Tag Archives: amitié

Qui veut la carotte ?

19 Oct

Nouveau partenariat en littérature jeunesse avec les éditions HongFei qui me permettent de vous présenter ce très joli album en ce début de vacances scolaires.

Croc Croc la carotte, Yiqun Fang/ Véronique Massenot et Clémence Pollet

C’est l’hiver, il neige, il fait froid et Petit lapin a faim. A la quête de nourriture, il trouve deux belles carottes, mais une seule lui suffit pour son dîner. Du coup, il décide de l’apporter à son ami Petit singe. Mais Petit singe n’est pas chez lui. Alors Petit lapin décide de déposer la carotte sur sa table pour qu’il la trouve à son retour. Mais voilà, Petit singe a trouvé trois cacahuètes qui lui ont suffi pour repas. A qui va-t-il pouvoir offrir la carotte ?

croc-croc-la-carotte

Cette histoire de carotte qui circule d’ami en ami pour retourner à Petit lapin à la fin permettra aux parents d’aborder les notions d’amitié, de partage et de générosité avec les plus jeunes enfants. Le texte simple repose sur la répétition ce qui facilite la compréhension de l’histoire par les tout-petits et les amuse. Les illustrations épurées, aux teintes apaisantes dans un format à l’italienne s’adaptent parfaitement à l’œil des jeunes lecteurs. En tout cas, mon petit Jules de un an a adoré ! Une bien jolie façon de découvrir ce conte chinois.

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Double Je

29 Sep

Je termine ce week-end et ce mois de septembre avec un magnifique album qui sortira le 10 octobre aux éditions Syros.

Je suis Camille, Jean-Loup Felicioli

thumbnailCamille n’est pas très sereine pour sa rentrée en 6ème. Il faut dire qu’elle vient tout juste d’arriver en France alors qu’elle vivait jusqu’à présent à Los Angeles et que les choses n’étaient pas spécialement faciles dans son ancienne école. C’est l’occasion ou jamais pour Camille de se faire des amis. Le jour de la rentrée, elle rencontre Zoé. La complicité s’instaure très vite entre les deux jeunes adolescentes. Camille sait qu’un jour ou l’autre, il faudra qu’elle lui révèle son secret, mais pour l’instant, c’est encore trop compliqué pour elle, elle a trop peur d’être à nouveau rejetée à cause de sa différence…

Cet album qui s’adresse aux enfants à partir de 8 ans traite d’un sujet extrêmement rarement abordé en littérature, qui plus est en littérature jeunesse. La notion de transgenre est abordée avec beaucoup de délicatesse et d’intelligence afin que les enfants comprennent que la transidentité n’est pas une maladie ni une faiblesse mais simplement une manière différente de se construire qui ne correspond pas au sexe biologique. Au-delà de la question de la transidentité, il s’agit d’inciter les enfants à laisser leur cœur et leur esprit ouverts à la différence, à ne pas juger ce qu’ils ne connaissent pas et à oser exprimer leurs émotions afin de ne pas rester seuls face à leurs difficultés. Les illustrations magnifiques, très colorées, complètent le texte à merveille et feront sans doute de ce livre un très bel outil de sensibilisation. L’ouvrage est d’ailleurs soutenu par l’ANT (Association Nationale Transgenre). Gros coup de cœur !

Carpe diem

20 Jan

Aujourd’hui, j’ai le plaisir de vous présenter un magnifique roman pour adolescents mais qui peut tout à fait être lu par des adultes. Merci aux éditions Syros pour leur confiance renouvelée.

