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En quête de soi

7 Mar

Je remercie les éditions Flammarion qui me permettent de vous faire découvrir ce roman en avant-première.

Le Chercheur, Lars Mulh

unnamedLars Mulh est un musicien et auteur danois de renommée internationale. Après quelques années d’une vie d’artiste qui ne le satisfait pas pleinement, il prend conscience que sa voie n’est pas celle du star-system. Il va alors chercher ce pour quoi sa vie est vraiment faite.

Double voyage et double temporalité, Le Chercheur mêle en effet le récit de la première rencontre de l’auteur avec celui qu’il nomme le Voyant, sorte de guide spirituel, et celui du trajet qu’il effectue du Danemark au sud de l’Espagne en train pour achever son initiation avec le Voyant. Ce dernier est celui qui lui a permis d’effectuer les premiers pas sur le chemin de sa véritable identité lorsqu’ils se sont rencontrés à Montségur.

Le Chercheur, premier tome de la trilogie O’Manuscrit, déjà traduit en huit langues, est un roman initiatique à la fois autobiographique et fictionnel. Si j’avoue avoir d’emblée été attirée par le thème de la quête spirituelle et identitaire et avoir réellement été conquise par les premières pages, mon enthousiasme s’est quelque peu relâché par la suite. En effet, si le début du roman est assez entraînant et aiguise la curiosité vis-à-vis des personnages principaux, l’auteur ne soutient pas la cadence et le récit devient un peu poussif. C’est dommage car sur le fond, Lars Mulh propose une réflexion intéressante sur la vie bien que certaines conceptions se révèlent un peu trop new-age à mon goût. J’ai, par exemple, bien aimé ce passage dans lequel le Voyant charge des pierres dans le sac à dos du narrateur. Chacune symbolise un défaut, une angoisse… :

« Mon fardeau ne cessait de gagner en réalité. Je penchais tant en avant à présent que j’en vins presque à ramper. Je transpirais abondamment. Comme le Voyant l’avait promis, j’éprouvais désormais physiquement tout les poids psychologiques de ma vie. Parce que je les emportais sur la montagne, chaque défaut, chaque doute et chaque projection acquérait une réalité qui me forçait à les contempler. Parce qu’ils sciaient assez littéralement mes épaules, courbaient mon dos, faisaient vaciller mes jambes, il était impossible désormais de les refouler. Et tandis que je rampais, je commençais à comprendre la signification de cette tâche en apparence vaine. Je me sentis soudain responsable de toutes ces maladies. »

Voilà pour ce petit extrait qui me semble assez représentatif du message que souhaite apporter l’auteur : pour mener une vie plus apaisée, il faut ouvrir les yeux sur tout ce qui vient nous alourdir au quotidien, en prendre réellement conscience avant de parvenir à nous en libérer pour gagner en sérénité. Un livre à découvrir pour les amateurs de récits de vie et de spiritualité.

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Amour, toujours ?

12 Nov

Entre deux romans noirs, voici un livre dont le thème est bien plus léger. Parlons donc un peu d’amour plutôt que de meurtres en ces temps moroses.

J’ai bien dit l’amour, Danièle Sastre

004427433La narratrice, auteure, évoque, dans une première partie de son livre, sa réflexion sur ce qu’est l’amour après soixante ans. Quel genre de relation peut-on entretenir à cet âge de la vie ? Peut-on encore rencontrer l’amour ? Que va-t-il arriver ? Autant de questions auxquelles la narratrice essaie d’apporter des réponses. Au fil de ses interrogations, lui reviennent les souvenirs de ses amours passées et des livres qui ont jalonné sa vie, des livres qui ont eu un impact sur les personnes qui ont partagé sa vie de près ou de loin. Puis, l’écrivain veut attaquer son roman, quitter l’emploi du « je » pour accorder du temps aux autres personnages, mais les souvenirs amoureux refont surface, aboutissant au récit d’un voyage effectué dans sa jeunesse avec un amant. Enfin, nous quittons Danièle pour Félix, la soixantaine passée, qui évoque sa relation actuelle avec une trentenaire et sa crainte permanente de se retrouver seul du jour au lendemain.

