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« Ici, tout le monde est fou »

29 Mar

Ils me l’avaient promis, je l’attendais avec impatience et j’ai eu l’extrême plaisir de me la voir remettre par Southeast Jones – que je remercie encore vivement ! – avant sa sortie. Mais de quoi parle-t-elle, bon sang ? De quoi ?? De la toute dernière anthologie des Editions des Artistes Fous ! Et si j’étais si pressée, c’est que je savais que toutes les nouvelles auraient pour thème : la folie ! 

Folie(s) – 18 textes échappés de l’asile, anthologie dirigée par : Paul Demoulin, Matthieu Fluxe, Ludovic Klein, Vincent Leclercq et Sébastien Parisot.

La folie. Voilà un sujet qui m’intéresse au plus haut point. Je me suis toujours interrogée sur cette question : comment sait-on de quel côté on se trouve ? Comment sait-on si l’on est fou ou sain d’esprit ? Existe-t-il une « normalité » ou tout le monde est-il fou à sa manière ? Personnellement, j’opte pour la seconde solution ! Comme l’écrit Sébastien Parisot dans la préface, nous passons notre temps à réinterpréter le monde sous le prisme de notre propre subjectivité, tout simplement pour nous rendre ce monde tolérable. Par conséquent, comme le dit si bien le chat du Cheshire : « Nous sommes tous fous, ici ! ».

Ces 18 textes explorent des types de folie différents, une folie qui peut être dissimulée dans l’intimité de l’espace familial ou au contraire exhibée aux yeux de tous.

Evidemment, si j’ai apprécié l’anthologie dans son ensemble, quelques textes, de par les sujets traités, m’ont plus touchée que d’autres. Voici une sélection de mes préférés (que les autres auteurs me pardonnent, il faut bien faire un choix ! ):

– Nuit blanche, de Sylvie Chaussée-Hostein : il s’agit de la toute première nouvelle de l’anthologie. Une femme doit rejoindre en voiture son mari et ses enfants. Le trajet s’annonce difficile pour Martha en raison des conditions climatiques dantesques prévues pour la nuit dans les montagnes du nord-ouest des Etats-Unis. Mais ce n’est pas une tempête de neige qui l’empêchera de retrouver les siens. Alors que Martha est concentrée sur sa route, un homme très peu habillé la stoppe et lui demande de l’emmener jusqu’à la prochaine ville. Après un temps d’hésitation, Martha accepte. Au milieu d’un flash météo, la radio annonce que des détenus très dangereux se sont évadés d’une prison… Vous l’aurez compris, l’auteur va mettre en scène un huis-clos tendu, dans cette nouvelle chute délicieusement inquiétante.

Coccinelles, d’Emilie Querbalec : Sans doute mon texte préféré ! L’auteur traite avec une finesse poétique remarquable de la maternité, du rapport de la mère à l’enfant juste après la naissance, de « cet autre issu de soi que représente pour sa mère le nouveau-né », de cette sorte d' »inquiétante étrangeté » qu’il suscite aux yeux de celle qui vient de le mettre au monde. A lire absolument !

Le même sang coule dans mes veines, de NokomisM : Un très beau texte également sur une enfant qui se scarifie afin d’expulser le sang familial qui coule dans ses veines et la renvoie à un héritage terrible dont elle ne veut pas. Une nouvelle dure mais magnifique !

La nuit où le sommeil s’en est allé, de Cyril Amourette : En tant qu’insomniaque, je ne pouvais qu’être interpellée par le titre… imaginez un monde où, du jour au lendemain, plus personne ne pouvait fermer l’oeil… Je vous laisse découvrir les hypothèses de l’auteur…

Le temps me manque… j’aurais aimé vous parler aussi de Marie-Calice (un texte extrêmement drôle avec comme personnage principal une missionnaire qui prends son rôle un peu trop au sérieux !), de C15 (ou le quart d’heure mensuel de folie généralisée comme loi fondamentale de la Constitution américaine), de La maman de Martin et de Sanguines (deux autres nouvelles consacrées au thème de la maternité… tiens, c’est étrange à quel point maternité et folie sont toujours mêlés !) et aussi du tout dernier texte, Décalage, de Ludovic Klein – auteur dont que j’avais précédemment chroniqué ici – qui évoque avec finesse la difficulté de réintégrer la société après avoir vécu l’enfermement psychiatrique.

Après Sales Bêtes ! et Fin(s) du Monde, les Editions des Artistes Fous nous offrent une fois de plus une anthologie soignée avec des textes aux tonalités très différentes mais qui s’articulent très bien les uns avec les autres. Félicitations à tous les auteurs sans oublier les illustrateurs qui ont aussi réalisé un travail remarquable !

Au fait, vous pouvez pré-commander l’anthologie ici !

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Bêtes humaines

1 Jan

L’été dernier, les Editions des Artistes Fous (voir site ici) m’avaient gentiment fait parvenir leurs deux anthologies Fin de Mondes (2012) et Sales Bêtes (2013) en version numérique. Je n’avais lu et fait une chronique que sur la première nouvelle du recueil Sales Bêtes, « Les maîtres ne viendront plus » de Ludovic Klein. Armée d’une liseuse numérique depuis Noël, je me suis empressée de découvrir toutes les Sales Bêtes !

