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Diabolique machination

11 Juin

Après des semaines d’absence et malheureusement une impossibilité totale de m’adonner à la lecture, je reviens avec le tout dernier roman d’Yves Grevet paru chez Syros le mois dernier.

Celle qui sentait venir l’orage, Yves Grevet

A la toute fin du XIXème siècle, en Italie, la jeune Frida, 15 ans, vient de subir une épreuve terrible. Ses parents viennent d’être pendus, accusés de meurtres horribles dans la région. La jeune fille, recherchée par la population comme « la fille des démons », est contrainte de quitter les lieux au plus vite en diligence, grimée pour ne pas être reconnue. Des proches ont organisé son départ. Elle est censée trouver refuge chez le docteur Grüber, à Bologne.

Alors qu’on semble lui réserver un accueil plutôt chaleureux, Frida, encore terrassée par la mort de ses parents, reste sur la défensive. Et grand bien lui en prend. Le docteur se comporte de façon de plus en plus étrange, l’examinant beaucoup trop méticuleusement. Bientôt, l’adolescente se sent constamment épiée et à l’impression de devenir une espèce de cobaye servant à démontrer les thèses pour le moins odieuses du médecin. La seule chance de lui échapper sera de prendre la fuite une nouvelle fois… encore faudrait-il en avoir la possibilité !

L’auteur de Méto signe ici un excellent roman d’aventure, très bien documenté sur la médecine de l’époque. J’ai vraiment apprécié tout le développement sur la physiognomonie avec les thèses selon lesquelles l’aspect physique d’une personne révélerait sa nature profonde. L’auteur s’est inspiré du savant Cesare Lombroso qui affirmait que les traits du visage pouvait permettre à coup sûr de débusquer les criminels. Ce sont sur ces thèses profondément erronées que se sont appuyés les projets eugénistes du XXème siècle. Je trouve qu’elles font malheureusement écho à l’actualité puisqu’il n’y a pas si longtemps, certains scientifiques disaient pouvoir prédire dès le plus jeune âge qu’un enfant aurait plus ou moins de potentiel et pourrait être plus ou moins agressif… Voilà qui donne à réfléchir.

En ce qui concerne l’intrigue, elle est menée tambour battant par une héroïne à laquelle on s’attache très vite. Frida n’a pas été épargnée par la vie. Sujette à la discrimination dès son plus jeune âge parce que ses parents vivent en marge de la communauté, cette solitaire, dont ceux dont elle pense qu’ils sont des proches vont abuser, va devoir s’ouvrir et faire confiance à des inconnus pour réaliser son projet : réhabiliter la mémoire et l’honneur de ses parents dont elle sait pertinemment l’innocence. Il lui faudra bien du courage et de l’acharnement pour parvenir à son but sans y laisser sa vie et surtout conserver sa dignité devant ceux qui la voient elle et sa famille comme des tueurs-nés. Voici donc une héroïne avec ses forces et ses faiblesses qui la rendent très humaine – j’ai bien aimé les séances de déguisements, notamment celle de la transformation en garçon, pas évidente pour une adolescence en pleine quête d’identité, qui laissent transparaître habilement les émotions de la jeune fille.

Pour conclure, je conseille ce roman à partir de 13-14 ans mais les adultes y prendront également plaisir. Si l’héroïne est une fille, les garçons y trouveront totalement leur compte tant l’intrigue est bien menée et les sujets de réflexion vastes. Coup de cœur !

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Poète maudit

13 Avr

Je poursuis dans mes lectures à distance pour le CDI.

C’était mon oncle, Yves Grevet

Depuis peu, Noé vit à la campagne avec ses parents. Un jour, le commissariat appelle et lui annonce le décès d’un certain Armand Petit. Noé, qui n’en a jamais entendu parler, pense à une erreur. Mais son père lui apprend qu’il s’agissait de son frère aîné, SDF depuis quinze ans.

A l’occasion des fêtes de Noël, Noé se rend une semaine chez sa grand-mère à Clermont-Ferrand. Dans sa valise, il a apporté les recueils de poèmes de son oncle Armand que lui a confiés son père. Le jeune garçon est bien décidé de mettre à profit ces quelques jours de vacances en ville pour découvrir ce que fut la vie de son oncle. Comment un homme si cultivé, passionné de voyage et de poésie a-t-il pu se retrouver à la rue, alcoolique, délaissé par sa famille ?

