Tag Archives: dystopie

Contagion

19 Nov

Je poursuis ma découverte des nouvelles parutions de la très belle collection Rester Vivant des éditions Le Muscadier avec un roman d’anticipation.

Emma, Tess Corsac

9791090685161-753x1024Dans un futur pas si lointain, l’humanité a été ravagée par un virus hautement contagieux du nom d’Emma. La population mondiale s’est vu réduite à peau de chagrin et les survivants tentent par tous les moyens de se protéger des personnes infectées. Impossible, dans cet univers revenu à un mode de vie quasi moyenâgeux, de faire confiance à qui que ce soit. Difficile en effet de distinguer les êtres en bonne santé de ceux que l’on nomme les moissonnés. Seule une marque sur le front permet de les différencier mais on ne peut même pas toujours s’y fier… C’est dans ce monde chaotique, dans un village apparemment préservé de l’infection, qu’a grandi Azur. A 15 ans, elle doit, en compagnie de son ami de toujours, Basile, se faire tatouer sa première marque prouvant sa bonne santé. Mais le chemin vers le centre médical sera semé d’embûches et une bien mauvaise surprise attend les deux amis à leur arrivée…

Voilà un roman d’anticipation dystopique fort bien mené, qui livre des réflexions profondes sur la question de l’humanité, sur notre rapport à l’autre et nos peurs les plus profondes. La jeune auteur, Tess Corsac, n’a que 19 ans mais nous offre une approche allégorique très pertinente de la société. L’univers quasi post-apocalyptique dans lequel elle fait évoluer ses personnages est peint avec finesse et surtout les rapports humains sont analysés avec subtilité ce qui permet une critique constructive des travers de notre société. J’ai vraiment pris plaisir à ce qui est aussi un récit d’apprentissage riche en rebondissements et j’attends avec impatience la probable suite que laissent les dernières lignes pleines de suspens de cet ouvrage. Coup de cœur pour ce livre qui plaira aux ados à partir de 13-14 ans et à leurs parents.

 

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Under Control

9 Sep

Quoi de mieux pour bien aborder cette rentrée qu’un bon roman jeunesse ? Et si je vous dis que c’est le dernier opus d’Yves Grevet paru chez Syros, il vous sera impossible d’y résister !

Le GRUPP, Yves Grevet

9782748524062Dans un futur pas si éloigné, l’espérance de vie s’est considérablement allongée grâce à l’implant Long Life. Cette multinationale, qui a mis au point un système très pointu de surveillance, protège la population à tous les niveaux. Cependant, une organisation secrète d’adolescents tente de contourner le système pour s’offrir quelques moments de totale liberté.

Stan et Scott sont frères. Leur vie paisible entouré de leurs parents va basculer le jour où Scott va être envoyé en prison. Stan apprend alors la vérité sur son frère : il était un des leader du Grupp. Aussi intrigué qu’en colère contre son aîné qui lui a caché cette partie de sa vie, il va chercher à en savoir plus sur la société clandestine à laquelle appartenait son frère. Ce qui, au début, est presque un jeu pour lui, va bien vite se révéler bien plus dangereux qu’il n’y paraît…

Je ne vais pas y aller par quatre chemins : ce roman jeunesse est vraiment génial. Il allie, en effet, savamment action et réflexions sociétale et philosophique. Dès le départ, on se prend d’affection pour les personnages principaux, auxquels les adolescents à qui est destiné le livre n’auront nulle difficulté à s’identifier. L’auteur parvient très bien à rendre compte des bouleversements internes (corporels, émotionnels) liés à cette période charnière de la vie, ainsi qu’à l’évolution progressive qui va s’opérer en eux, ce qui en fait un très bon roman de formation. Outre cet aspect, ce récit est un excellent roman d’espionnage qui sait parfaitement jouer sur le suspens. Jusqu’au bout, la tension est à son comble et le danger omniprésent pour les personnages. Enfin, et c’est l’aspect que j’ai le plus apprécié, la question de l’hypervigilance, de la surprotection de la population est abordée avec beaucoup d’intelligence. Les avancées technologiques sont-elles vraiment bénéfiques ? Le contrôle, sous prétexte de préserver la vie le plus longtemps possible, favorise-t-il le bonheur ou n’est-il pas un immense frein à nos libertés les plus élémentaires ? Accepter de prendre des risques n’est-il pas une façon de se sentir plus vivant ? Ce sont à ces interrogations que se verront confrontés les jeunes (et moins jeunes) lecteurs. Vous aimez l’action, l’aventure mais aussi la réflexion, ce livre est fait pour vous ! Gros coup de cœur jeunesse pour cette rentrée littéraire.

