Tag Archives: amélie nothomb

Champagne !

13 Sep

Qui dit rentrée dit Nothomb. En attendant de pouvoir déguster le millésime 2016, Riquet à la houppe, j’ai goûté à la cuvée 2014.

Pétronille, Amélie Nothomb

telechargement-1Amélie adore le champagne. Elle se plaît à savourer la finesse pétillante de sa boisson préférée à toute occasion, recherchant son ivresse bienfaisante. Après avoir rompu un jeûne de 36 heures avec un veuve-cliquot et avoir ainsi pu profiter d’une expérience sensorielle extatique, l’auteur belge décide de se mettre en quête d’une personne avec qui elle pourrait partager de tels états de transe. Après des recherches infructueuses, elle va jeter son dévolu sur Pétronille Fanto, jeune androgyne prolétaire amatrice de grands crus.

S’il était déjà de notoriété publique avant la parution de ce roman qu’Amélie Nothomb consommait énormément de champagne, l’auteur confirme ici ses goûts en matière d’alcool. Toutefois, le roman ne se résume pas à évoquer la divine boisson. Hautement autobiographique, Amélie dévoile ici quelques parcelles de son quotidien voire de son intimité. Elle en profite surtout pour pratiquer l’autodérision en se moquant de ses extravagantes tenues par exemple et évoquer en filigrane une quête permanente de la sensation d’exister, recherche qui l’a poussée maintes fois à se mettre en danger.

Si ce roman autobiographique est agréable à lire et divertissant, il est loin, bien loin d’atteindre le niveau des brillants Catilinaires ou Hygiène de l’assassin. J’attendais bien mieux de cet opus. Amélie joue la facilité et c’est bien dommage. Distrayant mais à consommer avec modération.

 

Publicités

Amour glacial

24 Jan

Un petit Nothomb, histoire de compléter la collection !

Le Voyage d’hiver, Amélie Nothomb

2401_495751Zoile travaille chez EDF. Un jour, il doit se rendre chez une romancière pour lui proposer une solution énergétique qu’elle n’a pas demandée. A sa grande surprise, il n’est pas accueilli par une mais deux jeunes femmes. Alors qu’il tombe immédiatement sous le charme de la première, tout simplement resplendissante malgré les couches de vêtements qui la recouvre afin de la protéger du froid polaire qui règne dans l’appartement, Zoile se trouve horrifié de l’aspect aussi bien physique que psychique de la seconde qui bave, avachie dans le canapé, ressemblant davantage à un mollusque géant qu’à un être humain.

Notre homme est très vite frappé par le froid glacial du taudis, mais la jolie jeune fille qui lui a ouvert la porte refuse toute aide. Zoile promet quand même de revenir, ne serait-ce que pour empêcher les courant d’air avec une bâche. Mais avant cette nouvelle visite, subjugué par la beauté de celle qu’il pense être la romancière, il achète et dévore un roman à son nom. Alors, qu’il se rend à son nouveau rendez-vous, il découvre à quel point il s’est mépris. La belle demoiselle n’est pas l’auteure, mais la tutrice de cette dernière qui n’est autre que l’attardée échouée dans le canapé !

Ce roman, sous ses aspects comiques, cache une réflexion sur le sentiment amoureux, sa complexité à le partager au même instant et l’extrémité des actes qu’il peut provoquer. Le personnage principal va tout faire pour conquérir la charmante Astrolabe mais celle-ci se refuse à s’impliquer dans une relation qui l’éloignerait de sa protégée. Dilemme quasi cornélien dont je ne vous révélerai évidemment pas la solution ! Mis à part l’amour, Amélie Nothomb aborde des thèmes qui lui sont chers : apparences physique – monstruosité opposée à la beauté parfaite – et psychique, problèmes d’identité, de reconnaissance parentale… On passe un bon petit moment de lecture mais ce n’est pas non plus le meilleur opus de la romancière belge.

