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Un manga qui a du jus !

15 Août

Après vous avoir parlé de Kimagure Orange Road (KOR), manga coup de cœur de ma jeunesse, j’ai le plaisir de faire la critique d’une autre petite pépite. Il s’agit du manga Orange, dont l’auteur est Ichigo Takano. Paru en 2014, ce manga, édité chez Akata, est un shôjo romantique en 5 tomes.

Orange – volume 1, Ichigo Takano

51bteerbjpl-_sx344_bo1204203200_J’étais tombé sur ce titre lors du dernier salon du Livre à Paris. J’avais ouvert le tome 1 présent sur un stand et fut séduit par le coup de crayon de l’auteure. Je m’étais dit que j’en ferai bien la lecture (et la chronique) un jour. Et ma moitié me fut une belle surprise quelques semaines plus tard en m’offrant l’intégrale, les 5 tomes donc. Après avoir dévoré le premier tome, je vous en propose ici la critique.

Le manga nous présente d’emblée son héroïne : Naho qui est en deuxième année au lycée de Matsumoto, une ville de la préfecture de Nagano. Nous suivons donc cette jeune fille de 16 ans entourée de sa bande d’amis : Azu, Takako, Suwa et Hagita.

Voilà qu’un garçon, venant de Tokyo, intègre son lycée. Le nouveau venu Kakeru, ne laisse pas Naho indifférente et celle-ci tombe vite amoureuse de lui.

Là, on se dit que nous avons affaire à une banale romance. Et bien non, c’est raté. Car il y a quelque chose qui vient pimenter cette intrigue. En effet, dès les premières pages, notre chère Naho reçoit une lettre qu’elle n’ouvre pas tout de suite. Ce n’est qu’en classe qu’elle découvre l’impensable : c’est la Naho du futur qui lui écrit. Agée de 26 ans, elle écrit à elle-même pour lui faire part de ses regrets et des choses que sa version de 16 ans peut changer. Au départ la jeune fille ne croit pas à cela mais sa façon d’écrire et surtout les faits que sa future elle mentionne se réalisent.

Naho a la capacité d’effacer les regrets de sa version future en changeant son présent. Cela va de légers regrets (ne pas avoir joué dans une équipe par exemple) à d’autres plus lourds (ne pas avouer ses sentiments…). Et très rapidement, un enjeu va peser sur les épaules de notre lycéenne car un drame va toucher Kakeru. Va-t-elle suivre les directives de sa version future ? Quid des changements opérés dans le présent par notre héroïne ?

Détail intéressant : quelques passages sont distillés dans ce tome où nous retrouvons nos protagonistes dans le futur, âgés de 26 ans. Ces moments nous permettent de mieux cerner les regrets qui hantent la Naho adulte.

Nous sommes donc dans un shôjo qui sort de la banalité, au même titre que KOR d’ailleurs, que j’évoquais au début de cette chronique. Il y a d’ailleurs quelques points communs entre ces deux œuvres :

  • L’aspect romance : un triangle amoureux.
  • L’aspect science-fiction : ce n’est pas du paranormal certes mais nous avons la thématique du voyage dans le temps (comme dans KOR)
  • Nos protagonistes sont des adolescents de 16 ans.

Le premier mot qui me vient à l’esprit pour définir ce premier tome est : frais. Que ce soit au niveau du dessin, des dialogues ou de l’intrigue, le tout respire la fraicheur. A travers ce premier tome se dessine donc une œuvre singulière, touchante, qui évite l’écueil de la mièvrerie. La simplicité n’est qu’apparence et l’auteur, Ichigo Takano, donne ici de l’épaisseur à ses personnages et de la profondeur à leurs relations. Ce travail laisse donc présager un voyage passionnant. Le lecteur enthousiaste que je suis ne va pas se faire prier pour dévorer la suite. Décidément, ce petit jus frais fait du bien mais n’a pas encore étanché ma soif… Wait and see !

Défaire ses chaînes

23 Avr

Aujourd’hui, je vais vous présenter un petit livre à mettre entre toutes les mains, enfants comme adultes, il ravira tous les lecteurs.

