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Apparences trompeuses

27 Juil

Je continue dans la littérature jeunesse avec un récit d’intrigue cette fois paru aux éditions Syros.

Là où se cache le diable, Benjamin Guérif

Le jeune Adam, un garçon solitaire, vient d’emménager avec ses parents dans une maison éloignée de tout en pleine campagne. Malgré l’atmosphère sinistre du paysage environnant rendu plus glauque encore par l’hiver brumeux, Adam se plaît à découvrir son nouvel environnement dès qu’il quitte le lycée. Un soir, alors qu’il parcourt un sentier dans les sous-bois, il aperçoit une lueur intrigante, fantomatique au-dessus du sol. Peu rassuré, l’adolescent veut découvrir l’origine de ce phénomène paranormal. Pour ce faire, il va mener l’enquête dans le village et avoir le coeur net sur ce qu’est vraiment le Puits du Drac, un lieu jugé maléfique depuis des années.

Dès le départ, Benjamin Guérif introduit son lecteur dans une ambiance glaciale, nimbée d’une brume effrayante. Les descriptions – notamment les dernières qui concernent le Puits du Drac – permettent vraiment d’apporter une atmosphère angoissante et d’augmenter la tension dramatique, tout comme le point de vue interne du personnage. Ce sont vraiment les aspects du roman qui m’ont plu.

Le jeune héros auquel pourront facilement s’identifier les ados, s’il n’a pas froid aux yeux, n’en reste pas moins un garçon ordinaire, qui a du mal à s’intégrer dans son nouveau lycée et qui entre parfois en conflit avec ses parents. Par contre, ce dernier aspect aurait peut-être gagné à être affiner afin de rendre le récit plus réaliste.

Si de nombreux personnages secondaires font leur apparition, c’est celui de l’intrigante madame Rilklho, une jeune femme vivant complètement retirée du monde au fin fond de la forêt, qui est le plus développé et vient encore contribuer à rendre l’ambiance étrange. C’est d’ailleurs, sans révéler le fin mot de l’histoire, qui aidera Adam à percer le mystère du Puits du Drac et à se rendre compte qu’il faut savoir porter son regard au-delà des apparences.

Un récit prenant, à partir de 13 ans je pense pour les bons lecteurs qui n’ont pas peur des fantômes.

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Morts-vivants

28 Août

Encore un des livres « piqués » au CDI.

L’Etrange vie de Nobody Owens, Neil Gaiman

Par une sombre nuit, un personnage encore plus sombre se glisse dans la demeure de la famille Dorian. Il assassine froidement le père, la mère et leur petite fille. Afin de terminer son travail en beauté et proprement, le Jack – car c’est ainsi que se nomme ce célèbre égorgeur de Londres – s’apprête à enfoncer sa lame dans le corps du bébé. Sauf qu’il ne transperce pas un bébé mais un ours en peluche. Très vite, il part à la recherche de l’enfant… en vain.

Le bébé, sentant le danger, a quitté tant bien que mal son berceau et est sorti de la maison en rampant. Il arrive jusqu’au cimetière près de sa maison. Là-bas, les fantômes comprenant qu’il est en danger décident de le protéger. Il va être alors recueilli puis adopté par les charmants époux Owens, morts depuis plusieurs décennies… L’enfant – baptisé Nobody et surnommé Bod – va grandir au milieu des spectres, sous l’œil bienveillant de son tuteur Silas, ni vivant ni mort. Les fantômes se font une joie de lui enseigner toutes leurs connaissances : écriture, histoire, poésie mais aussi effacement, épouvante et autres sortilèges.

La vie de Bod aurait pu s’écouler tranquillement au cimetière s’il n’avait pas voulu en sortir pour découvrir le monde des vivants, son monde. Mais à l’extérieur, le garçon court de grands dangers, le Jack est toujours à sa recherche et compte bien terminer enfin sa sinistre entreprise…

Entre conte fantastico-gothique et roman d’apprentissage, L’Etrange vie de Nobody Owens plaira sans doute aux jeunes adolescents amateurs d’histoires de fantômes et autres sorcières. On suit avec plaisir l’évolution du personnage, son passage de l’enfance à l’adolescence, la période de rébellion qui l’accompagne, la découverte du sentiment amoureux porteur de joie et de déceptions. J’ai particulièrement apprécié le moment où Bod veut absolument se rendre au collège pour apprendre comme tout le monde. Alors qu’il fait tout pour passer inaperçu, il se retrouve confronté à un problème de racket et vient en aide aux 6ème en ridiculisant la brute qui les tourmentait, d’abord par des paroles intelligentes, puis par ses pouvoirs particuliers. De peur que le collège tout entier ne le prenne pour une bête de foire, il est obligé d’arrêter sa scolarité, malheureux. J’ai surtout aimé l’échange suivant, entre Bod et l’amie du persécuteur de 6ème, qui fait bien réfléchir : « – T’es bizarre, lui dit-elle. T’as pas d’amis. – Je ne suis pas venu ici pour me faire des amis, répondit Bod avec sincérité. Je suis venu pour apprendre. […] – Tu sais que c’est complètement bizarre, ça? personne ne vient à l’école pour apprendre. Enfin quoi, on vient parce qu’on est obligé. » L’auteur, Neil Gaiman, a mis une vingtaine d’années à écrire ce roman inspiré par son fils qui aimait se balader en tricycle entre les pierres tombales. Il a reçu de nombreux prix. Une belle découverte !