invincible et surtout peut défier les lois de la gravité. Armés de ces superpouvoirs, la petite équipe d’adolescents ultra-priviligiés se met au service des citoyens pour assurer leur sécurité.  Anna devrait donc sauter de joie en découvrant le cadeau que ses parents – extrêmement riches – lui ont offert… mais ce n’est pas franchement le cas. Parce qu’elle trouve que cette bande de héros friqués sont atrocement frimeurs mais surtout qu’ils ont davantage l’ambition de faire le plus de publicité possible à leurs sponsors qu’à réellement tenter de punir les criminels. Mais évidemment, après tous les sacrifices réalisés par ses parents pour lui offrir cette opportunité unique, impossible de se défiler. Elle part donc à New-York afin de signer son contrat avec le Power Club…

Autant vous le dire franchement, je n’étais pas très enthousiaste à l’idée de me lancer dans cette lecture. En effet, je ne suis vraiment pas fan des comics et de lire les péripéties de bonhommes en collants cogner des méchants. Mais étrangement, j’ai été très positivement surprise par ce roman punchy et surtout intelligent. L’auteur ne se contente pas de narrer les exploits de ses héros surboostés, loin s’en faut. Les scènes de combat sont même reléguées au second plan. Dans ce premier opus de cette trilogie, le focus est mis sur la jeune protagoniste, Anna. Une adolescente bien dans ses baskets et dans son époque, totalement banale – si ce n’est qu’elle est ultra-riche -, qui aime passer du temps à papoter et à rire avec sa meilleure amie Lisa. Nous allons donc découvrir les coulisses de la multinationale la plus importante de tous les temps à travers le regard de cette jeune fille un peu naïve mais qui compte bien ne pas se laisser influencer par l’univers dans lequel elle vient de pénétrer et garder les pieds sur terre malgré son pouvoir de voler. D’entrée, Anna va s’apercevoir que ce monde clinquant n’est pas tout rose et que de nombreux secrets se cachent derrière les murs du luxueux building du club. Tiraillée entre son envie de profiter de ses superpouvoirs et son désir de rester honnête et fidèle à ses valeurs, Anna va bientôt se retrouver confrontée à un dilemme. Je n’en dirai pas davantage mais Alain Gagnol parvient très habilement à traiter de sujets d’actualité concernant directement les adolescents à savoir les problèmes de l’immédiateté, de l’image, des médias et d’une société d’hyper-consommation dans laquelle l’argent et le nombre de followers tiennent lieu de valeurs fondamentales. De quoi réfléchir tout en se divertissant car il n’y a aucun temps mort dans ce roman de 500 pages qui se dévore en quelques jours. Même les parents prendront plaisir à le lire ! Alors pour découvrir le premier opus de cette série addictive, rendez-vous le 5 janvier pour sa sortie en librairies !

Mad Max

5 Nov

Bonjour à tous ! Désolée pour l’attente mais un emploi du temps chargé ces dernières semaines ne m’a pas laissé beaucoup de temps pour lire. Mais ça y est, je suis de retour, et préparez-vous à découvrir pas mal de nouveautés.

Water Knife, Paolo Bacigalupi

water2bknife2bvfDans un futur que l’on imagine plus proche qu’on ne le souhaiterait, l’eau est devenue denrée rare et une véritable guerre fait rage entre les états du sud des Etats-Unis autour du fleuve du Colorado. Dans un univers asséché par un soleil de plomb, Le Nevada, l’Arizona et la Californie se livrent à une lutte sans pitié pour l’or bleu. Dans ce monde aux allures d’apocalypse, Angel Velasquez, à la fois détective, espion et tueur employé par Catherine Case, la présidente de la Southern Nevada Water Authority, est chargé de « couper l’eau » aux états voisins afin d’assurer la survie des arcologies (architectures écologiques) de Las Vegas. Alors qu’il doit se rendre à dans une Phoenix réduite à l’état de cendres pour récupérer des droits très anciens sur l’eau, Angel fait la rencontre de Lucy Monroe, une journaliste acharnée qui tente de montrer au monde entier le désastre en train de se produire, et de la jeune Maria, une jeune texane qui rêve de fuir vers le Nord. Au milieu de ce chaos, Angel va bientôt découvrir qu’il ne pourra compter que sur lui-même pour mettre la main sur les fameux documents.