Mad Max

5 Nov

Bonjour à tous ! Désolée pour l’attente mais un emploi du temps chargé ces dernières semaines ne m’a pas laissé beaucoup de temps pour lire. Mais ça y est, je suis de retour, et préparez-vous à découvrir pas mal de nouveautés.

Water Knife, Paolo Bacigalupi

water2bknife2bvfDans un futur que l’on imagine plus proche qu’on ne le souhaiterait, l’eau est devenue denrée rare et une véritable guerre fait rage entre les états du sud des Etats-Unis autour du fleuve du Colorado. Dans un univers asséché par un soleil de plomb, Le Nevada, l’Arizona et la Californie se livrent à une lutte sans pitié pour l’or bleu. Dans ce monde aux allures d’apocalypse, Angel Velasquez, à la fois détective, espion et tueur employé par Catherine Case, la présidente de la Southern Nevada Water Authority, est chargé de « couper l’eau » aux états voisins afin d’assurer la survie des arcologies (architectures écologiques) de Las Vegas. Alors qu’il doit se rendre à dans une Phoenix réduite à l’état de cendres pour récupérer des droits très anciens sur l’eau, Angel fait la rencontre de Lucy Monroe, une journaliste acharnée qui tente de montrer au monde entier le désastre en train de se produire, et de la jeune Maria, une jeune texane qui rêve de fuir vers le Nord. Au milieu de ce chaos, Angel va bientôt découvrir qu’il ne pourra compter que sur lui-même pour mettre la main sur les fameux documents.

Voilà une belle découverte que ce thriller SF dont j’imagine très bien une adaptation cinématographique tant Bacigalupi dépeint avec une extrême précision et un réalisme glaçant – ou devrais-je dire brûlant –  les états du sud des Etats-Unis dévastés par la sécheresse, en proie à une sanglante guerre de l’eau. Et c’est sans doute en cela que réside le coup de maître de l’auteur. A l’heure où gagne le réchauffement climatique, la vision de cette apocalypse caniculaire, d’un monde où l’eau se fait si rare nous paraît plus que jamais une représentation plus que crédible de notre futur et confère ainsi au lecteur la sensation véritablement oppressante de connaître un jour ce terrifiant désastre. Dystopie très bien ficelée, ce roman d’anticipation donne à réfléchir sur l’impact que chacun peut avoir sur l’environnement. Coup de cœur !

Amants maudits

17 Juin

Je remercie vivement les éditions Syros pour l’envoi de ce roman.

Les amants du génome, Johan Heliot

004014388Dans un futur proche, Irdiss et son petit ami Orphée sont à la fois nerveux et surexcités. Ils doivent bientôt se présenter à la sélection qui sanctionne la fin de leurs études au lycée et qui permettra aux deux meilleurs élèves de la promotion d’intégrer l’Enclave, un petit paradis qui recrute les élèves les plus doués afin de chercher des solutions pour sauver la planète qui se dégrade de plus en plus vite : surpollution, détresse sociale…

A la fin des épreuves, les amoureux sont persuadés d’avoir très bien réussi. Mais qu’elle n’est pas la déception d’Irdiss lorsqu’elle apprend qu’elle n’est pas sélectionnée mais que c’est Yaelle, la meilleure amie d’Orphée, qui ira avec lui à sa place dans l’Enclave. Irdiss, elle, sera dégradée au plus bas de l’échelon social après que son père a tenté de soudoyer des membres de l’Enclave pour y faire entrer sa fille.

