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Heroes

24 Juin

Bonjour à tous ! Aujourd’hui, je vous présente de la SF avec un roman aux allures de comic book. Il s’agit de la première publication d’une toute jeune maison d’édition que je vous encourage à découvrir : Les éditions Curiosity

La cité des surhumains, Jérémy Leroyer

couv-webAux Etats-Unis, existe depuis la moitié du XXème siècle, une ville pas comme les autres. Héropolis regroupe en effet des individus dotés de pouvoirs hors du commun. Certaines personnes peuvent lancer du feu tandis que d’autres peuvent voler ou encore contrôler les pensées d’autrui. Cette cité est totalement secrète. Seul le président des Etats-Unis en a connaissance. Un accord a d’ailleurs été passé avec le président Truman afin de préserver le secret. Mais certains surhumains commencent à se lasser de vivre enfermer tandis que d’autres, aux intentions belliqueuses menacent de révéler au grand jour l’existence de la ville. L’un d’entre eux a d’ailleurs enlevé l’actuel président dans cette optique. Les pères fondateurs et protecteurs de Héropolis vont tout mettre en oeuvre pour protéger leurs concitoyens.

Voilà un premier opus de ce qui s’annonce comme une série qui démarre sur les chapeaux de roue ! L’auteur, dont il s’agit du premier roman, nous entraîne avec brio dans son univers en dressant une galerie de portraits hauts en couleurs. Les caractères s’épaississent et prennent toute leur ampleur au fur et à mesure de la progression de l’intrigue et si l’on peut être un peu décontenancé au début par la multitude de personnages, tout finit  par se recouper et tous auront un rôle bien précis à jouer dans la suite de l’histoire. Voilà un livre divertissant, à la frontière entre la SF, le comic et le polar, qui donne également à réfléchir sur l’organisation de nos sociétés. A découvrir d’urgence ! En tout cas, j’ai hâte de lire la suite !

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Enfance noire

20 Jan

Merci à mon amie Muriel, sans qui je n’aurais jamais lu ce livre…

Black Boy, Richard Wright

33806_1573688Richard est un petit garçon noir qui vit avec son père, sa mère et son frère dans le sud des Etats-Unis au tout début du XXème siècle. Sa vie est bien loin d’être agréable car l’argent vient souvent à manquer et la faim le taraude à longueur de temps. Cette misère va se trouver accrue par le départ du père qui abandonnera ses deux enfants à son épouse. Par manque de travail et d’argent, la petite famille se voit dans l’obligation de déménager très souvent et d’être accueillie parfois chez la rude grand-mère « blanche ».

Alors que tous les noirs craignent les blancs dans ce Sud ségrégationniste, Richard ne comprend pas pourquoi il devrait s’abaisser à des tâches indignes. Dès son plus jeune âge, il prend conscience de sa valeur en tant qu’être humain et refuse d’être considéré comme un animal. Cela lui vaudra de cruelles persécutions et de nombreux coups, non seulement de la part des blancs, mais surtout de son environnement familial qui ne comprend pas sa façon de se comporter. Le grand rêve du petit garçon est de pouvoir étudier, trouver un petit emploi et gagner de quoi partir vivre dans le Nord où, dit-on, la vie est meilleure pour les Nègres. Mais le jeune Richard devra attendre bien longtemps et endurer de grandes souffrances physiques et morales avant de pouvoir ne serait-ce qu’espérer atteindre son but. Sa scolarité est chaotique à cause des déménagements, du manque d’argent et de la faim constante et les petits emplois qu’il parvient à trouver sont souvent de courte durée car les blancs se méfient de ce petit noir qui semble raisonner différemment de ses congénères…

Vous l’aurez compris, Black Boy est l’autobiographie de Richard Wright, qui deviendra un des plus célèbres auteurs noirs américains du XXème. Son témoignage, sans concession, apporte à la fois le regard plein d’interrogations d’un enfant noir qui ne comprend pas pourquoi il doit se méfier des blancs et se montrer inférieur à eux en toutes circonstances ni pourquoi il doit sans cesse respecter des règles familiales qui lui paraissent totalement absurdes et être battu pour rien et le regard distancié, qui se distingue tout juste en filigrane, de l’adulte qu’il est devenu.

Ce livre constitue un reportage réaliste sur l’Amérique ségrégationniste. Le lecteur, qu’il soit jeune ou adulte, se mettra facilement dans la peau de ce narrateur-auteur-personnage qui raconte les choses telles qu’il les ressent. Et même si l’on sait que Richard atteindra son but de devenir un homme libre et écrivain puisque nous tenu son livre entre nos mains, il est difficile de lâcher l’histoire tant il y a de rebondissements malheureusement à chaque fois plus dramatiques les uns que les autres pour ce jeune garçon. Un gros coup de coeur, que je conseille à tous et en particulier aux collégiens à partir de la 4ème-3ème qui n’ont pas peur de se confronter à un gros livre (450 pages dans une écriture minuscule pour mon édition). Nul doute que cette autobiographie leur permettra de réfléchir sur de nombreux sujet tels que la condition humaine, le racisme, la liberté de penser et de s’exprimer et j’en passe !

L’homme invisible

18 Fév

Une (grosse) pépite qui dormait dans les rayons du CDI…

L’éclipse, Robert Cormier

Depuis qu’il est tout petit, Paul Moreaux est intrigué par une photo de famille réalisée avant la Première Guerre mondiale. La raison de sa curiosité ? Son oncle Adélard avait subitement disparu au moment du cliché alors qu’il était présent dans le groupe quelques secondes plus tôt. Lorsque l’enfant interroge ses parents, il obtient inexorablement la même réponse : chaque famille a ses mystères et ton oncle adorait faire des farces. Oui mais voilà, le jeune Paul est persuadé qu’une autre explication à cette disparition existe.

