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Mains de maîtres

13 Jan

Voilà un polar qui pourrait bien intéresser ceux qui ne sont pas adeptes du genre…

Duel de faussaires, Bradford Morrow

256 pages, SEUIL policiers

124299_couverture_hres_0Adam Diehl, collectionneur de livres rares, a été retrouvé chez lui, mutilé. L’agresseur lui a coupé ses mains – qui ne seront pas retrouvées – et cette blessure le conduira bientôt à la mort. Sur la scène de crime, de nombreux volumes précieux sont éparpillés sur le seul, déchirés pour la plupart.

Le narrateur, faussaire repenti, est le beau-frère de la victime. Les deux hommes n’entretenaient pas une relation très chaleureuse. Après s’être fait prendre pour confection de faux, notre homme a exécuté sa peine et coule des jours heureux avec sa femme. Bien sûr, le meurtre vient entacher ce bonheur, mais les tourtereaux sont bien décidés à vivre tranquillement et décident de quitter leurs activités aux Etats-Unis pour reconstruire leur vie en Irlande, pays d’origine de la jeune femme.

Malheureusement, le passé refait surface. Notre narrateur reçoit des lettres de menaces signées tantôt Henry James, tantôt Conan Doyle. Des faux parfaitement réalisés par un maître-chanteur coriace. S’agit-il du tueur ? Que cherche-t-il exactement à obtenir ? Comment le démasquer sans révéler des secrets qui viendraient assurément mettre en péril l’équilibre de son couple ? Un duel palpitant va se jouer entre les deux faussaires bien décidés l’un et l’autre à en découdre.

Avis aux amateurs d’actions, de courses-poursuites, de meurtres en série, ce roman ne vous est pas destiné ! Ce qui ne signifie en aucun cas qu’il n’est pas intéressant. Au contraire ! Morrow livre ici un polar érudit, extrêmement bien documenté, se déroulant dans le cercle très fermé des bibliophiles. Dès le départ, un charme suranné émane de l’écriture subtile de l’auteur et du côté très snob de son narrateur. On se croirait dans un épisode d’Agatha Christie ou dans une partie de Cluedo. Chacune des actions et pensées du narrateur sont détaillée avec une extrême finesse ce qui entraîne forcément une certaine lenteur du rythme qui colle parfaitement à l’univers un peu hors du temps de la bibliophilie. Au fil du roman, nous découvrons un narrateur très complexe auquel nous finissons à nous attacher malgré son snobisme. Bientôt, une légère paranoïa vient souffler sur le roman par le biais d’un personnage rayonnant par son absence : le maître-chanteur. Si j’ai eu un peu de mal à m’adapter au rythme particulier de ce roman, j’ai fini par ne plus pouvoir le lâcher des mains tant j’ai été happée par l’intrigue et le style de l’auteur. Il ne faut pas prendre peur devant les phrases longues et parfois alambiquées qui viennent enrichir le caractère érudit de notre narrateur-personnage. Amis des livres et de belle calligraphie, laissez-vous envoûter par ce roman. Disponible à partir de 17 janvier. Merci aux éditions Le Seuil pour cette avant-première.

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