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Le terrible pouvoir des jeux vidéo

14 Sep

Une grande première sur ce blog : un album pour enfants !

la_sorci_re_des_ecrans_330La sorcière des écrans, écrit et conté par Pauline Pucciano, illustré par Laura Giraud et mis en musique par Philippe Guerrieri

Un jour, la maman de Théo, un jeune garçon qui passe tant de temps devant les jeux vidéo qu’il en oublie le monde qui l’entoure, décide de lui raconter une histoire pour le mettre en garde contre les méfaits des écrans.

Toutes les fées se sont penchées sur le berceau du prince Léo afin qu’il possède tous les talents physiques, intellectuels et moraux dont un enfant puisse rêver. Mais après leur passage, la sorcière des écrans – folle de rage de ne pas avoir été conviée aux festivités organisées en l’honneur de sa naissance – jette une malédiction sur le garçon : lorsque Léo aura atteint ses 6 ans, Léo se laissera envoûter par les écrans, ne fera rien de ses talents et ne verra plus le temps passer…

Je remercie d’abord chaleureusement les Editions VOolume pour l’envoi de ce conte moderne qui m’a permis d’occuper un moment de détente et d’apprentissage avec les deux petits monstres que je gardais cet après-midi. J’ai donc pu tester ce livre avec deux garçons de 5 et 7 ans, l’histoire étant destinée à des enfants à partir de 7 ans.

En recevant l’album, j’ai été d’emblée conquise par les illustrations. Douces et oniriques, les couleurs bleutés nous convient à pénétrer dans un univers féerique. Mais sous la douceur de ce bleu se cache également la froideur des écrans et la terrible Mort qui guette sans que l’on y prête attention, absorbés que nous sommes par l’univers numérique dans lequel nous baignons et qui finit par tout absorber sur son passage.

Le texte, lui, est très bien rédigé, modernisant l’histoire de la Belle au bois dormant. Ce conte amène les enfants – et les adultes – à réfléchir sur la nocivité de l’omniprésence des écrans qui empêche de vivre pleinement, de prendre conscience de tout ce qui fait la richesse d’une vie. La richesse du vocabulaire employé permet aux enfants de découvrir des mots qu’ils n’ont pas l’habitude ni d’entendre, ni d’employer.

Je n’ai malheureusement pas eu le temps d’utiliser le CD avec les enfants mais l’ai écouté avec attention. La musique accompagne parfaitement le texte et les images, des sonorités à la fois douces et inquiétantes au fur et à mesure de l’avancée du conte.

Pour conclure, cet album est parfaitement adapté aux enfants dès 7 ans (avant, c’est trop tôt, le plus jeune a décroché). On peut à la suite de la lecture aborder le sujet des jeux vidéo et surtout des autres loisirs et activités à pratiquer. Mon jeune lecteur a globalement apprécié le livre. Son seul défaut selon lui : la mort. Pour ma part, j’ai adoré ! Coup de cœur !

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« La Belle au Bois Dormant »

12 Avr

Merci encore à ma collègue et amie documentaliste qui m’a fait parvenir ce livre.

Carabosse – La légende des cinq Royaumes, Michel Honaker

Alors qu’il revient d’un rude combat contre les Dongles, le prince Florestan, accompagné de son fidèle fou et conseiller le nain Trublion, décide de se reposer une nuit dans la demeure du comte Vituperi qui lui offre l’hospitalité. Il va alors faire la connaissance de ses filles, la ténébreuse et sensuelle Cara, qui aurait été la beauté incarnée si elle n’avait pas été affublée d’une horrible bosse dans le dos, et la magnifique et douce Léonore. Le jeune prince tombe immédiatement sous le charme de cette dernière. Il propose au comte et à ses filles de venir passer quelques jours en sa compagnie à Bois-Dormant. Le comte décline l’invitation tout comme Cara, folle de rage et de jalousie envers Florestan et Léonore. Concluant un pacte avec les forces obscures, elle qui se passionnait pour les potions devient une véritable fée maléfique. Avec ses nouveaux pouvoirs, elle jure de se venger : le fruit de l’amour du prince et de la princesse mourra le jour de ses dix-huit ans. Heureusement, la bonne fée Lilas, marraine de la jeune Aurore détourne le sort. La jeune femme ne mourra pas mais tombera dans un sommeil profond que seul le baiser d’un prince à l’amour pur pourra interrompre.