J’ai lu ce livre en fil rouge, en parallèle avec ma lecture du moment – un polar dont je vous donnerai bientôt des nouvelles ! – car, après l’avoir commencé comme n’importe quel roman, je me suis aperçue qu’il s’agissait bien davantage d’une méditation sur le sujet de l’amour après 60 ans. On retrouve donc ici une démarche quasi philosophique – en tout état de cause, l’auteure est philosophe – avec une réflexion portant aussi bien sur le sentiment amoureux que sur notre évolution en tant qu’individu et notre rapport aux autres à chaque étape de notre vie.

J’ai apprécié le style de l’auteure, fait de petites touches qui finissent par composer à la manière d’un impressionniste en tableau que chacun peut admirer avec son propre regard. Pas forcément facile d’accès pour ce qui pourrait apparaître comme décousu, j’ai pour ma part savouré ce récit entre roman, autobiographie et essai. Un grand merci à Danièle Sastre et aux éditions L’Harmattan pour ce joli moment de lecture.

 

Champagne !

13 Sep

Qui dit rentrée dit Nothomb. En attendant de pouvoir déguster le millésime 2016, Riquet à la houppe, j’ai goûté à la cuvée 2014.

Pétronille, Amélie Nothomb

telechargement-1Amélie adore le champagne. Elle se plaît à savourer la finesse pétillante de sa boisson préférée à toute occasion, recherchant son ivresse bienfaisante. Après avoir rompu un jeûne de 36 heures avec un veuve-cliquot et avoir ainsi pu profiter d’une expérience sensorielle extatique, l’auteur belge décide de se mettre en quête d’une personne avec qui elle pourrait partager de tels états de transe. Après des recherches infructueuses, elle va jeter son dévolu sur Pétronille Fanto, jeune androgyne prolétaire amatrice de grands crus.

S’il était déjà de notoriété publique avant la parution de ce roman qu’Amélie Nothomb consommait énormément de champagne, l’auteur confirme ici ses goûts en matière d’alcool. Toutefois, le roman ne se résume pas à évoquer la divine boisson. Hautement autobiographique, Amélie dévoile ici quelques parcelles de son quotidien voire de son intimité. Elle en profite surtout pour pratiquer l’autodérision en se moquant de ses extravagantes tenues par exemple et évoquer en filigrane une quête permanente de la sensation d’exister, recherche qui l’a poussée maintes fois à se mettre en danger.

Si ce roman autobiographique est agréable à lire et divertissant, il est loin, bien loin d’atteindre le niveau des brillants Catilinaires ou Hygiène de l’assassin. J’attendais bien mieux de cet opus. Amélie joue la facilité et c’est bien dommage. Distrayant mais à consommer avec modération.

 

Une vie à réécrire

2 Fév

Et encore une nouveauté au CDI !

Patients, Grand Corps Malade

Grand Corps Malade, le désormais très célèbre slameur, n’a pas toujours été handicapé. Celui qui se nomme en réalité Fabien Marsaud nous raconte comment sa vie a basculé du jour au lendemain après un « bête » accident. En effet, quelques jours avant ses 20 ans, alors qu’il s’amuse au bord d’une piscine avec de amis, Fabien plonge et sa tête se cogne au fond de ladite piscine trop peu remplie. Ce jour-là, Fabien aurait pu rester au fond de l’eau. La vie en a décidé autrement.

