Tag Archives: féminisme

Mafia latina

4 Oct

Avant toute chose, je tiens à remercier les éditions du Seuil pour leur confiance renouvelée qui me permets de vous présenter cette nouveauté.

Lola, cheffe de gang, Melissa Scrivner Love

137521_couverture_hres_0Les apparences sont parfois trompeuses. C’est le cas de Lola, une charmante et frêle jeune femme, compagne de Garcia, le chef des Crenshaw Six, un petit gang de la banlieue de Los Angeles. Sauf que la réalité n’est pas celle que l’on croit. C’est Lola, en fait, qui dirige, dans l’ombre mais d’une main de fer, les cinq gros bras qui l’entourent. C’est elle le cerveau. Mais si elle sait parfaitement se faire respecter au sein de son petit groupe, elle voudrait maintenant se faire un nom dans le milieu de la drogue. Cela sera sans doute bientôt le cas puisqu’elle va être amenée à négocier avec le cartel et un autre gros narco-trafiquant. Parviendra-t-elle à tirer son épingle de jeu sans y laisser la vie ? Réussira-t-elle à s’imposer en tant que femme et latina dans ce milieu ultra-machiste ?

J’avoue qu’à la réception du livre, je suis restée perplexe en découvrant le titre et la couverture qui ne m’inspiraient pas vraiment. J’ai néanmoins été agréablement surprise par l’intrigue de ce roman que j’ai dévoré en quelques jours à peine. Pour une fois, nous ne sommes pas du côté des forces de l’ordre mais des bandits. Si le rythme est celui d’un thriller avec des ultimatum, des vengeances et des situations cornéliennes, la psychologie des personnages n’en est pas pour autant oubliée et j’ai apprécié que le protagoniste soit une femme. Une femme forte qui présente aussi ses failles, qui ne se laisse pas abaisser au rang de belle plante verte qui lui était destiné, qui sous ses airs de garçon manqué se pose la question de la maternité et qui gère du mieux qu’elle peut ses blessures d’enfance. Sans aller jusqu’à dire qu’il s’agit d’un thriller féministe, ce roman qui met en avant la cheffe d’un gang sort un peu des sentiers battus et c’est tant mieux ! S’il s’agit d’un premier roman, Melissa Scrivner Love n’en est pas à son coup d’essai puisqu’elle est scénariste pour Les Experts et Person of Interest. Et quand je vous dis qu’il s’agit d’une nouveauté, on ne peut pas faire plus récent puisque le lire sort aujourd’hui même en librairie !

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Aux armes !

24 Août

C’est déjà l’heure de la rentrée littéraire ! Aujourd’hui, sort le premier roman de Marie-Fleur Albecker aux éditions Aux forges de Vulcain. Avant de vous présenter cet ouvrage, je tenais à remercier tout particulièrement l’auteure pour la dédicace et l’agence Anne et Arnaud pour cette belle découverte.

Et j’abattrai l’arrogance des tyrans, Marie-Fleur Albecker

et-j-abattrai-l-arrogance-des-tyransFin du XIVème siècle. Nous sommes en Angleterre. La grande peste et la guerre de Cent ans ont laissé le royaume dans la misère la plus totale. Seuls les nobles tirent leur épingle du jeu, taxant toujours davantage les paysans. Le roi, Richard II, n’a que 14 ans. Le pays est donc gouverné par ses conseillers qui cherchent à s’enrichir au détriment du peuple. Jusqu’au jour où la révolte gronde. Les hommes n’en peuvent plus de payer et de mourir de faim. Parmi le groupe d’insurgés qui partira de l’Essex pour se rendre à Londres afin de réclamer justice, une femme. Johanna. Elle refuse de rester au village avec les autres à se tourner les pouces pendant que se joue l’avenir des siens. Rebelle dans l’âme, elle veut participer et tenter de changer le monde. Pour ne plus subir. Pour être libre. En tant que femme.