A vrai dire, je craignais un peu la lecture de ce texte à sa réception. De nombreuses réécritures du conte de Perrault existent déjà et j’avais peur que celle-ci ne soit adaptée à la sauce Twilight. Hé bien je me suis trompée et ai été agréablement surprise par ce conte aux allures de roman d’aventures que j’ai dévoré en deux jours à peine. La première partie est totalement nouvelle. L’auteur dresse le portrait des personnages en insistant sur celui de Cara qui deviendra Carabosse. Il explique comment le jeune femme a basculé du côté obscur de la force si je puis m’exprimer ainsi. Si l’explication est un peu simpliste (en gros, le mal se nourrit du mal : rejetée et moquée à cause de sa difformité, le jeune femme va vouloir se venger), elle a au moins le mérite d’être bien traitée et devra inviter à la réflexion des plus jeunes sur la question de la différence. La seconde partie du texte constitue la véritable réécriture du conte originel. Les principaux éléments sont conservés mais largement développés et la fin est modernisée. L’auteur apporte en effet une petite réflexion féministe sur le droit à aimer l’être que l’on choisit et pas celui qui a été désigné pour vous, même si cette personne ne correspond pas aux « critères » exigés par la famille.

Je pense que les adolescents (à partir de la 6ème pour les bons lecteurs) apprécieront ce roman dont l’intrigue leur est familière. Tout le monde y trouvera son compte car l’action est très présente tout au long du livre et laisse peu de temps-morts. Le petit côté heroic fantasy est appréciable dans la mesure où l’on ne tombe pas dans l’excès. Le tout est bien évidemment saupoudré d’une bonne dose d’amour et de magie et forme un ensemble agréablement divertissant.

Féérique

11 Avr

Voilà un auteur de littérature jeunesse qu’il me pressait de retrouver. C’est chose faite grâce à ma merveilleuse amie documentaliste qui vient de me faire porter son dernier roman.

Le livre de Perle, Timothée de Fombelle

Trois destins sont intimement noués dans ce livre. Celui de l’auteur, garçon rêveur passionné de photographie, bouleversé à 14 ans par un chagrin d’amour, qui deviendra écrivain. L’histoire de d’un jeune garçon débarqué de nulle part, qui prendra le nom de Joshua Perle après avoir été recueilli en 1936 par le couple Perle, marchands de guimauves renommés de la capitale. Quelques temps après son arrivée, il sera obligé de partir sur le front puis s’engagera dans la Résistance en découvrant que ses parents adoptifs ont été raflés. Enfin la vie torturée d’Ilian, un jeune prince pourchassé par son frère, amoureux d’une fée, Olia, dont il est cruellement séparé mais qu’il tentera à tout prix de retrouver.

Je ne vais pas vous mentir, j’ai mis du temps à comprendre l’intrigue et à relier tous les fils de l’histoire tant les différents univers spatio-temporels sont imbriqués. Mais loin de me décourager, je me suis au contraire laissée porter par la magie d’un texte subtile, d’une poésie incroyable, aussi subtile qu’une perle de rosée sur un brin de muguet. Au fur et à mesure d’une lecture qu’il est impossible de lâcher, le mystère s’éclaircit pour laisser apparaître un véritable livre gigogne, un roman dans le roman qui conte et met en abyme l’histoire tragique d’un prince de conte de fées chassé de son royaume, qui devra affronter la barbarie humaine tout en souffrant la douleur de la perte de celle qu’il a tant aimée. Timothée de Fombelle (auteur des déjà très réussis Tobie Lolness et Vango) réussit l’exploit de réunir des univers très différents, le charme envoûtant du pays des fées et celui terrifiant de la seconde Guerre mondiale, en peignant des personnages d’une extraordinaire intensité car protéiformes. Il permet avec ce roman d’aventure proche du conte fondé sur un imaginaire d’une extrême richesse de procurer à la littérature jeunesse ses lettres de noblesse. Je conseille ce livre à partir de la 5ème pour les très bons lecteurs. En tout cas, il ne faut pas prendre peur devant la complexité de la construction. Laissez-vous conduire par la beauté des mots.