Le jeune homme – qui se destinait à devenir professeur de sport – survit à l’accident. Mais dans quel état ! Dans le service de réanimation qui l’accueille, les pronostiques des médecins ne sont pas favorables. On dit à ses parents qu’il ne remarchera jamais. Le jeune homme, une fois hors de danger, est néanmoins transféré dans un centre de rééducation spécialisé dans les para et tétraplégies. Là-bas, il va devoir peu à peu à apprivoiser son nouveau corps affaibli et complètement repenser sa vie future.

L’ouvrage s’ouvre sur deux textes de slam « Sixième sens » et « Je dors sur mes deux oreilles » très percutants, poignants et d’une grande poésie. Ces préambules – ainsi que la quatrième de couverture – laissaient augurer une excellente prose. J’ai été déçue sur ce point. La langue est courante, très souvent parlée voire quelque fois familière. Malgré quelques formules choc très imagées telles que « Quand tu es dépendant des autres pour le moindre geste, il faut être pote avec la grande aiguille de l’horloge. La patience est un art qui s’apprend patiemment », je n’ai pas retrouvé ce qui fait la beauté des textes en vers. Dommage. De même, l’écriture peut sembler distante. Mais là, je crois qu’il ne pouvait pas en être autrement. Fabien raconte à la première personne l’histoire d’un corps qu’il ne connait plus, qui n’est plus vraiment le sien. Les sentiments sont parfois difficiles à déceler derrière les actes mais ils sont bien présents en filigrane.

Pour le fond, voilà donc un récit coup de poing, qui témoigne avec des mots simples, sans prendre de pincettes ce qui fait le quotidien des grands paralysés en centre de rééducation. Fabien nous raconte tout : du fait de devoir regarder le plafond pendant des jours, de ne pas pouvoir changer le programme de la télé et de supporter des programmes stupides toute la journée, de ne pas pouvoir « aller à la selle » tout seul… tout ce qui fait que le quotidien peut vite devenir insupportable lorsque l’on a pas d’autre choix que de rester scotcher à son lit. Ensuite, vient le temps de la découverte de ce nouveau corps, malade, qui réagit bien trop mal à ce qu’on lui demande. Et encore, Fabien, dans son malheur a de la chance. Après quelques mois au centre, on lui apprend qu’il pourra remarcher. Difficilement, avec des béquilles. Non, il ne pourra plus courir ni envisager de carrière sportive. Oui, bien sûr, cette nouvelle l’accable à un point indescriptible. Mais lui pourra remarcher. Contrairement à la majorité de ses compagnons de galère – des jeunes pour la plupart accidentés de la route – qui eux demeureront collés à leur fauteuil le restant de leurs jours. J’ai eu bien du mal à lâcher le livre (que j’ai lu quasiment d’une traite) tant j’avais envie de savoir comment l’auteur avait pu surmonter tout cela. Bien évidemment, je savais que ça se terminait plutôt bien, mais j’avais envie de connaitre les différentes étapes psychiques par lesquelles il était passé : incrédulité, espoir, abattement, espoir de nouveau… Il faut une sacrée de courage et une force de caractère hors norme pour conserver un moral d’acier dans de telles conditions et dépasser justement sa condition. Une très belle leçon de vie, à méditer !

Out of Africa

28 Jan

Petite pépite dans les rayons du CDI.

L’enfant noir, Camara Laye

Notre enfant noir est l’aînée d’une famille africaine. Il vit en Haute-Guinée et occupe ses journées à se rendre à l’école et observer son père forgeron. Sa destinée semble toute tracée : prendre la relève à la forge et perpétuer les traditions de sa caste au sein de son village. Toutefois, notre ami n’entend pas se contenter du parcours prévu par ses parents. Bon élève, il se rend à la ville, à Conakry chez un oncle pour poursuivre ses études. Il parviendra à obtenir son CAP, chose rare pour un enfant noir de la campagne à cette époque. dès lors, d’autres horizons, plus lointains, s’offriront à lui. Mais parviendra-t-il à faire accepter ses choix à ses parents, à sa mère surtout pour laquelle son fils aîné compte plus que tout ?

