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Hold-up littéraire

31 Août

Envie d’une lecture qui vous booste pour affronter la rentrée avec le sourire ? Le roman que je vais vous présenter aujourd’hui est fait pour vous ! Dans toutes les bonnes librairies depuis la semaine dernière aux éditions Au Diable Vauvert.

Feel Good, Thomas Gunzig

thomas-gunzig-feel-goodAlice, vendeuse dans un magasin de chaussures, a toujours été « tout juste ». Jamais tout à fait pauvre, mais toujours précaire. Après la fermeture du magasin, la quarantaine passée, elle peine à retrouver du travail. La voilà à enchaîner des jobs de plus en plus avilissants et peu rémunérés. Épuisée de devoir compter chaque centime et surtout terrifiée à l’idée de se retrouver à la rue avec son fils, elle cherche désespérément un moyen de se mettre à l’abri financièrement pour quelques temps. Lui vient une idée complètement folle : enlever un bébé de riches devant une crèche aux services hors de prix pour réclamer une rançon. Mais pas de chance. Rien ne marche comme elle l’avait escompté. Personne ne réclamant l’enfant, elle se retrouve avec un bébé sur les bras, et donc une source supplémentaires de dépenses…

Le hasard met Alice sur la route de Tom, un écrivain médiocre, au chômage, récemment quitté par sa femme qui a rencontré un chirurgien. Le romancier propose à Alice d’écrire un roman à partir de son histoire de kidnapping et de partager les droits d’auteur. Mais celle-ci n’est pas convaincue de la réussite de l’entreprise et lui propose une meilleure solution : avec son aide, elle écrira un feel good utilisant toutes les ficelles qui font recette de nos jours; un best-seller qui ferait l’unanimité et se vendrait à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires, qui les éloignerait pour toujours de la précarité…

Avec Feel good, Thomas Gunzig a, sans conteste, réalisé son « hold-up » littéraire. Tout à la fois pastiche de ces romans grand public qui remportent un franc succès, critique de la société et mise en abyme de l’écriture du roman lui-même, l’ouvrage est une véritable réussite. Impossible de ne pas sourire voir rire devant les situations rocambolesques dans lesquelles se mettent les personnages. Le tempo est parfait, l’humour omniprésent et on s’attache très vite aux deux personnages principaux, des gens normaux, qui galèrent mais qui refusent de se laisser complètement couler. J’ai adoré la critique du monde éditorial et littéraire, parfaitement juste (en connaissance de cause, j’y ai été confrontée). En ce qui me concerne, je ne suis pas une grande adepte des romans feel good. Mais ce livre-ci, avec son histoire de roman dans le roman, son humour et son intelligence compte parmi les ouvrages qui m’ont le plus mis de bonne humeur. Sans conteste mon plus gros coup de cœur du mois d’août et le livre qu’il vous faut pour affronter la rentrée avec le sourire !

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En-dehors

18 Jan

Encore un livre dont j’avais entendu parler à sa sortie il y a quelques années et que j’ai eu le plaisir de découvrir dans les rayons de la bibliothèque.

Les Lisières, Olivier Adam

9782081283749Paul Steiner, la quarantaine, est romancier, installé en Bretagne. Son père, ouvrier, n’a jamais compris ce choix d’un métier qui n’en est pas un selon lui et pense que son fils mène une vie de bobo parisien. Loin s’en faut. L’existence de Paul est en train de s’émietter pendant que le fameux tsunami ravage le Japon où il a vécu ses meilleurs moments. Récemment séparé de sa femme, il n’arrive pas à s’en remettre et croit toujours pouvoir la reconquérir. Ses enfants, qu’il ne voit que le week-end, lui manquent terriblement. Alors qu’il est en plein doute concernant son avenir et qu’il connait une panne sèche au niveau de son inspiration, son frère, vétérinaire dans une bourgade chic de la banlieue parisienne, lui demande de venir s’occuper « pour une fois » quelques jours de leur père pendant que leur mère est hospitalisée. La mort dans l’âme, il rejoint la banlieue de sa jeunesse et va devoir se confronter au monde qu’il a fui, à un environnement qu’il déteste mais dans lequel il s’est construit.

Dans cette cité de banlieue parisienne, il retrouve son père complètement à la dérive, perdu sans sa femme dans ce pavillon sans âme. Entre les deux hommes, aucune communication n’a jamais été possible. Elle l’est d’autant moins maintenant que son père adhère aux propos tenus par la candidate du FN. Ces quelques jours de calvaire obligatoire passés dans la cité de son enfance vont faire remonter de nombreux souvenirs à la surface en même temps qu’il va rencontrer d’anciennes connaissances et découvrir un secret de famille bien gardé jusque-là… c’est bien malgré lui qu’il va enfin découvrir la véritable raison du mal-être qui le ronge depuis son enfance et l’empêche depuis toujours de trouver véritablement sa place.

Si cet épais roman souffre de quelques longueurs à mon goût, l’ensemble demeure tout à fait plaisant. Je me suis laissée happer par le personnage-narrateur et ses interrogations sur ce qui a fait son enfance et la façon dont il s’est construit à coup d’auto-destruction. J’ai apprécié le fait que le romancier ne se contente pas des réflexions métaphysiques de son anti-héros mais aborde aussi les problèmes sociaux de la France : chômage, immigration, montée du nationalisme et du racisme, évocation des classes moyennes et populaires de banlieues loin du sérail parisien. Le côté « autobiographique » du roman a aussi quelque chose de plaisant, qui permet en quelque sorte d’apporter davantage de crédit aux propos de l’auteur. Et puis, il y a ces merveilleuses évocations du Japon, paradis perdu en train de se métamorphoser en enfer nucléaire dans les environs de Fukushima, qui fonctionnent comme une mise en abîme de la propre existence du narrateur. Un bon moment de lecture.