Tag Archives: hygiène de l’assassin

Champagne !

13 Sep

Qui dit rentrée dit Nothomb. En attendant de pouvoir déguster le millésime 2016, Riquet à la houppe, j’ai goûté à la cuvée 2014.

Pétronille, Amélie Nothomb

telechargement-1Amélie adore le champagne. Elle se plaît à savourer la finesse pétillante de sa boisson préférée à toute occasion, recherchant son ivresse bienfaisante. Après avoir rompu un jeûne de 36 heures avec un veuve-cliquot et avoir ainsi pu profiter d’une expérience sensorielle extatique, l’auteur belge décide de se mettre en quête d’une personne avec qui elle pourrait partager de tels états de transe. Après des recherches infructueuses, elle va jeter son dévolu sur Pétronille Fanto, jeune androgyne prolétaire amatrice de grands crus.

S’il était déjà de notoriété publique avant la parution de ce roman qu’Amélie Nothomb consommait énormément de champagne, l’auteur confirme ici ses goûts en matière d’alcool. Toutefois, le roman ne se résume pas à évoquer la divine boisson. Hautement autobiographique, Amélie dévoile ici quelques parcelles de son quotidien voire de son intimité. Elle en profite surtout pour pratiquer l’autodérision en se moquant de ses extravagantes tenues par exemple et évoquer en filigrane une quête permanente de la sensation d’exister, recherche qui l’a poussée maintes fois à se mettre en danger.

Si ce roman autobiographique est agréable à lire et divertissant, il est loin, bien loin d’atteindre le niveau des brillants Catilinaires ou Hygiène de l’assassin. J’attendais bien mieux de cet opus. Amélie joue la facilité et c’est bien dommage. Distrayant mais à consommer avec modération.

 

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David contre Goliath

17 Jan

Je découvre enfin le tout premier roman d’Amélie Nothomb !

Hygiène de l’assassin, Amélie Nothomb

Prétextat Tach, 83 ans, est un monstre dans tous les domaines. Physiquement, il est plus qu’obèse, son poids l’a rendu complètement impotent et l’oblige à se déplacer en fauteuil roulant et à recevoir sa toilette par une infirmière. Moralement, il est parfaitement imbu de sa personne, misanthrope et misogyne au plus haut point et d’un cynisme sans borne. Mais c’est aussi un monstre de littérature, récompensé par le prix Nobel. Et l’on vient d’annoncer que le vieillard, atteint d’une maladie rare, n’a plus que deux mois à vivre. Tous les journalistes se précipitent pour recueillir les dernières paroles du maître. Tous se font sauvagement éconduire.

Après que le quatrième interviewer se sauve horrifié et dégoûté par l’ignoble personnage, Nina, jeune journaliste téméraire à la répartie acerbe, décide de tenter sa chance et de faire avouer non seulement la supercherie littéraire de l’auteur mais son crime au bourreau, un crime qu’elle seule semble avoir débusqué sous les mots…

Grandiose ! L’auteure belge nous donne à lire une joute verbale d’une intensité remarquable. Nina, plus cynique encore que Tach, parvient à pousser l’horrible vieillard dans ses retranchements les plus profonds. Les dialogues, d’un raffinement et cruauté aussi admirables que pervers, se laissent déguster avec un contentement sans nom. Pas de temps mort dans ce huis-clos où la grande faucheuse se fait pourtant de plus en plus présente au fil des pages. Je ne pouvais qu’adorer ce chef-d’oeuvre d’humour noir et de cynisme érudit ! Un premier roman remarquable, dans lequel on perce déjà les thèmes de prédilection de Nothomb (la monstruosité de l’obésité notamment que l’on retrouvera notamment dans Les Catilinaires) qui avait largement mérité sa récompense au Grand Prix du roman de l’Académie française en 1999.