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L’invention qui tue

7 Juil

Alors là, âmes sensibles s’abstenir ! Par contre, amateurs de cynisme et de cruauté à l’extrême, ce roman paru aux Editions de La Martinière est fait pour vous.

Cool Killer, Sébastien Dourvier

318isz6gyrlUn matin, le chemin d’Alexandre Rose, ingénieur aussi brillant que cynique, croise celui d’un homme à trottinette. Un petit coup d’épaule sadique, gratuit, détourne le deux-roues qui se prend un camion de face. L’accident est horrible. Filmée par un touriste la scène de démembrement fait le buzz sur les chaînes d’infos et les réseaux sociaux. Alexandre n’apparaît pas sur la vidéo. Alors que n’importe qui serait pris d’atroces remords, lui n’en éprouve aucun. Pire, il ressent un certain plaisir…

Dès lors, impossible pour lui de continuer le train-train quotidien aux côtés de sa femme qu’il méprise, de ses enfants qu’il n’aime pas et de ses collègues de bureau qu’il trouve tous plus stupides les uns que les autres. Depuis le meurtre, il n’a plus qu’une seule idée en tête : détruire cette société qu’il exècre au plus au point. Pour cela, il va se servir d’une arme de destruction massive que chacun ou presque possède : les écrans. Il va soigneusement détourner toutes les nouvelles technologies et créer le Cool Killer afin de faire imploser notre société de voyeurs consuméristes…

Je ne vais pas y aller par quatre chemins. J’ai adoré ! Tout comme j’avais adoré American psycho. Tordu, ironique, cynique, satire trash. Un humour noir et cinglant au possible. Critique de la bêtise et du panurgisme ambiant, de l’absence totale d’esprit critique dans ce monde où le sensationnalisme l’emporte sur la véritable information, où la crétinisation et l’abrutissement des foules est de mise. Le narrateur est cruel à souhait et n’a rien à envier au héros de Bret Easton Ellis. Juste pour vous mettre l’eau à la bouche, voici la première phrase du livre qui vous donnera le ton : « A la maison, ma pute de bonne femme m’attendait. » Et ce petit extrait qui illustre les réflexions du narrateur sur notre société : » Uber. Des milliers de développeurs blancs en Californie. Un Arabe en volant en bas de chez moi. C’est raciste de dire Arabe ? Pardon alors… Mais c’est quand même moins raciste que d’avoir des esclaves. Et c’est quand même génial d’avoir standardisé l’esclavage. Des esclaves qu’on ne voit que lorsqu’on a besoin d’eux. Idéal. Et puis quoi, ça leur fait du travail, hein ? ». Pas la peine d’en dire davantage. Je vous laisse découvrir ce livre qui est le premier roman de Sébastien Dourver. C’est une réussite. Coup de cœur !

 

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American dream

12 Fév

Je tiens à remercier les jeunes éditions TohuBohu pour m’avoir fait parvenir une de leurs nouveautés de leur première rentrée de janvier. Je vous encourage à aller découvrir cette nouvelle maison.

SWOOSH, Lloyd Hefner

swoosh-couv-1New-York. Début des années 90.

La narratrice est jeune, belle, intelligente, noire mais ça ne se voit pas. Elle aime l’argent et n’a aucune morale. La journée, elle étudie la finance. La nuit, elle vend de la coke a des clients aisés. Elle partage son appartement avec Ike, un prof d’aérobic  noir – pour qui ça se voit – surdimensionné qui ne passe pas inaperçu, qu’elle connait depuis l’enfance.

Lorsque le frère de Ike est retrouvé mort des suites d’une overdose provoquée, les deux amis décident de mener l’enquête que ne se souciera pas d’effectuer la police. Nos jeunes gens vont alors basculer dans un univers encore plus violent que celui dans lequel ils ont grandi…

Roman coup de poing, conçu à la manière d’un scénario avec des indications de lieux pour chaque chapitre qui sont en réalité des scènes et des références musicales très éclectiques qui viennent servir de bande-son à une écriture brutale, très visuelle et auditive, riche en jeux typographiques et en onomatopées, qui colle parfaitement à la violence du propos. L’univers dans lequel évoluent nos jeunes amis n’est pas sans rappeler celui du narrateur d’American psycho de Bret Easton Ellis. Un monde où drogue et argent règnent en maître, où les êtres dépourvus d’âme ne sont que des consommateurs et des publicités ambulantes pour des marques omniprésentes, où la consommation et le paraître ont remplacé toute forme de morale… Si vous êtes, comme moi, amateurs de littérature légèrement trash, non conventionnelle et qui a des choses à dire sur la société, alors nul doute que vous serez conquis par Swoosh !

