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Mondes parallèles – suite

18 Juin

Je poursuis dans ma relecture du chef-d’oeuvre de Murakami.

1Q84 – Livre 2 – Juillet-Septembre, Haruki Murakami

Nous retrouvons Aomamé et Tengo qui poursuivent leurs itinéraires toujours séparément. Chacun des jeunes gens voit sa vie se complexifier.

Aomamé doit accomplir un dernier travail qui pourrait lui coûter la vie. Elle devra, une fois son rôle accompli, disparaître de la circulation et changer complètement d’existence pour avoir une chance de survivre.

Dans le même temps, les problèmes autour de Tengo et de son roman La Chrysalide de l’air ne cessent de s’accumuler. La jeune auteur, Fukaéri, a mystérieusement disparu et un inquiétant personnage rôde autour de notre professeur de mathématiques.

Dans le monde extérieur, les étrangetés se multiplient. Aomamé, Tengo et Fukaéri voient deux lunes, exactement les mêmes que celles qu’a décrites Tengo dans le roman. Un énorme orage inonde le métro de Tokyo et les Little People font entendre leurs voix…

Avec ce deuxième tome, nous pénétrons davantage encore dans un monde parallèle, à la frontière du réel et de l’imaginaire. La trajectoire des deux protagonistes se rapproche de plus en plus et le mystère pèse sur la manière dont ils pourront –  ou non – enfin se rencontrer. L’auteur approfondit sa peinture des caractères, mettant à nu les failles de chacun. Plus on tourne les pages, plus on est happé par le monde à la fois envoûtant et angoissant de 1Q84. Et surtout, à l’image des personnages principaux, nous nous posons de très nombreuses questions auxquelles nous n’aurons pas de réponses pour l’instant même si certains aspects du tome 1 s’éclaircissent. Pour cela, il faudra patienter jusqu’à la lecture du dernier tome. Le thème de la secte est cette fois beaucoup plus approfondi et joue un rôle central. En ce qui me concerne, si je considère ce tome comme moins poétique dans le style que le premier, je trouve que l’auteur parvient avec brio à kidnapper son lecteur dans ce monde onirique. Le suspens s’accroît aussi intensément avec l’étau qui se resserre inexorablement sur les personnages. Une excellente suite donc !

Mondes parallèles

30 Mar

Voilà deux ans et demi, la personne qui me connaît sans doute le mieux après moi m’avait prêté ce roman, 1Q84 de Haruki Murakami. A l’époque, je ne lisais quasiment plus. Il ne m’avait pas fallu plus de deux jours pour dévorer ce volumineux premier tome et je me souviens avoir regretté ne pas avoir la suite sous la main et surtout fulminé de devoir attendre une semaine avant de me la voir remettre. C’est donc grâce à ce roman que j’ai repris goût à lire, goût à vivre aussi. Et c’est grâce à ce roman que l’idée de ce blog est née. Je lui avais donc consacré mon tout premier article. Mais n’ayant pas encore la pratique du blog ni même l’idée de ce que je souhaitais faire de ce support, cette chronique était très courte, minuscule même car quelques lignes seulement relataient les trois tomes. Mes frères m’ont offert la trilogie, que je ne possédais donc pas, pour mon trentième anniversaire. J’en entreprends donc la relecture, en en savourant chaque ligne cette et donc à un rythme bien moins frénétique. J’espère vous transmettre au mieux ma passion pour ce livre.

1Q84 – Livre 1 – Avril-Juin, Haruki Murakami

Un jour de printemps 1984, alors qu’elle se trouve prisonnière à bord d’un taxi bloqué dans les embouteillages monstres du périphérique de Tokyo, Aomamé se laisse happer par la Sinfonietta de Janacek dont une version enregistrée sort de l’autoradio. Quelques instants plus tard, le chauffeur, après qu’elle lui a dit qu’elle ne pouvait en aucun cas arriver en retard pour son travail – d’un genre tout à fait particulier -, lui conseille de sortir de la voiture et de traverser la voie express aux milieu des autres véhicules afin de rejoindre un escalier de service qui lui permettra de rejoindre la gare. Après avoir pesé le pour et le contre de cette étrange possibilité, Aomamé se décide. Mais telle la chute d’Alice dans le terrier, la descente de ce fameux escalier n’est sans doute que le premier pas vers une réalité quelque peu modifiée à moins que la jeune femme n’ait tout simplement pas remarqué de subtiles bouleversements intervenus dans son environnement ces derniers temps…