 

Tour de passe-passe

10 Oct

Me revoilà après une longue absence due à d’importants problèmes personnels. J’espère que la lecture va une nouvelle fois m’aider à panser mes plaies. Je viens de m’inscrire dans une nouvelle bibliothèque, histoire de m’obliger à sortir. Apparemment, des rencontres entre lecteurs sont organisées chaque mois. J’ai hâte d’y participer début novembre. En attendant, je reprends le blog en douceur avec un petit Nothomb.

Tuer le père, Amélie Nothomb

Joe Whip a 14 ans et vit seul avec sa mère à Reno dans le Nevada. Lorsqu’il l’interroge sur l’identité de son père, elle lui répond qu’il l’a abandonnée quand il est né. En vérité, les hommes défilent dans la vie de sa mère à tel point qu’elle n’a jamais su qui était le papa du petit. Un jour, elle fait la connaissance de celui qui va devenir Joe senior. Pour la première fois, un homme demeure plus de quelques jours à la maison. Bien vite, Cassandra Whip est persuadée que son fils est de trop dans le ménage et le met à la porte. Le jeune garçon n’a nulle part où aller. Livré à lui-même, il va faire la tournée des bars pour exercer son talent afin de gagner un peu d’argent : réaliser des tours de cartes.

Un an plus tard, un homme s’aperçoit de son don et lui propose de le conduire chez le plus grand magicien du pays, Norman Terence. Ce dernier, à la demande se sa jeune et jolie femme Christina, le recueille et commence à lui enseigner son art. Le gamin apprend très vite. Mais surtout, il tombe rapidement très amoureux de Christina et rêve intérieurement de tuer au moins d’un point de vue symbolique celui qui semble être devenu son père spirituel.

Dans ce court roman, l’auteure belge, qui s’amuse à se mettre en scène de manière déguisée (sorte de mise en abyme du thème de la magie développé par la suite et surtout du tour de passe-passe final), développe un thème que l’on sent poindre dans nombre de ses oeuvre : la figure paternelle. A la fois absent et envahissant, recherché et repoussé, adoré et détesté, symbolique et réel, le père insaisissable de Joe demeurera au final toujours une énigme aussi bien pour le lecteur que pour les personnages principaux, à l’image de ce qu’il en est bien souvent dans la vie. Le jeune Joe est ici non seulement en quête d’amour et de reconnaissance paternel mais aussi maternel. Depuis son enfance, il cherche un regard dans lequel exister et ne le trouvant pas avant l’âge de 15 ans, passe son temps à s’exercer à ses tours de cartes devant un miroir lui renvoyant inexorablement sa propre image, image dont il ne sait de qui elle est véritablement issue. Comment se construire dès lors ? Comment ne pas tricher, ne pas mentir au autres et à soi lorsque tout n’est qu’apparences depuis le départ ? Comment exister dans l’ombre de quelqu’un que l’on ne connaît pas ou dans celle d’un homme que l’on vénère si ce n’est en s’en débarrassant ? Quant à Norman, il trouve en Joe un vrai fils. Capable du meilleur comme du pire. Et en bon père, il est prêt à tout endurer. Jusqu’où pourra les mener cette relation si particulière où se mêlent amour et cruauté ? Je vous laisse le découvrir et profiter du retournement final. pas le meilleur Nothomb mais on passe un moment agréable.

