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Défaire ses chaînes

23 Avr

Aujourd’hui, je vais vous présenter un petit livre à mettre entre toutes les mains, enfants comme adultes, il ravira tous les lecteurs.

Le chevalier à l’armure rouillée, Robert Fisher

le-chevalier-a-l-armure-rouilleeDans un passé lointain, un valeureux chevalier qui se trouvait « bon, gentil et plein d’amour » combattait les méchants, tuait des dragons et sauvait les demoiselles en détresse. Lorsqu’il n’avait pas de bataille à livrer, il vivait dans son château avec sa femme Juliette et son fils Christophe. Il passait aussi énormément de temps à contempler et à s’occuper de son armure, jusqu’au jour où il décida de ne plus la retirer, même pour manger ou aller dormir. Sa femme lui fit remarquer que vivre avec un époux sans cesse caché derrière une armure n’était vraiment pas agréable. Son fils ne savait même plus à quoi ressemblait son père sans sa protection d’acier ! L’ambiance dans la famille ne cessait de se détériorer jusqu’au jour où Juliette lança un ultimatum : soit il la choisissait elle, soit il choisissait son armure. Bien que le chevalier préférât sa femme et voulût se défaire de son armure, il ne parvint pas à la retirer. Il resta misérablement coincé à l’intérieur…

Pour se défaire de ce qui était pour lui devenu une prison, il partit en quête du magicien Merlin, afin qu’il l’aide dans son cheminement. Seule la réelle connaissance de lui-même lui permettrait de se défaire de cette armure qui l’empêchait de se montrer tel qu’il était vraiment. Bien entendu, la quête de sa véritable identité ne se fera pas sans heurts mais l’enjeu vaudra toutes les peines du monde et il sera accompagné dans ce parcours initiatique par des auxiliaires très sages et bienveillants.

Ce Chevalier à l’armure rouillée est une véritable petite pépite. Conte philosophique à la portée de tous, dans la lignée du Petit Prince de Saint-Exupéry, il peut se lire et se relire à tous les âges de la vie selon des axes différents. Il permet une réflexion d’une grande richesse sur ce qui fait notre identité, sur les prisons internes que l’on peut se construire en croyant se protéger mais qui ne font en réalité que nous éloigner de notre véritable identité. Réflexion également sur le rôle attribué au regard de l’autre – à qui nous cherchons à plaire – bien souvent à l’origine de la construction de cette carapace qui finit par nous étouffer et effacer notre personnalité. A l’image du prisonnier de la caverne de l’allégorie de Platon, notre chevalier devra surmonter différentes étapes, symbolisées par le Chemin de la Vérité, les Châteaux du Silence, de la Connaissance et de la Volonté et de l’Audace, pour parvenir au but ultime du Sommet de la Vérité, et se libérer de ses chaînes en se trouvant enfin. Et ce n’est qu’en se connaissant et en s’aimant lui-même qu’il pourra porter un amour sincère à ses proches et aider ceux qui pourraient avoir besoin de lui : « Il pleura encore plus amèrement en se rendant compte que s’il ne s’aimait pas lui-même, il ne pouvait pas aimer les autres, car le besoin qu’il avait d’eux se mettrait toujours en travers ». Ce ne sera qu’en prenant conscience de ses erreurs et en ayant suffisamment confiance en lui qu’il pourra se jeter dans l’inconnu, ne plus avoir peur du jugement et se sentir complètement libre et lui-même. Nul besoin de détailler davantage ce chef-d’oeuvre à la portée universelle, accessible à tous et plein d’humour. Je vous laisse le savourer et sans doute vous y trouver. Coup de cœur !

A la vie, à la mort !

23 Déc

Depuis ma lecture de Nos étoiles contraires j’avais très envie de découvrir le premier roman de John Green. Le Père Noël étant passé en avance au CDI, j’ai pu satisfaire ma curiosité.

Qui es-tu Alaska ?, John Green

Miles Halter a 16 ans, n’a pas d’amis mais se passionne pour les biographies de personnages célèbres et en particulier pour leurs dernières paroles. Sa vie n’est donc pas très intéressante. Voulant à tout prix découvrir ce qu’il nomme son Grand Peut-Etre, il s’inscrit en classe de première en tant qu’interne au lycée de Culver Creek. Il ne tarde pas à faire la connaissance avec son camarade de chambre, Chip Martin, jeune homme extraverti et sûr de lui arrivé dans l’établissement trois ans auparavant. Ce dernier se fait appeler le Colonel et va très vite surnommer Miles le Gros en référence ironique à sa maigreur. A peine les présentations sont elles faites que le Colonel entraîne Miles dans la chambre de la sublime Alaska. Ce dernier tombe immédiatement sous le charme de la jeune fille aux courbes parfaites. Malheureusement pour lui, la belle a déjà un petit ami et le crie haut et fort. En outre, elle possède un caractère bien trempé et est capable de passer des rires à une humeur massacrante sans que rien ne l’explique ce qui ne manque pas de perturber grandement notre cher Miles.

