Tag Archives: la conjuration des imbéciles

Étrange bibliothèque

30 Juin

Je remercie encore Alexandra qui me connait si bien et m’a encore fait découvrir une magnifique pépite !

Au paradis des manuscrits refusés, Irving Finkel

9782709656221-001-xAu fin fond de la campagne anglaise se cache une bibliothèque pour le moins étrange. Ici, en effet, ne sont répertoriés et mis en rayons que les manuscrits ayant fait l’objet de refus de la part d’éditeurs, accompagnés de leurs missives – parfois violentes – de rejet. Sous l’égide du conservateur en chef, le Dr Montague Patience, une incroyable équipe de bibliothécaires est chargée de veiller à la bonne classification et conservation des différents ouvrages qui parviennent nombreux à la bibliothèque. Et alors que l’on s’attendrait à ce que personne ne soit attiré par ces manuscrits inédits – bien souvent mal écrits – d’auteurs totalement inconnus, il n’en est rien. Notre bande de bibliothécaires va devoir surmonter toute une série de perturbations : consœur américaine plus que pénible, troublante étudiante cachant une actrice aux intentions plus que douteuses, cambrioleurs et j’en passe ! Mais qu’on se le tienne pour dit, Montague et son équipe sont prêts à tout pour défendre les biens qui leur ont été confiés.

Ce roman est tout bonnement un chef-d’oeuvre d’humour anglais ! Chaque page vient révéler des situations plus cocasses les unes que les autres et des personnages hilarants par le sérieux avec lequel ils y font face. On retrouve ici le fameux nonsense carrollien, les bibliothécaires et surtout le conservateur en chef se posant des questions plus qu’absurdes mais hautement existentielles dont les principales sont : « quel était l’intérêt de la Bibliothèque ? A quoi servaient-ils tous ? […] la littérature publiée avait-elle plus de valeur que la littérature impubliée ? ». Evidemment, ce genre de questionnement ne remet absolument pas en cause le travail du Dr Patience ni celui de la trentaine de personnes œuvrant dans cette bibliothèque si singulière. Bien difficile de décrire davantage cet ouvrage tant il réserve de surprises. Je l’ai lu très doucement pour profiter le plus longtemps possible des pépites qu’il réserve, c’est dire ! Il m’a un peu fait penser à La conjuration des imbéciles de Toole que j’avais lu et chroniqué il y a quelques années.On notera un joli pamphlet contre la cruauté du monde éditorial qui viendra réjouir tous les écrivains qui se sont vus refuser un jour ou l’autre leur manuscrit. Gros coup de cœur ! Juste pour le plaisir de vous donner un exemple de l’humour et de l’écriture parfaitement maîtrisée de l’auteur, je cite ici l’une des fameuses lettres de refus adressées par un éditeur à un auteur de manuscrit refusé en devenir :

« Cher monsieur,

En dépit des quarante-sept rudes années que je vient de passer dans l’édition, je ne parviens pas à comprendre comment quelqu’un peut oser écrire un manuscrit tel que celui que vous nous avez envoyé. C’est peu dire que cela relève d’un scandaleux gâchis de papier dactylographié.

Vous êtes, monsieur, un affront vivant à tous les arbres qui poussent sur cette planète ».

Tout le livre est sur ce ton délectable. Si vous avez un livre à lire cette année, ne cherchez plus, c’est celui-ci qu’il vous faut !

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Bilan 2014

31 Déc

2014 se termine et l’heure est au bilan !

88 livres lus cette année soit seulement un de moins qu’en 2013 ! Encore plusieurs dizaines de milliers de pages ! Dire que je pensais ralentir le rythme !

Encore de belles découvertes et re-lectures cette année.

J’ai enfin fait la connaissance (littéraire s’entend !) d’Amélie Nothomb et je n’ai pas été déçue. Les Catilinaires mais surtout Métaphysique des tubes m’ont particulièrement marquée.

Dans un tout autre style, j’ai dévoré les célèbres Shining de Stephen King et American Psycho de Bret Easton Ellis. De l’angoisse et du gore en veux-tu en voilà mais extrêmement bien rédigé.