Le chevalier à l’armure rouillée, Robert Fisher

le-chevalier-a-l-armure-rouilleeDans un passé lointain, un valeureux chevalier qui se trouvait « bon, gentil et plein d’amour » combattait les méchants, tuait des dragons et sauvait les demoiselles en détresse. Lorsqu’il n’avait pas de bataille à livrer, il vivait dans son château avec sa femme Juliette et son fils Christophe. Il passait aussi énormément de temps à contempler et à s’occuper de son armure, jusqu’au jour où il décida de ne plus la retirer, même pour manger ou aller dormir. Sa femme lui fit remarquer que vivre avec un époux sans cesse caché derrière une armure n’était vraiment pas agréable. Son fils ne savait même plus à quoi ressemblait son père sans sa protection d’acier ! L’ambiance dans la famille ne cessait de se détériorer jusqu’au jour où Juliette lança un ultimatum : soit il la choisissait elle, soit il choisissait son armure. Bien que le chevalier préférât sa femme et voulût se défaire de son armure, il ne parvint pas à la retirer. Il resta misérablement coincé à l’intérieur…

Pour se défaire de ce qui était pour lui devenu une prison, il partit en quête du magicien Merlin, afin qu’il l’aide dans son cheminement. Seule la réelle connaissance de lui-même lui permettrait de se défaire de cette armure qui l’empêchait de se montrer tel qu’il était vraiment. Bien entendu, la quête de sa véritable identité ne se fera pas sans heurts mais l’enjeu vaudra toutes les peines du monde et il sera accompagné dans ce parcours initiatique par des auxiliaires très sages et bienveillants.

Ce Chevalier à l’armure rouillée est une véritable petite pépite. Conte philosophique à la portée de tous, dans la lignée du Petit Prince de Saint-Exupéry, il peut se lire et se relire à tous les âges de la vie selon des axes différents. Il permet une réflexion d’une grande richesse sur ce qui fait notre identité, sur les prisons internes que l’on peut se construire en croyant se protéger mais qui ne font en réalité que nous éloigner de notre véritable identité. Réflexion également sur le rôle attribué au regard de l’autre – à qui nous cherchons à plaire – bien souvent à l’origine de la construction de cette carapace qui finit par nous étouffer et effacer notre personnalité. A l’image du prisonnier de la caverne de l’allégorie de Platon, notre chevalier devra surmonter différentes étapes, symbolisées par le Chemin de la Vérité, les Châteaux du Silence, de la Connaissance et de la Volonté et de l’Audace, pour parvenir au but ultime du Sommet de la Vérité, et se libérer de ses chaînes en se trouvant enfin. Et ce n’est qu’en se connaissant et en s’aimant lui-même qu’il pourra porter un amour sincère à ses proches et aider ceux qui pourraient avoir besoin de lui : « Il pleura encore plus amèrement en se rendant compte que s’il ne s’aimait pas lui-même, il ne pouvait pas aimer les autres, car le besoin qu’il avait d’eux se mettrait toujours en travers ». Ce ne sera qu’en prenant conscience de ses erreurs et en ayant suffisamment confiance en lui qu’il pourra se jeter dans l’inconnu, ne plus avoir peur du jugement et se sentir complètement libre et lui-même. Nul besoin de détailler davantage ce chef-d’oeuvre à la portée universelle, accessible à tous et plein d’humour. Je vous laisse le savourer et sans doute vous y trouver. Coup de cœur !

Romance made in Japan

14 Fév

La cité des mensonges

18 Déc

Le Japon. Ce pays qui me fait tant rêver ! Pourtant, ce n’est ni un nouveau Murakami que je vous propose aujourd’hui ni même un autre auteur nippon mais le roman d’une française qui a vécu 10 ans au pays du soleil levant.