Tengo enseigne les mathématiques dans une classe préparatoire. En parallèle, il écrit des romans mais n’a toujours pas eu la chance de se voir publié malgré de cordiales relations avec Komatsu, un éditeur renommé. Il est également membre d’un comité de lecture chargé de sélectionner des romans à soumettre pour le prix des nouveaux auteurs. Il vient d’ailleurs de lire un manuscrit écrit par une jeune lycéenne de 17 ans. Charmé par l’histoire de la Chrysalide de l’air mais totalement décontenancé par le style maladroit, enfantin de l’auteur, Tengo décide quand même de le présenter à son ami afin qu’il puissent concourir. Après quelques minutes de réflexion, Komatsu accepte à une condition : que Tengo réécrive l’oeuvre de la jeune Fukaéri afin d’en faire le roman parfait aussi bien d’un point de vue narratif que technique. Le jeune professeur imagine d’emblée les conséquences de ce projet fou mais ne peut s’empêcher de l’accepter…

Evidemment, nous nous en doutons dès le départ, les destins de ces deux trentenaires finiront par se croiser et se retrouver inextricablement liés. Mais il faudra plus d’un tome pour cela et donc poursuivre la lecture. Je ne veux pas trop dévoiler le texte ici. D’ailleurs, l’intrigue est si riche (à la fois roman d’anticipation dans le passé, roman d’amour et conte philosophique) qu’il me faudrait des pages et des pages rien que pour la résumer et sans doute la dénaturer. Il n’en est donc pas question ! Par contre, je peux évoquer les thèmes abordés. Et maintenant que je commence à avoir une bonne connaissance de l’oeuvre de Murakami, je suis en mesure de vous dire que l’on retrouve ici à grande échelle de nombreux ingrédients et réflexions distillés dans ses autres écrits.

Ainsi, l’auteur creuse la question des sectes qui l’avait tant marqué dans Underground et celle de la filiation et notamment de la quête du père – qui se développe surtout dans les tomes suivants et que l’on rencontre dans Kafka sur le rivage. Si l’auteur nous entraîne peu à peu avec lui dans l’univers parallèle d’1Q84, il parvient donc à conserver un pied dans le réel pour aborder et dénoncer des sujets graves notamment celui des femmes victimes de violences conjugales et s’interroger une nouvelle fois sur la société japonaise. Et c’est justement cette capacité à mêler onirisme et réalisme que j’admire chez Murakami, ce pouvoir presque magique de transporter son lecteur dans un univers dont chacun possède sa propre clé. Ce livre est un véritable voyage à lui-seul, un voyage après lequel je suis revenue une nouvelle fois différente. Sans doute l’un de mes meilleurs moments littéraires. Je vais donc savourer à nouveau les deux autres tomes ces prochains mois et vous les présenterai bien entendu !

Je laisse maintenant parler le texte de Murakami :

 » Il ne faut pas se laisser abuser par les apparences. Il n’y a toujours qu’une réalité »

« La scène, qui durait environ dix secondes, lui revenait sans avertissement dans toute sa clarté. […] Comme un raz de marée silencieux qui déferlait violemment sur lui, le laissant groggy après son passage. le cours du temps se figeait. L’air environnant se raréfiait, il respirait mal. il perdait tout lien avec les gens et les choses alentour, tout devenait étranger. Cette paroi liquide l’engloutissait tout entier. Malgré sa sensation que le monde s’était fermé et assombri, sa conscience ne s’était pas diluée. Simplement, un aiguillage avait changé »

« Devenir libre, qu’est- ce que cela veut dire finalement ? s’interrogeait-elle bien souvent. Est-ce que cela signifie réussir à s’échapper d’une cage pour s’enfermer dans une autre, beaucoup plus grande ? »

« Dépouiller l’Histoire de sa vérité, c’est comme dépouiller quelqu’un d’une partie de sa personnalité. C’est un crime. »

« Soudain, elle remarqua qu’il y avait quelque chose de différent dans le ciel nocturne. Quelque chose qui différait du ciel nocturne qu’elle voyait ordinairement. Quelque chose avait changé. Il était apparu une discordance subtile mais indéniable. […] Dans le ciel brillaient deux lunes. Une petite et une grande. Deux lunes se côtoyaient. La grande était la lune de toujours. Presque pleine, de couleur jaune. Mais à côté il y en avait une autre. Une lune au contour inhabituel. Légèrement déformée. Et d’un vert tendre comme des jeunes mousses. »

Amours mortes

16 Mar

Et voilà… je vais laisser derrière moi pour quelques temps la lecture de Murakami. Je viens effectivement de terminer le dernier roman de l’auteur nippon reçu pour Noël.