Camara Laye livre un récit personnel riche de ses années d’enfance et d’adolescence. Il parvient, grâce à un langage simple mais emprunt de poésie, à transporter son lecteur dans ce petit village d’Afrique. On retrouve évidemment les griots, les marabouts, les bêtes sauvages, les légendes le tout au rythme des tam-tams. tout ce qui fait l’Afrique dans notre imaginaire. Cependant, l’auteur ne nous donne pas une vision idéalisée de son enfance. Au contraire, il raconte la maltraitance scolaire (les grands qui rackettent et maltraitent les plus petits sans que les instituteurs n’interviennent), l’injustice sociale et raciale aussi (Camara n’a accès qu’à un collège technologique à Conakry – qui destine ses élèves à devenir ouvriers -, il ne peut se rendre au collège général qui donne un passeport pour des études longues à Dakar), les différents rites de passage (de la simple veillée terrifiante avec des jeunes hommes qui imitent des cris de bêtes féroces à la terrible cérémonie de la circoncision). Dans cette autobiographie, Camara délivre aussi un message d’amour à sa mère, une femme influente dans le village, très aimante, mais qui ne comprend pas pourquoi son fils veut absolument partir vivre sa vie loin d’elle.

Camara Laye finira par devenir ingénieur en France et publiera ce premier livre en 1953. Pourtant, le texte n’a absolument pas vieilli, chacun peut s’y reconnaître, parce que d’une manière ou d’une autre, nous avons tous à franchir des étapes plus ou moins difficiles pour grandir. Je recommande particulièrement ce livre à mes 3èmes.

Racines

19 Sep

Chaque année, la même question taraude les professeurs de français : quels livres faire étudier à leurs élèves ? Voilà des années que nous cherchons avec ma collègue des idées en matière d’autobiographie. Le genre est certes riche, mais lorsqu’il s’agit de dénicher une oeuvre accessible à des troisièmes tout en conservant un texte de qualité, l’exercice n’est pas aisé. Je crois que nous sommes enfin parvenu à trouver le Graal avec Le Clézio ! J’aime quand mes collègues me mettent de bons livres entre les mains !

L’Africain, J.M.G Le Clézio

Dans ce petit ouvrage rédigé en à peine deux mois, le prix Nobel 2008 revient sur son enfance passée en Afrique de l’Ouest, au Nigéria pour être précis, après avoir quitté Nice, sa ville natale, pendant la guerre. L’enfant, âgé alors de huit ans, vit dans une case avec sa mère, son frère et son père. Ou plutôt, avec l’idée de ce dernier, médecin militaire qui passe davantage de temps à parcourir le territoire et à sauver la vie d’inconnus que de s’occuper de sa famille. Pour le petit Le Clézio, l’Afrique est synonyme de liberté mais aussi de violence et d’incompréhension avec un père pour qui la discipline vaut mieux que la parole. Voilà sans doute pourquoi l’auteur a longtemps rêvé que c’était sa mère l’africaine, figure douce et aimante, celle avec qui les règles n’existaient pas en l’absence de son mari.

Avec une écriture simple mais très intense, Le Clézio parvient à nous faire voyager non seulement dans son enfance mais aussi dans cette Afrique dont on ressent vivement chaque odeur, chaque saveur et où joies et malheurs sont intimement liés. Peu à peu, ce n’est plus seulement de lui que nous parle l’auteur mais de son père, de ses racines, de ce qui l’a fait devenir l’homme qu’il est devenu. Ce livre, au-delà de l’autobiographie, est sans doute à lire comme un hommage à son père avec lequel il a eu tant de difficultés à communiquer. En partant en quête de lui-même, ce n’est pas seulement l’enfant qu’il était mais celui qui lui a donné vie qu’il a rencontré. Je crois que les mots de l’auteur lui-même résumeront bien mieux que moi son oeuvre. Voici quelques lignes qui viennent à la fin de l’ouvrage :