Notre ami va très vite s’intégrer à la petite bande formée par le Colonel, Alaska et Takumi – le roi du rap – et vivre de nouvelles expériences « interdites » comme fumer et boire dans l’enceinte du lycée. Les quatre comparses passent la majorité de leur temps libre à inventer des blagues pour faire enrager celui qu’ils surnomment l’Aigle – à savoir le directeur de l’établissement – mais aussi leurs ennemis jurés, les weekendeurs – gosses de riches (le Colonel boursier ne les supporte pas) qui n’ont de cesse de leur rendre la vie insupportable en retour.

Quelques jours avec ses nouveaux amis suffisent à Miles pour se sentir enfin vivant. Une chose le chagrine pourtant. Il aimerait percer le mystère d’Alaska Young, découvrir qui se cache vraiment derrière cette fille aussi insaisissable qu’insoumise et qui le fascine tant mais qui demeure si silencieuse quant à sa vie en dehors du lycée…

Je ne vais pas cacher mon avis très longtemps : j’ai adoré ! J’ai littéralement dévoré les 400 pages de ce magnifique roman qui parvient à transcrire avec une grande justesse la complexité des émotions adolescentes. Nous suivons le jeune Miles dans son apprentissage de la vie, dans sa découverte de l’Autre, de l’amitié, de l’amour, de la transgression nécessaire à la formation de son être et surtout dans sa quête de sens, dans cette quête de lui-même qu’il cherche à découvrir par le biais d’Alaska. J’ai trouvé la construction du texte particulièrement intéressante avec un décompte de jours qui ménage le suspens de manière très efficace. Que nous réserve le jour J ? Je vous laisserai le soin de le découvrir ! L’auteur réussit aussi la performance de faire passer son lecteur du rire aux larmes dans la même page – et je peux vous assurer qu’il en faut beaucoup pour me faire pleurer en lisant ! – sans jamais tomber dans le sentimentalisme ni la mièvrerie. Tragique et comique se mêlent à la perfection et ne laissent aucun temps-mort dans ce texte qui se lit à cent à l’heure. Je comprends que John Green ait reçu le prestigieux M.L. Printz Award du meilleur livre pour adolescents à sa parution et que le roman soit devenu un véritable best-seller. Parce que toute sa force est justement de ne pas se restreindre à un public adolescent. Effectivement, le livre réveillera chez chaque adulte la part d’adolescence qui sommeille en lui, ce bout d’être en constante mutation, la part de révolte contre l’ordre établi, la part de crainte mais aussi d’espoir sans limite en l’avenir, l’étincelle, que dis-je, le feu d’artifice qui donne envie de brûler sa vie sans attendre que celle-ci ne vous consume. Un grand livre !

Un petit extrait de la fin du livre qui me fait un peu penser au Petit Prince de Saint-Exupéry :

« Lorsque les adultes disent avec un sourire imbécile et sournois : « Les adolescents se croient invincibles », ils ne se doutent pas à quel point ils ont raison. Inutile de perdre espoir car nous ne pouvons être brisés irrémédiablement. Nous pensons être invincibles parce que nous le sommes. Nous ne pouvons pas être nés ni mourir. Comme les énergies, nous changeons seulement de forme, de taille et de manière de nous manifester. Les adultes l’oublient en vieillissant.Ils sont gagnés par la peur de perdre et de décevoir. Mais cette partie de nous plus remarquable que la somme de nos parties n’a pas de commencement ni de fin, et par conséquent elle ne peut décevoir. »

Romance longue-distance

8 Fév

Encore un rescapé du CDI !

Courrier sud, Antoine de Saint-Exupéry

Premier roman de l’aviateur, Courrier sud connut un succès retentissant avec deux millions d’exemplaires vendus en France.

Jacques Bernis est aviateur pour l’aéropostale. Il doit rejoindre l’Amérique du Sud, mais passera avant par l’Espagne et l’Afrique. Il n’est pas le narrateur de l’histoire, ce dernier reste indéterminé même si l’on peut deviner qu’il s’agit d’un ami de Bernis, par l’évocation de leurs souvenirs communs.

En quittant la France, Jacques laisse derrière lui une histoire d’amour avortée avec Geneviève, qu’il connaît depuis l’adolescence. Celle-ci vient de perdre son enfant, emporté par la maladie. Elle quitte son mari pour partir avec Jacques mais l’appel des grands espaces est plus fort et il ne tarde pas à repartir. Son goût pour l’aventure est plus fort que tout, plus fort que l’amour, plus fort que sa propre vie…

Je dois avouer que cette lecture m’a laissée plus que perplexe. La narration est compliquée, on ne sait jamais vraiment très quand ni où on se trouve, ni qui s’exprime. Le récit est fragmentaire, très allusif avec de nombreux retours en arrière dans la vie de Jacques qui s’entremêlent avec les récits de vol. Si le texte est très beau, très poétique, portant en lui les prémices du Petit Prince, l’histoire, elle, demeure donc confuse. On sent dans ce roman aux intonations autobiographiques et tragiques la grande solitude de l’aviateur qui pourrait s’apparentée à celle de l’écrivain en perpétuelle recherche de sens.

Il connaît pourtant cet étouffement. Nous l’avons tous connu. Tant d’images coulaient dans nos yeux : nous sommes prisonniers d’une seule qui pèse le poids vrai de ses dunes, de son soleil, de son silence. Un monde sur nous s’est échoué. Nous sommes faibles […]. Nous sommes tous tombés un jour de cette planète inconnue.