Kabukicho, Dominique Sylvain

b9dc839a8b7e576590ec5b003a021fcaKabukicho, c’est le nom du quartier le plus sulfureux de Tokyo. Aucun intérêt de s’y rendre en journée car c’est la nuit que Kabuchiko s’éveille, illuminée par les néons des bars et love hôtels où les hôtesses et les hôtes se succèdent auprès de clients en quête d’estime. C’est dans ce royaume de l’alcool, de la drogue, du sexe et de l’argent facile gagné à coups de conversations creuses et de compliments tarifés que l’on fait la connaissance de Marie, une jeune française, qui voit fondre ses économies à vue d’œil. Un soir, dans un pub pour expatriés, elle rencontre Kate, une anglaise, réputée pour être l’hôtesse la plus populaire du club Gaïa – un établissement « à l’ancienne », où coucher avec les clients n’est pas obligatoire. Kate propose à Marie de venir travailler avec elle afin de se remplir les poches rapidement. Les deux jeunes femmes qui se lient d’amitié décident de devenir colocataires pour partager les frais de logement.

Un soir, alors que Marie se rend au club pour travailler, la patronne s’étonne de ne pas voir Kate. La française se montre inquiète également. Le lendemain, le père de Kate reçoit une photo de sa fille, allongée, les yeux clos, accompagnée d’un sinistre message : « Elle dort ici« . Inquiet, il prend le premier vol pour le Japon, bien décidé à faire la lumière sur ce mystère et surtout à retrouver sa fille.

La disparition inquiétante de la jeune occidentale est bien évidemment très vite parvenue aux oreilles de l’inspecteur Yamada, le capitaine du commissariat de l’arrondissement de Shinjuku. Cette histoire de photo envoyée au père de la disparue et le texte joint lui laisse un vilain arrière-goût de déjà vu. Exactement le même procédé qu’un tueur en série qui a mis la police japonaise en déroute pendant des années… avant d’être arrêté, condamné à mort et exécuté… A-t-on à faire à un admirateur ? Dans ce cas, le pire est à prévoir. Rapidement, les enquêteurs soupçonnent le bel et intrigant Yudai, l’hôte le plus convoité de Kabukicho, qui avait justement rendez-vous avec Kate, le soir de sa disparition…

Voilà longtemps que je n’avais pas lu un roman aussi rapidement ! Dominique Sylvain m’a littéralement transportée dans les rues artificielles de Kabukicho grâce à une intrigue extrêmement bien ficelée mêlant intrigue policière, amour, quête identitaire et étude sociologique que le regard des trois personnages principaux vient éclairer sous des angles différents. Chaque chapitre met en avant tour à tour Marie, Yudai et Yamada autour desquels gravitent une myriade de seconds rôles finement travaillés, permettant au lecteur de se plonger davantage dans cet entre-deux mondes qu’est le quartier des plaisirs tokyoïte. Si le lecteur attentif parvient assez facilement à dénouer les fils de cet imbroglio, il n’en sera pas moins conquis par la toile d’araignée tissée par l’auteur. Le suspens est présent du début à la fin et je me suis surprise à être épatée par la maîtrise avec laquelle l’écrivain est parvenu à mettre en scène la folie d’un personnage. Du grand art ! Merci aux éditions Viviane Hamy qui m’ont permis de découvrir cette pépite ! Coup de cœur !

 

Amour, toujours ?

12 Nov

Entre deux romans noirs, voici un livre dont le thème est bien plus léger. Parlons donc un peu d’amour plutôt que de meurtres en ces temps moroses.

J’ai bien dit l’amour, Danièle Sastre

004427433La narratrice, auteure, évoque, dans une première partie de son livre, sa réflexion sur ce qu’est l’amour après soixante ans. Quel genre de relation peut-on entretenir à cet âge de la vie ? Peut-on encore rencontrer l’amour ? Que va-t-il arriver ? Autant de questions auxquelles la narratrice essaie d’apporter des réponses. Au fil de ses interrogations, lui reviennent les souvenirs de ses amours passées et des livres qui ont jalonné sa vie, des livres qui ont eu un impact sur les personnes qui ont partagé sa vie de près ou de loin. Puis, l’écrivain veut attaquer son roman, quitter l’emploi du « je » pour accorder du temps aux autres personnages, mais les souvenirs amoureux refont surface, aboutissant au récit d’un voyage effectué dans sa jeunesse avec un amant. Enfin, nous quittons Danièle pour Félix, la soixantaine passée, qui évoque sa relation actuelle avec une trentenaire et sa crainte permanente de se retrouver seul du jour au lendemain.

