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La bibliothèque infernale

12 Août

Un tout petit Murakami, parce que ça faisait longtemps !

L’étrange bibliothèque, Haruki Murakami

9782714459558Un jeune garçon se rend à la bibliothèque municipale pour rendre des livres. Souhaitant en emprunter d’autres, la dame à l’accueil – qu’il n’a jamais vue – lui dit de descendre les escalier, puis de tourner à droite et de continuer tout droit pour se rendre à la salle 107. L’enfant s’exécute. Arrivé au bon endroit, un vieillard l’accueille. Dès lors, plus rien ne va se dérouler normalement…

Cette nouvelle de Murakami bascule très vite dans un univers aussi étrange qu’inquiétant. Ici, l’onirisme devient cauchemardesque. Le lecteur se perd dans les dédales de cette terrifiante bibliothèque labyrinthique et se retrouve emprisonné aux côtés du jeune narrateur, d’un homme-mouton et d’une magnifique petite fille. Sans être la meilleure oeuvre du japonais, cette nouvelle cristallise plusieurs thèmes récurrents de l’auteur (enfermement, solitude, quête de soi…) tout en dévoilant un aspect poético-fantastique bien plus sombre qu’à l’habitude. Le tout est très joliment et psychédéliquement illustré par Kat Menschik.

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Faim insatiable

26 Fév

Un petit Murakami, joliment illustré, pour mettre un peu de poésie dans la grisaille quotidienne.

Les attaques de la boulangeries, Haruki Murakami (illus. Kat Menschik)

1ère attaque : Deux amis sans le sous ressentent une faim violente, irrépressible. Comme ils n’ont pas de quoi se payer à manger, après des heures et des jours à réfléchir au problème, ils décident de braquer une boulangerie. Mais rien ne se passe comme prévu. D’abord, une vieille dame n’en finit pas de choisir ses pâtisseries, puis, lorsqu’ils annoncent au boulanger leur intention, celui-ci leur propose d’écouter du Wagner en échange de tout le pain qu’ils voudront… Nos deux amis, perplexes, se résolvent à ce compromis de peur d’être soumis à une malédiction…

2nde attaque : En plein milieu de la nuit, un homme (un des deux comparses de la 1ère nouvelle) et sa femme , fraîchement mariés, se relèvent, tiraillés par une faim obsédante. Ils cherchent désespérément de quoi la satisfaire dans leur frigo et leurs placard mais ils ne trouvent rien d’autre que de la bière, quelques oignons et quatre boudoirs. Happés par une vie professionnelle intense, ils n’ont pas pensé à faire les courses. L’estomac dans les talons, le mari se remémore son attaque de la boulangerie quelques années plus tôt. Il en parle à sa femme. Bientôt, ils se décident de réitérer l’exploit pour combler le trou noir dans leur ventre.

Ces deux nouvelles, qui n’en forment en fait qu’une seule puisqu’elles s’imbriquent l’une dans l’autre, nous entraînent dans l’univers étrange, proche de l’absurde que connaissent bien les lecteurs de Murakami. Cette faim quasi surnaturelle apparaît comme une métaphore à laquelle l’auteur convie chacun de ses lecteurs à en trouver le sens. Pour ma part, je lis cette faim infernale comme un vide, un manque intrinsèque aux personnages dont on ne sait quasiment rien (pas de nom, pas d’âge, pas de fonction dans la 1ère nouvelle et toujours pas de nom dans la seconde) et qui devront, par le biais de ces étranges attaques, combler de façon gloutonne. Comme dans les autres livres de Murakami, le lecteur est donc happé dans un monde parallèle, onirique, ici joliment illustré par Kat Menschik, qui avait déjà collaboré avec l’auteur japonais pour sa nouvelle Sommeil chroniquée ici.

Insomnia

27 Jan

Il est 5 heures 30 du matin. Je n’ai dormi que trois heures à peine et viens de passer la dernière heure à lire une nouvelle de circonstances.

Sommeil, Haruki Murakami

Cette longue nouvelle n’est sans doute pas le plus beau texte de Murakami. Néanmoins, en le lisant, j’ai une fois encore eu l’étrange impression que ce livre m’était tout particulièrement destiné, et c’est à cela, je pense, que l’on reconnaît les grands auteurs.

Sommeil évoque les dix-sept nuits sans sommeil d’une jeune trentenaire. Je pourrais me contenter de cette unique phrase pour résumer ce court texte. Seulement, comme d’habitude, il est impossible de résumer Murakami.

Nous voici donc aux côtés de cette femme dont nous ne connaîtrons pas le nom. Elle mène une vie bien rangée de femme au foyer, occupant ses journées à la préparation des repas pour son mari, dentiste, et son fils, à faire le ménage et les courses. Une nuit, elle se réveille après un cauchemar dont elle ne conserve pas de souvenir si ce n’est une sinistre impression. Juste après, elle est victime d’une sorte d’hallucination, d’une vision terrifiante entre rêve et réalité comme sait si bien les créer Murakami. Un vieillard est au bout de son lit, en face d’elle, et lui arrose les pieds. Elle semble consciente mais lorsqu’elle cherche à allumer l’interrupteur, elle se rend compte qu’elle ne peut faire aucun mouvement. Son cri d’angoisse restera enfermé dans sa gorge. Trempée de sueur et bouleversée par ce dernier rêve qui ressemblait si étrangement à la réalité, elle se lève.

A partir de là, elle ne dormira plus. A partir de ce moment, elle passera ses journées et ses nuits à relire Anna Karénine, le roman-fleuve de Tolstoï. Peu à peu, elle prend conscience de la valeur de son esprit et décide de profiter intensément du temps supplémentaire accordé par ces étranges insomnies.

Inutile d’en raconter davantage, j’en ai sans doute déjà bien trop dit. Dans un style épuré, Murakami nous plonge une nouvelle fois au cœur de la nuit qui semble être une immense source d’inspiration pour lui vu la présence considérable qu’elle occupe dans l’ensemble de son œuvre.

Ce texte envoûtant et énigmatique, superbement illustré par Kat Menschik, se lit donc très facilement. Je regretterai simplement une fin un peu trop rapide à mon goût.