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Corps perdu

22 Nov

Lecture réalisée pour le comité du collège Arsène Fié. Je préviens d’emblée, par avant 14-15 ans.

Djamila, Jean Molla

9782246647614fsVincent redouble sa terminale et joue de la guitare dans un groupe avec son meilleur ami Hamid. Un jour, une jeune fille magnifique mais très mystérieuse fait son apparition. Comme Hamid a déjà l’air sur le coup, Vincent ne se fait aucune illusions quant à ses chances de pouvoir intéresser la demoiselle. Mais son ami va lui apprendre que Djamila est sa cousine, qu’elle a dû quitter la banlieue parisienne pour venir s’installer chez lui, à Poitiers. De plus en plus sous le charme, Vincent va tenter de percer le secret de la jeune fille… en vain. Pour tenter de comprendre ce que renferment son silence et son regard sombre, il décide d’aller faire un tour dans la cité de Sergeny, là où vivait Djamila. Il ne sait pas encore quels démons il va réveiller…

Avant toute analyse – vu que cette chronique est destinée à un public de collégiens – je préfère prévenir d’emblée : les thèmes abordés dans ce roman sont extrêmement violents. Une violence malheureusement bien réelle, mais qui pourra choquer les plus jeunes et les plus sensibles d’entre vous. Donc je ne conseille pas ce livre en-dessous de la classe de 3ème et si possible, si vous décider de le lire, faites-vous accompagner par un adulte (parents ou professeurs) afin de pouvoir discuter de ce que vous aurez lu.

Tout d’abord, le texte de Jean Molla (auteur de Felicidad) est vraiment très bien rédigé et très réaliste. C’est d’ailleurs cela qui fait sa force mais qui du coup appuie la violence du propos. Mais comme nous ne vivons malheureusement pas au pays des Bisounours, et qu’il faut bien appeler un chat un chat, l’auteur va aborder un sujet très sensible de manière assez directe. Ce roman parle donc de viol. Davantage que ça, de viol en réunion, de tournantes, et de films pornographiques tournés avec des personnes non consentantes. N’ayez crainte, aucune scène n’est directement décrite dans ce roman qui je le rappelle appartient à la littérature jeunesse. Mais les évocations sont très directes, le vocabulaire employé parfois cru et du coup les images mentales qui peuvent surgir facilement à la lecture sont parfois pénibles à supporter. Djamila est donc un réquisitoire contre les violences faites aux femmes, un véritable plaidoyer en faveur de ce droit qui devrait être fondamental pour chaque femme de disposer de son corps comme on l’entend et surtout que ce dernier soit considéré comme un sanctuaire par autrui et non comme un vulgaire morceau de viande. Molla critique également la société qui fait du sexe un commerce lucratif par le biais de la pornographie démocratisée et aussi la mauvaise influence de cette dernière sur les adolescents qui pensent que faire l’amour ressemble à ce qu’ils voient dans ces films sans paroles, souvent hyper-violents et dans lesquels la femme est considérée comme un objet.

En dehors de ce thème très compliqué, d’autres sujets difficiles sont évoqués tels que la mort violente (maladie, meurtres), le crime organisé (trafic de stupéfiants, rixes entre bandes rivales qui tournent très mal) et la façon dont la justice peut être rendue ou non…

En dehors de cela, j’ai apprécié aussi que l’auteur face preuve d’une grande ouverture d’esprit et construise des personnages très riches, qui sortent des clichés. Ainsi, Vincent fera la connaissance de Valérie, une jeune fille issue de la bourgeoisie, pas du même monde que lui. Alors qu’il est bourré de préjugés à son égard, il va découvrir qu’elle milite contre la mondialisation à tout prix et le profit qui va uniquement aux pays riches et que ce militantisme n’est pas simplement là pour se donner bonne conscience mais fait vraiment partie de sa personne. Chacun des personnages principaux est donc parfaitement dessiné, jamais de façon lisse mais au contraire toujours avec une part d’ombre, comme dans la réalité en somme.

Pour conclure, un excellent livre, très riche, mais à ne pas mettre entre toutes les mains je pense.

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Humanoïdes survoltés

8 Juil

Un petit article avant de prendre une semaine de vacances sans lecture ou presque…

Felicidad, Jean Molla

Au début du roman, nous suivons Buisson, le Ministre du Bonheur obligatoire, qui doit participer à une réunion d’urgence convoquée par le Président à vie. Ce dernier a tenu à réunir tous ses ministres pour  leur exposer un problème majeur : une nouvelle génération de parumains(humanoïdes créés par les hommes pour accomplir diverses tâches de la vie quotidienne) dotés d’une force surnaturelle et de la capacité de prendre n’importe quelle identité conçue par le généticien Choelcher a échappé à tout contrôle. Si les services de la Sûreté intérieure ont éliminé la plupart de ces Delta 5, 12 d’entre-eux avaient été conservés dans le but d’analyser leur ADN afin de fabriquer des parumains de combat surpuissants pour l’armée. Mais ceux-ci ont voulu s’enfuir et ont tué les militaires chargés de les surveiller. Certains sont néanmoins morts. Mais il reste trois Delta 5 qui rôdent dans Felicidad et qui vont sans doute chercher à se multiplier. Il faut à tout prix les en empêcher afin de maintenir la paix dans la Grande-Europe…

Peu après la réunion, Buisson est assassiné. Le meurtre est rapidement attribué à l’un des Delta 5 même si aucune des nombreuses Sécuricams présentes dans Felicidad n’a filmé la scène. Le ministre de la Sûreté intérieure, Bérard, va faire appel à Alexis Dekcked, le meilleur lieutenant de la ville, pour mettre la main sur les Delta 5. Mais l’enquêteur ne va pas se contenter du travail qu’on lui a confié et ses recherches vont le mener à de surprenantes découvertes…

Jean Molla signe un roman d’anticipation entre polar et science-fiction qui se veut un hommage au Blade Runner de Ridley Scott et au livre de Philip K. Dick, Les androïdes rêvent-ils de montons électriques, qui inspira le film. Si l’intrigue policière est bien posée et le thème de la conspiration au sein du pouvoir intéressant, je dois avouer que j’ai eu du mal à me mettre vraiment dans le roman. Je trouve que l’atmosphère de Felicidad aurait mérité d’être plus approfondie. De nombreux points intéressants (présidence à vie, vie très allongée grâce aux progrès médicaux, société ultra-sécuritaire avec caméras à chaque coin de rue, livres interdits…) sont à peine évoqués. Je trouve cela dommage. C’est comme si l’auteur avait associé plusieurs morceaux de romans d’anticipation les uns aux autres (1984, Fahrenheit 451…) sans parvenir à créer un roman avec une identité propre. C’est dommage…