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Opération « Anthropoïde »

6 Mar

Encore un livre qu’on m’a conseillé et pour lequel je ne suis pas déçue.

HHhH, Laurent Binet

En 1942, en pleine seconde guerre mondiale, Reinhard Heydrich, chef de la Gestapo et des services secrets nazis, fait régner la terreur depuis des mois à Prague tout en planifiant la solution finale. « L’homme le plus dangereux du IIIè Reich » ne recule devant rien pour satisfaire son Hitler et Himmler dont il est le bras droit et n’hésite pas à faire fusiller tous les Juifs et les opposants au régime que compte la capitale Tchèque.

Depuis Londres, la résistance s’organise et entend bien frapper fort en montant l’opération « Anthropoïde ». Deux parachutistes tchécoslovaques seront chargés d’assassiner celui que l’on surnomme aussi « le bourreau de Prague » ou « la bête blonde ».

Tous les personnages du livres ont existé et tous les faits sont réels. Pourtant, il ne s’agit pas d’un documentaire historique mais d’un roman. Oui, mais comment raconter l’histoire de cet attentat sans déformer le réel ? Comment raconter, maintenir le lecteur en haleine sans romancer et sans trahir l’Histoire ? C’est la question que se pose Laurent Binet tout au long de son roman. Le lecteur lit donc deux livres en un : le roman sur l’attentat, et le journal de bord de l’écrivain qui s’interroge sur la manière dont il doit s’y prendre pour raconter un pan de l’Histoire qui lui tient à cœur sans le déformer et pour être le plus précis possible sans être barbant.

Le pari était risqué de livrer ses réflexions d’auteur au sein même de l’intrigue mais je dois avouer que c’est plutôt réussi. On comprend les doutes de Binet, on se demande quelle solution il va adopter, on compatit – et pour être auteur moi-même d’autant plus ! – au mini drame personnel lorsque son éditeur décide de changer son titre initial Opération « Anthropoïde » pour HHhH (Himmlers Hirn heiβt Heydrich : le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich). On se demande même à un moment si Binet réussira à raconter l’attentat. Pour ne pas être fan de roman historique, je me suis vraiment laissée séduire par celui-ci grâce à cette double lecture qui m’a, en outre, permis d’enrichir mes connaissances sur cette période si sombre de l’Histoire.

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Famille je vous « haime »

16 Oct

C’est avec une grande surprise et un grand plaisir que j’ai découvert ce livre dans ma boîte aux lettres vendredi dernier, offert par les éditions Belfond. Je les en remercie ! 

La liste de Freud, Goce Smilevski

1938. Vienne. Les troupes d’Hitler s’apprêtent à envahir l’Autriche. Depuis quelques temps déjà, la vie s’est beaucoup durcie pour les Juifs. SIgmund Freud profite de sa renommée pour obtenir un visa pour l’Angleterre. On lui permet de dresser une liste de personnes qu’il souhaiterait emmener avec lui. Sur cette liste figurent : son épouse, ses enfants, sa belle-soeur, ses deux femmes de ménage, son médecin et sa famille, et son chien. Les grandes absentes : ses quatre soeurs : Pauline, Maria, Rosa et Adolfina, la narratrice. Pourtant, voilà des mois qu’elles le sollicitaient pour obtenir le précieux sésame qui leur permettrait d’échapper à la barbarie nazie. La seule explication qu’il leur donnera : « cette situation n’est que provisoire pour le pays ».

Quelques mois plus tard, Freud meurt, à 82 ans, d’un cancer de la mâchoire qui le rongeait depuis des années. Adolfina et ses soeurs sont bloquées en Allemagne. Le 29 juin 1942, elles sont emmenées dans un camp de travail. Adolfina y fait la rencontre d’Otla Kafka, la soeur du célèbre écrivain. Au bout de quelques mois, elles sont embarquées dans un train de marchandises. A leur arrivée, elles sont enfermées dans une chambre à gaz. Juste avant de mourir, Adolfina se remémore sa vie…

Voilà un texte bouleversant. Vraiment. On ne peut que s’attacher à la narratrice et être révolté de l’attitude du brillant savant vis-à-vis de sa famille. Révolté contre cette société patriarcale contre laquelle se bat l’amie d’Adolfina, Clara Klimt, la soeur du peintre. Contre laquelle se battent et perdent toutes ces femmes condamnées à rester dans l’ombre de leurs frères, de leurs maris, de leurs pères. Evidemment, il s’agit d’un roman et l’auteur prend donc des libertés avec la vérité historique puisque aucun témoignage ne peut confirmer que Freud a sciemment condamné à mort ses soeurs septuagénaires. N’en reste pas moins la maltraitance morale infligée aux femmes à cette époque, destinées uniquement à enfanter et à rester derrière leurs fourneaux.