Le crime était presque parfait

9 Avr

Encore une jolie rencontre, en attendant le train du retour du salon du livre de Montaigu. J’avais beaucoup entendu parler de ce livre à sa sortie et m’étais promis de le lire un jour. C’est chose faite ! (mais dans la version abrégée disponible dans mon CDI)

Et si c’était niais ?, Pascal Fioretto

Un vent de panique règne dans le monde littéraire contemporain ! Denis-Henri Levy, en pleine exploration de Barbès, vient de recevoir un message de menaces. Constatant avec horreur qu’il n’est pas la seule cible, il décide de contacter son éditeur au plus vite afin de prévenir les autres écrivains au plus vite. Mais au même moment, Christine Anxiot se fait kidnapper…

C’est le commissaire Adam Seberg – double parodique du commissaire Jean-Baptiste Adamsberg, héros des romans de Fred Vargas –  qui est chargé de l’enquête alors qu’il s’ennuie ferme à s’occuper des trafics de hasch dans les collèges huppés du 6ème arrondissement. Bien que rongé par les soucis personnels et fatigué par un aller-retour express aux Etats-Unis afin de régler une vieille histoire, notre homme est bien décidé à découvrir le mobile de l’auteur de ces menaces et à retrouver tous les écrivains qui disparaissent au fur et à mesure. Il décide d’aller interroger Mélanie Notlong et jean d’Ormissemon pour tenter de percer le mystère…

Génial ! J’ai ri tout le long ! Pasal Fioretto réussit coup double avec cette intrigue policière qui pastiche un auteur contemporain à chaque nouveau chapitre. L’auteur se moque – gentiment – non seulement des tics stylistiques mais aussi de l’ego parfois surdimensionné de certains. Mes deux chapitres préférés sont sans conteste celui consacré à BHL qui inaugure cette version abrégée – on y découvre le philosophe égocentriste en plein « vertigo » dans un hôtel miteux de Barbès, c’est juste hilarant ! – et celui consacré à  Amélie Nothomb avec de magnifiques réécritures de Métaphysique des tubes et Hygiène de l’assassin. Le pastiche de Marc Lévy vaut également son pesant de cacahuètes ! Et je rassure tout de suite les élèves, il n’est pas forcément nécessaire d’avoir lu tous les auteurs cités pour apprécier l’humour de ce texte (l’édition présente tout de même quelques extraits à la fin du livre de trois des écrivains pastichés, afin de se rendre compte de l’écriture initiale). Le texte est très drôle par essence ! Un vrai bon moment de lecture, distrayant et intelligent !

Toxique

22 Fév

Un petit Nothomb pour bien débuter les vacances.

Antéchrista, Amélie Nothomb

Blanche a 16 ans. Elève brillante, elle rentre à l’université en avance pour son âge. Mais si la jeune fille est douée pour les études elle l’est beaucoup moins pour les rapports sociaux. Aussi surprenant que ça puisse paraître, elle n’a aucun ami. Alors quand elle rencontre la belle et populaire Christa, c’est un véritable coup de foudre pour elle. Elle veut absolument devenir son amie. Pour cela, elle est prête à tous les sacrifices et lui propose rapidement de s’installer chez elle pour éviter à Christa de longs trajets en train. Cette dernière accepte, trop heureuse d’avoir trouver une si belle victime à se mettre sous la dent…

Car Christa se révèle être une parfaite manipulatrice. Si Blanche s’en rend compte assez rapidement – tout en refusant néanmoins de se l’avouer -, ses parents se laissent complètement duper par la séduisante adolescente qui va peu à peu prendre plus de place que leur propre fille dans leur cœur. La vie de Blanche, avec ce démon qui ne cesse de la persécuter à longueur de journées, devient un enfer. Une seule solution pour échapper à l’emprise de Christa : révéler au grand jour sa véritable nature. Mais plus facile à dire qu’à faire tant le rôle de l’étudiante désargentée et brillante est rôdé.

Une fois encore, j’ai été charmée par le style efficace et corrosif de Nothomb qui offre ici un duel entre une perverse narcissique et sa proie d’une grande intensité. On assiste impuissant à la scène de l’araignée qui tisse sa toile autour de sa victime, on voit peu à peu l’étau se resserrer et l’on se demande jusqu’où la cruauté va être poussée. Mais si le sujet apparaît comme dramatique, l’auteur ne tombe jamais dans le pathos grâce à son humour sous-jacent omniprésent. Je conseillerais ce livre à tous les adolescents qui manquent de confiance en eux, afin qu’ils comprennent que l’amitié réelle n’est en aucun cas une dépendance à l’autre ni une relation de subordonnés.

