Tag Archives: alzheimer

A l’orée des souvenirs

11 Mar

Aujourd’hui, grâce à l’agence Anne et Arnaud et aux éditions Philippe Rey, je vous présente un premier roman qui, je l’espère, saura retenir votre attention.

La nuit introuvable, Gabrielle Tuloup

livre_moyen_370Nathan, jeune quadragénaire expatrié en Slovénie, reçoit un appel de France pour le moins déroutant. Une voisine de sa mère le presse de revenir au plus vite à Paris. La requête ne réjouit pas Nathan. En effet, depuis la mort de son père quatre ans auparavant, il a coupé tout lien avec sa génitrice. Il faut dire qu’elle n’a jamais témoigné à son enfant unique de beaucoup d’amour maternel. Pourtant, il décide de revenir à Paris pour en savoir plus. Le femme qu’il découvre a totalement changé. La maladie d’Alzheimer a pris possession de la vieille dame qui peine à reconnaître son fils. La voisine apprend à Nathan que Marthe a laissé huit lettres pour lui. Les missives ont été rédigées au début de la maladie, alors que Marthe possédait encore sa mémoire. Nathan pense récupérer les écrits sur le champ et repartir en Slovénie mais il se trompe. Sa mère souhaitait qu’il les reçoive une par une, à chacune de ses visites. Écœuré par un tel stratagème, il se résout néanmoins à accepter les règles du jeu après avoir ouvert la première lettre.

Voilà un premier roman emprunt d’une tendre délicatesse qui évoque avec finesse non seulement les troubles de cette terrible maladie qu’est Alzheimer mais aussi et surtout la complexité des rapports entre une mère et son fils. Les lettres permettent de remonter dans le temps et de comprendre pourquoi Marthe n’a pas réussi à créer de véritables liens avec Nathan. On découvre par ce biais une femme amoureuse, vivante, bien éloignée de la figure froide dépeinte par son fils. Au fur et à mesure qu’il découvre la vérité sur sa mère, Nathan va remettre en question sa propre existence, ressentir pleinement toute sa solitude et peut-être enfin pouvoir véritablement se construire et donner du sens à sa vie d’homme. Je vous conseille ce roman emplit d’une douce poésie. J’ai beaucoup aimé la sensibilité avec laquelle sont décrits les personnages et surtout la construction narrative avec les lettres que l’on attend de découvrir au fur et à mesure de l’avancée de l’intrigue.

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Jours d’oubli

29 Juin

Aujourd’hui, je vous présente un premier roman paru aux Editions de La Martinière.

Mademoiselle, à la folie ! Pascale Lécosse

couv-pascale-lecc81cosse-mademoiselleCatherine, actrice et comédienne fantasque, est au sommet de sa carrière. Elle s’apprête d’ailleurs à se voir remettre la légion d’honneur en récompense de ses nombreux succès. Elle a joué les plus grands rôles et ne recule devant rien pour avoir le plaisir de monter sur les planches et partager des moments intenses avec le public. Mais dans sa vie personnelle, Catherine est très seule. Amoureuse éperdue de Jean, ministre de la culture qui n’a jamais quitté son épouse pour la rejoindre, elle partage son logement avec Mina, son assistante, sa confidente mais surtout sa meilleure amie. La vie s’écoule tranquillement, entre deux tournées et deux coupes de champagne. Jusqu’au jour où tout bascule. Catherine sent peu à peu qu’elle perd le fil de sa vie, que tout lui échappe, même les mots qu’elle maîtrise tant, sans qu’elle ne comprenne pourquoi. Mina assiste, au début impuissante, à la terrible maladie qui va grignoter le cerveau de son amie et tentera ensuite de la protéger au mieux. Catherine ne compte pas se laisser abattre. Elle veut continuer à jouer le rôle de sa vie.

Voilà un premier roman d’une grande intensité que nous livre Pascale Lécosse en traitant avec pudeur la maladie d’Alzheimer dans sa phase précoce. Le nom de la maladie n’est d’ailleurs pas cité une seule fois dans l’ouvrage qui montre l’évolution des troubles dans l’intimité du personnage principal. Les chapitres correspondent à la vision tantôt de la comédienne, tantôt de son amie afin de mieux donner à voir et à comprendre toute la complexité des maux, en passant par l’incompréhension, la honte, le déni et l’acceptation forcée qui ne signifie pas la soumission. Le texte, très poignant, demeure non moins enjoué grâce à des dialogues savamment orchestrés, à la fois drôles et désarmant. Je vous conseille vivement ce petit livre, que vous soyez ou non concernés par le sujet. Sortez vos agendas : parution le 17 août. Merci à l’agence Anne et Arnaud qui me permet de partager avec vous cette avant-première.