« […] je me souviens de tout ce que j’ai reçu quand je suis arrivé pour la première fois en Afrique : une liberté si intense que cela me brûlait, m’enivrait, que j’en jouissais jusqu’à la douleur. […] Si je n’avais pas eu cette connaissance charnelle de l’Afrique, si je n’avais pas reçu cet héritage de ma vie avant ma naissance, que serais-je devenu ? […] C’est en l’écrivant que je le comprends, maintenant. Cette mémoire n’est pas seulement la mienne. Elle est aussi la mémoire du temps qui a précédé ma naissance, lorsque mon père et ma mère marchaient ensemble sur les routes du haut pays, dans les royaumes de l’ouest du Cameroun. La mémoire des espérances et des angoisses de mon père, sa solitude, sa détresse à Ogoja.[…] »

Vie en transparence

4 Mai

Je lis rarement des autobiographies. Le résumé de celle-ci, un extrait du texte en fait, m’a vraiment donné envie de découvrir la vie de cet auteur au nom connu mais dont je n’ai jamais rien lu.

Un Pedigree, Patrick Modiano

Tout d’abord, il ne s’agit pas d’une autobiographie totale. L’auteur ne revient pas sur sa vie en intégralité mais juste sur son enfance et son adolescence, jusqu’à sa majorité à l’âge de 21 ans, âge auquel il entamera l’écriture de son premier roman.

Au début du texte, l’auteur tente de reconstituer la vie de ses parents avant sa naissance, ce qui donne lieu à une énumération de noms et de lieux un peu longuette dans le premier chapitre, d’autant qu’il n’est pas aidé dans sa reconstitution en raison de la période très trouble de l’Occupation.

Il en vient ensuite à lui et à son enfance. Sa vie à Biarritz avec son frère jusqu’à l’âge de 5 ans. Puis, le déménagement à Paris. Et sa mère, actrice, qui commence à le délaisser. Et, l’événement majeur, en 1957, alors que Patrick a 12 ans : la mort de son frère. On ne sait pas de quoi. Le fait est relaté en un petit paragraphe. A partir de là, le jeune Patrick a l’impression de ne pas faire partie de sa propre vie, de la vivre comme s’il se trouvait de l’autre côté d’une vitre. C’est l’extrait que l’on trouve en quatrième de couverture et qui m’a interpellée tant il me correspond dans un certain sens : « A part mon frère Rudy, sa mort, je crois que rien de tout ce que je rapporterai ici ne me concerne en profondeur. J’écris ces pages comme on rédige un constat ou un curriculum vitae, à titre documentaire et sans doute pour en finir avec une vie qui n’était pas la mienne. In ne s’agit que d’une simple pellicule de faits et gestes. Je n’ai rien à confesser ni à élucider et je n’éprouve aucun goût pour l’introspection et les examens e conscience. […] Les événements que j’évoquerai jusqu’à ma vingt et unième année, je les ai vécus en transparence […]. Je voudrais traduire cette impression que beaucoup d’autres ont ressentie avant moi : tout défilait en transparence et je ne pouvais pas encore vivre ma vie. »

Modiano raconte donc ces vingt et unièmes premières années éloigné de lui-même, porteur de la mort de ce frère, mort en partie pour lui-même et ses parents. Du coup, le récit se fait très froidement, l’auteur raconte les faits sans la moindre émotion. Mais comment faire autrement alors que ses parents ne lui ont jamais apporter la moindre émotion ? Il passe la plus grande majorité de son adolescence en internat. Lorsqu’il peut en sortir le week-end – et c’est rare – c’est pour se retrouver chez de la famille ou des amis lointains. Jamais ou presque avec ses parents…

A 21 ans, il coupe totalement les ponts avec son père. Se libère de son autorité et peut commencer à vivre sa vie en écrivant son premier livre.