J’ai lu ce livre en fil rouge, en parallèle avec ma lecture du moment – un polar dont je vous donnerai bientôt des nouvelles ! – car, après l’avoir commencé comme n’importe quel roman, je me suis aperçue qu’il s’agissait bien davantage d’une méditation sur le sujet de l’amour après 60 ans. On retrouve donc ici une démarche quasi philosophique – en tout état de cause, l’auteure est philosophe – avec une réflexion portant aussi bien sur le sentiment amoureux que sur notre évolution en tant qu’individu et notre rapport aux autres à chaque étape de notre vie.

J’ai apprécié le style de l’auteure, fait de petites touches qui finissent par composer à la manière d’un impressionniste en tableau que chacun peut admirer avec son propre regard. Pas forcément facile d’accès pour ce qui pourrait apparaître comme décousu, j’ai pour ma part savouré ce récit entre roman, autobiographie et essai. Un grand merci à Danièle Sastre et aux éditions L’Harmattan pour ce joli moment de lecture.

 

Seconde vie

19 Août

Je remercie très chaleureusement mon amie Alexandra qui décidément ne se trompe jamais dans ses choix !

Eh bien dansons maintenant !, Karine Lambert

9782709656641-001-x_0Marguerite, 78 ans, viens de perdre son époux Henri après 55 ans et 17 jours d’une vie commune ennuyeuse à mourir. Marguerite, restée corsetée toutes ces années dans l’ombre de ce notaire aussi débordant de vie qu’une horloge arrêtée, n’a jamais eu le bonheur de vivre et d’aimer pleinement. Bien sûr, elle a eu un fils, Frédéric, mais Henri l’a envoyé en pension dès l’âge de 6 ans et le petit, en grandissant, est devenu aussi rigide que son géniteur. Alors qu’elle devrait, selon toute convenance, pleurer son mari, Marguerite se sent étrangement libérée et éprise de liberté en même temps que complètement perdue de se retrouver seule. Et c’est étonnée de ce soudain désir d’émancipation qu’elle accepte la proposition de son médecin qui veut l’envoyer en cure dans les Pyrénées.

Marcel a vécu le grand amour avec une amie d’enfance. Tous les deux, ils ont mené une vie enjouée qui sur fond de la musique chaâbi qui a bercé leur enfance en Algérie. Mais depuis un an, depuis le décès de Nora qui était tout pour lui, le retraité est complètement anéanti. Il passe ses journées à déprimer et les doux moments passés avec sa femme jusqu’au jour où il a appris sa mort. Sa fille décide de lui offrir une thalassothérapie afin de lui remonter le moral. Marcel refuse catégoriquement. Il finira tout de même par troquer le cadeau contre une cure…

Vous l’aurez compris, Marguerite et Marcel vont finir par se rencontrer. Et ces deux êtres que tout semblait opposer – elle si réservée, lui extraverti – vont peu à peu se rapprocher. Alors qu’ils sont au crépuscule de leur vie, laisseront-ils leurs sentiments prendre le dessus et retrouver la joie et l’insouciance de l’amour ?

Inutile dire que j’ai adoré ! Je ne suis pourtant pas fan des romans à l’eau de rose mais cette histoire d’amour naissant entre deux personnes âgées, destinées ou presque après leur veuvage de rester seules à attendre la mort, m’a vraiment plu. L’intrigue est traitée avec justesse et finesse, tout en retenue par l’auteure de L’immeuble des femmes qui ont renoncé aux hommes. Et surtout, il s’agit d’un roman bourré d’humour. Karine Lambert va loin dans la caricature du notaire étriqué qui oblige sa femme à le vouvoyer et dans celle de son fils qui, en digne héritier, veut continuer à régenter la vie de sa mère la croyant incapable de mener une existence autonome et épanouie après la mort de son mari.