David contre Goliath

17 Jan

Je découvre enfin le tout premier roman d’Amélie Nothomb !

Hygiène de l’assassin, Amélie Nothomb

Prétextat Tach, 83 ans, est un monstre dans tous les domaines. Physiquement, il est plus qu’obèse, son poids l’a rendu complètement impotent et l’oblige à se déplacer en fauteuil roulant et à recevoir sa toilette par une infirmière. Moralement, il est parfaitement imbu de sa personne, misanthrope et misogyne au plus haut point et d’un cynisme sans borne. Mais c’est aussi un monstre de littérature, récompensé par le prix Nobel. Et l’on vient d’annoncer que le vieillard, atteint d’une maladie rare, n’a plus que deux mois à vivre. Tous les journalistes se précipitent pour recueillir les dernières paroles du maître. Tous se font sauvagement éconduire.

Après que le quatrième interviewer se sauve horrifié et dégoûté par l’ignoble personnage, Nina, jeune journaliste téméraire à la répartie acerbe, décide de tenter sa chance et de faire avouer non seulement la supercherie littéraire de l’auteur mais son crime au bourreau, un crime qu’elle seule semble avoir débusqué sous les mots…

Grandiose ! L’auteure belge nous donne à lire une joute verbale d’une intensité remarquable. Nina, plus cynique encore que Tach, parvient à pousser l’horrible vieillard dans ses retranchements les plus profonds. Les dialogues, d’un raffinement et cruauté aussi admirables que pervers, se laissent déguster avec un contentement sans nom. Pas de temps mort dans ce huis-clos où la grande faucheuse se fait pourtant de plus en plus présente au fil des pages. Je ne pouvais qu’adorer ce chef-d’oeuvre d’humour noir et de cynisme érudit ! Un premier roman remarquable, dans lequel on perce déjà les thèmes de prédilection de Nothomb (la monstruosité de l’obésité notamment que l’on retrouvera notamment dans Les Catilinaires) qui avait largement mérité sa récompense au Grand Prix du roman de l’Académie française en 1999.

Bilan 2014

31 Déc

2014 se termine et l’heure est au bilan !

88 livres lus cette année soit seulement un de moins qu’en 2013 ! Encore plusieurs dizaines de milliers de pages ! Dire que je pensais ralentir le rythme !

Encore de belles découvertes et re-lectures cette année.

J’ai enfin fait la connaissance (littéraire s’entend !) d’Amélie Nothomb et je n’ai pas été déçue. Les Catilinaires mais surtout Métaphysique des tubes m’ont particulièrement marquée.

Dans un tout autre style, j’ai dévoré les célèbres Shining de Stephen King et American Psycho de Bret Easton Ellis. De l’angoisse et du gore en veux-tu en voilà mais extrêmement bien rédigé.

J’ai aussi découvert la prose de John Irving avec l’énorme (dans tous les sens du terme) A moi seul bien des personnages. Voilà un auteur que je compte bien explorer davantage.

Dans un genre plus léger, je me suis délectée de La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole, qui est rentré dans la liste de mes livres préférés.

Pour ce qui est de la littérature jeunesse, de belles découvertes là aussi. Deux classiques dans des styles complètement différents : Le Baron perché d’Italo Calvino et L’Attrape-coeurs de J.D. Salinger. Et beaucoup plus contemporain mais qui s’inscrit dans la droite ligne de ce dernier, les magnifiques Qui es-tu Alaska et Nos étoiles contraires de John Green.

Cette année, j’ai aussi lu Stephan Zweig – indémodable – avec délectation, notamment La Pitié dangereuse qui m’a gentiment été offert.