Voilà une belle découverte que ce thriller SF dont j’imagine très bien une adaptation cinématographique tant Bacigalupi dépeint avec une extrême précision et un réalisme glaçant – ou devrais-je dire brûlant –  les états du sud des Etats-Unis dévastés par la sécheresse, en proie à une sanglante guerre de l’eau. Et c’est sans doute en cela que réside le coup de maître de l’auteur. A l’heure où gagne le réchauffement climatique, la vision de cette apocalypse caniculaire, d’un monde où l’eau se fait si rare nous paraît plus que jamais une représentation plus que crédible de notre futur et confère ainsi au lecteur la sensation véritablement oppressante de connaître un jour ce terrifiant désastre. Dystopie très bien ficelée, ce roman d’anticipation donne à réfléchir sur l’impact que chacun peut avoir sur l’environnement. Coup de cœur !

Amants maudits

17 Juin

Je remercie vivement les éditions Syros pour l’envoi de ce roman.

Les amants du génome, Johan Heliot

004014388Dans un futur proche, Irdiss et son petit ami Orphée sont à la fois nerveux et surexcités. Ils doivent bientôt se présenter à la sélection qui sanctionne la fin de leurs études au lycée et qui permettra aux deux meilleurs élèves de la promotion d’intégrer l’Enclave, un petit paradis qui recrute les élèves les plus doués afin de chercher des solutions pour sauver la planète qui se dégrade de plus en plus vite : surpollution, détresse sociale…

A la fin des épreuves, les amoureux sont persuadés d’avoir très bien réussi. Mais qu’elle n’est pas la déception d’Irdiss lorsqu’elle apprend qu’elle n’est pas sélectionnée mais que c’est Yaelle, la meilleure amie d’Orphée, qui ira avec lui à sa place dans l’Enclave. Irdiss, elle, sera dégradée au plus bas de l’échelon social après que son père a tenté de soudoyer des membres de l’Enclave pour y faire entrer sa fille.

Alors que les amants souffrent de leur séparation de part et d’autre de la bulle protectrice de l’Enclave, qui préserve un air sain pour ses habitants, Orphée se porte volontaire pour tester le traitement de Vie Augmentée qui permettra de retarder le vieillissement et améliorera les capacités physiques et intellectuelles de ceux qui l’auront reçu. Mais dans le reste du monde, la colère grimpe chez les ouvriers qui voient leurs conditions de vie se dégrader de jour en jour tandis que les rares élus de l’Enclave savourent pleinement leur réussite…

Ce récit futuriste qui commence presque comme une utopie avec une ville idéale peuplée des plus grands esprits de l’époque sensés aider le reste de la planète tourne vite à la dystopie. En effet, l’auteur décrit un monde clivé entre quelques rares élus vivant au sein de l’Enclave, un havre paradisiaque, qui peuvent profiter de toutes les richesses et de la santé alors que le reste de l’humanité est voué à travailler dans des conditions horribles en suffoquant sous le permasmog, un épais brouillard de pollution qui recouvre les villes d’Europolis devenues l’enfer sur terre. A la critique de cette société à deux vitesses qui n’est qu’une représentation de notre monde actuel, s’ajoute celle de problèmes éthiques tels que le transhumanisme et l’eugénisme intellectuel (on pensera au film Bienvenue à Gattaca). Les questions de la vie augmentée ne tarderont pas à se poser à nous et malheureusement, comme beaucoup de nouvelles découvertes, seuls les plus fortunés pourront y avoir accès. Le roman pose aussi la question des risques associés à ces découvertes. Sont-elles réellement des avancées pour l’homme ?

Enfin, si c’est bien évidemment le côté science-fiction qui a surtout retenu mon attention, cette histoire d’amour impossible (on reconnaîtra l’allusion à peine déguisée au mythe d’Orphée et d’Eurydice) est parfaitement menée en alternant le récit de chacun des amants pour lesquels le temps s’écoule d’une manière bien différente. On retrouve tous les éléments de la tragédie avec des personnages contraints à la séparation et à des choix cornéliens, sans toutefois verser dans le larmoyant.

Pour conclure, Les amants du génome est un passionnant récit de science-fiction qui ravira les adolescents comme leur parents. Je le conseille !

Un monde parfait ?