La romancière s’amuse des clichés, de ces deux vieux se retrouvant dans une cure avec d’autres vieux alors qu’ils ne se trouvent pas si vieux, de leurs enfants qui se comportent comme s’ils étaient les parents d’adolescents, terrifiés de les savoir monter dans la voiture d’un inconnu pour fuguer en bord de mer. On sourit et on rit de situations plus que cocasses. Mais malgré l’humour omniprésent, nous sommes touchés, émus par les sentiments naissants entre ces deux êtres qui se sentent au bout de leur vie. Deux êtres que le temps cherche à séparer. Deux êtres épris d’un amour rendu quasi impossible non seulement par ce temps dévorant mais aussi par le regard de la société qui n’admet pas qu’après la mort, une seconde vie est possible. Un regard presque méprisant d’une société vis-à-vis d’un troisième et quatrième âge déconsidérés alors que ces personnes ont encore tant de choses à vivre.

 

Book power !

13 Juil

Encore un grand merci à celle qui m’a offert ce livre !

La bibliothèque des cœurs cabossés, Katarina Bivald

1507-1Sara, jeune suédoise de 28 ans, qui vient de se faire licencier de la librairie où elle a toujours exercé son métier avec passion, débarque un beau jour à Broken Wheel, une bourgade perdue et dépeuplée de l’Iowa. Elle est censée rejoindre là-bas une vieille dame avec qui elle correspond et échange des livres depuis des années, Amy. Sauf qu’à son arrivée aux Etats-Unis, Amy est morte et Sara arrive précisément chez elle pour ses funérailles. Censée passer deux mois en compagnie de la défunte, la libraire suédoise ne sait trop comment réagir : partir ou rester ? Après quelques jours de réflexions et avoir fait la connaissance de certaines figures incontournables de la ville – étranges mais attachantes – Sara décide de rester. Mais elle tient vraiment à trouver une activité et surtout à remercier les habitants qui s’évertuent à lui rendre tous les services possibles sans jamais lui demander de payer. Bientôt, elle va trouver une idée géniale qui lui permettra d’assouvir sa passion des livres tout en rendant hommage à celle qui aurait dû être son hôtesse et en tentant de redynamiser le village.

Je vous ai présenté il y a quelques semaines le nouveau roman de Katarina Bivald, Le jour où Anita envoya tout balader. Après avoir adoré ce livre, j’avais vraiment envie de découvrir le premier roman qui a fait connaître son auteure et qui est devenu un véritable succès de librairie.

Dans cet ouvrage, l’un des principaux personnage sont les livres. Et ce n’est pas pour rien. Bivald a très longtemps été libraire, et son amour des livres et de son métier transparaît tout au long de ce premier roman. Et pour un coup d’essai, c’est une véritable réussite ! Les personnages – qu’ils soient principaux ou secondaires – sont tous dépeints avec une finesse étonnantes. Si chacun a son propre caractère, les esprits évoluent au fur et à mesure de la progression de l’intrigue, certains allant même agir quasiment à l’encontre de ce qu’ils pensaient être leurs principes fondateurs. Je ne suis pas particulièrement sentimentale et ne me tourne pas habituellement vers des histoires joyeuses mais contre toute attente, ce qui m’a plu dans ce roman, c’est justement qu’il respire le bonheur, la joie de vivre. Sans mièvrerie. En révélant les qualités et les défauts de chacun. En soulignant la nécessité d’écouter son cœur, de croire en ses rêves, de ne jamais y renoncer. De mener le chemin qui nous fait nous sentir bien, quoi que puissent en penser l’entourage. Et le plus important, de prendre confiance en soi. Un gros coup de cœur pour ce roman qui sous son apparente légèreté nous apporte une jolie leçon de vie le tout avec une légère pointe d’humour et d’autodérision.

Petit extrait :

« Elle s’était contentée de la sécurité des rambardes toute sa vie, et pour la première fois, elle était au bord du précipice et tâtonnait à l’aveugle, consciente qu’il existait d’autres manières de vivre bien plus intenses et grandioses.

Elle réagissait devant cette prise de conscience comme elle aurait réagi devant un véritable abîme. Elle éprouvait du vertige et une violente envie de sauter, peu importaient les conséquences. »

Amants maudits

17 Juin

Je remercie vivement les éditions Syros pour l’envoi de ce roman.

