Tag Archives: manipulation

Sous contrôle

26 Sep

C’est mercredi et je vous propose de découvrir une nouveauté jeunesse.

Kaplan, Sébastien Gendron

9782748524826Dans un avenir proche, une dictature – le Cushinberg – et une démocratie hyper-contrôlée – Leeton – se côtoient. Kaplan, tueur professionnel de la police politique de la dictature est envoyé en mission suicide afin d’affaiblir Leeton. Tout ne va cependant pas se passer comme prévu. Après une entrée fracassante dans la ville-état, il est réceptionné par Rimbolt, un adolescent peu ordinaire qui semble très mature pour son âge. Au fur et à mesure de son séjour dans la cité, Kaplan a l’étrange impression de ne pas en être totalement étranger…

Complots, manipulations, mensonges sont les ingrédients de ce roman politique très bien mené, qui présente des rebondissements jusqu’à la dernière page. L’auteur donne à réfléchir non seulement sur les systèmes autoritaires mais aussi sur l’obéissance parfois aveugle aux ordres d’une hiérarchie dans laquelle on ne se reconnait pas forcément. Derrière la face sombre de ce roman d’espionnage se cache une relation amicale naissante inattendue et l’évolution de Rimbolt qui gagne en maturité au fur et à mesure de l’avancée du récit. Attention, s’il s’agit bien d’un roman jeunesse, je ne le conseillerais pas avant 13 ou 14 ans et pour des bons lecteurs car l’intrigue est assez complexe. Les adultes prendront d’ailleurs plaisir à le lire. Encore une fois, les éditions Syros propose une littérature de qualité, qui donne à réfléchir tout en étant passionnante.

Publicités

Statufiant !

5 Août

Avant toute chose, je tiens à remercier les éditions Bergame pour leur confiance et qui me permettent de vous présenter le roman du jour.

Qu’on me coupe la têêêêêêête !, Jennifer de Théleny

couv145-365x365Aìfe Shaw est une jeune styliste qui a repris l’atelier de son père. Malgré la concurrence des plus grandes maisons de couture, elle mène plutôt bien sa barque malgré quelques périodes creuses. Un jour, le richissime Elioth Anssiman vient lui faire une offre qu’elle ne peut refuser : réaliser un dress-code pour chaque corps de métier de son entreprise et confectionner tous les modèles. Afin de s’imprégner de l’ambiance de la société, il la convie à passer un mois à ses côtés en observation. La jeune femme pénètre alors dans un univers qui lui est totalement étranger et qui va bientôt se révéler hostile. En effet, la femme d’Elioth, Anaïdéa, semble jalouser Aìfe et pour cause : son mari se montre de plus en plus entreprenant envers cette dernière. Il va jusqu’à l’introduire dans son atelier personnel où il fabrique des statues à l’allure étrangement humaine. Peu à peu, sans que la styliste ne s’en aperçoive, le piège se referme sur elle…

Jennifer de Théleny est criminologue de son état. On comprendra donc pourquoi elle consacre son premier roman à la figure du pervers narcissique qui manipule son entourage et particulièrement ses victimes à la perfection pour arriver à ses fins. On assiste ici à la descente aux enfers de la jeune couturière rendue quasi volontaire par le richissime homme d’affaires. L’auteure nous plonge dans un univers surréaliste, à la frontière du cauchemar. Si certaines digressions sont parfois difficiles à saisir, venant rompre la trame narrative, le tout reste néanmoins agréable à lire, surtout si l’on est adepte de thriller psychologique.

Objet littéraire non identifié

19 Jan

Je remercie de tout cœur Alexandra pour ce cadeau et ces moments de lecture surprenants.

S. – Le Bateau de Thésée, J.J. Abrams et Doug Dorst

wp_20160708_004Jennifer, étudiante en lettres, ramasse un livre égaré à la bibliothèque. A l’intérieur, de nombreuses notes laissent découvrir un lecteur captivé. Intriguée, elle écrite à son tour dans l’exemplaire puis le replace à l’endroit initial. Ainsi va étrangement débuter une relation particulière entre Jennifer et Eric – étudiant plus âgé, interdit de séjour à l’université par son ancien directeur de thèse.

Le fameux roman dans lequel échangent les deux étudiants s’intitule Le Bateau de Thésée. Il a été rédigé par un certain V.M. Straka, un auteur pour le moins énigmatique. Disparu en 1946, personne n’a jamais réussi à découvrir sa véritable identité et cette quête perdure dans le monde universitaire. Jennifer et Eric sont bien décidés à percer le mystère grâce à ce roman – le dernier de l’auteur – qui conte l’histoire de S., un homme qui a perdu la mémoire. Embarqué de force sur une sorte de vaisseaux fantôme peuplé de marins monstrueux, son seul désir est de retrouver qui il est et pour cela il est prêt à endurer toutes les épreuves. img_20161228_170121

Jennifer et Eric se lance donc à la quête de l’identité de Straka par le biais de son ultime roman et des notes de bas de page laissées par la traductrice qui les emmènent sur diverses pistes. Ils ne tarderont pas à s’apercevoir qu’ils ne sont pas les seuls à vouloir percer le mystère et que certains sont prêts à tout pour y parvenir.