Alors que les amants souffrent de leur séparation de part et d’autre de la bulle protectrice de l’Enclave, qui préserve un air sain pour ses habitants, Orphée se porte volontaire pour tester le traitement de Vie Augmentée qui permettra de retarder le vieillissement et améliorera les capacités physiques et intellectuelles de ceux qui l’auront reçu. Mais dans le reste du monde, la colère grimpe chez les ouvriers qui voient leurs conditions de vie se dégrader de jour en jour tandis que les rares élus de l’Enclave savourent pleinement leur réussite…

Ce récit futuriste qui commence presque comme une utopie avec une ville idéale peuplée des plus grands esprits de l’époque sensés aider le reste de la planète tourne vite à la dystopie. En effet, l’auteur décrit un monde clivé entre quelques rares élus vivant au sein de l’Enclave, un havre paradisiaque, qui peuvent profiter de toutes les richesses et de la santé alors que le reste de l’humanité est voué à travailler dans des conditions horribles en suffoquant sous le permasmog, un épais brouillard de pollution qui recouvre les villes d’Europolis devenues l’enfer sur terre. A la critique de cette société à deux vitesses qui n’est qu’une représentation de notre monde actuel, s’ajoute celle de problèmes éthiques tels que le transhumanisme et l’eugénisme intellectuel (on pensera au film Bienvenue à Gattaca). Les questions de la vie augmentée ne tarderont pas à se poser à nous et malheureusement, comme beaucoup de nouvelles découvertes, seuls les plus fortunés pourront y avoir accès. Le roman pose aussi la question des risques associés à ces découvertes. Sont-elles réellement des avancées pour l’homme ?

Enfin, si c’est bien évidemment le côté science-fiction qui a surtout retenu mon attention, cette histoire d’amour impossible (on reconnaîtra l’allusion à peine déguisée au mythe d’Orphée et d’Eurydice) est parfaitement menée en alternant le récit de chacun des amants pour lesquels le temps s’écoule d’une manière bien différente. On retrouve tous les éléments de la tragédie avec des personnages contraints à la séparation et à des choix cornéliens, sans toutefois verser dans le larmoyant.

Pour conclure, Les amants du génome est un passionnant récit de science-fiction qui ravira les adolescents comme leur parents. Je le conseille !

La petite brodeuse

11 Fév

Dernière chronique avant un temps de pause. Je déménage donc je ne vais guère avoir loisir de lire et je serai privée d’internet pendant une petite quinzaine de jours. En attendant, je vous laisse avec un peu de littérature jeunesse.

L’Élue, Loïs Lowry

9782070538768La mère de Kira vient de mourir d’une maladie inconnue. La jeune fille, déjà orpheline de père, se retrouve confrontée à elle-même dans un environnement hostile. En effet, elle vit dans un village peuplé par des rustres qui ne supportent pas les personnes handicapées, inutiles à la société. Or, Kira est boiteuse et le village veut la chasser. Un procès est organisé, mais en raison de ses dons de brodeuse, le Conseil des Seigneurs décide de la prendre en charge dans son palais afin qu’elle restaure la merveilleuse robe du Chanteur, sur laquelle est inscrite toute l’histoire de son peuple. Rassurée au départ, Kira va bien vite se poser des questions quant aux véritables motivations des Seigneurs et devra aussi faire preuve de courage pour apprendre à réaliser les teintures qui lui permettront de colorer ses fils, techniques que sa mère n’a pas eu le temps de lui enseigner avant sa mort…