23 Avr

Je reviens avec de la littérature jeunesse et une nouveauté de chez Syros.

Les effets du hasard, Marie Leymarie

9782748520941Dans un futur qui nous semble proche, Maïa, une adolescente de 15 ans, aux yeux noisette, aux cheveux châtains et au QI de 117, tombe sous le charme d’Anthony, un magnifique jeune homme qui lui semble trop intelligent pour s’intéresser à elle. Mais bientôt, leurs sentiments prennent le dessus, malgré les avertissements des adultes qui ne cessent de répéter à Maïa que l’amour est une maladie dangereuse qu’il faut soigner au plus vite avec quelques comprimés de Deluvio 300.

Dans le même temps, les parents de Maïa veulent s’offrir un nouvel enfant. Un garçon plus beau et plus intelligent qu’elle. La jeune fille, jalouse de ce futur frère qui risque d’attirer davantage l’attention de ses parents, commence à se rebeller contre eux et à s’interroger sur ses origines et la façon dont sont créés les humains.

Grâce à des références à notre quotidien, Maire Lemeyrie, plonge le lecteur dans une société futuriste mais qui pourrait être la nôtre. Dans ce monde aseptisé, où les risques sont minimisés au possible, les enfants ne sont plus directement conçus par un couple d’adultes qui s’aiment mais sont commandés sur catalogue et dispose chacun d’un prix selon leur beauté ou leurs capacités intellectuelles. Ce roman jeunesse n’est pas sans nous rappeler Le meilleur des mondes qu’Aldous Huxley avait imaginé en 1932 ou le plus récent film Bienvenue à Gattaca qui évoquent également des sociétés dans lesquelles les bébés sont produits à la chaîne et sur-mesure.

L’auteur, grâce à une écriture dynamique, offre ainsi aux adolescents la possibilité d’accéder facilement aux questions éthiques que posent les deux œuvres de science-fiction citées ci-dessus. Ils pourront en effet réfléchir à la notion de société utopiste, hyper-contrôlée, dans laquelle tout risque et toute surprise sont abolis mais qui ignore au final la liberté individuelle. L’héroïne, à laquelle ils pourront s’identifier aisément, leur permettra aussi de se rendre compte qu’ils ne sont pas les seuls à se poser des questions du type : « Mes parents m’aiment-ils malgré mes défauts ? Une vie sans amour, sans exprimer ses sentiments vaut-elle la peine d’être vécue ? »

Pour conclure, ce roman qui allie anticipation et questionnement sur l’identité et les sentiments ravira aussi bien les amateurs de science-fiction que ceux qui aiment les histoires d’amour. Mais loin d’être un roman à l’eau de rose, on les jeunes lecteurs découvriront que le sentiments amoureux est synonyme de risque car il entraîne bien souvent la déception. Mais encore une fois, une vie sans risque et sans émotion est-elle vraiment enviable ?

Naissance d’un papillon

20 Mar

Je remercie mes parents pour m’avoir prêté ce livre.

Les ailes d’émeraude, Alexiane de Lys

les-ailes-d-emeraude-tome-1-574746Alors qu’elle n’est encore qu’une petite fille, Cassiopée est victime d’un terrible accident de voiture dans lequel sa mère trouve la mort. Seule au monde, elle se retrouve dans un orphelinat. Bien qu’elle se sente heureuse auprès des autres enfants qui constituent sa famille, la jeune femme doit quitter les lieux à ses 18 ans, comme le stipule le règlement. Mais dès sa sortie, elle sent que quelque chose cloche. Elle a la désagréable impression d’être suivie…

Très vite, sa vie va basculer. De dangereux hommes sont à sa poursuite tandis qu’après être entrée en contact avec une mystérieuse plante Cassiopée se retrouve tout à coup métamorphosée. D’immenses ailes couleur d’émeraude lui poussent dans le dos et sa vue s’améliore considérablement. Sous le choc de cette étrange transformation, elle fait la connaissance du beau mais ténébreux Gabriel qui va lui révéler sa véritable identité. La jeune femme appartient au peuple des Myrnes, une communauté dotée d’étonnants pouvoirs sensoriels.Secouée par cette découverte, notre héroïne est pourtant loin d’être au bout de ses surprises…