Les amants du génome, Johan Heliot

004014388Dans un futur proche, Irdiss et son petit ami Orphée sont à la fois nerveux et surexcités. Ils doivent bientôt se présenter à la sélection qui sanctionne la fin de leurs études au lycée et qui permettra aux deux meilleurs élèves de la promotion d’intégrer l’Enclave, un petit paradis qui recrute les élèves les plus doués afin de chercher des solutions pour sauver la planète qui se dégrade de plus en plus vite : surpollution, détresse sociale…

A la fin des épreuves, les amoureux sont persuadés d’avoir très bien réussi. Mais qu’elle n’est pas la déception d’Irdiss lorsqu’elle apprend qu’elle n’est pas sélectionnée mais que c’est Yaelle, la meilleure amie d’Orphée, qui ira avec lui à sa place dans l’Enclave. Irdiss, elle, sera dégradée au plus bas de l’échelon social après que son père a tenté de soudoyer des membres de l’Enclave pour y faire entrer sa fille.

Alors que les amants souffrent de leur séparation de part et d’autre de la bulle protectrice de l’Enclave, qui préserve un air sain pour ses habitants, Orphée se porte volontaire pour tester le traitement de Vie Augmentée qui permettra de retarder le vieillissement et améliorera les capacités physiques et intellectuelles de ceux qui l’auront reçu. Mais dans le reste du monde, la colère grimpe chez les ouvriers qui voient leurs conditions de vie se dégrader de jour en jour tandis que les rares élus de l’Enclave savourent pleinement leur réussite…

Ce récit futuriste qui commence presque comme une utopie avec une ville idéale peuplée des plus grands esprits de l’époque sensés aider le reste de la planète tourne vite à la dystopie. En effet, l’auteur décrit un monde clivé entre quelques rares élus vivant au sein de l’Enclave, un havre paradisiaque, qui peuvent profiter de toutes les richesses et de la santé alors que le reste de l’humanité est voué à travailler dans des conditions horribles en suffoquant sous le permasmog, un épais brouillard de pollution qui recouvre les villes d’Europolis devenues l’enfer sur terre. A la critique de cette société à deux vitesses qui n’est qu’une représentation de notre monde actuel, s’ajoute celle de problèmes éthiques tels que le transhumanisme et l’eugénisme intellectuel (on pensera au film Bienvenue à Gattaca). Les questions de la vie augmentée ne tarderont pas à se poser à nous et malheureusement, comme beaucoup de nouvelles découvertes, seuls les plus fortunés pourront y avoir accès. Le roman pose aussi la question des risques associés à ces découvertes. Sont-elles réellement des avancées pour l’homme ?

Enfin, si c’est bien évidemment le côté science-fiction qui a surtout retenu mon attention, cette histoire d’amour impossible (on reconnaîtra l’allusion à peine déguisée au mythe d’Orphée et d’Eurydice) est parfaitement menée en alternant le récit de chacun des amants pour lesquels le temps s’écoule d’une manière bien différente. On retrouve tous les éléments de la tragédie avec des personnages contraints à la séparation et à des choix cornéliens, sans toutefois verser dans le larmoyant.

Pour conclure, Les amants du génome est un passionnant récit de science-fiction qui ravira les adolescents comme leur parents. Je le conseille !

La femme à la moto

10 Juin

Je ne sais plus quels mots employer pour remercier la charmante petite fée qui me couvre de livres…

Le jour où Anita envoya tout balader, Katarina Bivald

product_9782207130476_195x320Anita, 38 ans, mère célibataire, employée dans le supermarché local, voit sa vie s’effondrer le jour où sa fille Emma quitte le foyer pour partir faire ses études à l’université. Effectivement, elle vient de passer les 19 dernières années de sa vie à tout mettre en oeuvre pour l’élever au mieux et là, elle se rend compte du jour au lendemain que sans sa fille, il ne lui reste rien. Dans un premier temps, après avoir compté les jours jusqu’au retour d’Emma et nettoyé de fond en comble son appartement, elle ne sait vraiment pas comment occuper son temps libre. Heureusement, sa meilleure amie Pia et Nesrin, une collègue de l’âge de sa fille, vont l’aider à trouver des idées pour ne plus s’ennuyer. Forcément, elles ne sont pas vraiment au goût d’Anita mais elles ont au moins le mérite de réveiller un vieux rêve d’adolescence : apprendre à faire de la moto. Le jour où Anita se décide à pousser la porte de la moto-école, sa vie va radicalement changer. Encore plus quand elle va rencontrer son moniteur, Lukas aussi séduisant que mystérieux. A côté de ses cours de moto, Anita va se voir confier bien malgré elle l’organisation de la Journée de la Ville, une fête désuète qui n’intéresse personne. Bref, à l’approche de la quarantaine, la célibataire ne va bientôt plus disposer d’un moment à elle. Mais est-elle bien prête à tous ces bouleversements ?