Un petit extrait pour le plaisir :

« Ilian eut alors l’impression qu’on lui attrapait la main et qu’on le tirait en arrière, entre les chênes verts. Olia pourtant n’avait pas bougé. Ses doigts restaient sur l’écorce de l’arbre. Ilian se sentait irrésistiblement emporté. il n’essayait d’ailleurs pas de résister. il courait au-dessus des ronciers. Une force inconnue animait son corps et sa volonté. Il voulut retourner un dernière fois vers elle, mais la forêt les masquait l’un à l’autre.

Une heure plus tard, Ilian arriva à la nage sous les pilotis du palais, se hissa sur une poutrelle pour reprendre son souffle. Il sentit se détacher le fil invisible qui l’avait fait courir.

Certaines forces sont pourtant plus puissantes que la magie. Un autre fil d’or restait attaché au centre de sa poitrine. Un fil dont il ne pourrait jamais se défaire. »

Fourmiz

7 Mar

Je remercie les éditions  Baudelaire pour l’envoi de cet ouvrage.

La chambre des demoiselles, Marie-Hélène Lemoine

Mimi est une jeune fourmi. Un jour, elle découvre un souterrain étrange. Ne voulant l’explorer seule, elle prévient sa chef de brigade, Maya. Toutes deux, escortées de loin par leur troupe, se rendent à nouveau dans le tunnel. Mimi se retrouve vite coincée entre deux parois et Maya décide de continuer seule l’aventure. Elle aboutit à un château o`demeurent d’étranges personnages, à commencer par la gouvernante, Melle Petsec, qui la drogue à son insu afin de la retenir facilement prisonnière. Notre héroïne va heureusement pouvoir compter sur l’aide de nouveaux amis pour retrouver sa liberté.

A mi-chemin entre le conte et le roman d’aventure, La chambre des demoiselles saura divertir les jeunes lecteurs à partir de 9-10 ans. Grâce à de nombreux dialogues et rebondissements, l’intrigue ne connaît aucun temps-mort et les enfants ne s’ennuieront pas à la lecture. Au contraire, ils voudront sans doute découvrir rapidement la suite des étranges péripéties de l’héroïne et de ses amis.

Le lutin amoureux

5 Avr

Je remercie vivement Julie pour m’avoir offert ce petit livre en souvenir de nos années au lycée Charles Nodier.

Trilby ou le lutin d’Argail, Charles Nodier

J’irai vite puisqu’il s’agit d’un conte. Trilby est un lutin facétieux mais bienfaisant, vivant en Ecosse. Il accomplit des tâches diverses dans le foyer d’un couple de pêcheurs et se consume d’amour pour la belle Jeannie, la femme du pêcheur Dougal. Cette dernière confie à son mari l’attirance du petit lutin à son égard. Dougal, jaloux et énervé par les tours du farfadet, demande au vieux Ronald, moine de Balva, de venir procéder à l’exorcisme de sa chaumière.

Une fois chassé, Trilby va continuer à hanter le couple Dougal. Le mari ne ramène plus aucun poisson et Jeannie rongée par le chagrin, rêve du lutin sous les traits de John Mac-Farlane, un chef de clan maudit.

Je n’en dis pas plus. Est-ce que Trilby sera finalement réintégré au foyer ? Jeannie parviendra-t-elle à à oublier le lutin ou finira-t-elle par vivre son amour au grand jour ? Je vous le laisse découvrir…

Ce conte romantico-fantastique d’une cinquantaine de pages se lit rapidement. Toutefois, j’ai eu bien du mal à me plonger dans cette histoire de diable amoureux (alors que j’étais très enthousiaste de découvrir enfin cet auteur dont j’ai si souvent entendu parler mais que je n’avais jamais lu). Je n’ai absolument pas goûté aux élans lyriques de Nodier, à cette débauche de descriptions du milieu naturel et des sentiments de Jeannie qui ne cesse de se morfondre. En bref, j’ai été déçue par ce texte trop bucolique dont j’attendais sans doute beaucoup (notamment au niveau du fantastique).

