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Famille je vous hais

21 Fév

Un livre lu dans le cadre du partenariat du collège avec la bibliothèque de la Nièvre.

Les Willoughby, Lois Lowry

Les Willoughby forment une famille « vieux jeu » mais cependant peu commune. Les parents détestent parfaitement leurs enfants (enfin, pour ceux dont ils se rappellent l’existence !) et ces derniers le leur rendent bien. Les rejetons sont au nombre de quatre. L’aîné, Tim, règne en véritable tyran sur ses cadets. Il a instauré une loi inique, faite d’attribution ou de retranchement de points au fil du déroulement de la journée. Bien évidemment, il est toujours vainqueur et s’octroie le droit de martyriser les enfants. Viennent ensuite les jumeaux, Barnaby et Barnaby. Comme ils portent le même prénom, on nomme l’un A et l’autre B. Ils doivent se partager un unique pull-over. Leur mère les hait particulièrement car elle est incapable de les distinguer. Jane est la petite dernière de la fratrie. A six ans, elle possède encore toute sa fraîcheur et voudrait pouvoir aimer ses parents (qui ont oublié son existence !) mais qui, commandée par Tim, doit en dire du mal également.

Alors que les parents rêvent d’abandonner leurs enfants à la manière de ceux d’Hansel et Gretel, les enfants prient pour devenir orphelins ! Un jour, leur mère leur annonce qu’il part en voyage avec leur père pour très longtemps et qu’il va devoir recruter un nourrice pour s’occuper d’eux pendant leur absence…

Excellent ! Dès le premier chapitre, le ton est donné ! Rien de larmoyant dans ce roman contrairement à tous les récits « vieux jeu » auxquels il fait référence (les adolescents découvriront les célèbres de titres de Twain, Dickens, Brontë…). Si on doit pleurer ici, c’est de rire ! Tout les personnages sont à proprement parler ignobles et c’est un véritable délice de découvrir tous les stratagèmes mis en place par les uns et les autres pour se débarrasser réciproquement de chacun. L’humour noir règne en maître dans ce roman totalement caustique et second degré. Voilà donc une très bonne lecture jeunesse qui ravira également les adultes. J’avais déjà lu et apprécié cet auteur (cf : La passeuse de rêves et Le Passeur – non chroniqué). Une valeur sûre de littérature jeunesse.

Un petit extrait croustillant pour la route !

« Tu aimes nos enfants ?

– Oh non, dit Mme Willoughby […] Je ne les ai jamais aimés. Surtout le grand. Comment s’appelle-t-il déjà ?

– Timothy Antony Malachy Willoughby.

– Oui, lui. C’est celui que j’aime le moins. Mais les autres sont épouvantables aussi. La fille pleurniche tout le temps et, il y a deux jours, elle a essayé de me faire adopter un ignoble bébé.

Son mari frissonna.

– Et il y a les deux que je n’arrive pas à différencier, continua Mme Willoughby. Ceux avec le pull.

– Les jumeaux.
– Oui, eux. Pourquoi se ressemblent-ils autant ? Ca perturbe les gens et ce n’est pas bien.

– J’ai un plan dit M. Willoughby en posant son journal.

 Il se caressa un sourcil d’un air satisfait.

– C’est complètement abject.

– Magnifique. Un plan pour quoi ?

– Pour nous débarrasser des enfants.

– Oh, zut, il faudra les emmener dans une forêt sombre ? Je n’ai pas les bonnes chaussures pour ça.

– Non, un plan bien meilleur. Plus professionnel. »

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Au pays des rêves

24 Juil

Un dernier article avant de prendre une quinzaine de jours de vacances sans lecture ou presque !

Passeuse de rêves, Lois Lowry

La Plus Petite vient d’entamer sa formation de passeur de rêves auprès de Tatillonne. Mais cette dernière, malgré les grandes capacités de son élève, ne peut plus supporter ses questions incessantes et son enthousiasme débordant. La Plus Petite est alors confiée à Vieux et  Mince. Très vite, elle apprend à effleurer de ses doigts translucides les moindres objets et recoins de la maison des personnes qui lui ont été confiées. Ainsi, elle parvient à capter des fragments de toutes les histoires et toutes les sensations qui sont rattachées à ces objets. Une fois imprégnée de ces fragments de souvenirs, sa mission est de les assembler et de les octroyer aux humains la nuit afin de les faire rêver.

La maison dans laquelle doivent opérer La Plus Petite et Vieux et Mince est habitée par une vieille femme et son chien Tobby. Celle-ci se voit un jour attribuer la garde par les services sociaux d’un petit garçon de huit ans, John. Après de douloureux sévices infligés par son père, l’enfant a été séparé de sa mère trop déboussolée pour s’en occuper correctement. John nourrit en lui une profonde colère pour tous les adultes qui l’entourent. En arrivant chez la vieille femme, il fait tout pour lui rendre la vie impossible et se sert du chien comme souffre-douleur. La Plus Petite va tenter de lui apporter un peu de douceur en lui insufflant de doux rêves. Hélas, très rapidement, la horde des Saboteurs – les faiseurs de cauchemars – va être attirée par John. Les passeurs de rêves devront déployer d’énormes efforts afin de maintenir l’enfant du bon côté de la vie…

L’été dernier, j’avais lu Le Passeur (que j’avais adoré) du même auteur et je pensais que ce livre était une suite. Et bien non ! Alors que Le Passeur était à classer dans la catégorie roman d’anticipation jeunesse, Passeuse de rêves relève davantage du conte fantastique avec ces créatures imaginaires qui font leur apparition dès que les humains s’endorment pour leur octroyer des rêves. J’apprécié la fraîcheur et la poésie de cette fable onirique qui parvient à traiter d’un thème difficile – l’enfance maltraitée – sans tomber dans le pathos. Ce livre permettra aux jeunes lecteurs (à partir de 10 ans je pense pour les bons lecteurs) de découvrir que malheureusement tous les enfants ne sont pas traités comme ils le devraient mais que des solutions existent. Il leur montrera aussi à quel point les rêves sont essentiels à la vie éveillée et que les cauchemars finissent toujours par disparaître lorsque l’on garde espoir. Le tout est très joliment écrit.