J’ai aussi découvert la prose de John Irving avec l’énorme (dans tous les sens du terme) A moi seul bien des personnages. Voilà un auteur que je compte bien explorer davantage.

Dans un genre plus léger, je me suis délectée de La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole, qui est rentré dans la liste de mes livres préférés.

Pour ce qui est de la littérature jeunesse, de belles découvertes là aussi. Deux classiques dans des styles complètement différents : Le Baron perché d’Italo Calvino et L’Attrape-coeurs de J.D. Salinger. Et beaucoup plus contemporain mais qui s’inscrit dans la droite ligne de ce dernier, les magnifiques Qui es-tu Alaska et Nos étoiles contraires de John Green.

Cette année, j’ai aussi lu Stephan Zweig – indémodable – avec délectation, notamment La Pitié dangereuse qui m’a gentiment été offert.

La littérature nippone a également été à l’honneur avec le grandiose Je suis un chat de Natsume Sôseki et de nombreuses oeuvres de Haruki Murakami avec lequel j’ouvrirai les chroniques 2015 (j’en suis au tiers des Chroniques de l’oiseau à ressort).

Enfin, j’ai relu Boris Vian, et y ai pris un immense plaisir, comme à chaque fois. J’ai commencé par L’herbe rouge en début d’année et ai terminé par le chef-d’oeuvre qu’est L’écume des jours (que j’aurai le plaisir de faire découvrir à mes élèves de 3ème à la rentrée).

En attendant de vous retrouver, je vous souhaite par avance une très bonne année 2015 et surtout de belles lectures !

 

Histoire de dingues !

23 Nov

Je remercie vivement l’amie qui m’a prêté ce livre génial !

La conjuration des imbéciles, John Kennedy Toole

Ignatius Reilly, obèse trentenaire possédant une très haute estime de ses capacités intellectuelles, passe la plupart de son temps allongé dans son lit sale à recouvrir des cahiers de pensées à l’encontre du monde moderne entre deux flatulences. Sa mère, alcoolique, chez laquelle il réside, aimerait beaucoup qu’il trouve enfin un travail pour subvenir à ses besoins, d’autant qu’elle vient de contracter une dette importante suite à un accident de voiture des plus improbables. Depuis toujours, Ignatius s’est refusé à s’abaisser à chercher un emploi, d’autant qu’il est persuadé qu’une quelconque activité serait des plus nuisibles à sa santé fragile, notamment en raison d’importants problèmes d’anneau pylorique qui se ferme à la simple évocation du mot travail !

Bien malgré lui, notre ami va donc être contraint de trouver un employeur. A partir de là, tout va se détraquer. Il va déjà se faire embaucher chez les Pantalons Levy, usine de textile en déclin, dirigée par M. Gonzales, bien gentil mais parfaitement crétin, assisté par Miss Trixie, une vieille secrétaire aussi aigrie que dérangée qui n’attend qu’une chose : qu’on la mette enfin à la retraite ! Après avoir tenté de retourner tous les employés contre leur patron, Ignatius est mis à la porte. Il trouve alors un improbable poste de vendeur de saucisses ambulant et doit se déguiser en pirate pour attirer de potentiels clients qu’il fait inexorablement fuir… Evidemment, il avale plus de hot-dogs qu’il n’en vend. Et tout ne va plus aller que de mal en pis pour lui, à commencer par son anneau pylorique !

Dans le même temps, l’agent Mancuso est à la recherche d’un individu louche. Mais comme il ne parvient pas à mettre la main dessus, son supérieur le rétrograde en lui ordonnant de revêtir chaque jour un costume plus ridicule que le précédant (style tutu rose !) pour mieux se fondre dans la population. Forcément, ça ne marche pas – Mancuso n’arrête que des innocents voire se fait interpeller par des confrères à cause de son accoutrement – et notre policier se retrouve à faire le planton dans les toilettes de la gare.

