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L’attente

28 Fév

Je remercie les éditions Baudelaire pour m’avoir fait parvenir ce roman.

La porte s’ouvre, Etienne Renaudon

Christine, 23 ans, se retrouve à l’hôpital pour des symptômes inquiétants. Seule dans sa chambre, elle attend plus ou moins patiemment que la porte s’ouvre, pour tenter d’obtenir des explications sur sa maladie ou juste de passer le temps.

Ce roman à l’intrigue en apparence simple donne une perception très juste du milieu hospitalier avec le point de vue de la malade mais aussi des soignants. L’auteur – infirmier dans la vie – parvient à transcrire avec une grande précision l’attente souvent désespérée que peut ressentir le patient, cette impression de ne pas se sentir ni compris ni écouté, la froideur de certains membres du corps médical. Cette impression aussi que le monde médical peut exclure le malade en ne lui donnant pas des informations claires sur son état et qui, au final, en voulant protéger finit par angoisser davantage. Cette porte qui s’ouvre peut receler un espoir en même temps qu’une crainte et parfois une violation de l’intimité. Au fil des chapitres, nous suivons l’évolution des pensées de la malade qui prend conscience peut à peu de la gravité et de l’irréversibilité de son état. L’auteur, autant qu’une réflexion sur son métier – on le découvre en filigrane de l’infirmier de nuit à la fin du roman, désolé de ne pas pouvoir suivre davantage ses patients – livre une réflexion plus profonde sur la vie et la mort, sur le sens de l’existence dans ce lieu à part qu’est l’hôpital, un lieu hors du temps et du monde, un lieu dans lequel on tente de vous reconstruire tout en vous tenant parfois à l’écart de vous-même. Etienne Renaudon parvient donc grâce à son style d’une grande délicatesse à poser des questions sensibles et à toucher son lecteur sans tomber dans la sensiblerie.

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« Ensemble, c’est tout »

7 Juil

Ce livre m’a fortement été conseillé par mon amie et collègue documentaliste. Il faisait partie de la sélection de L’Echappée Lecture 2014, prix de littérature jeunesse organisé par la bibliothèque de la Nièvre.

Nos étoiles contraires, John Green

Hazel, la narratrice, a 16 ans. Comme n’importe quel ados, elle adore passer des heures devant la télé à s’assommer devant des émissions stupides ou passer son temps à dormir. Comme n’importe quel ado, elle ne supporte pas que sa mère lui demande de se bouger. Mais Hazel n’est pourtant pas une ado comme les autres. Elle est atteinte d’un cancer de la thyroïde qui s’est propagé jusque dans ses poumons et qui l’oblige à se trimbaler avec une bonbonne d’oxygène qu’elle déplace à l’aide d’un petit chariot métallique. Le moindre mouvement effectué sans sa canule dans les narines lui demande un effort colossal et risque de l’asphyxier en quelques secondes.

En parallèle à un lourd traitement médicamenteux expérimental (qui lui a permis de maintenir son état alors qu’on lui prédisait la mort), Hazel doit se rendre à un groupe de parole pour jeunes cancéreux qui ressemble à s’y méprendre à un rendez-vous des alcooliques anonymes. Forcément, la jeune fille ne goûte guère à cette séance d’apitoiement collectif. Jusqu’au jour où elle y fait la rencontre d’un splendide jeune homme, Augustus, victime d’un ostéosarcome qui lui a volé sa jambe droite.

Bien vite, des liens intenses vont se nouer entre nos deux amis bien que ni l’un ni l’autre n’ose déclarer sa flamme de peur de mourir et de provoquer un cataclysme dans la vie de celui qui reste : « En fait, ce n’est pas étonnant que je me sois crispée quand Augustus m’avait touchée. Etre avec lui, c’était lui faire du mal, forcément. L’impression que j’avais eue lorsqu’il avait tendu la main vers moi, c’était de commettre un acte de violence envers lui, car c’est ce que je faisais. » Evidemment, ils finiront par vivre leur amour. Evidemment, leur état va vite empirer…

Avec un résumé pareil, on aurait pu fuir en courant, craignant d’assister à un mélo larmoyant type Love Story sauce ado. Et bien toute la réussite de ce roman tient dans le fait qu’il n’en est rien ! Bien sûr, j’avoue avoir retenu mes larmes sur quelques pages, mais quelques pages seulement sur les 327 que compte le livre. En dehors de ça, le lecteur s’étonne de se réjouir en découvrant l’univers de la narratrice qui porte un regard à la fois juste et distancié sur la maladie et tout ce qu’elle implique. Les deux personnages sont d’une telle fraîcheur qu’on espérerait évidemment un happy end. Mais il n’en sera rien. Pourtant, ce n’est pas la mort, pourtant présente tout au long du texte, qui ressort victorieuse, mais la bel et bien la vie. Car c’est d’un hymne à la vie et à toutes les émotions à la fois simples et intenses qu’elle suppose dont il s’agit dans ce texte. Hazel et Augustus savent que, plus que n’importe qui, le temps leur est compté. Mais plutôt que se lamenter sur leur triste sort, ils choisissent de vivre leur histoire comme ils l’entendent, loin de tout préjugé. Vous l’aurez compris, ce roman de John Green, qui vient tout juste de sortir au cinéma aux Etats-Unis (réal. Josh Boone), est un véritable coup de coeur !

Pour le plaisir, encore un petit extrait du chap.6  issu d’un dialogue entre Hazel et ses parents :

« – J’ai l’impression d’être une grenade, maman. Je suis une grenade dégoupillée et, à un moment donné, je vais exploser. Alors j’aimerais autant limiter le nombre de victimes, OK ?

Mon père a penché la tête de côté, comme un chiot qu’on vient de gronder.

– Je suis une grenade, ai-je répété. Je ne veux pas voir de gens. Je veux lire des livres, réfléchir et être avec vous, parce que vous, je ne peux pas faire autrement que de vous faire du mal, vous êtes déjà dedans jusqu’au cou. Alors laissez-moi faire ce que je veux. Je ne fais pas une dépression. Je n’ai pas besoin de sortir. Et je ne peux pas être une ado normale parce que je suis une grenade. »