Uchronie dystopique, ce roman de Loïs Lowry se situe dans une époque archaïque et violente, un monde dans lequel les enfants sont traités et parqués comme du bétail, où le savoir est détenu par quelques privilégiés, où il est totalement interdit aux femmes d’apprendre à lire et où le handicap, vu comme une tare si horrible car ceux qui en souffrent ne peuvent pas travailler et deviennent un fardeau pour la société, est synonyme de mort dès la naissance. L’auteure pose ici selon moi les jalons de ce qui devrait composer une petite série car la fin de texte nous laisse réellement sur notre faim. Les personnages principaux comme secondaires sont peints avec beaucoup de précisions et plus nous avançons dans la lecture plus nous nous rendons compte que tout n’est pas aussi manichéen qu’il n’y paraît. Mais si le mystère devient de plus en plus opaque (nous obtenons quelques réponses à la fin, je vous rassure !), l’intrigue tarde à se mettre en place à mon goût et le tout manque un peu de piquant. L’univers est parfaitement décrit, la façon de parler des gens du peuple et surtout du petit Matt, le meilleur ami de Kira, vient apporter une bonne touche de réalisme à ce monde qui pourrait s’apparenter au Moyen-âge. Toutefois, je trouve qu’il manque un peu d’actions et c’est seulement lors des toutes dernières pages que la véritable aventure semble sur le point de commencer. Un peu frustrant ! J’attends donc de connaître la suite, si suite il y a ! Le tout forme néanmoins un bien joli roman d’apprentissage, à la fois sombre et féerique, qui permettra aux jeunes adolescents de réfléchir sur l’importance du savoir, de l’enseignement pour détenir un moyen de réflexion et de pouvoir alors que le manque de culture ne produit que violence et rejet de l’autre.

Désolation

13 Nov

Tu vois Muriel, je fais mes devoirs ! 😉

Ravage, René Barjavel

2052. Le monde vit à cent à l’heure, que dis-je ! , plus vite que cela encore grâce aux révolutions technologiques qui n’ont cessé de se produire au cours des dernières années. Les gens se déplacent à bord de trains super-soniques à suspension aérienne ou dans des avions. Les buildings ont fleuri dans Paris qui est devenue une mégalopole immense. D’ailleurs, les campagnes n’existent quasiment plus nulle part. Partout, les terres cultivables ont été remplacée par des usines qui produisent de manière artificielle aussi bien des céréales que des légumes et de la viande. Seul le sud de la France a refusé de céder au tout industriel et conserve une agriculture « à l’ancienne ». Partout ailleurs, les progrès techniques ont rendu inenvisageable et inutile le moindre effort humain, si bien que l’homme lui-même devient décor…

C’est dans ce contexte que la jeune Blanche s’apprête à devenir la prochaine star de la chanson grâce à au directeur peu scrupuleux de radio-300, le richissime Jérôme Seita, qui se croit le maître du monde grâce à son argent. Insouciante, la jolie provinciale se laisse tourner la tête par les sirènes du luxe et délaisse son ami d’enfance, François Deschamp, un solide gaillard, qui l’aime en secret.

Alors que François est désespéré de voir son amie lui échapper et qu’une guerre mondiale est sur le point d’éclater – le continent africain s’apprête à bombarder l’Amérique -, une catastrophe sans précédent a lieu : subitement, l’électricité est coupée partout et toute la ville s’arrête de fonctionner. Pire, les avions s’écrasent les uns après les autres, ravageant la ville. Bientôt, alors que plus rien ne fonctionne, qu’une chaleur suffocante asphyxie les habitants et qu’un incendie ravage la capitale, c’est la loi de la jungle qui prévaut. François s’empresse de retrouver Blanche puis s’allie à un petit groupe afin de s’enfuir au plus vite et tenter de gagner le sud de la France d’où il est originaire.

