Tag Archives: 1984

« Huis-clos »

6 Avr

Dimanche dernier, j’ai eu la chance d’effectuer une partie du trajet du retour du salon du livre de Montaigu en compagnie d’Yves Grevet, un grand monsieur de la littérature jeunesse française, dont je n’avais pourtant jamais lu les livres (mea culpa !) Je rattrape donc mon retard grâce à ma charmante collègue et amie documentaliste qui m’a fait parvenir le premier tome d’une trilogie qui a remporté un vif succès auprès des lecteurs et de la critique.

Méto – La maison – tome 1, Yves Grevet

Méto, un jeune adolescent, se voit confier par un César la grande responsabilité d’initier Crassus, un petit nouveau, aux règles drastiques de la Maison – par exemple : compter jusqu’à 120 avant de se saisir de ses couverts pour manger et laisser cinquante secondes entre chaque bouchée. Pendant un mois, notre héros devra surveiller son protégé afin qu’il ne commette aucun impair. Si tel était le cas, c’est Méto qui en subirait les terribles conséquences…

Soixante-quatre enfants – uniquement des garçons – occupent la Maison. Ils sont coupés du monde, ne sortant jamais de la Maison elle-même construite sur une île, placés sous le joug de chefs tyranniques appelés les César. Les enfants sont regroupés selon leur âge en différentes couleurs. Lorsqu’ils atteignent une quinzaine d’années, ils disparaissent mystérieusement et sont remplacés par des plus petits. Mais que leur arrive-t-il ensuite ? Voilà la question cruciale que chaque membre de la communauté se pose. Méto, qui n’a jamais eu froid aux yeux ni peur de transgresser les interdits, compte bien résoudre ce problème…

Voilà un best-seller qui mérite amplement son succès ! Dès les premières pages, le lecteur est happé par cette inquiétante maison – qui est le second protagoniste de l’histoire, et qui m’a d’ailleurs rappelé le sinistre hôtel de Shining de Stephen King – qui emprisonne nos jeunes héros. Au fil des pages, l’atmosphère de ce huis-clos dystopique s’accroît tant que l’on craint voir étouffer les personnages sous nos yeux si ce n’est sur un plan physique d’un point de vue symbolique (poids des règles, poids du secret, vie en communauté non désirée…)

Cet univers concentrationnaire dans lequel chaque activité est minutée, programmée à l’extrême, où n’est strictement jamais laissée la possibilité de s’exprimer librement (des traîtres se cachent même parmi les enfants) évoque bien évidemment le régime nazi. Il m’a également fait penser au livre d’Orwell, 1984, une dystopie également, dans lequel l’auteur décrit une nation entièrement soumise à Big Brother dans laquelle la liberté individuelle n’existe plus et où l’Histoire est réécrite en fonction de la politique menée par le dictateur (ici on réécrit les souvenirs des enfants).

Les jeunes lecteurs seront à mon avis vite absorbés par cet univers très bien mis en place (les sports de combat – assez violents – sont d’un très grand réalisme) et accrocheront facilement à l’intrigue en s’identifiant au personnage principal. La quête identitaire est elle aussi – bien que sous-jacente – au centre de l’oeuvre puisque aucun des enfants ne se rappelle ce qu’a été son existence avant d’arriver dans la Maison (qui pourrait d’ailleurs évoquer le ventre d’une mère d’un point de vue psychanalytique mais je ne vais pas me lancer dans une analyse si complexe ici).

Deux autres tomes font suite à ce premier opus, L’île et Le monde, qui laisse le lecteur sur un suspens insoutenable ! Et si la question principale des enfants est de savoir ce qu’il y a après la Maison (vous le découvrirez dans ce premier tome) la mienne est : pourquoi cette Maison et où sont les femmes ??? (sans allusion aucune à Patrick Juvet !)

Petit message personnel : Muriel, commande la suite immédiatement !! Et Nox aussi !

Publicités

Humanoïdes survoltés

8 Juil

Un petit article avant de prendre une semaine de vacances sans lecture ou presque…

Felicidad, Jean Molla

Au début du roman, nous suivons Buisson, le Ministre du Bonheur obligatoire, qui doit participer à une réunion d’urgence convoquée par le Président à vie. Ce dernier a tenu à réunir tous ses ministres pour  leur exposer un problème majeur : une nouvelle génération de parumains(humanoïdes créés par les hommes pour accomplir diverses tâches de la vie quotidienne) dotés d’une force surnaturelle et de la capacité de prendre n’importe quelle identité conçue par le généticien Choelcher a échappé à tout contrôle. Si les services de la Sûreté intérieure ont éliminé la plupart de ces Delta 5, 12 d’entre-eux avaient été conservés dans le but d’analyser leur ADN afin de fabriquer des parumains de combat surpuissants pour l’armée. Mais ceux-ci ont voulu s’enfuir et ont tué les militaires chargés de les surveiller. Certains sont néanmoins morts. Mais il reste trois Delta 5 qui rôdent dans Felicidad et qui vont sans doute chercher à se multiplier. Il faut à tout prix les en empêcher afin de maintenir la paix dans la Grande-Europe…

Peu après la réunion, Buisson est assassiné. Le meurtre est rapidement attribué à l’un des Delta 5 même si aucune des nombreuses Sécuricams présentes dans Felicidad n’a filmé la scène. Le ministre de la Sûreté intérieure, Bérard, va faire appel à Alexis Dekcked, le meilleur lieutenant de la ville, pour mettre la main sur les Delta 5. Mais l’enquêteur ne va pas se contenter du travail qu’on lui a confié et ses recherches vont le mener à de surprenantes découvertes…

Jean Molla signe un roman d’anticipation entre polar et science-fiction qui se veut un hommage au Blade Runner de Ridley Scott et au livre de Philip K. Dick, Les androïdes rêvent-ils de montons électriques, qui inspira le film. Si l’intrigue policière est bien posée et le thème de la conspiration au sein du pouvoir intéressant, je dois avouer que j’ai eu du mal à me mettre vraiment dans le roman. Je trouve que l’atmosphère de Felicidad aurait mérité d’être plus approfondie. De nombreux points intéressants (présidence à vie, vie très allongée grâce aux progrès médicaux, société ultra-sécuritaire avec caméras à chaque coin de rue, livres interdits…) sont à peine évoqués. Je trouve cela dommage. C’est comme si l’auteur avait associé plusieurs morceaux de romans d’anticipation les uns aux autres (1984, Fahrenheit 451…) sans parvenir à créer un roman avec une identité propre. C’est dommage…