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Diluvio

28 Oct

Je tiens à remercier les éditions Philippe Rey  via l’agence Anne et Arnaud de me permettre de vous présenter cette belle nouveauté au rayon polar.

Mort à Florence, Marco Vichi

livre_moyen_362Florence. Automne 1966. Le petit Giacomo, 13 ans, est porté disparu depuis plusieurs jours. Personne ne l’a revu depuis sa sortie du collège par un jour de pluie. L’enquête piétine, aucune piste en vue. Le commissaire Bordelli se sent impuissant et ni les bons petits plats de son ami Toto ni les conversations avec Rosa, l’ancienne prostituée qui lui sert de confidente, n’améliorent son moral aussi sinistre que le ciel florentin. L’enfant finit néanmoins par être retrouvé mort, enterré sommairement dans les bois d’une colline proche de la ville après avoir été violé à plusieurs reprises. Malheureusement, aucun indice convaincant n’est retrouvé à proximité du corps. Bordelli doit essayer de tirer les fils d’une bien maigre piste qui vont le conduire chez un boucher fasciste nostalgique de Mussolini. Alors que notre commissaire patauge dans son enquête, une crue sans précédant ravage Florence, engouffrant ses minces espoirs d’obtenir des preuves plus concluantes…

Voilà un polar d’une richesse inouïe, tant sur le fond que sur la forme. L’auteur nous offre une oeuvre extrêmement bien documentée. Sans mauvais jeu de mots, nous sommes véritablement plongés dans le Florence inondé de novembre 66. Les descriptions sont d’un réalisme époustouflant. Les flots de boue qui se déversent sur la cité symbolisent parfaitement les relents nauséabonds que la bonne société florentine cherche à masquer. En outre, le portrait du commissaire est brossé avec beaucoup de finesse et laisse apparaître un personnage complexe et attachant, Dom Juan au cœur d’artichaut tombant amoureux à chaque coin de rue. Très sincèrement, ce roman est une vraie petite pépite, aussi bien pour les amateurs de polars que pour les amoureux de l’Italie. Mon seul petit reproche serait la lenteur du récit – hé oui, je ne suis pas une adepte des descriptions et des digressions historiques. Mais pour le reste, il s’agit vraiment d’un excellent roman, qui a d’ailleurs reçu le prix Scerbanenco en 2009, la plus haute récompense du polar italien.

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Photo-sensible

21 Fév

C’est au détour d’un rayon  de la librairie Millefeuille à Clamecy que j’ai débusqué ce livre. La libraire m’a confié que l’auteur d’origine canadienne vivait dorénavant en Bourgogne.

Infrarouge, Nancy Huston

Je crois avoir choisi ce livre non seulement parce que l’auteur, dont j’avais entendu parler, m’était inconnue mais aussi parce que l’action se situe en Toscane, douce région italienne où j’ai passé mes dernières vacances estivales.

Automne 2005. Rena Greenblatt, artiste et reporter-photographe, rejoint son père, Simon, et sa belle-mère, Ingrid, à Florence, pour une semaine de vacances. A Paris, elle laisse derrière elle son amant, Aziz, avec lequel elle doit emménager à son retour.

En Italie, Rena retrouve un père septuagénaire, autrefois brillant scientifique, ployant sous le poids des années. Les conversations avec Ingrid sont compliquées : cette dernière- qui d’ailleurs ne goûte guère à l’art de la Renaissance italienne –  a toujours eu du mal à accepter la vie menée par sa belle-fille. Il faut dire que Rena a vécu à la manière d’une aventurière, allant là où la menaient ses reportages-photos et ses rencontres avec les hommes. Et les hommes, elle en a eu. Mariée plusieurs fois, elle ne résiste pas à l’appel de la chair et ne rêve que de retrouver son jeune amant alors qu’elle parcourt les musées avec ses vieux parents.

Ce séjour toscan raté permet néanmoins à Rena de revenir sur ce qu’elle est, sur son passé, sur ses fantasmes, sur tous les hommes qu’elle a connus et photographiés en infrarouge. Elle évoque ses pensées secrètes avec son amie imaginaire, Subra, sorte de confidente interne avec laquelle elle peut tout partager.

Alors qu’elle doit gérer les deux personnes âgées et ses propres états d’âmes, Rena reçoit un appel d’Aziz. Rien ne va plus en France, la banlieue parisienne est à feu et à sang, elle doit absolument rentrer au plus vite afin de couvrir l’évènement. Mais Rena ne peut pas rentrer. Elle a promis à son père, qui vient du Canada, de passer les vacances avec lui. C’est donc tiraillée entre deux devoirs qu’elle tente tant bien que mal de poursuivre son périple dans la campagne toscane. Plus les jours passent, plus le séjour va tourner au cauchemar !

J’ai apprécié ce roman qui, grâce à des chapitres très courts, raconte deux voyages : le premier, plutôt comique, relate les vacances catastrophiques du trio incongru; le second est un voyage intérieur, plus sombre, qui revient sur les rapports familiaux complexes et la vie peu banale du personnage principal. Et pour peu qu’on ait déjà eu la chance de parcourir les routes sinueuse du Chianti et les rues de Florence, ce récit permet de se remémorer ces balades magnifiques.