Tag Archives: handicap

Mutant

12 Août

Avant de replonger dans une lecture pour adultes, voici un des petits derniers des éditions Syros, destiné aux ados à partir de 13 ans pour les bons lecteurs.

il, Loïc le Borgne

Romane n’a pas été épargnée par la vie. Suite à un terrible accident, elle a perdu sa mère et l’usage d’une jambe. Alors qu’elle s’apprête à passer un été peu réjouissant en compagnie de son père dans la petite ville de Templeuve, elle apprend avec plaisir la venue de son cousin Elouan, un garçon mystérieux, qu’elle n’a pas vu depuis des années.

Mais dans la petite bourgade, les nouveaux arrivants ne sont pas franchement les bienvenus. Valentin, Connor et leur bande sont bien décidés à ne pas laisser un inconnu marcher sur leurs plates-bandes. Alors qu’ils tentent de l’intimider, ils se rendent compte que le garçon n’est pas un adolescent comme les autres, qu’il possède des pouvoirs particuliers. Romande aussi s’aperçoit de l’étrange phénomène. Son cousin semble pouvoir lire dans les pensées de ses interlocuteurs, anticiper leurs réactions et communiquer avec les animaux. Alors que les journaux télévisés évoquent de nombreux cas de jeunes hors du commun, les habitants de Templeuve, horrifiés par la présence d’un de ces mutants dans leur paisible bourgade, vont organiser une véritable chasse à l’homme…

Je l’avoue tout de suite, j’ai un peu repoussé cette lecture en raison de la couverture qui ne m’attirait pas vraiment. Je la trouve trop connotée « ados » et « garçons » et avais un peu peur de ce qui pouvait bien se cacher derrière. Eh bien, j’ai été vraiment agréablement surprise. J’ai vraiment dévoré ce roman d’anticipation à l’intrigue et à la narration vraiment bien ficelées.

En bon livre du genre, il ne se contente pas d’évoquer la possibilité de l’évolution de l’humanité mais donne à réfléchir sur nos sociétés actuelles : peur, rejet de l’Autre et de la différence, tentation de la radicalisation et du totalitarisme pour préserver son quotidien. Loïc le Borgne parvient parfaitement à introduire son lecteur au coeur de ce village miné par la peur, dont les habitants, gouvernés par leur terreur de l’inconnu sont prêts à suivre aveuglément un fou furieux donneur d’ordres et à commettre l’irréparable. D’autres thèmes importants sont aussi abordés en filigrane de l’intrigue tels que le handicap et les violences commises au sein de la structure familiale.

Tous ces sujets sont traités par le biais de personnages bien dessinés dans des sous-chapitres qui offrent leurs différents points de vue et permettent également à l’intrigue de progresser rapidement. Les lecteurs de 4ème-3ème (et même à partir de la 5ème) vont dévorer ce roman plein de suspens, d’action mais aussi de sentiments avec une fin à couper le souffle ! Un petit conseil aux filles : ne vous laissez pas rebuter par la couverture, le livre vous est tout autant destiné qu’aux garçons !

Publicités

Attaques

18 Mar

Dernier ouvrage des quatre gentiment envoyés par les éditions Le Muscadier.

Un beau jour, François David

Deux récits coup-de-poing mettant en scène des collégiens composent ce petit livre.

Le premier, « Iahoo », raconte l’histoire d’un jeune élève de 5ème, José. Mais José n’est pas un enfant tout à fait comme les autres. Partout où il se rend, il est accompagné depuis peu par son chien, Iahoo. C’est d’ailleurs par le prisme de ce dernier que nous suivons l’histoire de José. Le jeune garçon de 12 ans n’est donc pas tout à fait comme les autres puisqu’il est aveugle. Mais comme les autres, il se rend chaque matin au collège. Iahoo est là pour l’aider dans son quotidien. Mais si le chien attire l’attention, pas évident pour le timide José de s’intégrer pleinement dans l’établissement. Bien sûr, la charmante Clara – qui ne le laisse pas indifférent – lui témoigne toute son amitié. Mais il n’en va pas de même pour Julian qui semble prendre un malin plaisir à le persécuter…

Le second récit, « La gifle », met en scène la jeune Nathalie. Un beau jour, alors qu’elle se rend à son cours de danse et attend le bus qui doit l’y mener, un jeune homme lui colle une terrible baffe et s’enfuie en courant avec son comparse. Le monde fait de rêveries de la jeune fille s’écroule et se brise alors en mille morceaux. En l’espace d’un instant, sa vie a basculé et elle n’est plus que l’ombre d’elle-même…

Vous l’aurez compris, François David traite ici de sujets graves : handicap, discrimination, harcèlement, agression… Toutefois, ces nouvelles n’ont rien de déprimant. Au contraire, elles permettront aux jeunes lecteurs de comprendre que la vie n’est pas toujours rose mais que des solutions peuvent toujours être trouvées. Elles les inciteront je pense aussi à réfléchir sur leur propre comportement : comment réagiraient-ils, eux, dans ces situations (qu’ils soient victimes ou coupables) ? Car si l’auteur place son regard du côté des victimes, il parvient aussi à se tourner vers les bourreaux et à tenter de comprendre ce qui a motivé leur acte – sans toutefois les excuser bien entendu. J’ai particulièrement apprécié le second récit, tout en pudeur et en poésie, assez allégorique je pense d’un sujet bien plus grave (le viol), évoqué d’ailleurs dans le texte. Il montre à quel point un acte de violence, quel qu’il soit, peut marquer – dans tous les sens du terme – la vie de celui qui en est victime et que se relever après ce genre de sévices n’est jamais évident. Encore une fois, cette collection Place du marché réussit son pari d' »utiliser son temps de cerveau disponible pour développer son sens critique ».