Voilà pour le résumé. J’ai tenté de faire simple. Parce qu’en réalité c’est extrêmement complexe, tortueux, voire tordu. J’ai été vraiment fascinée par l’objet livre en tant que tel (livre présenté dans un écrin, fausses référenciations de bibliothèque, notes des étudiants, lettres et documents insérés entre les pages…) et la mise en abîme très travaillée : nous lisons le livre d’un auteur que d’autres ont lu et annoté et nous lisons donc également ces notes. De ce point de vue là, rien à dire. Jolie mise en scène, conception expérimentale réussie de la part du réalisateur de la série Lost et de Mission Impossible, J.J. Abrams. Si j’ai été séduite par la forme totalement atypique de cet ouvrage et par les intrigues superposées qu’il propose – perso, j’ai lu toutes les intrigues en même temps mais on peut déjà lire Le Bateau de Thésée intégralement puis lire seulement les notes dans l’ordre chronologique, selon les couleurs d’encre – je n’en ai été que plus déçue par le fond. L’histoire avait a priori tout pour me plaire : personnage en quête d’identité, à la recherche d’un passé qui lui rendrait son présent et la possibilité d’un futur, étudiants tentant de découvrir la vérité sur leur auteur fétiche, intrigue dans le milieu universitaire… bref, des thèmes qui m’attirent. Oui. Mais. Le roman Le Bateau de Thésée et donc le récit concernant S. se révèle rapidement un faire-valoir. Se voulant érudite et obscure, l’intrigue finit par devenir si complexe qu’elle en perd son sens. Quand à l’histoire annexe des étudiants – qui m’a au final davantage intéressée – elle demeure hélas tristement incomplète. En conclusion, ce livre fait malheureusement « pschitt ». Le projet est certes ambitieux – pour ne pas dire prétentieux -, le concept est vraiment intéressant et original, la supercherie fonctionne très bien mais littérairement parlant, ça ne suit pas et c’est fort dommage. Il n’en demeure pas moins que S. demeure une expérience à part entière si vous avez le temps et le courage de vous y consacrer (je lis assez rapidement en temps normal, mais là, j’ai atteint mon record de lenteur avec 2-3 pages au 1/4 d’heure tant le nombre d’infos par page est élevé… je vous laisse calculer le nombre d’heure de lecture pour ce livre de presque 500 pages…).img_20161228_163602

Apparences

15 Oct

Désolée de vous avoir laissés plusieurs jours sans nouvelle, mais je viens encore de m’atteler à un pavé. 600 pages de plus au compteur ! Mais quand on aime, on ne compte pas !

Tout pour plaire, Ingrid Desjours

9782266262125Déborah, une magnifique et brillante jeune femme qui ne laisse insensible aucun regard masculin et féminin, est mariée à David, un séducteur hors-pair, macho prétentieux et colérique, qui fait fortune en prodiguant ses conseils pour « serrer » les femmes à coup sûr. Alors qu’ils semblent tous deux former le couple parfait, leur voisine s’inquiète pour Déborah. En effet, outre les cris issus de nombreuses disputes qui se font entendre de plus en plus fréquemment la jeune femme présente de nombreuses marques sur les bras, laissant songer qu’elle est battue et sous l’influence d’un pervers narcissique bien qu’elle nie en bloc les soupçons de violences et affirme aimer son mari plus que tout.

Dans ce contexte de vie de couple tendu, le petit frère de David, Nicolas fait irruption dans leur foyer accompagné de sa fillette de 4 ans, Emma. Nicolas est paniqué. Voilà plusieurs jours que Laura, sa femme, a disparu sans laisser de traces. Pire, il est soupçonné de l’avoir fait disparaître. Il faut dire que son passif de junkie ne plaide pas en sa faveur… Alors que David ne veut absolument pas de son frère chez lui – il lui voue une haine intense et ne l’a pas vu depuis 5 ans -, Déborah insiste pour qu’il reste afin de prendre soin d’Emma qui se retrouve sans maman et avec un père soupçonné de meurtre. Mais la fillette ne semble ne pas être la seule motivation de la jeune femme. Nicolas se révèle en effet encore plus séduisant que son frère… Une cohabitation dangereuse va alors commencer…