Pour un premier roman et pour une auteure si jeune (19 ans), voilà qui est très prometteur. Alexiane de Lys parvient avec brio à prendre son lecteur par la main et à l’emmener dans un univers fantastique parfaitement décrit. La jeune femme maîtrise très bien l’art du rebondissement et du suspens. Il n’y a aucun temps mort dans ce roman pourtant très long (700 pages !). Ce qui fait l’attrait de l’histoire, c’est qu’elle n’est pas seulement un divertissement fantastique. Le livre se veut également quête personnelle – Cassiopée va découvrir qui elle est réellement, percer les mystères de son passé -, roman d’aventure voire thriller et éducation sentimentale pour la jeune fille qui va découvrir à la fois les charmes et les complications de l’amour. Si ce roman également plein d’humour me semble davantage destiné à un public adolescent, les adultes y trouveront leur compte et passeront un agréable moment de lecture. Seuls petits bémols à mon goût : des petits ressorts narratifs qui reviennent un peu trop souvent pour relancer l’histoire et qui finissent par lasser et quelques coquilles passées à la trappe lors de la relecture. A part ça, rien à redire, Alexiane de Lys nous offre ici un premier roman de qualité. J’ai appris que la suite est désormais disponible, j’ai hâte de la lire !

La petite brodeuse

11 Fév

Dernière chronique avant un temps de pause. Je déménage donc je ne vais guère avoir loisir de lire et je serai privée d’internet pendant une petite quinzaine de jours. En attendant, je vous laisse avec un peu de littérature jeunesse.

L’Élue, Loïs Lowry

9782070538768La mère de Kira vient de mourir d’une maladie inconnue. La jeune fille, déjà orpheline de père, se retrouve confrontée à elle-même dans un environnement hostile. En effet, elle vit dans un village peuplé par des rustres qui ne supportent pas les personnes handicapées, inutiles à la société. Or, Kira est boiteuse et le village veut la chasser. Un procès est organisé, mais en raison de ses dons de brodeuse, le Conseil des Seigneurs décide de la prendre en charge dans son palais afin qu’elle restaure la merveilleuse robe du Chanteur, sur laquelle est inscrite toute l’histoire de son peuple. Rassurée au départ, Kira va bien vite se poser des questions quant aux véritables motivations des Seigneurs et devra aussi faire preuve de courage pour apprendre à réaliser les teintures qui lui permettront de colorer ses fils, techniques que sa mère n’a pas eu le temps de lui enseigner avant sa mort…

Uchronie dystopique, ce roman de Loïs Lowry se situe dans une époque archaïque et violente, un monde dans lequel les enfants sont traités et parqués comme du bétail, où le savoir est détenu par quelques privilégiés, où il est totalement interdit aux femmes d’apprendre à lire et où le handicap, vu comme une tare si horrible car ceux qui en souffrent ne peuvent pas travailler et deviennent un fardeau pour la société, est synonyme de mort dès la naissance. L’auteure pose ici selon moi les jalons de ce qui devrait composer une petite série car la fin de texte nous laisse réellement sur notre faim. Les personnages principaux comme secondaires sont peints avec beaucoup de précisions et plus nous avançons dans la lecture plus nous nous rendons compte que tout n’est pas aussi manichéen qu’il n’y paraît. Mais si le mystère devient de plus en plus opaque (nous obtenons quelques réponses à la fin, je vous rassure !), l’intrigue tarde à se mettre en place à mon goût et le tout manque un peu de piquant. L’univers est parfaitement décrit, la façon de parler des gens du peuple et surtout du petit Matt, le meilleur ami de Kira, vient apporter une bonne touche de réalisme à ce monde qui pourrait s’apparenter au Moyen-âge. Toutefois, je trouve qu’il manque un peu d’actions et c’est seulement lors des toutes dernières pages que la véritable aventure semble sur le point de commencer. Un peu frustrant ! J’attends donc de connaître la suite, si suite il y a ! Le tout forme néanmoins un bien joli roman d’apprentissage, à la fois sombre et féerique, qui permettra aux jeunes adolescents de réfléchir sur l’importance du savoir, de l’enseignement pour détenir un moyen de réflexion et de pouvoir alors que le manque de culture ne produit que violence et rejet de l’autre.

