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Cœur de glace ?

9 Juin

Un grand merci pour le prêt de ce roman venu du froid (par cette canicule, un peu de fraîcheur – même littéraire – est la bienvenue !)

Les Chaussures italiennes, Henning Mankell

Fredrik Welin, 66 ans, ancien chirurgien orthopédiste, vit sur une petite île de la Baltique sur laquelle il règne en maître – pour la bonne raison qu’il en est le seul habitant (excepté sa chatte, sa chienne et ses fourmis qui colonisent tout le salon). Notre homme n’a ni femme ni enfant. Ses longues journées de solitude ne sont interrompues que par la visite quasi quotidienne de Jannson, son facteur hypocondriaque qu’il déteste, qui passe le saluer à bord de son hydroptère même s’il n’a aucun courrier à lui délivrer et par sa baignade journalière dans un trou de glace. En dehors de cela, Fredrik attend la fin de sa vie dans une routine des plus affligeante, tenant son journal de bord, se remémorant son enfance, ses rapports avec son père et la faute professionnelle qui l’a conduit à une retraite anticipée

Un jour de janvier, alors qu’il part creuser son trou dans la glace pour se baigner, il aperçoit une frêle silhouette dans le lointain. Quelle n’est pas sa surprise de découvrir une vieille femme se cramponnant à son déambulateur au milieu du paysage de glace. Le cœur de Fredrik se soulève d’un coup, il vient de reconnaître Harriet, son amour de jeunesse, qu’il a vu pour la dernière fois près de quarante ans plus tôt !

Le retour de son amour passé va bien évidemment totalement briser la routine de Fredrik. Il apprend bientôt que les jours d’Harriet sont comptés et il est bien décidé à tenir la promesse réalisées il y a quarante ans : l’emmener auprès d’un lac forestier au bord duquel il se rendait avec son père. A partir de là, la vie de Fredrik va prendre un nouveau départ…

Je n’avais pas du tout apprécié le style de Mankell dans La Faille souterraine, trouvant les intrigues policières quelque peu poussives. Un ami m’a convaincue de lire à nouveau cet auteur. Et grand bien m’a pris d’écouter ses conseils ! Ce roman est absolument magnifique ! L’histoire de cet homme qui, se croyant au crépuscule de sa vie, découvre tout un pan de son histoire qui lui a totalement échappé jusqu’alors donne vraiment à réfléchir sur l’existence.

J’ai beaucoup apprécié l’entremêlement de tous ces destins de femmes qui viennent croiser le chemin de notre narrateur, lui permettant au passage de réveiller son désir de vie. Alors que l’intrigue pourrait sembler un peu lente, le lecteur ne s’ennuie pas une seconde et attend avec impatience de pouvoir en démêler tous les nœuds. Si on comprend vite que la femme à la caravane que Harriet tient tant à présenter à Fredrik est sa fille qu’il n’a jamais connue et la nature de la faute qui lui a coûté son poste, on se prend d’intérêt pour tenter de déceler la façon dont notre « anti-héros » va bien pouvoir intégrer ces nouvelles données à son quotidien si bien huilé… Quant à l’explication du titre, je vous laisse le plaisir de la découvrir par vous-même ! Un pur délice !

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Nouvelles suédoises

5 Mai

La faille souterraine et autres enquêtes, Henning Mankell

Toutes les nouvelles de ce recueil mettent en scène Wallander, commissaire à la brigade criminelle d’Ystad. A vrai dire, l’auteur avoue avoir écrit ces nouvelles à la demande de ses lecteurs qui s’interrogeaient sur le passé de l’enquêteur, héros de toutes une série de romans de l’écrivain.

Les cinq enquêtes du recueil : « Le coup de couteau », « La faille souterraine », « L’homme sur la plage », « La mort du photographe » et « La pyramide » suivent donc un ordre chronologique qui nous entraîne de 1969 avec les débuts de Wallander dans la police à 1990 alors qu’il a acquis une bonne expérience.

Dans les quatre premières nouvelles, l’intérêt – à mon avis – réside moins dans les enquêtes que dans la construction du personnage principal de la série. Dans la première nouvelle, on découvre donc Kurt Wallander, tout jeune agent de police chargé de patrouiller à pied dans la ville de Malmö. En même temps qu’il rêve d’intégrer la brigade criminelle, il doit tenter de concilier ses nombreuses heures supplémentaires, son histoire d’amour avec Mona et son père – qui déteste les flic – avec lequel il entretient des rapports pour le moins tendus. Au terme de sa première enquête, il échappe de peu à la mort pour avoir fait cavalier seul afin de faire ses preuves aux yeux de l’inspecteur Hemberg qu’il adule.

Les nouvelles suivantes témoignent de l’ascension professionnelle de Wallander et de la déconfiture de son mariage en parallèle. L’auteur – selon son avant-propos- a cherché à montrer la hausse progressive du sentiment d’insécurité régnant en Suède à travers ces textes qui seraient donc à lire comme « un roman de l’inquiétude suédoise ».

J’ai mis une semaine pour lire ce livre que j’ai d’ailleurs – fait rare ! – entrecoupé d’autres lectures… Si suivre les débuts de Wallander est divertissant, j’ai trouvé les intrigues policières assez « poussives » et j’ai eu du mal à adhérer au style de l’auteur, sans doute en raison des (trop) nombreux rappels intertextuels. En voilà donc un qui ne restera pas gravé dans ma mémoire !