Tout d’abord, je tiens à préciser que je ne suis pas du tout fan des romans historiques. Pour preuve, depuis la création de ce blog, je ne suis pas sûre d’en avoir déjà chroniqué. Et pourtant, quand cette lecture m’a été proposée, j’ai tout de suite accepté. Quelque chose me disait qu’il ne s’agissait pas d’un simple roman historique. Je ne me suis pas trompée. Si les faits historiques sont là – et Marie-Albecker, professeur d’histoire, maîtrise son sujet -, le véritable sujet de livre n’est pas là mais bien dans le combat de cette femme, Johanna, que l’on pourrait qualifier de féministe avant l’heure. Refusant les préjugés et le regard des autres, elle se joint aux hommes et se trouve à la tête de la révolte. Personnage déterminé, elle ne recule devant rien pour faire entendre non seulement la voix du peuple mais la voix des femmes contre les injustices dont elles sont victimes. Ce que j’ai surtout apprécié, outre l’intrigue, c’est la révolte du langage dont fait preuve Marie-Fleur Albecker en utilisant un vocabulaire cru, ultramoderne, pour rendre compte de ces événements d’une autre époque mais qui semblent ainsi totalement d’actualité. La distance anachronico-ironique du narrateur est savoureuse et apporte à ce roman un rythme haletant et un ton acerbe auquel j’ai particulièrement accroché. Vous vous en doutez, je ne saurais que vous conseiller ce roman pour bien terminer les vacances ou aborder la rentrée. Coup de coeur !

Mort sur le Nil

26 Fév

Merci aux Editions du Seuil pour leur confiance renouvelée.

Les ombres du désert, Parker Bilal

123808_couverture_hres_0Makana, détective privé, est embauché pour filer Maître Ragab, un avocat reconnu, soupçonné d’adultère par sa femme. En réalité, loin de se rendre auprès d’une maîtresse, l’homme se presse au chevet d’une jeune femme, Karima, brûlée vive. Cette dernière finit par succomber à ses horribles blessures et l’avocat demande au privé qu’il a démasqué de faire la lumière sur ce qu’il pense être un meurtre alors que la police conclut à un accident. Pour Ragab, le père de la victime, un djihadiste en cavale, est sans doute responsable de ce crime atroce. Quelques mois après le choc du 11 septembre, alors que les Israëliens assiègent Ramallah, notre privé se rend à Siwa, oasis à la frontière libyenne, afin de se renseigner sur la famille de Karima. Mais alors qu’il se confronte à des autorités locales peu désireuses de collaborer, deux cadavres sont retrouvés et Makana se voit bientôt accusé de ces deux meurtres barbares…

Pour ne rien vous cacher, j’ai eu du mal à me plonger dans ce roman. L’enquête met un peu de temps pour démarrer à mon goût. Est-ce dû au fait que ce roman soit le troisième d’une série ? Je ne pense pas. D’ailleurs, l’intrigue finit par se mettre en place et une fois installée, on oublie vite les petites lenteurs initiales. Le lecteur est transporté dans le désert égyptien et l’atmosphère de tension politique est très bien rendue par l’auteur. Mais ce que j’ai le plus aimé dans ce roman, c’est l’apparition d’un personnage féminin fort, Zahra, membre d’une association pour la protection des droits des égyptiennes. Une voix importante qui permet d’évoquer la condition des femmes dans des pays islamiques. Et rien que pour cela, ce roman vaut vraiment le détour.

Femmes à l’honneur

5 Fév

Bonjour à tous ! Aujourd’hui, je ne vais pas vous parler d’un livre mais d’un prix littéraire bien particulier, dont la mission me tient à cœur,  qui a pour but de soutenir et faire connaitre une littérature féminine de qualité. Le Prix de la Closerie des Lilas, qui fête ses 10 ans cette année, se compose d’un jury permanent et d’un jury invité qui rassemble des femmes issues du mondes des lettres, des arts, de la presse, des sciences et de la politique. Claude Lelouch sera le président d’honneur de cette édition 2017.

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Cette année, les invitées seront : Lydia Bacrie, Victoria Bedos, Bérénice Bejo, Claire Chazal, Catherine Clément, Diane von Furstenberg, Emmanuelle Devos, Daniela Lumbroso et Orlan qui viendront compléter les membres du jury permanent :Emmanuelle de Boysson (journaliste Version Fémina, romancière), Adélaïde de Clermont-Tonnerre (Point de Vue, romancière), Carole Chrétiennot (cofondatrice du Prix de Flore), Stéphanie Janicot (Muze, romancière), Jessica Nelson (Editions des Saints Pères, romancière), Tatiana de Rosnay (romancière).