Etrangement, alors que je n’ai pas du tout apprécié le début et alors que l’auteur effectue une très importante mise à distance, ne laissant pratiquement poindre aucun sentiment, aucune émotion sur son enfance, j’ai vraiment beaucoup aimé cette autobiographie qui a su trouver résonance en moi. Je recommande vivement ce texte !

Je réédite la chronique le 9 octobre 2014 : Patrick Modiano vient d’être sacré Prix Nobel de littérature ! Félicitations !

Au nom du père

28 Oct

Voilà longtemps que ce titre m’attirait. J’ai profité de mon inscription à la médiathèque de Nevers pour emprunter approfondir ma connaissance de l’univers d’un de mes auteurs fétiches.

L’Invention de la solitude, Paul Auster

Le livre est construit en deux parties : « Portrait d’un homme invisible » et « Le Livre de la mémoire ».

La première partie est consacrée au père de Paul Auster. Celui-ci vient d’apprendre son décès et tente de tracer le portrait d’un homme dont il ne sait, au fond, pas grand chose. Ce père invisible, cette présence absente, a néanmoins marqué la vie du jeune Paul. C’est grâce à sa mort que l’auteur va pouvoir devenir écrivain et grâce à sa mort qu’il va pouvoir naître à lui-même. Cette mort permet aussi à l’auteur de convoquer le souvenir familial et d’évoquer le fonctionnement pour le moins complexe de sa famille.

C’est ainsi que nous arrivons au second livre, au « Livre de la mémoire ». Alors que le premier livre était écrit à la première personne, celui-ci est écrit à la troisième. Auster prend de la distance vis-à-vis de sa propre existence, se détache de lui en ne se nommant que par l’initiale de son nom. Comme l’indique le titre, Auster plonge dans ses souvenirs tout en élaborant une réflexion sur la littérature et les auteurs : « Tout livre est l’image d’une solitude. C’est un objet tangible, qu’on peut rammasser, déposer, ouvrir et fermer, et les mots qui le composent représentent plusieurs mois, sinon plusieurs années de la solitude d’un homme, de sorte qu’à chaque mot lu dans un livre on peut se dire confronté à une particule de cette solitude. »

L’Invention de la solitude est le premier livre de Paul Auster et sert, pour ainsi dire, de manifeste à son oeuvre future. On trouve là les prémices de nombreux thèmes récurrents tels que l’errance et la claustration (avec le thème de la chambre, univers clos qui permet à l’auteur de plonger au fond de lui pour mieux se trouver tout comme le fait de se perdre dans les rues labyrinthiques d’une ville inconnue), la dissolution du moi (les personnages sans identités propres peuvent en revêtir plusieurs) et enfin, son amour pour les coïncidences,  le hasard, qui font se rassembler des événements qui semblent très lointains.

A la fois autobiographie et roman de formation, cette lecture est vraiment indispensable pour apprécier pleinement l’oeuvre de ce grand auteur contemporain.

Passé illusoire

14 Juin

Merci à celui qui m’a conseillé ce livre.

La vie absente de l’autobiographie, Jean Pfeiffer

Pas de long résumé pour ce livre qui est à la fois une autobiographie et un essai sur le genre. L’auteur réfléchit sur la littérature et l’autobiographie, sur le rapport étroit qui lie cette dernière au roman, sur ce qui pousse un homme à écrire sur un passé qui n’existe plus. Ce passé sans cesse convoqué néanmoins par l’autobiographe pour tenter de répondre à la question existentielle « Qui suis-je? »  tout en se mettant toujours plus à distance de lui-même. L’autobiographie, selon Pfeiffer, est sans doute un moyen de combler le vide d’un autobiographe incomplet.  D’ailleurs, le livre lui-même prend sa source dans ce que l’auteur nomme « centre vide ». Le concept d’autobiographie tel que nous le concevons – en tous cas en référence à la définition de Philippe Lejeune dans son Pacte autobiographique : « récit rétrospectif en prose qu’une personne réelle fait de sa propre existence, lorsqu’elle met l’accent sur sa vie individuelle, en particulier sur l’histoire de sa personnalité » n’est pas remis en cause ici. Mais l’auteur attire notre attention sur le fait que l’autobiographe ne peut relater les faits tels qu’ils se sont réellement produits : « L’autobiographie, témoignage d’une vie,  ne renvoie nullement à ce que fut réellement cette vie, ou n’y renvoie (et seulement pour l’auteur) qu’à travers le mirage d’un système de miroirs et de trompe-l’œil où jusqu’à l’ombre du principe de réalité est désormais dissoute. » 

