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Jours d’oubli

29 Juin

Aujourd’hui, je vous présente un premier roman paru aux Editions de La Martinière.

Mademoiselle, à la folie ! Pascale Lécosse

couv-pascale-lecc81cosse-mademoiselleCatherine, actrice et comédienne fantasque, est au sommet de sa carrière. Elle s’apprête d’ailleurs à se voir remettre la légion d’honneur en récompense de ses nombreux succès. Elle a joué les plus grands rôles et ne recule devant rien pour avoir le plaisir de monter sur les planches et partager des moments intenses avec le public. Mais dans sa vie personnelle, Catherine est très seule. Amoureuse éperdue de Jean, ministre de la culture qui n’a jamais quitté son épouse pour la rejoindre, elle partage son logement avec Mina, son assistante, sa confidente mais surtout sa meilleure amie. La vie s’écoule tranquillement, entre deux tournées et deux coupes de champagne. Jusqu’au jour où tout bascule. Catherine sent peu à peu qu’elle perd le fil de sa vie, que tout lui échappe, même les mots qu’elle maîtrise tant, sans qu’elle ne comprenne pourquoi. Mina assiste, au début impuissante, à la terrible maladie qui va grignoter le cerveau de son amie et tentera ensuite de la protéger au mieux. Catherine ne compte pas se laisser abattre. Elle veut continuer à jouer le rôle de sa vie.

Voilà un premier roman d’une grande intensité que nous livre Pascale Lécosse en traitant avec pudeur la maladie d’Alzheimer dans sa phase précoce. Le nom de la maladie n’est d’ailleurs pas cité une seule fois dans l’ouvrage qui montre l’évolution des troubles dans l’intimité du personnage principal. Les chapitres correspondent à la vision tantôt de la comédienne, tantôt de son amie afin de mieux donner à voir et à comprendre toute la complexité des maux, en passant par l’incompréhension, la honte, le déni et l’acceptation forcée qui ne signifie pas la soumission. Le texte, très poignant, demeure non moins enjoué grâce à des dialogues savamment orchestrés, à la fois drôles et désarmant. Je vous conseille vivement ce petit livre, que vous soyez ou non concernés par le sujet. Sortez vos agendas : parution le 17 août. Merci à l’agence Anne et Arnaud qui me permet de partager avec vous cette avant-première.

Racines

19 Sep

Chaque année, la même question taraude les professeurs de français : quels livres faire étudier à leurs élèves ? Voilà des années que nous cherchons avec ma collègue des idées en matière d’autobiographie. Le genre est certes riche, mais lorsqu’il s’agit de dénicher une oeuvre accessible à des troisièmes tout en conservant un texte de qualité, l’exercice n’est pas aisé. Je crois que nous sommes enfin parvenu à trouver le Graal avec Le Clézio ! J’aime quand mes collègues me mettent de bons livres entre les mains !

L’Africain, J.M.G Le Clézio

Dans ce petit ouvrage rédigé en à peine deux mois, le prix Nobel 2008 revient sur son enfance passée en Afrique de l’Ouest, au Nigéria pour être précis, après avoir quitté Nice, sa ville natale, pendant la guerre. L’enfant, âgé alors de huit ans, vit dans une case avec sa mère, son frère et son père. Ou plutôt, avec l’idée de ce dernier, médecin militaire qui passe davantage de temps à parcourir le territoire et à sauver la vie d’inconnus que de s’occuper de sa famille. Pour le petit Le Clézio, l’Afrique est synonyme de liberté mais aussi de violence et d’incompréhension avec un père pour qui la discipline vaut mieux que la parole. Voilà sans doute pourquoi l’auteur a longtemps rêvé que c’était sa mère l’africaine, figure douce et aimante, celle avec qui les règles n’existaient pas en l’absence de son mari.

Avec une écriture simple mais très intense, Le Clézio parvient à nous faire voyager non seulement dans son enfance mais aussi dans cette Afrique dont on ressent vivement chaque odeur, chaque saveur et où joies et malheurs sont intimement liés. Peu à peu, ce n’est plus seulement de lui que nous parle l’auteur mais de son père, de ses racines, de ce qui l’a fait devenir l’homme qu’il est devenu. Ce livre, au-delà de l’autobiographie, est sans doute à lire comme un hommage à son père avec lequel il a eu tant de difficultés à communiquer. En partant en quête de lui-même, ce n’est pas seulement l’enfant qu’il était mais celui qui lui a donné vie qu’il a rencontré. Je crois que les mots de l’auteur lui-même résumeront bien mieux que moi son oeuvre. Voici quelques lignes qui viennent à la fin de l’ouvrage :

« […] je me souviens de tout ce que j’ai reçu quand je suis arrivé pour la première fois en Afrique : une liberté si intense que cela me brûlait, m’enivrait, que j’en jouissais jusqu’à la douleur. […] Si je n’avais pas eu cette connaissance charnelle de l’Afrique, si je n’avais pas reçu cet héritage de ma vie avant ma naissance, que serais-je devenu ? […] C’est en l’écrivant que je le comprends, maintenant. Cette mémoire n’est pas seulement la mienne. Elle est aussi la mémoire du temps qui a précédé ma naissance, lorsque mon père et ma mère marchaient ensemble sur les routes du haut pays, dans les royaumes de l’ouest du Cameroun. La mémoire des espérances et des angoisses de mon père, sa solitude, sa détresse à Ogoja.[…] »