La Ballade de l’impossible, Haruki Murakami

Contrairement aux autres récits de l’auteur pour lesquels j’ai rédigé un article ici, nulle intervention d’une quelconque notion fantastique dans ce roman. Cela n’empêche pas de retrouver toute la poésie de Murakami.

Watanabe, un jeune homme âgé de 37 ans, s’apprête à atterrir à Hambourg. Mais alors qu’il entend Norvegian Wood des Beatles en fond sonore dans l’avion, des souvenirs datant depuis plus de 18 ans refont surface…

Le roman, après une page d’introduction, ne sera qu’une longue rétrospective de la vie de Watanabe entre 17 et 21 ans. La chanson le transporte donc dans ses années lycée. Il revoit son premier amour, Naoko, avec laquelle il partage un lien bien cruel. Le meilleur ami de Watanabe et petit ami de Naoko à l’époque, Kizuki, s’est suicidé à l’âge de 17 ans, alors que rien ne le laissait présager. Les trois amis avaient l’habitude de sortir s’amuser ensemble. Mais une fois Kizuki mort, Watanabe n’a plus de nouvelle de la jeune fille.

Quelques mois plus tard, il rejoint l’université de Tokyo afin d’étudier le théâtre bien que cela ne l’intéresse pas particulièrement. Il vit dans un foyer d’étudiants et partage sa chambre avec un jeune homme étrange, qui se lève tous les matins aux aurores pour ne pas manquer le cours de gym à la radio, risée de tous les pensionnaires. Un beau jour, Naoko reprend contact avec lui. Ils passent alors de nombreuses heures à parcourir les rues de Tokyo à pied, Watanabe évoquant sa vie au foyer afin d’égayer la jeune fille. Les semaines et les mois passent, les déambulations dans Tokyo continuent. Mais le fantôme de Kizuki demeure présent entre ses amis.

Une semaine après leur première relation charnelle, Watanabe tente de contacter Naoko, en vain. Nous sommes au printemps. Watanabe, qui ne parvient pas à obtenir de nouvelles adresse une longue lettre à la jeune fille qu’il envoie chez les parents de cette dernière, à Kôbe. Il ne recevra une réponse de sa part qu’au mois de juillet : Naoko a passé de nombreuses semaines à l’hôpital et se trouve désormais dans un centre de repos sur les hauteurs de Kyôto. Le monde semble alors s’écrouler autour de Watanabe…

Quelques mois plus tard, il fait la connaissance de Midori, une jeune étudiante qui fréquente le même cours de théâtre que lui. Si la jeune fille a déjà un compagnon, elle aime passer du temps en compagnie de Watanabe. Celui-ci devient vite le confident dont elle a bien besoin… Pendant ce temps, le jeune homme a gardé le contact avec Naoko et se rend plusieurs fois dans sa communauté et lui écrit toutes les semaines. Il a espoir que la santé psychique de la jeune femme s’améliore et qu’elle puisse venir vivre avec lui.

Il est temps que j’arrête ici le résumé. La Ballade de l’impossible, comme le titre le sous-entend, est un roman d’amours impossibles. L’auteur évoque la poésie et la violence de l’adolescence et de l’entrée dans l’âge adulte grâce aux souvenirs d’un narrateur qui tente coûte que coûte de pénétrer dans la vie par la porte du bonheur.

J’ai vraiment beaucoup aimé ce livre où joie de vivre et tristesse morbide s’entrelacent incessamment.  Il diffère un peu des autres romans puisqu’il ne fait pas intervenir clairement de monde parallèle. Toutefois, nul besoin d’introduire du fantastique pour cela. Le monde parallèle est ici largement suggéré par la communauté dans laquelle Naoko a trouvé refuge. Un refuge bien éphémère puisque ses démons semblent bien la poursuivre encore dans ce lieu pourtant si paisible…

En cherchant l’image de la première de couverture, je viens de m’apercevoir que le roman a été adapté au cinéma. Le film, réalisé par Trần Anh Hùng, est sorti dans nos salles en 2011 et semble avoir reçu de bonnes critiques.