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Le gang des retraités

Bonjour ! Aujourd’hui, je vous présente un roman « feel good », histoire de vous donner le moral pour attaquer, je l’espère, la dernière ligne droite du confinement. Merci à Cécile pour ce cadeau. Ce roman est paru en début d’année chez Fayard.

Quand nos souvenirs viendront danser, Virginie Grimaldi

41jvqmk4irl._sx314_bo1204203200_Marceline et son mari Anatole ont emménagé impasse des Colibris il y a plus de soixante ans. Ils avaient tout juste vingt ans et la vie devant eux. Leur existence s’est écoulée aux côtés de celle de leurs voisins. Des joies et des peines, des enfants qui naissent, jouent ensemble puis s’en vont, parfois sans plus donner de nouvelles. Les six derniers habitants de l’impasse ont plus de quatre-vingt ans. Proches dans leur jeunesse, ils se sont peu à peu séparés, au fur que les haies et les broutilles poussaient entre les habitations. Mais les octogénaires vont bientôt devoir se rapprocher. En effet, le maire de la commune – qui est né et a grandi dans l’impasse – veut faire raser les maisons pour construire une nouvelle école. Pas questions pour nos retraités de se faire éjecter. Ils sont bien décidés à mener la guerre pour terminer leurs jours tranquillement chez eux. Ni une ni deux, malgré de vieilles dissensions, le groupe des Octogéniaux est formé et prêt à passer à l’attaque.

« […] chacun a dû réfléchir à un moyen efficace de faire céder la mairie. Les membres du groupe étant des personnes mesurées et raisonnables, les idées le sont tout autant. Gustave propose une petite grève de la faim. Joséphine veut juste monter en haut d’une grue. Rosalie envisage tout simplement de séquestrer le maire. Marius, sensible, préfère enlever les enfants du maire. Je me tourne vers Anatole en quête de réconfort. L’œil pétillant, mon cher époux propose d’investir le plateau d’une émission télévisée en direct. J’ajoute mentalement du cyanure à la liste des courses. Rosalie, qui a manifestement confondu son rouge à lèvres avec sa brosse à dents, me demande si j’ai une idée. Tous les regards convergent vers moi. Je songe à proposer un suicide collectif, mais ils sont capables d’approuver. »

C’est la première fois que je lis cette autrice et je n’ai pas été déçue. Je ne suis pas une grande adepte de littérature « feel good » mais de temps en temps, quand c’est bien écrit, c’est plaisant. Et en ces temps anxiogènes, ce livre tombait à pic. J’ai passé un très bon moment de lecture. J’ai dévoré ce roman en moins de trois jours ce qui est un véritable exploit pour moi ! Les personnages sont attachants et la construction narrative efficace avec l’alternance entre des chapitres narrant le temps présent et ceux revenant sur le passé de la narratrice, Marceline. Au fur et à mesure, on comprend comment les liens se sont faits puis défaits entre ces voisins et comment la protagoniste est passée d’une jeune fille timide et soumise à son époux à une femme épanouie n’ayant pas sa langue dans sa poche. Outre le récit d’un combat pour faire respecter le souvenir de chacun, ce roman est celui d’une grande histoire d’amour entre la narratrice et son mari. Émotion et humour cohabitent parfaitement et Grimaldi prouve que le temps qui passe n’est pas forcément signe de déclin. Ce livre est une ode à l’amitié et à la vie. Si vous recherchez une lecture douce qui vous donne le sourire, n’hésitez pas !

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La journée du câlin

Voilà encore un petit livre que Jules a reçu pour Noël et que vous pourrez trouver aux célèbres éditions L’école des Loisirs.

Copains-câlins, Frédéric Stehr

cover-copains-cadreA la crèche, un bébé hibou vient trouver du réconfort auprès de son doudou qui sent très bon et qui est aussi doux que sa maman. Quand un de ses copains lui demande ce qu’il fait avec son oreiller, il lui répond qu’il s’agit de son doudou et qu’il lui fait des câlins. Trois bébés oiseaux rejoignent notre petit hibou, chacun apportant son doudou. On assiste alors à une séance de câlins-doudous. Mais Piou-Piou arrive et n’a pas de doudou. Alors ses amis, pour le réconforter, viennent lui faire des câlins.

Voilà une jolie histoire, toute simple, illustrée par des dessins très doux aux tons pastel. Seuls les petits personnages et leurs doudous sont mis en avant par l’utilisation de la couleur ce qui permet de capter l’attention des plus petits. L’histoire permet d’aborder les notions de partage, de camaraderie et d’intégration. Ce n’est pas parce qu’un enfant n’a pas la même chose que les autres que ces derniers doivent le rejeter, au contraire ! Mon petit lecteur est totalement conquis par cet album dont il me réclame la lecture plusieurs fois par jour. Coup de cœur de Jules donc !