21 printemps comme un million d’années, Camille Brissot

21-printemps-comme-un-million-d-anneesLa meilleure amie de Victor, Juliette, ne tient pas en place. Toujours prête à partir à l’aventure, on ne sait jamais si elle sera encore là le lendemain. Elle vit sa vie à cent à l’heure, bien décidée à en cueillir les fruits avant qu’ils ne soient trop mûrs. Bien souvent, elle se brûle les ailes mais Victor n’est jamais bien loin pour lui venir en aide. Juliette vit dans l’instant, elle n’a plus trop le choix depuis qu’elle sait. Elle veut juste profiter au maximum de tout ce que la vie peut lui offrir. C’est son histoire et ses multiples aventures que Victor raconte à un groupe de jeunes filles qui ont connu Juliette à l’hôpital et qui la prennent pour un exemple.

J’ai été très touchée par ce roman d’une grande maturité. La jeune auteure dépeint des personnages à la fois entiers et tout en nuances, chacun avec ses forces et ses faiblesses. Le thème de la maladie est abordé avec beaucoup de pudeur et de finesse. En effet, grâce au choix narratif – l’histoire de Juliette racontée par son meilleur ami – ce n’est pas la mort qui est placée au centre de l’histoire mais la vie car Victor devra avancer, continuer à tracer son propre chemin, quoiqu’il arrive. Ainsi, ce n’est jamais larmoyant. Au contraire, il se dégage de cette histoire un puissant souffle de vie. Si vous avez aimé Nos étoiles contraires de John Green, vous serez conquis par ce roman qui traite de la puissance de l’amitié, l’importance de profiter de la vie, l’entrée dans le monde des adultes et la perte d’un être cher. Gros coup de cœur pour ce récit qui vient tout juste de paraître.

Toxique

17 Jan

Avant de commencer, un grand merci aux éditions Don Quichotte qui m’ont fait parvenir le roman que je vais vous présenter aujourd’hui.

Ariane, Myriam Leroy

ph_couv_159Notre narratrice est une collégienne belge, issue d’une famille modeste qui se rêve bourgeoise. Elle est complexée par ses fesses qu’elle trouve énormes et surtout par son statut social. En effet, ses parents l’ont inscrite dans un établissement privé où l’immense majorité de ses condisciples, très riches, lui font sentir son infériorité. Longtemps exclue par ses pairs, elle finit par se lier d’amitié avec Ariane, une magnifique adolescente, sûre d’elle et dont les parents sont, qui plus est, remarquablement riches. Néanmoins, alors que tout semble les opposer, les deux jeunes filles vont bientôt devenir inséparables. Cette amitié exclusive, dévorante, va se faire aux dépens des camarades qui entourent le duo. En effet, les deux amies s’amusent à persécuter leur entourage, à humilier ceux et celles qu’elles jugent plus faibles qu’elles afin de se mettre en valeur. Ariane agit comme une drogue dure pour la narratrice qui n’a que très peu confiance en elle. Elle n’existe plus que par le prisme de son amie qui l’entraîne toujours plus loin dans ses provocations malsaines. Tout bascule pour elle le jour où Ariane choisit d’intégrer une troisième fille au groupe. L’exclusivité n’est plus de mise, notre narratrice se sent rejetée, la jalousie s’empare d’elle alors qu’Ariane se plaît à la voir et à la faire souffrir. La narratrice ressent alors un vide immense, un manque qu’elle ne peut combler auquel se mêlent haine et fascination pour celle qui va devenir son bourreau…

Ce roman de Myriam Leroy est véritablement hypnotisant. Dès les premières lignes, j’ai été transportée par cette histoire d’amitié toxique entre deux adolescentes. L’auteur dépeint à la perfection le mal-être de la narratrice à laquelle elle s’identifie, le besoin profond de reconnaissance par les pairs, l’abandon d’une identité et d’une réflexion propre pour plaire à la personne aimée, l’état de dépendance à l’autre. Les deux personnages principaux, malgré un traitement qui pourrait sembler, a priori, exagéré, reflète au contraire de manière très réaliste la violence et même la cruauté de ce que peuvent être les relations entre adolescents, une période au cours de laquelle émotions et sentiments sont souvent exacerbés d’autant plus dans l’environnement aussi terne et étouffant de cette petite ville de province. Inutile d’en dire plus, je vous recommande chaudement de roman aux airs de thriller psychologique qui vient tout juste de paraître aux éditions Don Quichotte.