Un essai complexe, une réflexion pointue d’une richesse incroyable. A lire et à relire.

Trompe-l’oeil

9 Mar

Et voilà, je viens de terminer cette fameuse Trilogie New-Yorkaise…

La chambre dérobée – Trilogie New-Yorkaise tome 3, Paul Auster

Le narrateur, qui écrit des articles ça et là pour gagner sa vie, reçoit une jour une lettre de Sophie Fanshawe. La femme lui explique que son mari – meilleur ami du narrateur pendant l’enfance – a disparu depuis six mois, sans explication, et qu’elle a donc toutes les raisons de le croire mort. Elle souhaite donc le rencontrer afin de régler quelques affaires.

Fanshawe n’a pas seulement laissé derrière lui sa femme et son fils, Ben, qu’il n’a pas vu naître. Des centaines de pages manuscrites remplissent ses placards. L’homme, avant sa disparation, passait ses journées à écrire mais n’avait jamais voulu publier, malgré l’insistance de sa femme. Quelques mois avant sa disparition, ils aboutirent à un compromis : il devait  chercher un éditeur dans l’année. Si jamais, pour une raison quelconque, il ne respectait pas son engagement, la jeune femme devait remettre les écrits en main propre au narrateur afin qu’il décide s’ils devraient être publiés. Si tel n’était pas le cas, il devrait les rendre à Sophie afin qu’elle les détruise.

Le narrateur pense d’abord que décider ou non de la postérité de l’oeuvre de son ami est un poids bien lourd… Mais rapidement, un choix s’impose à lui : Fanshawe était un génie, il va donc publier. Il doit donc reprendre contact avec Sophie pour régler des détails. Peu à peu, des liens vont se nouer entre eux. Bientôt, ils décident de vivre ensemble. Pendant ce temps, l’oeuvre de Fanshawe reçoit un accueil triomphal du public et l’éditeur demande à notre narrateur une biographie de l’auteur. A partir de là, les choses vont se compliquer pour notre narrateur qui va vouloir se rapprocher au plus près de l’ami qu’il admirait tant étant enfant…

Si j’avais trouvé que Cité de Verre, le premier tome, était d’une intelligence rare, La Chambre dérobée le surpasse à mes yeux. En effet, si le dernier opus de la trilogie joue une fois encore sur la mise en abîme, l’on découvre aussi que les deux premiers romans ne sont qu’une pièce du puzzle de ce dernier.

Le thème de la quête d’identité est également présent puisque ce narrateur dont nous ne connaissons pas le nom va peu à peu mener la vie d’un autre et finir à un moment par s’identifier complètement à cet autre.

A travers sa trilogie, Paul Auster, grand marionnettiste, conduit donc son lecteur dans un véritable labyrinthe, un jeu de miroirs à la recherche d’un moi insaisissable. Véritablement du grand art !

Pour tous les fans de Paul Auster, sachez qu’il publie Chronique d’hiver, un livre composé de fragments autobiographiques, rédigé à la deuxième personne.  François Busnel, animateur du Grand Entretien sur France Inter, lui a consacré deux émissions la semaine dernière (pour écouter l’interview : le grand entretien #1 / le grand entretien #2 )