Je ne connaissais pas du tout l’auteure, psychologue spécialisée en sexo-criminalité, consultante et scénariste de plusieurs séries pour la télévision française et qui n’en est manifestement pas à son coup d’essai en matière de roman. J’ai donc entamé ma lecture sans a priori, curieuse de découvrir l’univers de cette romancière. Je n’ai pas été déçue et c’est le moins que je puisse dire. Ce thriller psychologique m’a tenue en haleine du début à la fin. Tous les fils sont inextricablement mêlés, aucun détail n’est laissé au hasard. Sans rien dévoiler de l’intrigue, aucun des personnages n’est vraiment ce qu’il fait voir de lui. Dans ce roman, tout n’est qu’apparences et manipulation. L’auteure parvient à savamment suggérer les choses de manière à entraîner le lecteur dans son jeu. Et si j’avoue avoir eu des doutes quant à l’identité du coupable assez rapidement – sans pourtant détenir le mobile -, cela n’a en rien gâché mon plaisir d’observer le tissage complexe de cette toile d’araignée. Un vrai travail d’orfèvre auquel s’ajoute une plume fluide. Les personnages sont tous très travaillés, notamment celui du commandant Sacha Mendel, chargé de l’enquête concernant la disparition de Laura. Une enquête qui va lui demander un bien plus grand investissement qu’il ne l’aurait pensé. Coup de cœur ! A savoir, ce roman est en cours d’adaptation par Arte pour devenir une série TV. J’ai hâte de voir ça !

 

Embrigadée par Daesh

15 Août

Merci aux éditions Syros pour l’envoi de ce roman choc en avant-première qui peut et devrait, dans le contexte actuel, être lu par tous.

Et mes yeux se sont fermés, Patrick Bard

9782748520590Maëlle a 16 ans et vit chez sa mère avec sa petite sœur. Avec son père, les relations sont plutôt tendues. Douée dans les matières littéraires, elle ne comprend pas grand chose jusqu’à ce qu’un camarade de classe se charge de l’aider. Rebelle dans l’âme, détestant les injustices, elle rêve de faire de l’humanitaire. Une adolescente apparemment bien dans sa peau, qui n’a pas la langue dans sa poche. Mais peu à peu, la jeune fille va changer…

Maëlle passe en effet de plus en plus de temps sur le net, sur Facebook en particulier où elle passe des journées à discuter avec d’autres jeunes filles. Bientôt, elle modifie sa façon de s’habiller, ne se rend plus en cours de sport, quitte son petit ami… Sans le savoir, elle est en train de tomber dans les mailles du filet des intégristes de Daesh qui lui font miroiter qu’en rejoignant leur groupe, qu’en adoptant leurs règles, qu’en se mariant avec l’un des leurs, elle pourra sauver les enfants syriens du massacre. En quelques semaines, la vie de Maëlle va totalement basculer : l’adolescente décide de changer de prénom et de partir faire le jihad. Dans son entourage, personne n’a rien vu venir ou, plutôt, tous ont refusé de voir et de croire l’impossible…

Autant vous prévenir d’emblée, on ne ressort pas indemne d’une telle lecture et c’est tant mieux. C’est la preuve que l’auteur, Patrick Bard, photojournaliste et grand voyageur, a accompli avec brio l’objectif qu’il s’est fixé. Disséquer, au travers d’un roman, les mécanismes complexes qui peuvent pousser une jeune fille à rejoindre Daesh alors que rien ne la relie de près ou de loin avec les islamistes radicaux. Page après page, on sent que l’auteur a effectué un travail de recherches très poussé. Rien n’est laissé au hasard. De la toile d’araignée qui se tisse via les réseaux sociaux aux des vidéos de propagande ressemblant à des clips musicaux avant les images de décapitations, le romancier décortique avec minutie tout le process qui amènent les jeunes occidentaux à partir en Syrie. C’est d’ailleurs après les attentats de Charlie Hebdo et parce que le fils d’une amie a été embrigadé en quelques semaines que Patrick Bard s’est décidé à écrire sur le sujet. Il a également volontairement choisi un personnage féminin car on ne parle pas souvent des jeunes filles dans les médias alors qu’elles sont nombreuses à partir. Très peu reviennent. Elles ne participent que très rarement aux combats mais vivent dans des conditions effroyables après avoir été mariées et fécondées – je choisis volontairement ce dernier mot – pour assurer la descendance des combattants. Elles sont victimes de manipulations, de rapt mental dignes des plus puissants mouvements sectaires.

Voilà pour ce qui concerne le fond. Pour ce qui est de la forme, là aussi l’auteur frappe fort en choisissant la forme du roman choral qui donne à voir les points de vue de l’entourage de la jeune fille. Chaque chapitre correspond à un personnage. Les plus proches reviennent évidemment plus souvent et évoquent la transformation de Maëlle qui se coupe peu à peu de son environnement. Je trouve que cette technique dramaturgique convient parfaitement pour transcrire à la fois l’évolution de l’adolescente et l’incompréhension et l’impuissance des personnes qui l’entourent. Nul besoin d’en dire plus, je vous laisse découvrir par vous-même ce roman coup de poing. Un vrai coup de cœur. A lire aussi bien par les adolescents que par les adultes. A partir du 25 août dans vos librairies.