J’arrête là pour le résumé car je pourrais en écrire des pages et des pages tant ce livre est foisonnant de personnages tous plus délirants les uns que les autres (je passe la gérante de bar perverse, la danseuse idiote, le concierge noir, Mme Levy, Myrna Minkoff, la seule véritable amie d’Ignatius qui pense que seul le sexe pourrait l’aider à se sortir de ce bourbier, et bien d’autres cinglés en tout genre !). Les intrigues s’entremêlent mais finissent toutes par se rejoindre dans un magnifique cafouillis grand-guignolesque.

Je ne vais pas y aller par quatre chemins : il s’agit sans doute de la meilleure comédie qu’il m’ait été donnée de lire jusqu’à ce jour ! Le simple décalage entre les niveaux de langue (particulièrement châtié pour Ignatius et très familier pour tous les autres personnages issus des basses couches sociales de la Nouvelle-Orléans – ambiance de la ville rendue à la perfection soit dit en passant !) est à mourir de rire ! On suit ce pauvre hère d’Ignatius qui a tout pour déplaire – horriblement laid, puant au sens propre comme au sens figuré, intellectuel méprisant, seul contre tout et tous – avec une fascination sans bornes tant son potentiel comique est hors-norme. Hors-norme, voilà bien ce qui définit le mieux ce roman aussi génial qu’inclassable. Et dire que son auteur s’est suicidé à l’âge de 32 ans alors qu’il se croyait un écrivain raté et que le livre édité 11 ans plus tard grâce à sa mère a été récompensé par le prix Pulitzer un an après sa parution ! Quelle ironie du sort ! Surtout quand on lit la phrase de Swift qu’avait placée l’auteur en exergue de son oeuvre : « Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on peut le reconnaitre à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui. » Une pépite ! Ce roman rentre indéniablement dans mon top ten !

Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer un petit extrait (le livre fait presque 500 pages en caractères minuscules…). il s’agit de l’accident de voiture qui va impliquer bien des soucis à notre cher Ignatius par la suite…

« Je crois bien que tu as entièrement démoli la petite auto que quelqu’un a imprudemment garée derrière ce mastodonte. Tu as intérêt à quitter cet endroit avant le retour de son propriétaire.

– Tais-toi, Ignatius, tu m’énerves ! dit Mme Reilly avec un coup d’oeil à la casquette de chasse dans le rétroviseur.

Ignatius se redressa sur son siège et regarda par la lunette arrière.

– Cette malheureuse auto est une épave. Ton permis de conduire, si tant est que tu en possèdes vraiment un, sera immanquablement suspendu. Et ce sera justice, je n’y peux rien.

– Allonge-toi et fais un petit somme, dit sa mère tandis que l’auto bondissait de nouveau vers l’arrière.

Tu crois sincèrement que je pourrais dormir ? Je crains pour ma vie. Tu es sûre que tu tournes le volant dans le bon sens ?

Brusquement, la voiture bondit hors du créneau, dérapa en travers de la chaussée mouillée et alla heurter un pilier qui soutenait un balcon de fer forgé. Le pilier s’abattit de côté et l’auto s’écrasa contre le bâtiment.

– Oh, mon Dieu ! hurla Ignatius à l’arrière. Mais qu’as-tu fait, voyons ?

– Vite, un prêtre.

– je ne crois pas que nous soyons blessés, maman. Mais tu m’as mis l’estomac sens dessus dessous pour les quelques jours à venir.

Ignatius baissa la vitre d’une portière arrière et examina l’aile encastrée dans le mur.

– J’imagine qu’il va nous falloir un nouveau phare de ce côté.

– Qu’est-ce qu’on va faire?

– Si je conduisais, je passerais gracieusement la marche arrière et je m’éloignerais discrètement. tu peux être assurée qu’il va y avoir des poursuites. Le gens qui possèdent cette ruine branlante devaient attendre cette occasion depuis des années et des années. Je ne serais pas étonné d’apprendre qu’ils répandaient chaque soir de la graisse sur la chaussée dans l’espoir du passage d’un automobiliste tel que toi.

Il rota.

– Ma digestion est compromise. je crois que je suis en train d’enfler ! «