Yves Grevet, l’auteur de Méto, traite avec délicatesse le thème de la marginalité. Grâce à un texte simple et efficace, les jeunes lecteurs (à partir de  ans) découvriront que la vie peut parfois prendre bien des détours et entraîner bien bas n’importe quel être humain, surtout peut-être les plus sensibles et que si l’amour peut rendre invincible, la perte de ce dernier peut totalement détruire un homme. Le texte donne aussi une vraie leçon de solidarité et de respect de la personne. Mais ce que j’ai préféré – là, c’est mon côté amoureuse des mots qui parle -, ce sont tous les extraits de poèmes cités au fil du texte. Des textes magnifiques de Verlaine, Rimbaud, Eluard, Char, Supervielle, Vian et j’en passe. Une excellente initiation à la poésie. Et puis un texte qui cite Boris Vian ne peut être que bon ! (d’accord, je ne suis pas objective sur ce point !)

« Huis-clos »

6 Avr

Dimanche dernier, j’ai eu la chance d’effectuer une partie du trajet du retour du salon du livre de Montaigu en compagnie d’Yves Grevet, un grand monsieur de la littérature jeunesse française, dont je n’avais pourtant jamais lu les livres (mea culpa !) Je rattrape donc mon retard grâce à ma charmante collègue et amie documentaliste qui m’a fait parvenir le premier tome d’une trilogie qui a remporté un vif succès auprès des lecteurs et de la critique.

Méto – La maison – tome 1, Yves Grevet

Méto, un jeune adolescent, se voit confier par un César la grande responsabilité d’initier Crassus, un petit nouveau, aux règles drastiques de la Maison – par exemple : compter jusqu’à 120 avant de se saisir de ses couverts pour manger et laisser cinquante secondes entre chaque bouchée. Pendant un mois, notre héros devra surveiller son protégé afin qu’il ne commette aucun impair. Si tel était le cas, c’est Méto qui en subirait les terribles conséquences…

Soixante-quatre enfants – uniquement des garçons – occupent la Maison. Ils sont coupés du monde, ne sortant jamais de la Maison elle-même construite sur une île, placés sous le joug de chefs tyranniques appelés les César. Les enfants sont regroupés selon leur âge en différentes couleurs. Lorsqu’ils atteignent une quinzaine d’années, ils disparaissent mystérieusement et sont remplacés par des plus petits. Mais que leur arrive-t-il ensuite ? Voilà la question cruciale que chaque membre de la communauté se pose. Méto, qui n’a jamais eu froid aux yeux ni peur de transgresser les interdits, compte bien résoudre ce problème…

Voilà un best-seller qui mérite amplement son succès ! Dès les premières pages, le lecteur est happé par cette inquiétante maison – qui est le second protagoniste de l’histoire, et qui m’a d’ailleurs rappelé le sinistre hôtel de Shining de Stephen King – qui emprisonne nos jeunes héros. Au fil des pages, l’atmosphère de ce huis-clos dystopique s’accroît tant que l’on craint voir étouffer les personnages sous nos yeux si ce n’est sur un plan physique d’un point de vue symbolique (poids des règles, poids du secret, vie en communauté non désirée…)

Cet univers concentrationnaire dans lequel chaque activité est minutée, programmée à l’extrême, où n’est strictement jamais laissée la possibilité de s’exprimer librement (des traîtres se cachent même parmi les enfants) évoque bien évidemment le régime nazi. Il m’a également fait penser au livre d’Orwell, 1984, une dystopie également, dans lequel l’auteur décrit une nation entièrement soumise à Big Brother dans laquelle la liberté individuelle n’existe plus et où l’Histoire est réécrite en fonction de la politique menée par le dictateur (ici on réécrit les souvenirs des enfants).

Les jeunes lecteurs seront à mon avis vite absorbés par cet univers très bien mis en place (les sports de combat – assez violents – sont d’un très grand réalisme) et accrocheront facilement à l’intrigue en s’identifiant au personnage principal. La quête identitaire est elle aussi – bien que sous-jacente – au centre de l’oeuvre puisque aucun des enfants ne se rappelle ce qu’a été son existence avant d’arriver dans la Maison (qui pourrait d’ailleurs évoquer le ventre d’une mère d’un point de vue psychanalytique mais je ne vais pas me lancer dans une analyse si complexe ici).

Deux autres tomes font suite à ce premier opus, L’île et Le monde, qui laisse le lecteur sur un suspens insoutenable ! Et si la question principale des enfants est de savoir ce qu’il y a après la Maison (vous le découvrirez dans ce premier tome) la mienne est : pourquoi cette Maison et où sont les femmes ??? (sans allusion aucune à Patrick Juvet !)

Petit message personnel : Muriel, commande la suite immédiatement !! Et Nox aussi !