Peintures vivantes

23 Sep

Au mois de novembre, nous lancerons notre atelier lecture sur le thème des « contes du monde entier » avec les 6ème. Je commence donc à en lire.

Comment Wang-Fô fut sauvé, Marguerite Yourcenar

Wang-Fô vivait il y a très longtemps dans le royaume des Han qui correspond à la Chine actuelle. C’était un peintre exceptionnel : ses peintures étaient si bien réalisées qu’elles semblaient vivantes ! Bien que Wang-Fô eût pu gagner beaucoup d’argent avec ses toiles, cela ne l’intéressait pas. Il les donnait et vivait ainsi dans la plus grande pauvreté avec son jeune disciple, Ling.

Un jour, alors que les deux hommes se reposent dans une misérable auberge, les soldats de l’Empereur les arrêtent pour avoir voler de la nourriture. Mais, ce vol n’est qu’un prétexte. Alors que le vieux Wang-Fô demande à l’Empereur ce qu’il lui a fait et pourquoi il a été arrêté, il s’entend répondre que c’est en raison de la trop grande beauté de ses peintures ! En effet, le prince a été élevé entouré par les superbes toiles de l’artiste et lorsqu’il a eu le droit de sortir et a découvert son empire, la réalité lui a semblé extrêmement terne et laide par rapport aux toiles. Wang-Fô, sans le savoir, l’a dégoûté de tout ce qu’il possède et pour le punir, l’Empereur veut lui brûler les yeux et lui couper les mains afin de l’empêcher d’avoir accès à son art.

Evidemment, Wang-Fô sera sauvé, puisque c’est le titre de ce conte. Mais je vous laisse le plaisir de découvrir comment en lisant ce court livre très joliment illustré par Georges Lemoine.

Marguerite Yourcenar met l’art au coeur de ce conte poétique et philosophique. On s’interrogera sur le pouvoir de l’art, sur la supériorité de l’esprit sur les choses matérielles. L’Empereur est vu comme un esthète désabusé qui transforme son amour pour les tableau en haine pour l’artiste en constatant que jamais rien de réel ne pourra être aussi beau. Pour lui, l’art n’est donc que mensonge puisqu’il idéalise. Pour Ling, au contraire, l’art apporte une version différente du réel, un moyen de voir et de s’approprier les choses autrement. Enfin, pour Wang, l’art est l’unique manière de vivre, il voit la vie sous un angle différent, quitte à devoir la perdre. Un très joli texte !

Un lièvre bien savant

24 Août

 

La belle histoire de Leuk-le-Lièvre, Léopold Sedar Senghor et Abdoulaye Sadji

Leuk est un jeune lièvre qui part à la découverte de la brousse pour devenir plus intelligent qu’il ne l’est déjà. A travers son voyage et ses rencontres, il va grandir et découvrir de nombreux aspect de la vie.

Le livre est constitué de très courts chapitres qui peuvent se lire indépendamment les uns des autres. Leuk-le-Lièvre est un personnage malin, sympathique et débrouillard qui plaît beaucoup aux petits africains. Il est l’équivalent, en Afrique, du Renard des contes et des fables d’Europe. Senghor et Sadji l’ont donc utilisé comme personnage principal de leurs contes afin de réaliser une méthode d’apprentissage attrayante de la lecture en Afrique noire (dont la langue officielle est le français).

Voilà quelques années maintenant que j’utilisais quelques extraits de ce livre dans mes cours sans jamais l’avoir lu en entier. Cette année, je compte l’étudier intégralement avec mes chères têtes blondes. Ces récits d’apprentissage sont simples sans être simplistes, les messages délivrés sont très positifs sans toutefois enjoliver les choses. Je sais, par expérience, que les 6ème accrochent bien avec ces textes grâce aux animaux. Et il est assez facile pour eux de retranscrire les situations évoquées dans ces petits contes avec ce à quoi eux-mêmes sont confrontés dans la vie.