Sales Bêtes ! – Animaux étranges et délires zoomorphiques, anthologie dirigée par Paul Demoulin, Ludovic Klein, Vincent Leclercq et Sébastien Parisot

Sales Bêtes est donc une anthologie de 20 nouvelles avec pour thème central l’animal ou plutôt l’animalité. Tous les récits font intervenir des animaux, symboles de l’altérité face à une humanité pourtant bien souvent bestiale. Si l’homme a une grande part d’animalité en lui, il cherche bien souvent à la contrôler voire à l’effacer de sa vie quotidienne tout en conservant à l’animal une place dans sa vie quotidienne et son imaginaire.

Les nouvelles explorent différents aspects de l’animalité notamment celui de l’hybridation et de la mythologie dans des styles très différents.

Si dans l’ensemble, j’ai apprécié la plupart des nouvelles, mes préférées sont « Les maîtres ne vinrent plus » de Ludovic Klein (chronique ici), « La dépression du chat » de Gallinacé Ardent, « Manger les rêves » de Romain D’Huissier et « τρ » de Sébastien « Herr Mad Doktor » Parisot. Que les autres auteurs ne m’en veuillent pas, il me fallait opérer un choix !

« La dépression du chat » relate l’histoire d’un chat gigantesque, enfermé dans le sous-sol d’une maison, malade et fou de rancœur envers le bourreau qui l’a torturé pendant des années pour un show télé. L’auteur, dans un style grinçant, met en cause l’exploitation horrible des animaux et les séquelles qu’elle peut provoquer.

« Manger les rêves » est un conte d’inspiration nippone qui met en scène une créature du folklore japonais, le Baku, qui se nourrit des rêves. J’ai surtout aimé l’écriture poétique de cet auteur connu dans le milieu du jeu de rôle.

« τρ » est l’odyssée moderne délirante d’un homme-taureau. M. Lambert appelle le Dr Duflot en urgence pour un vêlage. Sa vache Pasiphaé a des problèmes pour mettre bas. Aidé par Lambert, le vétérinaire parvient enfin à extraire le veau, ou plutôt l’enfant-veau puisque le petit possède un corps de garçon avec un visage bovin. On assistera ensuite à l’évolution de Thor, mi-homme, mi-taureau mais qui ne sera ni humain ni bête et donc rejeté de toutes parts une bonne partie de son existence. J’ai particulièrement apprécié cette longue nouvelle à l’ironie tragique mais pleine d’humour, de jeux de mots et de références mythologiques.

Vous l’aurez compris, Sales Bêtes et ses auteurs sont à découvrir de toute urgence !

Humanité bestiale

19 Août

Ce texte de Ludovic Klein inaugure le recueil Sales bêtes ! Animaux étranges et délires zoomorphiques paru aux toutes jeunes éditions des Artistes Fous au mois de juin 2013.

J’avoue n’avoir lu que la première nouvelle de l’ouvrage qui m’a gentiment été envoyé sous format électronique par l’un des deux vice- présidents de l’association des « Artistes Fous Associés », Southeast Jones. J’attends donc le père Noël avec impatience pour recevoir une liseuse qui me permettra de lire tranquillement le reste du volume ainsi que le recueil Fin du monde ! 20 récits pour en finir avec l’Apocalypse, des mêmes éditions.

En attendant, vous pouvez découvrir l’association et ses publications ici

« Les Maîtres ne vinrent plus », in Sales bêtes ! Animaux étranges et délires zoomorphiques, Ludovic Klein

Août 1943, le monde est en guerre et la préfecture de Tokyo ordonne la mise à mort des animaux de son zoo de Ueno afin – officiellement – de protéger les habitants en cas de bombardement en évitant la libération d’animaux sauvages dans la ville. Officieusement, il s’agit surtout de réduire les frais de gestion du zoo et d’amener la population à envisager l’éventualité d’un bombardement.

La première méthode de mise à mort est un empoisonnement à la strychnine. Toutefois, certains animaux ne mangent pas les rations empoisonnées. Dès lors, tous les moyens – et surtout les plus barbares – vont être bons pour se débarrasser des pensionnaires…

Nous suivons ensuite, à travers le point de vue interne d’une vache, la mort (terrible) de faim de tout un troupeau. Nous comprendrons au fur et à mesure du texte, que nous nous trouvons à la suite de l’accident nucléaire de Fukushima. Le gouvernement a ordonné que toutes les bêtes soient enfermées pour éviter la contamination. La pauvre Mme Morita ne peut malheureusement rien faire pour les sauver…

Ce court texte basé sur des faits réels met en évidence la cruauté humaine. Il m’a permis de découvrir un aspect de la Seconde Guerre Mondiale que j’ignorais totalement. En outre, le fait que l’histoire se déroule au Japon me touche tout particulièrement puisque j’ai entrepris d’apprendre le japonais il y a quelques mois. J’ai beaucoup aimé la mise en parallèle des deux histoires qui fait beaucoup réfléchir. N’est pas le plus sauvage celui que l’on croit… Une fois encore, j’ai hâte d’avoir une liseuse pour découvrir les autres textes du recueil !