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L’étoile jaune

En ce premier dimanche des vacances de Noël, je vous propose un album que l’on pourra proposer aux enfants à partir de 6 ans. Il est paru à l’occasion des 35 ans de Syros dans une édition anniversaire.

La grande peur sous les étoiles, Jo Hoestlandt et Johanna Kang

la-grande-peur-sous-les-etoilesHélène, la narratrice, et Lydia, sa meilleure amie, ont huit ans et demi. Nous sommes en 1942 et le nord de la France est occupé par l’armée allemande. Elles vivent jusqu’à présent leur vie de petites filles, partagée entre l’école, les amusements et les broutilles. Un jour, alors qu’elles sont en train de s’amuser, la maman de Lydia coud une étoile jaune sur leurs vestes. Elle dit aux fillettes que les juifs doivent désormais obligatoirement porter. Au mois de juillet, au lendemain d’une soirée passée avec Hélène pour l’anniversaire de cette dernière, Lydia et sa famille seront raflées comme des milliers d’autres familles juives. Hélène ne reverra plus jamais son amie.

Edité pour la première fois en France en 1993, cet album aborde de façon délicate les questions de l’occupation et des rafles juives. Avec des illustrations douces, presque naïves, cet album permettra d’expliquer aux plus jeunes ce pan difficile de l’Histoire mais dont il est essentiel de faire perdurer la mémoire. La magnifique préface de Claude Roy résume parfaitement le but de cette histoire : « […] il n’est jamais trop tôt pour poser, se poser, les vraies questions, les interrogations premières, qui maintiennent le cœur en éveil, et empêchent de prendre son parti de l’injustifiable ». Tout est dit. Je n’ai rien à ajouter si ce n’est vous inviter à découvrir et à faire découvrir ce livre. Coup de cœur.

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Qui veut la carotte ?

Aujourd’hui, je suis heureuse de vous présenter un joli album destiné aux très jeunes lecteurs, qui sortira ce jeudi 24 octobre aux éditions HongFei

Croc Croc la carotte, Yiqun Fang/ Véronique Massenot et Clémence Pollet

C’est l’hiver, il neige, il fait froid et Petit lapin a faim. A la quête de nourriture, il trouve deux belles carottes, mais une seule lui suffit pour son dîner. Du coup, il décide de l’apporter à son ami Petit singe. Mais Petit singe n’est pas chez lui. Alors Petit lapin décide de déposer la carotte sur sa table pour qu’il la trouve à son retour. Mais voilà, Petit singe a trouvé trois cacahuètes qui lui ont suffi pour repas. A qui va-t-il pouvoir offrir la carotte ?

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Cette histoire de carotte qui circule d’ami en ami pour retourner à Petit lapin à la fin permettra aux parents d’aborder les notions d’amitié, de partage et de générosité avec les plus jeunes enfants. Le texte simple repose sur la répétition ce qui facilite la compréhension de l’histoire par les tout-petits et les amuse. Les illustrations épurées, aux teintes apaisantes dans un format à l’italienne s’adaptent parfaitement à l’œil des jeunes lecteurs. En tout cas, mon petit Jules de un an a adoré ! Une bien jolie façon de découvrir ce conte chinois.

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Double Je

Je termine ce week-end et ce mois de septembre avec un magnifique album qui sortira le 10 octobre aux éditions Syros.

Je suis Camille, Jean-Loup Felicioli

thumbnailCamille n’est pas très sereine pour sa rentrée en 6ème. Il faut dire qu’elle vient tout juste d’arriver en France alors qu’elle vivait jusqu’à présent à Los Angeles et que les choses n’étaient pas spécialement faciles dans son ancienne école. C’est l’occasion ou jamais pour Camille de se faire des amis. Le jour de la rentrée, elle rencontre Zoé. La complicité s’instaure très vite entre les deux jeunes adolescentes. Camille sait qu’un jour ou l’autre, il faudra qu’elle lui révèle son secret, mais pour l’instant, c’est encore trop compliqué pour elle, elle a trop peur d’être à nouveau rejetée à cause de sa différence…

Cet album qui s’adresse aux enfants à partir de 8 ans traite d’un sujet extrêmement rarement abordé en littérature, qui plus est en littérature jeunesse. La notion de transgenre est abordée avec beaucoup de délicatesse et d’intelligence afin que les enfants comprennent que la transidentité n’est pas une maladie ni une faiblesse mais simplement une manière différente de se construire qui ne correspond pas au sexe biologique. Au-delà de la question de la transidentité, il s’agit d’inciter les enfants à laisser leur cœur et leur esprit ouverts à la différence, à ne pas juger ce qu’ils ne connaissent pas et à oser exprimer leurs émotions afin de ne pas rester seuls face à leurs difficultés. Les illustrations magnifiques, très colorées, complètent le texte à merveille et feront sans doute de ce livre un très bel outil de sensibilisation. L’ouvrage est d’ailleurs soutenu par l’ANT (Association Nationale Transgenre). Gros coup de cœur !

