Tag Archives: afrique

Vice versa

28 Fév

Un petit nouveau aux éditions Syros.

Transfert, Rémi Stefani

couv-transfertVictor Demer, jeune polytechnicien, fils d’un négociant en fruits et légumes, est sur le point de faire le grand saut. Dans quelques instants, il va se jeter pour la première fois dans le vide pour un baptême de parachute. Hélas pour lui, la toile ne s’ouvre pas…

Pendant ce temps, Valentin Descoudras se réveille à l’hôpital. Il vient de miraculeusement revenir à lui à la suite d’un terrible accident de voiture dans lequel il a laissé une jambe.Problème, il ne se souvient de rien. Ni de l’accident, ni de toute sa vie d’avant. Même pas de ceux qui affirment être ses parents. Autre chose étrange, alors qu’apparemment il était un élève médiocre, il devient subitement excellent. Quelques temps plus tard, surgissent de folles interrogations : et s’il n’était pas le véritable Valentin Descoudras ? Et si son esprit antérieur avait été remplacé par l’esprit d’un autre pendant qu’il était dans le coma ?

Dès le premier chapitre, Rémi Stefani nous plonge dans un suspens haletant qui ne nous quittera plus jusqu’à la fin du livre. Si le point de départ est quelque peu fantaisiste – le transfert d’un esprit à un autre de deux graves accidentés devenus amnésiques – le lecteur se prend très vite au jeu. A la fois traité à la manière d’un thriller avec la présence du détective Vital Mistraki et d’un roman d’aventures avec une seconde partie ancrée en Afrique, ce texte bourré d’humour se dévore à toute vitesse. On s’amuse à la fois des conséquences et problèmes inattendus provoqués par ce transfert de personnalités qui nous permettent également de remettre en question le regard que nous portons sur notre propre vie. Et si nous étions nés dans une autre famille, dans un autre milieu social, un autre pays, quelle aurait été notre vie ? Sommes-nous destinés à une vie toute tracée ou avons-nous le choix de la modifier et la modeler à volonté ? Voilà les interrogations que posent ce roman d’apprentissage également puisque les deux jeunes hommes vont devoir repartir de zéro après leur amnésie pour construire leur vie d’adulte avec les nouveaux paramètres qui seront les leurs.

 

Publicités

Out of Africa

28 Jan

Petite pépite dans les rayons du CDI.

L’enfant noir, Camara Laye

Notre enfant noir est l’aînée d’une famille africaine. Il vit en Haute-Guinée et occupe ses journées à se rendre à l’école et observer son père forgeron. Sa destinée semble toute tracée : prendre la relève à la forge et perpétuer les traditions de sa caste au sein de son village. Toutefois, notre ami n’entend pas se contenter du parcours prévu par ses parents. Bon élève, il se rend à la ville, à Conakry chez un oncle pour poursuivre ses études. Il parviendra à obtenir son CAP, chose rare pour un enfant noir de la campagne à cette époque. dès lors, d’autres horizons, plus lointains, s’offriront à lui. Mais parviendra-t-il à faire accepter ses choix à ses parents, à sa mère surtout pour laquelle son fils aîné compte plus que tout ?

Camara Laye livre un récit personnel riche de ses années d’enfance et d’adolescence. Il parvient, grâce à un langage simple mais emprunt de poésie, à transporter son lecteur dans ce petit village d’Afrique. On retrouve évidemment les griots, les marabouts, les bêtes sauvages, les légendes le tout au rythme des tam-tams. tout ce qui fait l’Afrique dans notre imaginaire. Cependant, l’auteur ne nous donne pas une vision idéalisée de son enfance. Au contraire, il raconte la maltraitance scolaire (les grands qui rackettent et maltraitent les plus petits sans que les instituteurs n’interviennent), l’injustice sociale et raciale aussi (Camara n’a accès qu’à un collège technologique à Conakry – qui destine ses élèves à devenir ouvriers -, il ne peut se rendre au collège général qui donne un passeport pour des études longues à Dakar), les différents rites de passage (de la simple veillée terrifiante avec des jeunes hommes qui imitent des cris de bêtes féroces à la terrible cérémonie de la circoncision). Dans cette autobiographie, Camara délivre aussi un message d’amour à sa mère, une femme influente dans le village, très aimante, mais qui ne comprend pas pourquoi son fils veut absolument partir vivre sa vie loin d’elle.

Camara Laye finira par devenir ingénieur en France et publiera ce premier livre en 1953. Pourtant, le texte n’a absolument pas vieilli, chacun peut s’y reconnaître, parce que d’une manière ou d’une autre, nous avons tous à franchir des étapes plus ou moins difficiles pour grandir. Je recommande particulièrement ce livre à mes 3èmes.