Par delà le temps

1 Déc

Je m’accorde un moment de douceur dans ma série polars avec un magnifique premier roman.

Par un jour de thé gris, Eugénia Jeltikova

cent-mille-milliards-edition-couv-jour-the-grisThéo, jeune élève de CM2, a pour habitude de fréquenter la bibliothèque municipale tous les samedis et tous les mercredis après-midi afin de faire ses devoirs mais également d’effectuer d’innombrables exercices de mathématiques, extraits d’un manuel que lui a remis son père. Loin d’aborder ce travail comme une corvée, l’écolier prend au contraire plaisir à jouer avec les chiffres et imagine avec un bonheur son entrée en 6ème qui lui permettra d’améliorer encore son niveau dans cette discipline qu’il adore.

L’enfant n’est pas le seul à fréquenter assidûment la bibliothèque. Laure, une de ses camarades de classe, en fait tout autant. Pas étonnant qu’ils se disputent la première place en cours ! Quelqu’un d’autre aime aussi à passer son temps auprès des livres. Un « vieux » monsieur vient ainsi tous les jours s’installer à la même table pour consulter des revues et en faire des tas. Au fil des saisons et du temps qui passent, Théo va apprendre à connaitre le vieux et va l’aider, à sa manière, à lutter contre l’Oubli qui semble vouloir le dévorer.

Difficile de décrire l’extrême douceur dégagée par ce roman que je qualifierais presque de conte philosophique. Je me suis laissée emporter dans cet univers étrangement hors du temps alors que le temps qui passe est justement un thème majeur de ce roman. Le temps qui passe et ses conséquences : fin de l’insouciance pour Théo, début de troubles physiques et psychiques pour le vieux. Loin de s’arrêter à cette évocation d’un temps que rien ne peut retenir, l’auteur nous offre une jolie réflexion sur l’amitié inter-générationnelle. A l’heure d’une société dominée par le règne du chacun pour soi, où nos aînés sont assez aisément mis à l’écart, l’histoire de cette amitié discrète mais profonde qui unit un enfant à une personne âgée me semble bienvenue en portant les valeurs positives d’un partage réciproque. Mais outre le sujet, c’est essentiellement le style d’Eugénia Jeltikova  qui m’a transportée. Une écriture d’une infinie délicatesse et d’une poésie exceptionnelle teintée d’une légère mélancolie qui parvient à transmettre aux petites choses de la vie une importance capitale. De coups de gomme sur un cahier à la confection de petits paniers à partir de marrons, tous ces minuscules instants rendus minuscules et presque invisibles dans notre vie toujours plus pressée et « utile », confèrent à ce roman traitant du temps un caractère quasi intemporel. Si vous souhaitez aussi passer un tendre instant de lecture qui vous fera garder confiance en l’être humain, n’hésitez pas à vous offrir Par un jour de thé gris. Coup de cœur.

Je remercie vivement Eugénia et les éditions Cent Mille Milliards pour l’envoi de ce beau roman.

 

Magie poétique des chiffres

27 Oct

Une jolie découverte dans les rayons de la bibliothèque. Littérature japonaise bien sûr !

La formule préférée du professeur, Yoko Ogawa

La narratrice, une jeune aide-ménagère, vient de se faire embaucher chez un ancien mathématicien. Le sexagénaire ne peut en effet réaliser seul les gestes élémentaires du quotidien. Vingt ans plus tôt, le professeur a été victime d’un grave accident de voiture qui a bouleversé sa vie. S’il se souvient de ce qu’a été son existence avant le drame et a conservé intactes ses facultés intellectuelles , depuis, sa mémoire n’excède pas les quatre-vingt minutes.