L’auteur nous permet également de nous plonger dans l’univers de la psychiatrie de l’époque avec une incursion dans le Nid, établissement psychiatrique « révolutionnaire » à Vienne à l’époque, où les patients, s’ils ne sont plus maltraités physiquement et considérés enfin comme des malades, n’en sont pas moins vus comme des « sous-hommes » par le professeur qui en a la charge et qui semble prendre un plaisir sadique à les malmener dans le but de les « guérir ». On voit également, en toile de fond, l’avancée des découvertes de Freud sur l’inconscient.

Les passages qui m’ont le plus touchée sont ceux qui évoquent les relations plus que difficiles entre Adolfina et sa mère. Ils donnent lieu, à mon sens, aux moments les plus émouvants du livre, notamment lorsqu’ils évoquent l’impossibilité de communiquer entre les deux femmes et la douleur que ressent Adolfina qui ne pourra pas avoir d’enfants : « je suis amputée d’une part de moi-même et un sentiment persistant d’absence, de manque, de vide, me rend démunie face aux exigences de la vie ».

Ce texte est un roman et donc à lire comme tel. Freud n’est là que comme prétexte à l’histoire de toutes ces femmes oubliées. A découvrir d’urgence !

Traque cosmopolite

2 Avr

J’avais vraiment apprécié il y a peu le premier roman de Timothée de Fombelle, Tobie Lolness. Je n’aurai donc pas attendu longtemps avant de me lancer dans la lecture de son roman d’aventures…

Vango – Entre ciel et terre – tome 1, Timothée de Fombelle

Devant Notre-Dame de Paris, en ce jour d’avril 1934, c’est l’effervescence. la foule se presse pour assister à l’ordination des jeunes séminaristes. Au milieu du groupe, un tout jeune homme, Vango, est subitement interpellé par un gendarme. Sans lui répondre, il prend la fuite. Le commissaire Boulard lance tout un escadron à sa poursuite. Vango escalade la cathédrale et échappe de justesse à une balle. Celle-ci n’a pas été tirée par les forces de l’ordre…

Au milieu de la foule, une jeune fille a observé toute la scène. Elle connaît Vango. Elle a vu qui lui a tiré dessus, l’homme au visage de cire. Le soir même, Ethel, la jeune fille aux yeux verts, retrouve le commissaire Boulard dans un restaurant. Elle lui apporte le portrait-robot du tireur. Le gendarme lui apprend que celui qu’il poursuivait est accusé d’un meurtre.

Au même moment, Vango court sur les toits de Paris. Il est bien décidé à prouver son innocence. Pour cela, il doit se rendre au séminaire et trouver le père Jean. Pendant que nous suivons notre héros dans son escapade nocturne, nous apprenons qu’il a été diagnostiqué paranoïaque quelques années plus tôt. Lorsqu’il parvient enfin chez son vieil ami, il découvre l’inimaginable : une scène de crime. Seuls les mots « Fugere Vango » (fuir Vango) son inscrit sur un cahier. Et s’il avait bien tué le père sans qu’il n’en ait conservé le souvenir, s’il était bien coupable du meurtre dont on l’accuse, sans le savoir ?

L’action va ensuite se compliquer énormément. Le récit fait un bon en arrière afin de nous expliquer d’où vient Vango et qu’est-ce qui l’a conduit à vouloir devenir prêtre. Le passé de héros dans les Iles Éoliennes sera le fil conducteur du roman. En parallèle, nous allons suivre la fuite et la traque de Vango, qui, après avoir quitté Paris, se retrouve en Allemagne et cherche à embarquer à bord du Graf Zeppelin, sous le commandement du docteur Eckener, pour échapper à ses poursuivants.

Nous n’avons pas encore passé les cents premières pages de ce premier tome mais je préfère m’arrêter là en ce qui concerne le résumé. La suite de ce roman d’aventures pour jeune public est digne d’un grand film d’espionnage. La traque du héros va nous conduire de Paris à la Sicile, en passant par l’Ecosse, la Russie et l’Allemagne. Toute l’histoire se passe alors qu’Hitler et son national-socialisme gagne du terrain en Allemagne, laissant fertiliser dans son sillage des comportements de plus en plus nauséabonds… Vango doit donc fuir, mais cette fuite va bientôt se transformer en quête, une quête d’identité, une recherche de sa vérité.

Ce roman est vraiment captivant. Dès la première ligne, on meurt d’envie de savoir où va nous mener notre héros. L’écriture est soignée, le style très entraînant ne laisse aucun temps mort. Le fond de l’histoire est à ce point travaillé que les adolescents, à qui le livre est destiné, n’auront aucune peine à se familiariser avec la montée du nazisme ou même l’histoire d’un monastère top secret ! Décidément, la littérature jeunesse française a trouvé son maître en Timothée de Fombelle !

je ne vais donc pas perdre de temps et commencer à lire la suite tout de suite !!