Retour vers le futur

2 Jan

Pour cette première chronique de l’année 2016, je tiens à remercier les éditions Syros pour leur confiance. J’ai en effet eu la chance de recevoir un exemplaire des épreuves non corrigées de ce livre qui paraîtra le 7 janvier. Une jolie façon de commencer l’année. Je vous souhaite d’ailleurs tous mes vœux de bonheur et de belles aventures livresques.

Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous, Nathalie Stragier

1507-1Andréa, 16 ans, est une lycéenne de 2019 comme les autres, qui rêve de liberté, si ce n’est qu’elle est uniquement entourée d’hommes depuis la disparition de sa mère. Elle vit avec son père flic et ses deux frères, Pierrick l’aîné et Tiago le cadet. Son seul véritable ami est Mathias, avec lequel elle envisage de découvrir l’Europe de l’est l’été prochain. Evidemment, son père refuse de lui accorder la permission sous prétexte qu’elle est trop jeune et que ce périple est trop dangereux pour une fille.

Un matin, alors qu’elle se rend au lycée, en retard, comme d’habitude, Andréa remarque un groupe de filles pour le moins étranges. Elles sont toutes très grandes, habillées bizarrement et très laides. Alors qu’elle cherche à percer le mystère de ces géantes, le groupe disparaît mystérieusement. Une seule d’entre elles est restée proche de la grille du lycée et semble complètement paniquée. Elle se nomme Pénélope et alors qu’Andréa tente d’entamer la conversation et de l’aider, la jeune inconnue décline son offre et surtout refuse de quitter l’endroit où elle se trouve, persuadée que ses amies vont revenir la chercher…

Par la force des choses, Andréa va décider de ramener Pénélope chez elle pour l’aider. Mais cela pourrait bien être la pire décision de sa vie tant l’inconnue est envahissante et maladroite. Bientôt cependant, Andréa apprendra que la demoiselle vient du futur et qu’elle est terrifiée par ce qu’elle nomme le Moyen-âge tardif. Pour elle, en effet, 2019 est une époque barbare, très dangereuse, de laquelle elle doit partir le plus vite possible. Andréa aimerait en apprendre davantage sur le futur mais Pénélope refuse de lui dévoiler quoi que ce soit de crainte de bouleverser l’ordre établi. Elle détient en particulier un secret qu’elle ne doit révéler sous aucun prétexte.

Pour un premier roman, Nathalie Stragier signe une comédie d’aventure délirante. Les événements s’enchaînent à toute vitesse et le lecteur est porté dans l’intrigue par un suspens sans cesse renouvelé. L’auteure use à fond du ressort comique du quiproquo, les proches d’Andréa étant persuadés que Pénélope est une réfugiée politique, et c’est le sourire aux lèvres qu’on progresse dans le livre. Les temps-morts n’existent pas, l’intrigue étant soutenue par une course contre la montre exaltante lorsque, mise au courant du terrible secret, Andréa comprendra que Pénélope détient le pouvoir de changer le sort de l’humanité. Mais ce que j’ai trouvé particulièrement intéressant, c’est le regard extérieur porté par cette fille du futur sur notre civilisation : la mixité, le fait de manger de la viande, de s’habiller de la même façon, l’épilation des femmes et non des hommes… évidemment, ce regard est porteur de préjugés que seule l’expérience pourra démentir mais il permet également de nous faire réfléchir de manière humoristique sur nos habitudes. Ce n’est pas sans rappeler Les Lettres persanes de Montesquieu, roman épistolaire rassemblant la correspondance fictive entre des voyageurs persans en France et leurs amis restés en Perse. Une façon déguisée de critiquer la société française du 18ème siècle sans risquer la censure. De la même façon, la vision du futur qu’il nous est permis d’entrevoir par le biais de Pénélope n’est peut-être pas aussi idéal qu’il n’y paraît.

Ce roman humoristique, qui mêle à la fois science-fiction et suspens digne d’un thriller, permettra aux ados de réfléchir sur le monde qui nous entoure, sur l’acceptation de la différence et sur bien d’autres thèmes très sérieux à la fois éthiques et philosophiques tout en passant un excellent moment de détente. Une bonne manière de commencer 2016.