Papi fait de la résistance

18 Oct

Je remercie très chaleureusement l’amie qui a eu la gentillesse de me prêter ce livre !

Vieux, râleur et suicidaire – La vie selon Ove, Fredrik Backman

Ove, 59 ans, mène une vie aussi insipide que parfaitement réglée jusqu’au jour où il perd son emploi. Dès lors, il se sent inutile. Pire, un poids pour la société. Ses rondes pour surveiller le lotissement dans lequel il vit depuis quarante et sa traque aux voisins qui ne respectent pas l’interdiction de rouler dans le quartier ne parviennent plus à le divertir. Passer son temps à mettre en oeuvre des plans machiavéliques pour se débarrasser du roquet de sa stupide voisine ne l’intéresse plus non plus. Ove n’a donc plus qu’une chose valable à faire : se suicider.

Mais c’était sans compter l’arrivée de nouveaux voisins et d’un vieux chat abandonné qui a bien l’intention de passer l’hiver au chaud. Sans le savoir, la sémillante et très enceinte Parvaneh, va interrompre plusieurs tentatives de suicide et redonner, peu à peu, le goût des autres et de la vie à notre sinistre collectionneur de Saab.

Ce roman mérite amplement l’énorme succès qu’il rencontre ! L’auteur parvient à réaliser la délicate alchimie d’évoquer de nombreux thèmes graves (accident, handicap, Alzheimer, solitude, suicide…) avec un humour détonnant. A aucun moment, on ne s’apitoie sur le sort pourtant sinistre du personnage principal – espèce de Tatie Danièle au masculin – qui ne supporte personne sans doute parce qu’il ne se supporte pas lui-même. Pourtant, impossible de le détester. Au contraire, alors que l’on rit au début de son côté « emmerdeur de première » on va peu à peu découvrir son passé et les raisons qui l’ont amené à être celui qu’il est devenu. D’abord antipathique au possible (on est presque triste au départ qu’il manque ses mises à mort pourtant programmées au millimètre), il devient bientôt plus qu’attendrissant et on espère sincèrement qu’un nouvel imprévu viendra déjouer ses plans.

Vous l’aurez compris, je ne peux que vous recommander ce roman d’une grande humanité, bourré d’humour, qui saura vous redonner le sourire en toutes circonstances ! Coup de coeur !

Vie oubliée

16 Nov

Ce qu’il y a de bien avec les bibliothèques, c’est qu’on peut prendre des livres au hasard, d’auteurs complètement inconnus, simplement parce qu’on est attiré par un titre et que l’on n’aurait sans doute jamais acheté. Et parfois, on a de bonnes surprises !

On n’est pas là pour disparaître, Olivia Rosenthal

6 juillet 2004. Monsieur T. poignarde sa femme de cinq coups de couteau. Mais ce n’est pas sa faute. D’ailleurs, il ne s’en souvient pas. Monsieur T. est malade. Il souffre d’Alzheimer.

Le résumé du livre s’arrête ici. Dans ce roman composite, rédigé sous forme de fragments, l’auteure essaie de plonger son lecteur dans la terrible maladie d’Alzheimer, tantôt par des descriptions froides, cliniques du comportement du patient, de l’évolution de la maladie, de la découverte de cette maladie par Alois Alzheimer au début du XXème siècle, tantôt par des monologues intérieurs de Monsieur T., de sa femme, d’elle-même. Les voix se mélangent, se superposent, deviennent confuses traduisant ainsi la perte de la mémoire, la perte de repères, la perte du langage et de la raison du patient. La parole, par moments difficiles, coule parfois sans plus vouloir s’arrêter, sans ponctuation, désarticulée.

J’ai apprécié ce roman sur un sujet difficile. La technique narrative de l’auteure m’a particulièrement plu car elle sert à merveille son thème. Le monologue intérieur surtout permet de ressentir ce que peuvent vivre les proches des malades et en fait un récit très touchant. Par le jeu, du langage et de la narration décousue et protéiforme, elle m’a rappelé le courant du Nouveau Roman. Par contre, je sais très bien que ce genre d’écriture peut parfois laisser de marbre. En gros, soit on adhère, soit on déteste ! Pour moi, c’est un petit coup de coeur !