Le début de ce roman d’anticipation est vraiment très prometteur. En 1942, Barjavel imagine des innovations techniques qui se réaliseront effectivement et la société toute automatisée qu’il décrit est très réaliste. L’auteur mêle à la perfection utopie et dystopie dans la mesure où ce Paris futuriste apparaît comme cité idéale tout en faisant frémir par cette mécanisation et cette déshumanisation à l’extrême. Une fois le cataclysme passé, l’histoire tourne au cauchemar et le roman allie aventure et horreur (décomposition des corps des ancêtres conservés dans des chambres froides individuelles, choléra, asiles psychiatriques ouverts…). Jusque-là encore, l’intrigue progresse de manière haletante même si j’avoue l’avoir trouvée un peu vieillie, très dix-neuvième (ce qui n’est pas péjoratif en soi mais pour un roman de science-fiction du milieu du vingtième siècle, c’est un peu étrange comme effet). Là où ça coince, c’est la fin, qui vire un peu au grand n’importe quoi. Une fois arrivée dans un pays de cocagne, notre petite troupe, toujours sous la coup de François, meneur depuis le début, va essayer de reconstruire l’humanité en partant de zéro. Sauf que François se comporte en despote. Instaure la polygamie obligatoire, fait brûler les livres (très choquant à mon goût) afin d’être sûr que le progrès ne fasse pas sa réapparition et alors qu’un homme se présente avec une machine pouvant aider au labour, le chef décide d’anéantir machine et inventeur, refusant tout progrès. Bien sûr, il faut replacer l’oeuvre dans le contexte de guerre mondiale pendant laquelle elle a été écrite qui explique la diatribe contre le progrès et la mécanisation à outrance. Mais qui ne justifie en rien le machisme et la loi du plus fort prônés tout au long de l’oeuvre. Je reste donc mitigée. Très enthousiaste pour la première partie (les élèves de troisième qui étudie le roman d’anticipation et la ville y trouveront largement leur compte) mais très déçue par la fin.

Vous pouvez retrouver ici, la chronique de Merlin, un autre roman de Barjavel.

Futur or no futur ?

22 Avr

Je tiens à remercier le collectif des Artistes fous associés et notamment Sébastien Parisot alias Herr Mad Doktor pour m’avoir confié leur dernier né après Sales Bêtes, Fins du monde et Folies.

L’homme de demain – 16 récits de l’utopie au cauchemar, Les artistes fous associés

Grande amatrice de récits d’anticipation, j’attendais beaucoup de ce recueil. Si j’avoue n’avoir pas accroché à toutes les nouvelles, j’ai néanmoins pris grand plaisir à lire ces textes qui évoquent des thèmes d’actualité poussés à leur paroxysme qui fait souvent froid dans le dos. On retrouve ainsi le problème de l’intelligence artificielle et de l’homme augmenté non seulement physiquement mais intellectuellement qui finira sans doute par se faire happer par la machine ou par le flux des médias omniprésents, les questions d’écologie et de ce qu’il adviendra de notre planète si nous continuons à la polluer de la sorte ou encore celle de la mutation génétique… Plus que d’utopies, il s’agit pour la plupart de récits dystopiques assez effrayants. Si vous avez tendance à angoisser en songeant au futur, passez votre chemin ! Au contraire, si comme moi vous adorez envisager les hypothèses les plus farfelues, ce livre est fait pour vous !

Comme à mon habitude lorsqu’il s’agit de recueils de nouvelles, je ne vais en sélectionner que quelques-unes – mes préférées ! Cela ne signifie pas que j’ai détesté les autres ! loin de là !

La frontière des rêves, Tesha Garisaki : Dans le monde de la narratrice, une jeune anthropologue, tout le monde est en permanence connecté à l’Omn-IA, une intelligence artificielle qui vient suppléer les utilisateurs et qui serait même dotée d’une conscience… La narratrice, un peu inquiète mais totalement dépendante de l’IA, décide de partir à la découverte d’une civilisation préservée de l’IA et donc de déconnecter quelques temps. Cette nouvelle liminaire met tout de suite dans l’ambiance et nous fait réfléchir sur l’hyper-connectivité dans un style tout à fait agréable.

Paradise4, Emilie Querbalec : J’avais déjà adoré sa nouvelle Coccinelles dans l’anthologie Folies. Il s’agit là de ma nouvelle préférée de l’ouvrage. Une nouvelle à la fois sombre et lumineuse, qui évoque le sacrifice de parents pour leur enfant alors qu’un dangereux virus condamne à terme l’humanité. Un texte d’une puissante délicatesse dans le thème abordé, centré sur le personnage du père en proie à un choix cornélien.