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Carpe diem

Aujourd’hui, j’ai le plaisir de vous présenter un magnifique roman pour adolescents mais qui peut tout à fait être lu par des adultes. Merci aux éditions Syros pour leur confiance renouvelée.

21 printemps comme un million d’années, Camille Brissot

21-printemps-comme-un-million-d-anneesLa meilleure amie de Victor, Juliette, ne tient pas en place. Toujours prête à partir à l’aventure, on ne sait jamais si elle sera encore là le lendemain. Elle vit sa vie à cent à l’heure, bien décidée à en cueillir les fruits avant qu’ils ne soient trop mûrs. Bien souvent, elle se brûle les ailes mais Victor n’est jamais bien loin pour lui venir en aide. Juliette vit dans l’instant, elle n’a plus trop le choix depuis qu’elle sait. Elle veut juste profiter au maximum de tout ce que la vie peut lui offrir. C’est son histoire et ses multiples aventures que Victor raconte à un groupe de jeunes filles qui ont connu Juliette à l’hôpital et qui la prennent pour un exemple.

J’ai été très touchée par ce roman d’une grande maturité. La jeune auteure dépeint des personnages à la fois entiers et tout en nuances, chacun avec ses forces et ses faiblesses. Le thème de la maladie est abordé avec beaucoup de pudeur et de finesse. En effet, grâce au choix narratif – l’histoire de Juliette racontée par son meilleur ami – ce n’est pas la mort qui est placée au centre de l’histoire mais la vie car Victor devra avancer, continuer à tracer son propre chemin, quoiqu’il arrive. Ainsi, ce n’est jamais larmoyant. Au contraire, il se dégage de cette histoire un puissant souffle de vie. Si vous avez aimé Nos étoiles contraires de John Green, vous serez conquis par ce roman qui traite de la puissance de l’amitié, l’importance de profiter de la vie, l’entrée dans le monde des adultes et la perte d’un être cher. Gros coup de cœur pour ce récit qui vient tout juste de paraître.

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Toxique

Avant de commencer, un grand merci aux éditions Don Quichotte qui m’ont fait parvenir le roman que je vais vous présenter aujourd’hui.

Ariane, Myriam Leroy

ph_couv_159Notre narratrice est une collégienne belge, issue d’une famille modeste qui se rêve bourgeoise. Elle est complexée par ses fesses qu’elle trouve énormes et surtout par son statut social. En effet, ses parents l’ont inscrite dans un établissement privé où l’immense majorité de ses condisciples, très riches, lui font sentir son infériorité. Longtemps exclue par ses pairs, elle finit par se lier d’amitié avec Ariane, une magnifique adolescente, sûre d’elle et dont les parents sont, qui plus est, remarquablement riches. Néanmoins, alors que tout semble les opposer, les deux jeunes filles vont bientôt devenir inséparables. Cette amitié exclusive, dévorante, va se faire aux dépens des camarades qui entourent le duo. En effet, les deux amies s’amusent à persécuter leur entourage, à humilier ceux et celles qu’elles jugent plus faibles qu’elles afin de se mettre en valeur. Ariane agit comme une drogue dure pour la narratrice qui n’a que très peu confiance en elle. Elle n’existe plus que par le prisme de son amie qui l’entraîne toujours plus loin dans ses provocations malsaines. Tout bascule pour elle le jour où Ariane choisit d’intégrer une troisième fille au groupe. L’exclusivité n’est plus de mise, notre narratrice se sent rejetée, la jalousie s’empare d’elle alors qu’Ariane se plaît à la voir et à la faire souffrir. La narratrice ressent alors un vide immense, un manque qu’elle ne peut combler auquel se mêlent haine et fascination pour celle qui va devenir son bourreau…

Ce roman de Myriam Leroy est véritablement hypnotisant. Dès les premières lignes, j’ai été transportée par cette histoire d’amitié toxique entre deux adolescentes. L’auteur dépeint à la perfection le mal-être de la narratrice à laquelle elle s’identifie, le besoin profond de reconnaissance par les pairs, l’abandon d’une identité et d’une réflexion propre pour plaire à la personne aimée, l’état de dépendance à l’autre. Les deux personnages principaux, malgré un traitement qui pourrait sembler, a priori, exagéré, reflète au contraire de manière très réaliste la violence et même la cruauté de ce que peuvent être les relations entre adolescents, une période au cours de laquelle émotions et sentiments sont souvent exacerbés d’autant plus dans l’environnement aussi terne et étouffant de cette petite ville de province. Inutile d’en dire plus, je vous recommande chaudement de roman aux airs de thriller psychologique qui vient tout juste de paraître aux éditions Don Quichotte.