Une vie à réécrire

2 Fév

Et encore une nouveauté au CDI !

Patients, Grand Corps Malade

Grand Corps Malade, le désormais très célèbre slameur, n’a pas toujours été handicapé. Celui qui se nomme en réalité Fabien Marsaud nous raconte comment sa vie a basculé du jour au lendemain après un « bête » accident. En effet, quelques jours avant ses 20 ans, alors qu’il s’amuse au bord d’une piscine avec de amis, Fabien plonge et sa tête se cogne au fond de ladite piscine trop peu remplie. Ce jour-là, Fabien aurait pu rester au fond de l’eau. La vie en a décidé autrement.

Le jeune homme – qui se destinait à devenir professeur de sport – survit à l’accident. Mais dans quel état ! Dans le service de réanimation qui l’accueille, les pronostiques des médecins ne sont pas favorables. On dit à ses parents qu’il ne remarchera jamais. Le jeune homme, une fois hors de danger, est néanmoins transféré dans un centre de rééducation spécialisé dans les para et tétraplégies. Là-bas, il va devoir peu à peu à apprivoiser son nouveau corps affaibli et complètement repenser sa vie future.

L’ouvrage s’ouvre sur deux textes de slam « Sixième sens » et « Je dors sur mes deux oreilles » très percutants, poignants et d’une grande poésie. Ces préambules – ainsi que la quatrième de couverture – laissaient augurer une excellente prose. J’ai été déçue sur ce point. La langue est courante, très souvent parlée voire quelque fois familière. Malgré quelques formules choc très imagées telles que « Quand tu es dépendant des autres pour le moindre geste, il faut être pote avec la grande aiguille de l’horloge. La patience est un art qui s’apprend patiemment », je n’ai pas retrouvé ce qui fait la beauté des textes en vers. Dommage. De même, l’écriture peut sembler distante. Mais là, je crois qu’il ne pouvait pas en être autrement. Fabien raconte à la première personne l’histoire d’un corps qu’il ne connait plus, qui n’est plus vraiment le sien. Les sentiments sont parfois difficiles à déceler derrière les actes mais ils sont bien présents en filigrane.

Pour le fond, voilà donc un récit coup de poing, qui témoigne avec des mots simples, sans prendre de pincettes ce qui fait le quotidien des grands paralysés en centre de rééducation. Fabien nous raconte tout : du fait de devoir regarder le plafond pendant des jours, de ne pas pouvoir changer le programme de la télé et de supporter des programmes stupides toute la journée, de ne pas pouvoir « aller à la selle » tout seul… tout ce qui fait que le quotidien peut vite devenir insupportable lorsque l’on a pas d’autre choix que de rester scotcher à son lit. Ensuite, vient le temps de la découverte de ce nouveau corps, malade, qui réagit bien trop mal à ce qu’on lui demande. Et encore, Fabien, dans son malheur a de la chance. Après quelques mois au centre, on lui apprend qu’il pourra remarcher. Difficilement, avec des béquilles. Non, il ne pourra plus courir ni envisager de carrière sportive. Oui, bien sûr, cette nouvelle l’accable à un point indescriptible. Mais lui pourra remarcher. Contrairement à la majorité de ses compagnons de galère – des jeunes pour la plupart accidentés de la route – qui eux demeureront collés à leur fauteuil le restant de leurs jours. J’ai eu bien du mal à lâcher le livre (que j’ai lu quasiment d’une traite) tant j’avais envie de savoir comment l’auteur avait pu surmonter tout cela. Bien évidemment, je savais que ça se terminait plutôt bien, mais j’avais envie de connaitre les différentes étapes psychiques par lesquelles il était passé : incrédulité, espoir, abattement, espoir de nouveau… Il faut une sacrée de courage et une force de caractère hors norme pour conserver un moral d’acier dans de telles conditions et dépasser justement sa condition. Une très belle leçon de vie, à méditer !

Envol vers la vie

18 Jan

Je remercie les Editions Baudelaire pour l’envoi de ce joli album.

Le papillon à roulettes, Marie Garnier

Papa et Maman Papillon attendent avec joie un heureux événement : un bébé Papillon pousse dans le ventre de Maman. La famille Papillon est aux anges le jour de la naissance de bébé Papillon. Oui mais voilà, au bout d’un an, bébé Papillon ne vole toujours pas. Ses parents, inquiets, décident de l’emmener chez le grand papillon blanc pour comprendre ce qui ne va pas…

Avec simplicité et délicatesse, Marie Garnier réussit à expliquer le handicap aux plus jeunes lecteurs. Grâce à cet album, très joliment illustré par Jeanne Chapelle, les parents pourront aborder facilement le sujet avec les plus petits. L’auteure montre de manière claire la différence et les difficultés auxquelles doivent s’exposer les personnes souffrant d’un handicap moteur sans pour autant dramatiser ni tomber dans le pathos. Au contraire, le texte et les dessins sont porteurs d’un message d’espoir, de solidarité, de fraternité, d’ouverture et surtout de courage, car petit Papillon n’en manque pas ! Un bien joli album à découvrir.