En 1929, une crise économique sans précédent ravage les Etats-Unis. Paul a 13 ans et, avec son regard d’adolescent, en constate les ravages dans la petite communauté d’ouvriers canadiens émigrés. L’usine de peignes dans laquelle travaille son père est en grande difficulté, les ouvriers se mettent en grève et sont prêts à en découdre physiquement. Dans le même temps, le Klux Klux Klan (société secrète raciste) tente de convertir de nouveaux adeptes dans la ville.

Dans ce contexte difficile, Paul  – en proie à ses premiers émois amoureux qui vont de paire avec les bouleversements physiologiques de son âge – se rend compte qu’il possède un étrange pouvoir. Il découvre qu’il est capable de devenir invisible à volonté, de s’éclipser totalement. Alors qu’il pourrait se réjouir de ce formidable pouvoir, il s’en inquiète. En effet, s’il pourrait le mettre à profit pour une bonne cause, il n’y verrait pas d’inconvénient, mais devenir invisible peut aussi permettre de faire le mal, d’assouvir ses fantasmes, les meilleurs comme les pires et peut-être même de tuer…

Voilà un excellent roman. Non seulement de par son intrigue passionnante, fantastique dans tous les sens du terme, mais de par une structure narrative complexe, faite de récits enchâssés et de mises en abîme (roman dans le roman). Je reviens à l’intrigue dans un premier temps. Si le phénomène de l’éclipse occupe la majeure partie du roman, l’auteur dresse une toile de fond historique très bien documentée et accessible à un jeune public qui découvrira un aspect de l’Histoire américaine qu’il n’aura peut-être qu’entrevue en cours. la question de l’invisibilité quant à elle renvoie à de nombreux questionnements métaphysiques, notamment les questions du bien et du mal et de la liberté. Ce pouvoir rend-il plus libre celui qui le possède ? Lui donne-t-il tous les droits sur les autres ? Comment être certain qu’une action que l’on croit bonne sur le coup n’est pas en réalité très néfaste ? Des interrogations parmi d’autres que les personnages et le lecteur devront se poser.

J’en reviens à la narration cette fois. J’ai littéralement été bluffée. le plus difficile est ici de tenir ma langue afin de ne pas ôter le plaisir procuré par ce livre gigogne. Je ne donnerai qu’un indice, le titre du livre peut prendre plusieurs signification et renvoie également à la narration. L’auteur réalise donc un véritable tour de force, d’autant plus qu’il s’agit d’une oeuvre jeunesse, genre qui laisse rarement entrevoir d’aussi passionnantes et remarquables prouesses techniques en matière de construction. Un véritable coup de coeur (pas seulement destiné aux jeunes lecteurs donc). J’espère que de courageux élèves seront assez curieux pour dépasser la peur d’affronter près de 500 pages et une couverture un peu défraîchie… le livre en vaut la chandelle !

la chute de l’empire américain

18 Nov

Voilà longtemps que je ne m’étais pas attelée à Paul Auster. Très sincèrement, je recule depuis quelques jours le moment de rédiger ma chronique car résumer une telle oeuvre sera forcément réducteur. Je tente de faire au mieux.

Leviathan, Paul Auster

Peter Aaon, écrivain, vient d’apprendre dans le journal la mort pour le moins explosive de son ami Ben Sachs, écrivain lui-aussi. Ce dernier, dont le cours de la vie s’est trouvé brutalement bouleversé le jour où il a tué un homme, s’est engagé dans une action terroriste destinée à détruire les reproductions de la Statue de la Liberté pour remettre en cause le système américain. S’attendant à recevoir la visite de FBI et afin d’éviter tout détournement de la réalité, Peter décide de reconstituer le plus fidèlement possible la vie de Sachs et de le consigner dans un livre auquel il donnera le titre de l’oeuvre inachevée de Sachs : Leviathan.

J’ai raccourci autant que faire ce peut le synopsis de ce pavé de 400 pages. Aaron, en racontant la vie de Sachs, nous parle aussi de lui, de la difficulté d’écrire, et d’une myriades de personnages tous plus étranges les uns que les autres mais surtout de l’évolution d’une société américaine en perte constante de repères. Si l’on ne saura jamais ce qui se cache derrière le titre de Leviathan de Sachs, celui d’Auster renvoie sans doute au monstre institutionnel, à cet Etat gigantesque et monstrueux que représentent les Etats-Unis (ce titre nous rappelle forcément Hobbes dans son ouvrage éponyme qui évoquait l’Etat despotique en reprenant le nom du monstre mythologique du Livre de Job) On retrouve dans cette oeuvre foisonnante, bien que moins complexe que bien des romans du célèbre auteur américain (toutes mes chroniques concernant cet auteur sont à retrouver ici), le procédé de la mise en abîme puisque le narrateur est en train de rédiger le livre que nous lisons. Le récit est, comme d’habitude, mené d’une main de maître et nous sommes jusqu’aux toutes dernières pages curieux d’apprendre comment ce brave écrivain a bien pu se retrouver mêlé à une telle histoire. On comprendra que chaque personnage est à voir comme une pièce d’un immense puzzle, non seulement celui d’une vie mais celui d’une nation. Un grand livre  donc, qui avait reçu le prix Médicis étranger en 1993.