Une première sélection de 7 romans a été établie :

Apatride de Shumona Sinha, Éditions de l’Olivier
Hadamar de Oriane Jeancourt Galignani, Éditions Grasset
Les parapluies d’Erik Satie de Stéphanie Kalfon, Éditions Joëlle Losfeld
Par amour de Valérie Tong Cuong, Éditions J.C. Lattès
Peggy dans les phares de Marie-Eve Lacasse, Éditions Flammarion
Pour que rien ne s’efface de Catherine Locandro, Éditions Héloïse d’Ormesson
Trois saisons d’orage de Cécile Coulon, Éditions Viviane Hamy

Une seconde liste sera rendue publique le 21 mars prochain. Tous les romans sélectionnés sont issus de la rentrée littéraire de janvier 2017.

 

 

L’oiseau s’envole…

3 Août

Encore un classique que je n’avais jamais lu et dont le titre me parlait énormément pourtant…

Une maison de poupée, Henrik Ibsen

Nora, le personnage principal, est l’épouse de Torvald Helmer, directeur de banque, depuis huit ans. Ensemble, ils ont eu trois enfants. Dans son ménage, Nora apparaît comme une femme-enfant un peu dispendieuse, heureuse et insouciante aux yeux de son époux qui la considère comme un petit animal sans défense.

Alors que Helmer tombe malade et que le médecin lui prescrit un voyage en Italie pour se reposer et guérir, Nora tente de trouver par elle-même la somme qui leur permettra de financer la prescription. Sans trop se rendre compte des conséquences, elle en vient à faire un faux en écriture. Quelques temps plus tard, alors que Torvald s’est remis de sa maladie, Krogstad – qui a prêté l’argent à Nora et qui risque d’être mis à la porte par Helmer – fait du chantage à la jeune femme en la menaçant de révéler toute l’affaire à son époux et à la rendre publique s’il ne conserve pas sa place. L’affaire ne se réglant pas comme il l’entend, Krodstad finit par dénoncer Nora à Torvald dans une lettre. Choqué et terrifié par le scandale qui pourrait réduire à néant sa carrière ce dernier rejette brutalement son épouse…

Je ne me lancerai pas dans un travail d’analyse trop long pour cette pièce de théâtre pourtant chargée de symboles. Beaucoup de commentateurs ont vu dans l’oeuvre d’Ibsen une pièce féministe, mais plutôt que cela, il s’agit plutôt d’individualisme et du combat d’un individu qui se revendique comme un être à part entière. Et c’est bien ce que cherche à faire Nora en prenant des décisions par elle-même – quitte à faire des erreurs -, en refusant de n’être que la « petite alouette » de son mari, en passant des heures à travailler le soir pour gagner son propre argent et, surtout, en choisissant de quitter le domicile conjugal et en rendant son alliance à Torvald à la fin. Peu à peu, le lecteur se rend compte de l’évolution du personnage qui passe de l’enfant insouciante à l’adolescente rebelle pour atteindre enfin la maturité adulte qui lui permettra de prendre son envol et de partir à la conquête d’elle-même.

La pièce est dynamique, agréable à lire. Le ton qui se veut léger n’est qu’un leurre – à l’image des faux-semblants dans lequel s’illusionnent les personnages – pour masquer le véritable propos de cette pièce qui donne bien davantage à réfléchir qu’elle ne le laisse paraître. A lire !

Un extrait de la fin de la pièce. Nora a changé et en informe son mari.

« Helmer. Comment, tu n’as pas été heureuse?

Nora. Non, je n’ai été que gaie. Et tu as toujours été très gentil avec moi. Mais notre foyer n’a pas été autre chose qu’une salle de jeux. Ici, chez toi, j’ai été femme-poupée, comme j’étais la petite poupée de papa, quand j’habitais chez lui. Et les enfants, à leur tour, ont été des poupées pour moi. Je trouvais cela amusant quand tu me prenais et jouais avec moi, de même qu’ils trouvaient amusant quand je les prenais et que je jouais avec eux. Voilà ce qu’a été notre mariage, Torvald. »