Désolation

13 Nov

Tu vois Muriel, je fais mes devoirs ! 😉

Ravage, René Barjavel

2052. Le monde vit à cent à l’heure, que dis-je ! , plus vite que cela encore grâce aux révolutions technologiques qui n’ont cessé de se produire au cours des dernières années. Les gens se déplacent à bord de trains super-soniques à suspension aérienne ou dans des avions. Les buildings ont fleuri dans Paris qui est devenue une mégalopole immense. D’ailleurs, les campagnes n’existent quasiment plus nulle part. Partout, les terres cultivables ont été remplacée par des usines qui produisent de manière artificielle aussi bien des céréales que des légumes et de la viande. Seul le sud de la France a refusé de céder au tout industriel et conserve une agriculture « à l’ancienne ». Partout ailleurs, les progrès techniques ont rendu inenvisageable et inutile le moindre effort humain, si bien que l’homme lui-même devient décor…

C’est dans ce contexte que la jeune Blanche s’apprête à devenir la prochaine star de la chanson grâce à au directeur peu scrupuleux de radio-300, le richissime Jérôme Seita, qui se croit le maître du monde grâce à son argent. Insouciante, la jolie provinciale se laisse tourner la tête par les sirènes du luxe et délaisse son ami d’enfance, François Deschamp, un solide gaillard, qui l’aime en secret.

Alors que François est désespéré de voir son amie lui échapper et qu’une guerre mondiale est sur le point d’éclater – le continent africain s’apprête à bombarder l’Amérique -, une catastrophe sans précédent a lieu : subitement, l’électricité est coupée partout et toute la ville s’arrête de fonctionner. Pire, les avions s’écrasent les uns après les autres, ravageant la ville. Bientôt, alors que plus rien ne fonctionne, qu’une chaleur suffocante asphyxie les habitants et qu’un incendie ravage la capitale, c’est la loi de la jungle qui prévaut. François s’empresse de retrouver Blanche puis s’allie à un petit groupe afin de s’enfuir au plus vite et tenter de gagner le sud de la France d’où il est originaire.

Le début de ce roman d’anticipation est vraiment très prometteur. En 1942, Barjavel imagine des innovations techniques qui se réaliseront effectivement et la société toute automatisée qu’il décrit est très réaliste. L’auteur mêle à la perfection utopie et dystopie dans la mesure où ce Paris futuriste apparaît comme cité idéale tout en faisant frémir par cette mécanisation et cette déshumanisation à l’extrême. Une fois le cataclysme passé, l’histoire tourne au cauchemar et le roman allie aventure et horreur (décomposition des corps des ancêtres conservés dans des chambres froides individuelles, choléra, asiles psychiatriques ouverts…). Jusque-là encore, l’intrigue progresse de manière haletante même si j’avoue l’avoir trouvée un peu vieillie, très dix-neuvième (ce qui n’est pas péjoratif en soi mais pour un roman de science-fiction du milieu du vingtième siècle, c’est un peu étrange comme effet). Là où ça coince, c’est la fin, qui vire un peu au grand n’importe quoi. Une fois arrivée dans un pays de cocagne, notre petite troupe, toujours sous la coup de François, meneur depuis le début, va essayer de reconstruire l’humanité en partant de zéro. Sauf que François se comporte en despote. Instaure la polygamie obligatoire, fait brûler les livres (très choquant à mon goût) afin d’être sûr que le progrès ne fasse pas sa réapparition et alors qu’un homme se présente avec une machine pouvant aider au labour, le chef décide d’anéantir machine et inventeur, refusant tout progrès. Bien sûr, il faut replacer l’oeuvre dans le contexte de guerre mondiale pendant laquelle elle a été écrite qui explique la diatribe contre le progrès et la mécanisation à outrance. Mais qui ne justifie en rien le machisme et la loi du plus fort prônés tout au long de l’oeuvre. Je reste donc mitigée. Très enthousiaste pour la première partie (les élèves de troisième qui étudie le roman d’anticipation et la ville y trouveront largement leur compte) mais très déçue par la fin.

Vous pouvez retrouver ici, la chronique de Merlin, un autre roman de Barjavel.

Futur or no futur ?

22 Avr

Je tiens à remercier le collectif des Artistes fous associés et notamment Sébastien Parisot alias Herr Mad Doktor pour m’avoir confié leur dernier né après Sales Bêtes, Fins du monde et Folies.