J’ai littéralement dévoré ce roman enjoué qui m’a donné le sourire d’un bout à l’autre. Je n’avais entendu que du bien à propos du premier roman de Bivald La bibliothèque des cœurs cabossés (présent dans ma PAL grâce à ma petite fée, qui fera donc partie de mes lectures estivales), je ne suis absolument pas déçue par celui-ci qui m’a fait passer un doux moment de bonheur littéraire. Si l’ensemble se veut plutôt léger et badin, des questions profondes sont abordées : est-il possible de changer de vie du jour au lendemain ? notre chemin est-il tout tracé ? avons-nous le droit de mettre de la folie dans notre vie quitte à y laisser quelques plumes ? n’est-il pas préférable de rester dans son train-train quotidien par facilité au risque de ne jamais connaître véritablement le bonheur ? Au trois premières questions, ce roman répond par un grand oui contre un énorme non à la dernière. Cette jeune mère saura vous prouver qu’on peut toujours choisir de changer notre vie, à n’importe quel âge, quelque soit les risques à prendre. Parce que le plus gros des riques n’est-il pas de passer le restant de ses jours à s’ennuyer par confort ? Un livre qui me parle forcément particulièrement en ce moment pour ceux qui me connaissent. Je vous conseille donc fortement ce livre qui éclaircira votre été. Tous les personnages principaux comme secondaires sont parfaitement dépeints, les dialogues s’enchaînent avec justesse et humour de sorte qu’on ne voit absolument pas le temps passé. Coup de cœur !

Soir d’orage

25 Mai

Je remercie à nouveau celle qui sait si bien me comprendre et m’a offert ce livre.

On regrettera plus tard, Agnès Ledig

on-regrettera-plus-tardUn soir d’orage, Valentine, une institutrice célibataire, est à la fois surprise et apeurée d’entendre frapper à sa porte. Munie d’une poêle – au cas où elle aurait affaire à un dangereux maniaque – elle se décide néanmoins à aller ouvrir. Elle se retrouve alors nez à nez avec un homme tenant une petite fille dans ses bras.

Eric et sa fille Anna Nina parcourent les routes de France depuis bientôt sept ans dans une roulotte. Il s’agit d’un choix de vie pour ce père qui a perdu sa femme lors de son accouchement. Depuis, il vit solitaire avec sa fille qu’il élève de son mieux mais en la tenant à l’écart de la société. En frappant à la porte de cette inconnue un soir d’orage, il ne sait pas encore à quel point sa vie et celle de sa petite vont s’en trouver bouleversées.

Malgré une rencontre plus qu’agréable avec l’auteure l’an dernier, je n’avais encore jamais eu l’occasion de lire un roman d’Agnès Ledig. C’est désormais chose faite et je suis heureuse d’avoir retrouvé dans ces lignes toute la chaleur et la générosité de la femme avec qui j’ai partagé une soirée. Par le biais de ses personnages adultes tous écorchés par des sentiments qu’ils maîtrisent mal, envahis par un passé qui les fait agir à contre-courant de ce qu’ils sont en réalité, l’auteure nous invite à réfléchir sur les émotions qui nous gouvernent, sur la provenance parfois ancrée très profondément d’une sensibilité qui nous fait nous comporter à l’opposé de ce qui serait bon pour nous. Le personnage de la fillette plus que mature pour son âge permet un regard critique extérieur, dénué de tout jugement moral ou social. Il apporte la fraîcheur nécessaire à une remise en question d’un ordre de vie qui semble établi depuis une éternité et impossible à modifier. Alors qu’en réalité, nous avons tous le pouvoir de choisir quel sens doit prendre notre vie et d’opérer des changements dans le chemin auquel nous pensions être prédestiné. Coup de cœur !