Tag Archives: drogue

Mafia latina

4 Oct

Avant toute chose, je tiens à remercier les éditions du Seuil pour leur confiance renouvelée qui me permets de vous présenter cette nouveauté.

Lola, cheffe de gang, Melissa Scrivner Love

137521_couverture_hres_0Les apparences sont parfois trompeuses. C’est le cas de Lola, une charmante et frêle jeune femme, compagne de Garcia, le chef des Crenshaw Six, un petit gang de la banlieue de Los Angeles. Sauf que la réalité n’est pas celle que l’on croit. C’est Lola, en fait, qui dirige, dans l’ombre mais d’une main de fer, les cinq gros bras qui l’entourent. C’est elle le cerveau. Mais si elle sait parfaitement se faire respecter au sein de son petit groupe, elle voudrait maintenant se faire un nom dans le milieu de la drogue. Cela sera sans doute bientôt le cas puisqu’elle va être amenée à négocier avec le cartel et un autre gros narco-trafiquant. Parviendra-t-elle à tirer son épingle de jeu sans y laisser la vie ? Réussira-t-elle à s’imposer en tant que femme et latina dans ce milieu ultra-machiste ?

J’avoue qu’à la réception du livre, je suis restée perplexe en découvrant le titre et la couverture qui ne m’inspiraient pas vraiment. J’ai néanmoins été agréablement surprise par l’intrigue de ce roman que j’ai dévoré en quelques jours à peine. Pour une fois, nous ne sommes pas du côté des forces de l’ordre mais des bandits. Si le rythme est celui d’un thriller avec des ultimatum, des vengeances et des situations cornéliennes, la psychologie des personnages n’en est pas pour autant oubliée et j’ai apprécié que le protagoniste soit une femme. Une femme forte qui présente aussi ses failles, qui ne se laisse pas abaisser au rang de belle plante verte qui lui était destiné, qui sous ses airs de garçon manqué se pose la question de la maternité et qui gère du mieux qu’elle peut ses blessures d’enfance. Sans aller jusqu’à dire qu’il s’agit d’un thriller féministe, ce roman qui met en avant la cheffe d’un gang sort un peu des sentiers battus et c’est tant mieux ! S’il s’agit d’un premier roman, Melissa Scrivner Love n’en est pas à son coup d’essai puisqu’elle est scénariste pour Les Experts et Person of Interest. Et quand je vous dis qu’il s’agit d’une nouveauté, on ne peut pas faire plus récent puisque le lire sort aujourd’hui même en librairie !

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American dream

12 Fév

Je tiens à remercier les jeunes éditions TohuBohu pour m’avoir fait parvenir une de leurs nouveautés de leur première rentrée de janvier. Je vous encourage à aller découvrir cette nouvelle maison.

SWOOSH, Lloyd Hefner

swoosh-couv-1New-York. Début des années 90.

La narratrice est jeune, belle, intelligente, noire mais ça ne se voit pas. Elle aime l’argent et n’a aucune morale. La journée, elle étudie la finance. La nuit, elle vend de la coke a des clients aisés. Elle partage son appartement avec Ike, un prof d’aérobic  noir – pour qui ça se voit – surdimensionné qui ne passe pas inaperçu, qu’elle connait depuis l’enfance.

Lorsque le frère de Ike est retrouvé mort des suites d’une overdose provoquée, les deux amis décident de mener l’enquête que ne se souciera pas d’effectuer la police. Nos jeunes gens vont alors basculer dans un univers encore plus violent que celui dans lequel ils ont grandi…

Roman coup de poing, conçu à la manière d’un scénario avec des indications de lieux pour chaque chapitre qui sont en réalité des scènes et des références musicales très éclectiques qui viennent servir de bande-son à une écriture brutale, très visuelle et auditive, riche en jeux typographiques et en onomatopées, qui colle parfaitement à la violence du propos. L’univers dans lequel évoluent nos jeunes amis n’est pas sans rappeler celui du narrateur d’American psycho de Bret Easton Ellis. Un monde où drogue et argent règnent en maître, où les êtres dépourvus d’âme ne sont que des consommateurs et des publicités ambulantes pour des marques omniprésentes, où la consommation et le paraître ont remplacé toute forme de morale… Si vous êtes, comme moi, amateurs de littérature légèrement trash, non conventionnelle et qui a des choses à dire sur la société, alors nul doute que vous serez conquis par Swoosh !

La cité des mensonges

18 Déc

Le Japon. Ce pays qui me fait tant rêver ! Pourtant, ce n’est ni un nouveau Murakami que je vous propose aujourd’hui ni même un autre auteur nippon mais le roman d’une française qui a vécu 10 ans au pays du soleil levant.

