Historique·nouveauté·Roman

Résurgence

Bonjour à tous ! Aujourd’hui, je vous présente un roman rédigé par une collègue passionnée par l’art et l’histoire. Il est paru en janvier aux éditions L’Harmattan et comme tous les titres de cet éditeur, il est disponible au format numérique, bien pratique en ce moment.

Le silence des guerres, Laurence Clémancet

9782343193021bViktoria était promise à un avenir brillant dans l’Allemagne du IIIème Reich. Belle, intelligente, sportive, tout lui réussissait et elle était la fierté de ses parents, contrairement à son frère aîné chétif. Au cours des JO de Berlin en 1936, recrutée pour s’occuper des sportifs au village olympique, la très jeune fille s’éprend d’un athlète américain répondant parfaitement aux « critères de la race aryenne germanique ». Leur histoire est courte mais intense. Quelques semaines après la fin des Jeux, Viktoria découvre qu’elle est enceinte. Son destin basculera totalement le jour de la naissance de son fils.

« Il se montrait bien plus ingénieux et efficace que les bourreaux de service qui se défoulaient de leurs frustrations sociales sur des êtres à leur merci. Il s’enfermait avec le détenu quelques instants. On n’entendait rien de l’autre côté des portes épaisses des cellules, sinon quelques pleurs ou supplications qui faisaient écho aux plus abominables chantages murmurés, et inaudibles de l’extérieur ».

La vie de Viktoria n’est pas la seule que nous suivons dans ce roman où les existences se croisent, où les secrets de famille s’entremêlent sur plusieurs décennies. Je me suis laissé entraîner de l’Allemagne au Sud des Etats-Unis en passant par la France, prenant plaisir à suivre les chemins de Viktoria, John, Camille, Nadine, Joe et les autres; toutes ces vies marquées, de près ou de loin, au fer rouge par les atrocités commises pendant la guerre. J’ai particulièrement aimé la réflexion sur les non-dits familiaux, sur le maintien des apparences pour ne pas perdre la face jusqu’au jour où, finalement, tout fini par éclater à force d’avoir pesé trop lourd. Le travail de recherche sur les faits historiques permettent à l’autrice de décrire la période de l’Allemagne nazie avec beaucoup de réalisme et les caractères des personnages sont finement peints. Moi qui ne suis pas une grande adepte des romans historiques, j’ai pris du plaisir à lire celui-ci, sans doute parce qu’il n’est pas linéaire mais nous permet de suivre l’histoire d’un nouveau personnage à chaque chapitre, les fils se tissant entre eux de façon fluide. Je remercie Laurence pour ce beau moment de lecture.

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Amour, toujours ?

Entre deux romans noirs, voici un livre dont le thème est bien plus léger. Parlons donc un peu d’amour plutôt que de meurtres en ces temps moroses.

J’ai bien dit l’amour, Danièle Sastre

004427433La narratrice, auteure, évoque, dans une première partie de son livre, sa réflexion sur ce qu’est l’amour après soixante ans. Quel genre de relation peut-on entretenir à cet âge de la vie ? Peut-on encore rencontrer l’amour ? Que va-t-il arriver ? Autant de questions auxquelles la narratrice essaie d’apporter des réponses. Au fil de ses interrogations, lui reviennent les souvenirs de ses amours passées et des livres qui ont jalonné sa vie, des livres qui ont eu un impact sur les personnes qui ont partagé sa vie de près ou de loin. Puis, l’écrivain veut attaquer son roman, quitter l’emploi du « je » pour accorder du temps aux autres personnages, mais les souvenirs amoureux refont surface, aboutissant au récit d’un voyage effectué dans sa jeunesse avec un amant. Enfin, nous quittons Danièle pour Félix, la soixantaine passée, qui évoque sa relation actuelle avec une trentenaire et sa crainte permanente de se retrouver seul du jour au lendemain.

J’ai lu ce livre en fil rouge, en parallèle avec ma lecture du moment – un polar dont je vous donnerai bientôt des nouvelles ! – car, après l’avoir commencé comme n’importe quel roman, je me suis aperçue qu’il s’agissait bien davantage d’une méditation sur le sujet de l’amour après 60 ans. On retrouve donc ici une démarche quasi philosophique – en tout état de cause, l’auteure est philosophe – avec une réflexion portant aussi bien sur le sentiment amoureux que sur notre évolution en tant qu’individu et notre rapport aux autres à chaque étape de notre vie.

J’ai apprécié le style de l’auteure, fait de petites touches qui finissent par composer à la manière d’un impressionniste en tableau que chacun peut admirer avec son propre regard. Pas forcément facile d’accès pour ce qui pourrait apparaître comme décousu, j’ai pour ma part savouré ce récit entre roman, autobiographie et essai. Un grand merci à Danièle Sastre et aux éditions L’Harmattan pour ce joli moment de lecture.