L’homme de demain – 16 récits de l’utopie au cauchemar, Les artistes fous associés

Grande amatrice de récits d’anticipation, j’attendais beaucoup de ce recueil. Si j’avoue n’avoir pas accroché à toutes les nouvelles, j’ai néanmoins pris grand plaisir à lire ces textes qui évoquent des thèmes d’actualité poussés à leur paroxysme qui fait souvent froid dans le dos. On retrouve ainsi le problème de l’intelligence artificielle et de l’homme augmenté non seulement physiquement mais intellectuellement qui finira sans doute par se faire happer par la machine ou par le flux des médias omniprésents, les questions d’écologie et de ce qu’il adviendra de notre planète si nous continuons à la polluer de la sorte ou encore celle de la mutation génétique… Plus que d’utopies, il s’agit pour la plupart de récits dystopiques assez effrayants. Si vous avez tendance à angoisser en songeant au futur, passez votre chemin ! Au contraire, si comme moi vous adorez envisager les hypothèses les plus farfelues, ce livre est fait pour vous !

Comme à mon habitude lorsqu’il s’agit de recueils de nouvelles, je ne vais en sélectionner que quelques-unes – mes préférées ! Cela ne signifie pas que j’ai détesté les autres ! loin de là !

La frontière des rêves, Tesha Garisaki : Dans le monde de la narratrice, une jeune anthropologue, tout le monde est en permanence connecté à l’Omn-IA, une intelligence artificielle qui vient suppléer les utilisateurs et qui serait même dotée d’une conscience… La narratrice, un peu inquiète mais totalement dépendante de l’IA, décide de partir à la découverte d’une civilisation préservée de l’IA et donc de déconnecter quelques temps. Cette nouvelle liminaire met tout de suite dans l’ambiance et nous fait réfléchir sur l’hyper-connectivité dans un style tout à fait agréable.

Paradise4, Emilie Querbalec : J’avais déjà adoré sa nouvelle Coccinelles dans l’anthologie Folies. Il s’agit là de ma nouvelle préférée de l’ouvrage. Une nouvelle à la fois sombre et lumineuse, qui évoque le sacrifice de parents pour leur enfant alors qu’un dangereux virus condamne à terme l’humanité. Un texte d’une puissante délicatesse dans le thème abordé, centré sur le personnage du père en proie à un choix cornélien.

Le coeur sous la cloche, Ludovic Klein : Là encore, il s’agit d’un auteur dont j’avais déjà apprécié les nouvelles dans les anthologies précédentes. Dans le monde de la petite fille de huit ans qui est le personnage principal, les enfants n’ont pas le droit de sortir des chemins balisés. Ils sont perpétuellement placés sous étroite surveillance. La liste des règles à ne pas enfreindre est interminable et difficile à comprendre pour la petite fille qui, un jour, désobéit… Encore un texte d’une grande puissance poétique et allégorique.

Les héritiers, Anthony Boulanger : Après que la Terre a subi de nombreuses radiations, les humains qui ont survécu ont muté. Tous sont maintenant Augmentés, en quête de nouvelles planètes susceptibles de les accueillir. Tous sauf un, qui est resté un homme ordinaire et qui va voir la Terre se vider de ses derniers habitants. Une jolie réflexion sur les questions de différence et de solitude.

Poogle Man, Herr Mad Doktor : Dans un monde hyper-connecté, le géant Poogle est omniprésent et les citoyens ne peuvent plus faire un pas sans les notifications incessantes émises par la multinationale. Poogle s’est tellement rendu indispensable que les hommes n’arrivent plus à penser par eux-mêmes et se retrouvent totalement perdus en l’absence de connexion. Et si quelqu’un avait l’outrecuidance de vouloir échapper au système, nul doute que la Poogle-police le retrouverait… J’ai beaucoup aimé le principe de cette nouvelle interactive (avec des liens sur lesquels cliquer) peu commun, et surtout la réflexion sur notre société contrôlée/manipulée par un géant omnipotent… A méditer !

Changez d’air, Arnaud Lecointre : Le narrateur travaille et vit près d’une usine dont s’échappent d’étranges fumées. Après un repas chez des amis munis d’un système de traitement de l’air dans leur habitat (les gens doivent porter des masques toutes la journée pour respirer un air pur), il est convaincu que c’est la seule solution pour survivre à la pollution de l’usine. Mais tout cet équipement coûte cher, très cher… Une nouvelle agréable à lire à la chute assez terrible !