La littérature nippone a également été à l’honneur avec le grandiose Je suis un chat de Natsume Sôseki et de nombreuses oeuvres de Haruki Murakami avec lequel j’ouvrirai les chroniques 2015 (j’en suis au tiers des Chroniques de l’oiseau à ressort).

Enfin, j’ai relu Boris Vian, et y ai pris un immense plaisir, comme à chaque fois. J’ai commencé par L’herbe rouge en début d’année et ai terminé par le chef-d’oeuvre qu’est L’écume des jours (que j’aurai le plaisir de faire découvrir à mes élèves de 3ème à la rentrée).

En attendant de vous retrouver, je vous souhaite par avance une très bonne année 2015 et surtout de belles lectures !

 

Trash TV

14 Sep

Je poursuis dans ma découverte de l’oeuvre d’Amélie Nothomb. Non, il ne s’agit pas du tout dernier Pétronille – mais vous pourrez en découvrir très prochainement la critique chez mon amie Carolivre.

Acide sulfurique, Amélie Nothomb

Dans un futur que l’on imagine très proche, un jeu de télé-réalité atteint des records d’audience inégalés jusqu’alors. Le principe ? Très simple. Inspiré des camps de concentration nazis. Les producteurs ont recruté un groupe de jeunes adultes assez bêtes et cruels pour insulter et tabasser des innocents sans avoir de remords. Ce seront les kapos. Zdena, qui n’a jamais réussi quoi que ce soit dans sa vie et qui est la risée de son entourage, est fière d’avoir passé l’entretien avec succès et d’avoir ainsi obtenu un poste dans une émission de télévision. L’autre groupe, celui des détenus, ne fait l’objet d’aucune sélection. Des rafles sont organisées ça et là afin d’approvisionner le programme. Parmi les malheureux, la belle Pannonique alias CKZ 114 va très rapidement devenir la favorite des téléspectateurs.

A un rythme régulier, les kapos désignent des détenus qui seront éliminés – litote pour signifier qu’ils seront en fait tués. Les autres tentent de survivre dans des conditions inhumaines, travaillant toute la journée sous les insultes et les coups des kapos dans l’attente de leur maigre pitance du soir. Subjuguée par la beauté de CKZ114, la kapo Zdena veille tout particulièrement à lui rendre la vie infernale avant de lui proposer un marché. Mais pour Pannonique, pas question de perdre sa dignité. En elle, germe la révolte…

Si ce n’est pas mon préféré de l’auteur belge, le concept d’Acide sulfurique est excellent et a le mérite de faire réfléchir le lecteur sur la puissance des médias dans notre société. J’imagine d’ailleurs très bien m’en servir en cours avec mes 3ème afin de développer leur esprit critique à ce sujet. Le livre interroge : jusqu’où peut aller la fascination pour l’horreur ? Car dans le roman, personne n’intervient pour sauver les pauvres détenus, pas même le gouvernement. Tout le monde s’insurge et trouve cela ignoble, mais plus le temps passe, plus les règles du jeu se durcissent, plus le public est nombreux. Mais à bien y songer, ne retrouvons pas là les principes même des jeux du cirque de l’Antiquité ou des mises à mort publiques ? De là à voir des vertus cathartiques dans ce genre de programmes, il n’y a qu’un pas… Vous l’aurez donc compris, Nothomb ne donne pas matière à rire cette fois – on ne goûte que très peu à son humour grinçant dans ce roman – mais à nous interroger sur l’homme et la société. Ceux qui ont apprécié les Hunger Games aimeront ce roman !

Danse, meurs de faim et tais-toi !

6 Août

Encore un ouvrage que je voulais lire depuis un moment et que j’ai trouvé lors de ma dernière virée à la médiathèque.