Kabukicho, Dominique Sylvain

b9dc839a8b7e576590ec5b003a021fcaKabukicho, c’est le nom du quartier le plus sulfureux de Tokyo. Aucun intérêt de s’y rendre en journée car c’est la nuit que Kabuchiko s’éveille, illuminée par les néons des bars et love hôtels où les hôtesses et les hôtes se succèdent auprès de clients en quête d’estime. C’est dans ce royaume de l’alcool, de la drogue, du sexe et de l’argent facile gagné à coups de conversations creuses et de compliments tarifés que l’on fait la connaissance de Marie, une jeune française, qui voit fondre ses économies à vue d’œil. Un soir, dans un pub pour expatriés, elle rencontre Kate, une anglaise, réputée pour être l’hôtesse la plus populaire du club Gaïa – un établissement « à l’ancienne », où coucher avec les clients n’est pas obligatoire. Kate propose à Marie de venir travailler avec elle afin de se remplir les poches rapidement. Les deux jeunes femmes qui se lient d’amitié décident de devenir colocataires pour partager les frais de logement.

Un soir, alors que Marie se rend au club pour travailler, la patronne s’étonne de ne pas voir Kate. La française se montre inquiète également. Le lendemain, le père de Kate reçoit une photo de sa fille, allongée, les yeux clos, accompagnée d’un sinistre message : « Elle dort ici« . Inquiet, il prend le premier vol pour le Japon, bien décidé à faire la lumière sur ce mystère et surtout à retrouver sa fille.

La disparition inquiétante de la jeune occidentale est bien évidemment très vite parvenue aux oreilles de l’inspecteur Yamada, le capitaine du commissariat de l’arrondissement de Shinjuku. Cette histoire de photo envoyée au père de la disparue et le texte joint lui laisse un vilain arrière-goût de déjà vu. Exactement le même procédé qu’un tueur en série qui a mis la police japonaise en déroute pendant des années… avant d’être arrêté, condamné à mort et exécuté… A-t-on à faire à un admirateur ? Dans ce cas, le pire est à prévoir. Rapidement, les enquêteurs soupçonnent le bel et intrigant Yudai, l’hôte le plus convoité de Kabukicho, qui avait justement rendez-vous avec Kate, le soir de sa disparition…

Voilà longtemps que je n’avais pas lu un roman aussi rapidement ! Dominique Sylvain m’a littéralement transportée dans les rues artificielles de Kabukicho grâce à une intrigue extrêmement bien ficelée mêlant intrigue policière, amour, quête identitaire et étude sociologique que le regard des trois personnages principaux vient éclairer sous des angles différents. Chaque chapitre met en avant tour à tour Marie, Yudai et Yamada autour desquels gravitent une myriade de seconds rôles finement travaillés, permettant au lecteur de se plonger davantage dans cet entre-deux mondes qu’est le quartier des plaisirs tokyoïte. Si le lecteur attentif parvient assez facilement à dénouer les fils de cet imbroglio, il n’en sera pas moins conquis par la toile d’araignée tissée par l’auteur. Le suspens est présent du début à la fin et je me suis surprise à être épatée par la maîtrise avec laquelle l’écrivain est parvenu à mettre en scène la folie d’un personnage. Du grand art ! Merci aux éditions Viviane Hamy qui m’ont permis de découvrir cette pépite ! Coup de cœur !

 

Censuré

15 Déc

Un livre qui avait fait grand bruit à sa sortie au début des années 2000. Je suis tombée dessus dans les rayons de la bibliothèque et me suis laissée tenter.

Les bonbons chinois, Mian Mian

1507-1A 15 ans, Xiao Hong est une adolescente sans histoire. Mais le suicide de sa meilleure amie va bouleverser son existence. Elle quitte sa famille et Shanghai pour une ville du sud où elle erre de bars en bars. Elle finit par faire la rencontre du séduisant Saining, un guitariste de deux ans son aîné. Elle tombe immédiatement sous le charme et pénètre dans le monde de la nuit qui lui était jusque-là inconnu. Malheureusement, Saining ne va pas tarder à goûter à l’héroïne tandis que Xiao va se mettre à boire de plus en plus. Jour après jour, les substances chimiques vont les séparer et la jeune Xiao va totalement se perdre dans cette Chine en totale mutation au milieu des années 90.

Ce texte brutal, brut dépeint une jeunesse chinoise en perte de repères. On découvre que comme dans toutes les grandes villes du monde, l’argent, le sexe et la drogue sont omniprésents et font des ravages. On imagine bien que la censure n’allait pas laisser passer le livre de Mian Mian aisément. Le roman a été interdit à sa sortie en Chine en 2000.

Si j’ai apprécié le côté quasi naturaliste, et même reportage de cette oeuvre en bonne part autobiographique, j’avoue avoir été déstabilisée par la narration polyphonique voire cacophonique à quelques moments. Si la narratrice principale est Xiao Hong – double de Mian Mian -, d’autres personnages viennent prendre le relais dont parfois quelques-uns dont on n’a jamais entendu parlé auparavant et qui n’ont souvent qu’un rapport assez lointain avec le personnage principal. Hormis ces quelques passages durant lesquels il faut s’accrocher, ou plutôt par lesquels il faut se laisser porter en tentant de garder les yeux ouvert, invitation à la découverte de la cruauté du monde de la nuit en Chine (prostitution, trafic d’êtres humains…), difficilement soutenable parfois, j’ai apprécié ce roman qui offre une vraie vision de la jeunesse chinoise, qui sort des images lisses diffusées par le Parti.