Le psychopathe s’habille en Valentino

3 Oct

Âmes sensibles, passez votre chemin…

American psycho, Bret Easton Ellis

Encore un roman culte de la littérature contemporaine que je n’avais jamais lu mais que je rêvais de découvrir. C’est chose faite et je n’ai pas été déçue !

Patrick Bateman, 26 ans, a tout pour lui : jeune, beau, intelligent et surtout très riche. Il travaille dans la finance, à Wall Street, mais semble passer le plus clair de son temps à chercher dans quel restaurant à la mode il doit dîner avec ses amis (tous aussi riches que lui) puis dans quel night club il trouvera la meilleure coke pour poursuivre sa soirée de la meilleure façon. Son divertissement préféré consiste à tourmenter les clochards qui jonchent les rues de new-yorkaises en leur tendant des billets pour les reprendre aussitôt. Pour ses amis et lui, la vie n’est que luxe et consommation. Les questions fondamentales qui les traversent sont de savoir quelle est la couleur de chaussettes la plus adaptée avec un costume gris et des chaussures noires. Quant à l’amour, ce sentiment leur est totalement étranger, puisqu’ils considèrent les femmes comme aussi interchangeables qu’un accessoire de mode…

Considérés ces fait, notre cher Patrick Bateman ne nous apparaît pas comme quelqu’un de particulièrement charmant. Mais ce n’est rien comparé à ce que l’on découvre au tiers du roman. Bateman est le pire psychopathe que l’Amérique ait pu enfanter. Sous des apparences de dandy respectable le jour, se cache un serial killer complètement sadique qui prend un plaisir pervers à tronçonner ses victimes dans son appartement et à en conserver des morceaux pour les déguster tranquillement devant le Patty Winters Show.

Il faut bien l’avouer, j’ai rarement lu de livre plus gore que celui-ci (et pourtant, je ne suis pas une oie blanche en la matière ! ) Les scènes de sexe et de crimes sont d’une rare violence, la mise en scène des meurtres étant très travaillée par l’auteur. Mais au-delà de ça, il faut surtout voir dans ce roman une satire acerbe de la société consumériste américaine du début des années 80, une critique contre cette société d’apparences, où l’argent règne en maître tout-puissant. D’ailleurs, les très nombreux détails donnés par l’auteur – qui virent à l’obsession – en ce qui concerne la façon de s’habiller ou de dépenser son argent – je confesse avoir sauter de nombreux passages d’accumulations de marques en tout genres – ne sont là que dans ce but : montrer à quel point tout cela est vain et qu’il s’agit peut-être là de la véritable violence : l’anéantissement de la pensée recouverte par des costumes Armani.

Outre le fond, j’ai vraiment apprécié le style de Ellis dans ce texte (style que m’avait assez déconcertée dans Moins que zéro – qui faisait partie de ma première chronique, très courte) qui nous plonge véritablement dans la tête du tueur grâce à la technique du journal de bord. Mais même si nous sommes au coeur des pensées de Bateman, impossible de s’attacher à lui tant la distance qu’il possède vis-à-vis de lui est grande. C’est presque comme si le personnage n’habitait pas son propre corps. Comme si nous assistions à une narration externe à la première personne ce qui ne fait que renforcer la froide cruauté du personnage et son aspect sociopathe. A la fin, je me suis tout de même interrogée : Bateman commet-il vraiment ces crimes ou ne fait-il que les fantasmer ? Le coup de génie réside sans doute dans le fait que les deux hypothèses puissent se défendre. En tout cas, une fois ce livre terminé, que l’on aime ou pas, on en conserve forcément une trace dans un coin de sa tête et c’est bien en cela qu’il s’agit d’un chef-d’oeuvre. A découvrir !

Un petit extrait qui reflète selon moi le mieux notre personnage principal :

 » … il existe une idée de Patrick Bateman, une espèce d’abstraction, mais il n’existe pas de moi réel, juste une entité, une chose illusoire et, bien que je puisse dissimuler mon regard glacé, mon regard fixe, bien que vous puissiez me serrer la main et sentir une chair qui étreint la vôtre, et peut-être même considérer que nous avons des styles de vie comparables, je ne suis tout simplement pas là. […] Je suis un moi-même préfabriqué, je suis une aberration. Un être non-contingent. Ma personnalité est une ébauche informe, mon opiniâtre absence profonde de coeur. Il y a longtemps que la conscience, la pitié, l’espoir m’ont quitté (à Harvard, probablement), s’ils ont jamais existé. »