Robert des noms propres, Amélie Nothomb

Plectrude. Avec un prénom pareil, on est forcément voué à un destin hors du commun. Dès sa naissance, la vie de la fillette sort de l’ordinaire. Sa mère, une très jeune femme de 19 ans, tue son compagnon juste avant d’accoucher. Elle met donc son enfant au monde en prison avant de se donner la mort. C’est sa soeur, Clémence, et son mari Denis, qui recueillent le bébé. Ils ont déjà deux filles mais reçoivent leur nièce chez eux comme leur propre enfant.

La petite Plectrude grandit donc au sein d’une famille aimante. Pourtant, elle se distingue de la plupart des enfants dont elle ne cherche pas vraiment la compagnie. Cancre, elle est la risée de toute son école. Par contre, grâce à un corps particulièrement fin et souple, elle excelle à l’école de danse. Dans la vie, Plectrude n’a qu’une crainte : grandir et perdre l’amour de sa mère. La fillette met tout en oeuvre pour cultiver son enfance.

En classe de 5ème, à la suite d’un chagrin d’amour, Plectrude désire devenir petit rat de l’Opéra. Elle passe les examens avec succès et intègre la célèbre école au plus grand bonheur de sa mère. Mais la jeune fille déchante rapidement. Alors qu’elle était catégorisée comme « mince » depuis son enfance, elle se retrouve dans la catégorie des « normales » à qui l’on demande de ne surtout pas dépasser le poids fatidique de quarante kilos pour un mètre cinquante-cinq. Les fillettes, en plus de leurs entraînements incessants et épuisants, sont soumises à un régime drastique. Plectrude a tôt fait de se délester de cinq kilos. C’est dans un état de maigreur extrême qu’elle regagne le domicile familial pour les fête de Noël, vécues avec l’angoisse de manger et de reprendre du poids. Si Denis s’inquiète de la maigreur de sa fille, Clémence s’en félicite et l’encourage. Pour Plectrude, la descente aux enfers de l’anorexie ne fait que commencer…

Sous couvert d’un ton toujours décalé et sarcastique, Amélie Nothomb aborde ici un thème d’autant plus difficile qu’elle en a elle-même fait les frais étant enfant : l’anorexie mentale (cf: Biographie de la faim). L’auteur belge peint le destin de Plectrude à la manière d’une tragédie grecque : victime de la faute originelle de sa mère, elle ne pourra que souffrir et reproduire le même schéma. Mais c’est sans compter l’apparition de la seconde mère. Et n’est pas la mauvaise mère celle que l’on croit. La petite fille est étouffée par cette mère qui met tant d’espérance en elle, qui vit par procuration ce qu’elle n’a jamais vécu elle-même. De cette relation fusionnelle et mortifère – lorsque Plectrude remonte à quarante kilos, Clémence lui lâche qu’elle est « obèse » ! – , le père est totalement évincé et est trop lâche pour tenir tête à sa femme qui, s’en sans apercevoir, est en train de mettre sa fille à mort. Nothomb décrit avec justesse les mécanismes de l’anorexie et les dysfonctionnements de la structure familiale. Bien évidemment, il ne s’agit que d’un exemple, et d’un exemple romanesque. Chaque anorexie prenant ses racines dans un terreau différent. La peur de grandir et l’indifférenciation fille-mère en est un, il en existe malheureusement bien d’autres.

Pour conclure, j’ai trouvé ce livre très bien écrit. Le ton demeure léger, parfois un peu caricatural, malgré un sujet plutôt grave. Il se lit très rapidement (en un peu moins de trois heures) et peut être vu comme un moyen de sensibiliser le grand public à la thématique anorexique.

Deux petits extraits : le premier correspond à l’entrée de Plectrude à l’école des rats et le second à l’aveuglement de la famille face à la maigreur de l’enfant.