Le coeur sous la cloche, Ludovic Klein : Là encore, il s’agit d’un auteur dont j’avais déjà apprécié les nouvelles dans les anthologies précédentes. Dans le monde de la petite fille de huit ans qui est le personnage principal, les enfants n’ont pas le droit de sortir des chemins balisés. Ils sont perpétuellement placés sous étroite surveillance. La liste des règles à ne pas enfreindre est interminable et difficile à comprendre pour la petite fille qui, un jour, désobéit… Encore un texte d’une grande puissance poétique et allégorique.

Les héritiers, Anthony Boulanger : Après que la Terre a subi de nombreuses radiations, les humains qui ont survécu ont muté. Tous sont maintenant Augmentés, en quête de nouvelles planètes susceptibles de les accueillir. Tous sauf un, qui est resté un homme ordinaire et qui va voir la Terre se vider de ses derniers habitants. Une jolie réflexion sur les questions de différence et de solitude.

Poogle Man, Herr Mad Doktor : Dans un monde hyper-connecté, le géant Poogle est omniprésent et les citoyens ne peuvent plus faire un pas sans les notifications incessantes émises par la multinationale. Poogle s’est tellement rendu indispensable que les hommes n’arrivent plus à penser par eux-mêmes et se retrouvent totalement perdus en l’absence de connexion. Et si quelqu’un avait l’outrecuidance de vouloir échapper au système, nul doute que la Poogle-police le retrouverait… J’ai beaucoup aimé le principe de cette nouvelle interactive (avec des liens sur lesquels cliquer) peu commun, et surtout la réflexion sur notre société contrôlée/manipulée par un géant omnipotent… A méditer !

Changez d’air, Arnaud Lecointre : Le narrateur travaille et vit près d’une usine dont s’échappent d’étranges fumées. Après un repas chez des amis munis d’un système de traitement de l’air dans leur habitat (les gens doivent porter des masques toutes la journée pour respirer un air pur), il est convaincu que c’est la seule solution pour survivre à la pollution de l’usine. Mais tout cet équipement coûte cher, très cher… Une nouvelle agréable à lire à la chute assez terrible !

« Huis-clos »

6 Avr

Dimanche dernier, j’ai eu la chance d’effectuer une partie du trajet du retour du salon du livre de Montaigu en compagnie d’Yves Grevet, un grand monsieur de la littérature jeunesse française, dont je n’avais pourtant jamais lu les livres (mea culpa !) Je rattrape donc mon retard grâce à ma charmante collègue et amie documentaliste qui m’a fait parvenir le premier tome d’une trilogie qui a remporté un vif succès auprès des lecteurs et de la critique.

Méto – La maison – tome 1, Yves Grevet

Méto, un jeune adolescent, se voit confier par un César la grande responsabilité d’initier Crassus, un petit nouveau, aux règles drastiques de la Maison – par exemple : compter jusqu’à 120 avant de se saisir de ses couverts pour manger et laisser cinquante secondes entre chaque bouchée. Pendant un mois, notre héros devra surveiller son protégé afin qu’il ne commette aucun impair. Si tel était le cas, c’est Méto qui en subirait les terribles conséquences…

Soixante-quatre enfants – uniquement des garçons – occupent la Maison. Ils sont coupés du monde, ne sortant jamais de la Maison elle-même construite sur une île, placés sous le joug de chefs tyranniques appelés les César. Les enfants sont regroupés selon leur âge en différentes couleurs. Lorsqu’ils atteignent une quinzaine d’années, ils disparaissent mystérieusement et sont remplacés par des plus petits. Mais que leur arrive-t-il ensuite ? Voilà la question cruciale que chaque membre de la communauté se pose. Méto, qui n’a jamais eu froid aux yeux ni peur de transgresser les interdits, compte bien résoudre ce problème…

Voilà un best-seller qui mérite amplement son succès ! Dès les premières pages, le lecteur est happé par cette inquiétante maison – qui est le second protagoniste de l’histoire, et qui m’a d’ailleurs rappelé le sinistre hôtel de Shining de Stephen King – qui emprisonne nos jeunes héros. Au fil des pages, l’atmosphère de ce huis-clos dystopique s’accroît tant que l’on craint voir étouffer les personnages sous nos yeux si ce n’est sur un plan physique d’un point de vue symbolique (poids des règles, poids du secret, vie en communauté non désirée…)