Tous les matins, l’aide-ménagère doit donc se présenter comme si elle effectuait son premier jour de travail. Mais au fil des jours, à force de patience, un lien va s’établir entre ces deux êtres que tout semblait opposer. Les mathématiques, contre toute attente pour la jeune femme qui a arrêté ses études très tôt et n’a jamais été passionnée par la matière, vont les réunir. Bientôt, à la demande du professeur, la narratrice va lui présenter son fils de dix ans. Ensemble, ils vont découvrir la richesse et la magie des chiffres et redonner un sens à la vie du professeur.

Ceux qui me connaissent savent que je n’ai pas d’appétence particulière pour les mathématiques et même que cette discipline me rebute particulièrement. La force de Yoko Ogawa est justement de conférer à cette discipline une magie insoupçonnée. Grâce aux chiffres, les trois personnages vont se lier d’une amitié indéfectible alors que rien n’aurait laisser présager que la mère et son fils ne puissent entretenir le moindre lien avec un vieillard monomaniaque. Ce roman subtil évoque d’une façon très délicate mêlée d’humour les questions de la mémoire, de la dépendance et des relations humaines intergénérationnelles.Si j’avoue avoir parfois décroché pendant certaines démonstrations mathématiques, j’ai pris un immense plaisir à lire ce roman et à comprendre que cette discipline que j’ai longtemps jugée fastidieuse pouvait aussi receler de la poésie. Cet admirable roman – qui me fait penser au Théorème du perroquet de Guedj (chroniqué ici) – a d’ailleurs reçu de nombreux prix dont celui de la Société des mathématiques pour avoir révélé au lecteur la beauté de cette discipline.

Liens étroits

9 Fév

Dans l’attente depuis quelques jours de nouveaux livres dans ma boîte aux lettres, je fouille dans mes étagères à la recherche de livres courts afin de pouvoir me jeter dans les ouvrages tant attendus.

L’Ami retrouvé, Fred Uhlman

Il est quelque chose de très agréable dans le métier de professeur de lettres : tous les ans, quand vient le moi de mai, les éditeurs envoient quelques spécimens publicitaires. Le plus souvent, il s’agit d’oeuvres grossières rédigées uniquement pour répondre aux programmes. Mais parfois, on a la chance de découvrir des livres bien plus intéressants. Je possédais donc celui-ci depuis bientôt un an, il était plus que temps que je le lise.

L’intrigue se déroule en Allemagne, dans les années 30. Hans, fils d’un médecin juif, suit ses études au lycée. Bon élève, solitaire, il mène une vie tranquille. Un jour, un nouvel élève arrive dans sa classe. Conrad est un jeune comte et appartient à une illustre famille allemande. Les deux garçons vont peu à peu se lier d’amitié.

Le narrateur, Hans, raconte l’histoire d’amitié qu’il a vécu avec Conrad, trente ans plus tôt. Les deux lycéens passaient leur temps à parler littérature, philosophie, à évoquer les filles ou à se montrer leurs collections d’objets anciens. Mais une chose chagrine Hans, Conrad ne semble pas vouloir lui présenter ses parents. Un jour, alors que le jeune comte a ignoré son ami à l’Opéra la veille, Hans lui demande des explications. Il apprendra alors que la mère de Conrad déteste les Juifs et que sa famille admire Hitler. Les parents de Conrad voient donc d’un très mauvais oeil l’amitié de leur fils avec un juif. Si Conrad et Hans restent amis, la montée du nazisme poussent les parents de ce dernier à l’envoyer poursuivre ses études en Amérique.

S’il s’agit d’un récit imaginaire, Fred Uhlman s’est néanmoins largement inspiré de son parcours puisque comme lui, le narrateur est avocat, comme lui, il a été obligé de s’exiler en Amérique à cause du fascisme et a délaissé sa langue maternelle. Ce texte, premier roman de l’auteur, est un hymne à l’amitié plus forte que la pression sociale. Il a fait l’objet d’un film en 1988, réalisé par Jerry Schatzberg.