« Plectrude avait toujours été la plus mince de tous les groupements humains dans lesquels elle s’était aventurée. Ici, elle faisait partie des « normales ». Celles qu’on qualifiait de minces eussent été appelées squelettiques en-dehors du pensionnat. Quant à celles qui, dans le monde extérieur, eussent été trouvées de proportions ordinaires, elles étaient en ces murs traitées de « grosses vaches ». […] – Les minces, c’est bien, continuez comme ça. Les normales, ça va, mais je vous ai à l’oeil. Les grosses vaches, soit vous maigrissez, soit vous partez : il n’y a pas de place ici pour les grosses truies. […] A toutes ces fillettes, ce premier jour à l’école des rats donna l’impression d’une éviction brutale de l’enfance ».

« Sa maigreur les frappa : sa mère fut la seule à s’en émerveiller. […] – J’ai parfois l’impression d’avoir perdu une enfant, dit Denis. – Tu es égoïste, protesta Clémence. Elle est heureuse. Elle se trompait doublement. D’abord, la fillette n’était pas heureuse. Ensuite, l’égoïsme de son mari n’était rien comparé au sien : elle eût tellement voulu être ballerine et, grâce à Plectrude, elle assouvissait cette ambition par procuration. Peu importait de sacrifier la santé de son enfant à cet idéal. »

Miroir, mon beau miroir…

4 Juin

Je remercie chaleureusement celui qui m’a prêté ce livre !

Mercure, Amélie Nothomb

Sur une île isolée du reste du monde, au large des côtes Normandes, vit un couple bien étrange, dans une maison bien plus étrange encore, entouré par de fidèles serviteurs. Étrange en effet puisque Omer Loncourt vient tout juste de fêter ses soixante-sept ans tandis que sa compagne, Hazel, soufflera ses vingt-trois bougies dans quelques semaines. Etrange cette demeure dépourvue du moindre reflet…

Alors que le vieil homme se réjouit à l’idée de fêter leur centenaire à deux, la jeune fille tombe malade. Le vieillard engage alors Françoise, une charmante infirmière, à son service mais sous de bien sévères conditions : elle sera fouillée à chacune de ses venues sur l’île, ne devra rien laisser paraître de ses émotions en voyant la jeune fille et ne devra, sous aucun prétexte, poser la moindre question personnelle.  La jeune infirmière va d’emblée se lier d’amitié avec sa patiente et prétexter un état de santé préoccupant pour revenir à son chevet les jours suivants, non seulement dans le but de la soigner et discuter mais surtout pour percer le mystère de cette vie à l’abri de tout regard et comprendre pourquoi Hazel supporte de partager la couche du barbon chaque soir…

Bientôt, Françoise va mettre le doigt sur la vérité et comprendre le plan machiavélique mis en place par Omer pour assouvir son amour. Mais son employeur l’a à l’œil et ne compte pas la laisser détruire ce qu’il a mis tant de temps et d’énergie à concevoir…

Amélie Nothomb réussit un coup de maître avec ce huis-clos palpitant. Dès le départ, le lecteur est happé par la volonté de découvrir le fin fond de l’histoire. Pourquoi diable une jeune femme de 23 ans s’inflige-t-elle un tel calvaire ? Bientôt, on croit comprendre. Hazel a été défigurée et refuse d’offrir au monde l’horreur de son visage comme à elle-même. Sauf que… Sauf que le talent d’Amélie Nothomb est là : berner son lecteur en lui renvoyant, tel un mauvais miroir, une image déformée de la réalité. Ce dernier, à l’instar d’Hazel, est victime de la vaste supercherie, de l’infâme machination mise en place par Loncourt et la vérité ne lui sera révélée que dans les dernières pages ce qui ne sera pas forcément le cas pour la jeune recluse…

On retrouve ici les thèmes de prédilection de l’auteure belge : la laideur et la beauté mais aussi la passion liée à la perversité. Si j’avoue avoir été un peu moins séduite par celui-ci que par Les Catilinaires (quoique présent, l’humour est moins perceptible ici), je n’ai pas moins pris un réel plaisir à lire ce roman d’une remarquable intelligence narrative (même la conclusion est surprenante !)