Cet univers concentrationnaire dans lequel chaque activité est minutée, programmée à l’extrême, où n’est strictement jamais laissée la possibilité de s’exprimer librement (des traîtres se cachent même parmi les enfants) évoque bien évidemment le régime nazi. Il m’a également fait penser au livre d’Orwell, 1984, une dystopie également, dans lequel l’auteur décrit une nation entièrement soumise à Big Brother dans laquelle la liberté individuelle n’existe plus et où l’Histoire est réécrite en fonction de la politique menée par le dictateur (ici on réécrit les souvenirs des enfants).

Les jeunes lecteurs seront à mon avis vite absorbés par cet univers très bien mis en place (les sports de combat – assez violents – sont d’un très grand réalisme) et accrocheront facilement à l’intrigue en s’identifiant au personnage principal. La quête identitaire est elle aussi – bien que sous-jacente – au centre de l’oeuvre puisque aucun des enfants ne se rappelle ce qu’a été son existence avant d’arriver dans la Maison (qui pourrait d’ailleurs évoquer le ventre d’une mère d’un point de vue psychanalytique mais je ne vais pas me lancer dans une analyse si complexe ici).

Deux autres tomes font suite à ce premier opus, L’île et Le monde, qui laisse le lecteur sur un suspens insoutenable ! Et si la question principale des enfants est de savoir ce qu’il y a après la Maison (vous le découvrirez dans ce premier tome) la mienne est : pourquoi cette Maison et où sont les femmes ??? (sans allusion aucune à Patrick Juvet !)

Petit message personnel : Muriel, commande la suite immédiatement !! Et Nox aussi !

Le meilleur des mondes

8 Mar

Je renouvelle mes remerciements aux éditions Le Muscadier pour l’envoi de cet ouvrage.

Et si demain…, Michel Piquemal

Et si demain on découvrait chez certains des gènes néandertaliens ? Et si demain l’on pouvait savoir ce que pensent les animaux ? si l’on pouvait effacer les mauvais souvenirs ? si les maisons devenaient intelligentes ? si l’on découvrait un moyen technique imparable pour séduire ou si les Etats étaient remplacés par des gouvernements de multinationales ?

C’est à ces questions et à bien d’autres auxquelles va tenter de répondre Michel Piquemal dans ces onze nouvelles futuristes. Ces textes d’anticipation courts et efficaces permettent de s’interroger sur les « progrès » de la science et l’utilisation qui en est faite. Sans gâcher le suspens, on se rend vite compte que les avancées techniques engendrent un recul de l’humanité. Ces textes sont donc avant tout des dystopies dans la mesure où ils présentent une vision plutôt sombre et pessimiste de l’avenir. Toutefois, ces nouvelles sont loin de s’avérer anxiogènes car l’auteur parvient à traiter des sujets plutôt angoissants (notamment celui de la domotique avec la maison intelligente) de façon humoristique. Les thèmes traités, très variés, vont de la question de discrimination à l’obsolescence programmée en passant par la toute-puissance des marques. Ils inciteront les adolescents à réfléchir sur ce qui fait leur quotidien et aux dérives qui pourraient facilement advenir si le peuple ne réagit pas. Car plus qu’une réflexion sur les méfaits de ces nouvelles technologies, il me semble que ces textes donnent à penser l’évolution humaine dans sa globalité et cherchent surtout à alerter la jeunesse sur les risques d’une pensée unique ou plutôt uniformisée. Décidément, cette collection Place du marché offre véritablement des oeuvres de qualité et cette littérature jeunesse ravira aussi un public adulte. Je compte bien me servir de quelques extraits – dont « La puce de Panurge » sur l’obsolescence programmée – dans ma séquence consacrée justement aux contre-utopies qui me permet aussi d’aborder pleinement l’argumentation avec mes 3ème.