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Au pays des livres

Bonjour à tous ! J’espère que vous allez bien ! J’ai laissé passer davantage de temps que d’habitude entre mes chroniques pour la simple raison que le roman que je vais vous présenter aujourd’hui fait presque 650 pages… Il devait sortir le 20 avril aux éditions Sonatine mais il vous faudra patienter jusqu’à fin mai pour vous le procurer en version papier à moins de l’acquérir en format numérique…

La Mer sans Etoiles, Erin Morgenstern

la-mer-sans-etoilesZachary Ezra Rowlins est un discret étudiant qui rédige une thèse sur les jeux vidéos. Un jour, alors qu’il veut se changer les idées, il se rend à la bibliothèque de son université et tombe sur un livre mystérieux. Pas de titre ni d’auteur, l’ouvrage n’est pas répertorié. Le roman, constitué de petites histoires, de contes allégoriques, ravit l’imaginaire de notre étudiant. Mais quand il découvre qu’il est lui-même un des personnages, sa vie bascule. Une scène entière de son enfance est parfaitement décrite dans un chapitre. Il n’y a pas la suite mais notre protagoniste, bouleversé, décide d’en savoir plus. Il va alors mener une enquête qui va le conduire dans un univers totalement surréaliste, fait d’un gigantesque labyrinthe souterrain, d’une mystérieuse bibliothèque, de portes peintes qui s’ouvrent avant de s’effacer et d’une mer sans Etoiles…

«  »Jadis, il y a fort longtemps, le Temps tomba amoureux du Destin. » Une voix d’homme. Grave, mais avec une cadence légère, une voix de conteur. Zachary se fige et attend. L’oreille tendue. « Ce qui, comme on peut l’imaginer, s’avéra problématique, continue la voix. Leur idylle perturbait le cours du temps. Emmêlait les fils de la destinée en nœuds inextricables. » Une main dans son dos le pousse gentiment en avant et Zachary fait un premier pas hésitant dans le noir, puis un deuxième. »

J’avoue que j’ai été décontenancée par ce livre. Comme je ne lis que de très peu de pages d’un coup – rarement plus de dix minutes d’affilées, mon petit Jules ne me permet généralement pas plus ! – j’ai eu beaucoup de mal à me mettre dans ce roman à la structure complexe et à l’intrigue qui l’est sans doute encore davantage. Mais une fois lancée, j’ai savouré cette histoire hors du commun. Les récits s’enchâssent les uns dans les autres, les mises en abyme sont multiples et le monde imaginaire créé par l’autrice est d’une incroyable densité. Tout est métaphore dans ce roman, a commencé par le labyrinthe souterrain, métaphore de l’intrigue elle-même labyrinthique. La même histoire semble s’écrire et se réécrire encore et toujours avec d’infimes variations. Le lecteur se perd avec les protagonistes, à un point qu’on ne sait plus vraiment si un monde réel a existé ou si tout n’était pas fiction dès le départ. La frontière entre le monde du dessous et de dessus se fait de plus en plus floue. Autant être claire, si vous cherchez un livre pour ne pas trop vous prendre la tête, passez votre chemin. Si, au contraire, vous êtes adeptes d’univers parallèles et merveilleux, alors nul doute, vous trouverez ici votre bonheur. Pour ma part, après un début difficile comme je le disais plus haut, j’ai été conquise par ce roman hors du commun qui finit par se lire comme un polar.

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Féérique

Voilà un auteur de littérature jeunesse qu’il me pressait de retrouver. C’est chose faite grâce à ma merveilleuse amie documentaliste qui vient de me faire porter son dernier roman.

Le livre de Perle, Timothée de Fombelle

Trois destins sont intimement noués dans ce livre. Celui de l’auteur, garçon rêveur passionné de photographie, bouleversé à 14 ans par un chagrin d’amour, qui deviendra écrivain. L’histoire de d’un jeune garçon débarqué de nulle part, qui prendra le nom de Joshua Perle après avoir été recueilli en 1936 par le couple Perle, marchands de guimauves renommés de la capitale. Quelques temps après son arrivée, il sera obligé de partir sur le front puis s’engagera dans la Résistance en découvrant que ses parents adoptifs ont été raflés. Enfin la vie torturée d’Ilian, un jeune prince pourchassé par son frère, amoureux d’une fée, Olia, dont il est cruellement séparé mais qu’il tentera à tout prix de retrouver.

Je ne vais pas vous mentir, j’ai mis du temps à comprendre l’intrigue et à relier tous les fils de l’histoire tant les différents univers spatio-temporels sont imbriqués. Mais loin de me décourager, je me suis au contraire laissée porter par la magie d’un texte subtile, d’une poésie incroyable, aussi subtile qu’une perle de rosée sur un brin de muguet. Au fur et à mesure d’une lecture qu’il est impossible de lâcher, le mystère s’éclaircit pour laisser apparaître un véritable livre gigogne, un roman dans le roman qui conte et met en abyme l’histoire tragique d’un prince de conte de fées chassé de son royaume, qui devra affronter la barbarie humaine tout en souffrant la douleur de la perte de celle qu’il a tant aimée. Timothée de Fombelle (auteur des déjà très réussis Tobie Lolness et Vango) réussit l’exploit de réunir des univers très différents, le charme envoûtant du pays des fées et celui terrifiant de la seconde Guerre mondiale, en peignant des personnages d’une extraordinaire intensité car protéiformes. Il permet avec ce roman d’aventure proche du conte fondé sur un imaginaire d’une extrême richesse de procurer à la littérature jeunesse ses lettres de noblesse. Je conseille ce livre à partir de la 5ème pour les très bons lecteurs. En tout cas, il ne faut pas prendre peur devant la complexité de la construction. Laissez-vous conduire par la beauté des mots.

Un petit extrait pour le plaisir :

« Ilian eut alors l’impression qu’on lui attrapait la main et qu’on le tirait en arrière, entre les chênes verts. Olia pourtant n’avait pas bougé. Ses doigts restaient sur l’écorce de l’arbre. Ilian se sentait irrésistiblement emporté. il n’essayait d’ailleurs pas de résister. il courait au-dessus des ronciers. Une force inconnue animait son corps et sa volonté. Il voulut retourner un dernière fois vers elle, mais la forêt les masquait l’un à l’autre.

Une heure plus tard, Ilian arriva à la nage sous les pilotis du palais, se hissa sur une poutrelle pour reprendre son souffle. Il sentit se détacher le fil invisible qui l’avait fait courir.

Certaines forces sont pourtant plus puissantes que la magie. Un autre fil d’or restait attaché au centre de sa poitrine. Un fil dont il ne pourrait jamais se défaire. »